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Se-tchoan oriental le P. Joseph Tong

Se-tchoan oriental le P. Joseph Tong LETTRE DE M. DANGY Missionnaire Apostolique Le bon vieux Père J. Tong est tombé au champ d'honneur et les armes à la main. A la Saint Jean-Baptiste, il entendait encore des confessions. A la retraite des prêtres indigènes, après Pâques, on avait fêté sa 50e année de prêtrise. Il avait 75 ans et était originaire de Ly-tou-pa, où je connus son père, ancien confesseur de la loi.
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    Se-tchoan oriental le P. Joseph Tong

    LETTRE DE M. DANGY
    Missionnaire Apostolique

    Le bon vieux Père J. Tong est tombé au champ d'honneur et les armes à la main. A la Saint Jean-Baptiste, il entendait encore des confessions. A la retraite des prêtres indigènes, après Pâques, on avait fêté sa 50e année de prêtrise. Il avait 75 ans et était originaire de Ly-tou-pa, où je connus son père, ancien confesseur de la loi.
    Vers 1847, celui-ci fut pris avec quelques autres chrétiens de Ly-tou-pa. Le missionnaire, le P. Tapie, avait pu se sauver par une fenêtre. On mit l'oratoire sous scellés.
    Les chrétiens conduits en ville confessèrent vaillamment la foi, et comme le vieux Tong répondait audacieusement pour tous, il fut frappé durement sur les joues, de la semelle de cuir. Il en eut la mâchoire déformée et il lui en resta une difficulté pour parler.
    Dans la prison il encourageait tous les autres et présidait les prières comme à l'oratoire.
    Les confesseurs de la foi chantaient leurs prières avec tant d'ardeur que tout le prétoire en retentissait. Le mandarin fatigué du bruit les renvoya tous chez eux, se contentant pour tout triomphe d'avoir fait apostasier un satellite dont j'ai vu les descendants que l'on montrait au doigt.
    Le petit Joseph, alors âgé de 9 ou 10 ans, avait, en fils pieux, visité son père prisonnier pour la foi, lui portant quelques suppléments au régime par trop pénible de la prison. Quand l'enfant fut un peu plus âgé, le P. Bertrand Tchao voulut l'envoyer au séminaire ; Tong y consentit quoiqu'il n'eut que ce fils. Mgr Des flèches, tout nouvellement sacré, essayait déjà de fonder un séminaire à Chouy-ia-tang, mais Mgr Pérocheau trouvant que ce n'était pas expédient puisqu'on ne jouissait pas encore de la liberté, le petit Joseph Tong et 2 ou 3 autres de son âge partirent à pied pour le séminaire de Mou pin, à 18 jours de marche dans les montagnes des barbares, où les mandarins et les satellites n'avaient pas accès.
    Le bon P. Tong me racontait qu'il avait connu à Mou pin comme professeur, le P. Verrolles (Fông) quelques années plus tard évêque de Colombie et Vicaire apostolique de la Mandchourie. « Il aimait, me disait-il, à jouer des tours aux élèves et quand pendant les hivers, très rudes dans ces montagnes, ils se tenaient autour du feu, le P. Verrolles venait par derrière, à pas de loup, leur mettre de la neige sur le cou ». Son dernier supérieur avait été Mgr Pinchon. Ses études finies, Joseph Tong revint à Tchong-king; il fut 2 ou 3 ans professeur à Chouy-ia-tang, puis chose rare car les Chinois ne reçoivent généralement le sacerdoce que vers 30 ans, dès qu'il eut 24 ans, il fut ordonné prêtre et alla évangéliser la partie nord de notre mission : Su-tin, Tsong-hiang et surtout Tchen-keou. Il se montra partout bon, zélé, obéissant et, vertu peu fréquente chez les Chinois, aimant les pauvres et la pauvreté. A Su tin, où il aidait le P.Blettery, il manqua être assassiné par les païens.
    Je le retrouvai en 1908 à Tchong-king, où il visitait la paroisse Saint-Joseph. Là les pauvres abondaient, de plus il avait 2 hôpitaux pour les miséreux et un refuge pour les mendiants en dehors de la ville. Il y accomplit la parole du psalmiste : Dispersit, dedit pauperibus. Sa bourse était toujours vide et il fit même des dettes. Monseigneur, pour le tirer du milieu de ceux qui abusaient de sa bonté, l'envoya à la campagne. Il y alla, sans objecter qu'à 70 ans il aurait eu quelque droit à se reposer. Il visitait ses chrétiens, comme un jeune homme et enregistrait tous les ans quelques baptêmes d'adultes.
    Afin de trouver des ressources pour ses écoles, il louait des terrains, nourrissait porcs, chèvres, boeufs, poules. Il restait calme et paisible au milieu du brouhaha des écoliers. Sa vue ayant baissé, il passait presque tous ses jours à prier. Il avait encore le jarret solide pour ses 75 ans. J'étais chez lui 15 jours avant sa mort, et il me fit grimper sur les rochers qui dominent son oratoire et qui sont tout perforés de grottes, creusées par les anciens habitants du Se-tchoan pour échapper aux envahisseurs.
    Je ne l'ai jamais vu s'impatienter ; jamais je ne l'ai entendu mal parler de qui que ce soit, ou réclamer contre les ordres des supérieurs.
    Que Dieu nous donne beaucoup de prêtres chinois de ce genre.

    1914/149-150
    149-150
    Chine
    1914
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