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Se-Tchoan occidental et oriental : La Rébellion

Se-Tchoan occidental et oriental : La Rébellion LETTRE DE M. COURDERC Missionnaire au Se-tchoan occidental. 29 octobre 1911.
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    Se-Tchoan occidental et oriental :

    La Rébellion

    LETTRE DE M. COURDERC

    Missionnaire au Se-tchoan occidental.

    29 octobre 1911.

    CONNAISSEZ-VOUS l'histoire des chemins de fer qui a été le prétexte des révolutionnaires pour commencer leur mouvement ? Il y a quelques années, quatre ou cinq ans, Pékin, pour se débarrasser des instances des Européens qui demandaient à construire les deux lignes Han-keou-Se-tchoan et Han-keou-Canton, avaient accordé aux quatre provinces intéressées : Se-tchoan, Hou-pé, Hou-lan, et Kouang-tong, le droit de construire chacune les tronçons de lignes situés sur leurs territoires respectifs. On avait mis sur tous les terrains un nouvel impôt, dont le revenu devait être affecté à la construction des chemins de fer. On avait pu ainsi prélever des sommes importantes, dont une bonne partie, comme c'est l'habitude en Chine, avait été gaspillée. Cependant pour tromper la foule, on avait essayé, par-ci par-là, de commencer la construction des chemins de fer, mais vraiment, il paraît que c'était pitoyable. Cette année, le gouvernement de Pékin avait, par un décret, nationalisé les ligues Tchen-tou-Han-keou, et Han-keou Canton, c'est-à-dire, avait retiré aux sociétés ci-devant constituées le droit de les construire, pour se charger lui-même de la besogne. En même temps il faisait à la France, à l'Angleterre, à l'Allemagne et aux Etats-Unis un emprunt destiné à couvrir les frais de la construction. Malheureusement il n'était nullement question de rembourser au peuple les sommes qu'il avait données dans le même but. Depuis lors, Touan-fang, qui a été chargé de la direction des travaux, a bien donné un édit où il proclamait qu'on rembourserait en espèces ou en actions, au choix, les créanciers, mais cet édit est venu trop tard. Aussitôt connue la résolution de Pékin de nationaliser les chemins de fer, les têtes se montrèrent à Tchen-ton.
    Il se forma une société « Tong-tche-houy » pour protester. Le vice-roi intérimaire, Ouang, était de connivence avec les protestataires. De suite, des journaux furent créés, des affiches lancées partout, des émissaires envoyés dans tous les coins de la province pour exhorter les habitants à donner leur nom à la société. Des meetings étaient tenus presque chaque jour dans le palais que la Société des chemins de fer avait fait construire. Les choses en étaient là, quand le nouveau vice-roi Tchao Eul-fong vint prendre possession de son poste. Ce dernier n'était pas au courant de la situation. Il fut surpris par la marche des événements. Les Tong-tche-houy étaient admirablement organisés. Il n'est pas nécessaire de vous dire que pour les chefs du mouvement l'affaire de la nationalisation des chemins de fer n'était qu'un prétexte, mais un prétexte bien choisi ; leur idée de derrière la tête était purement et simplement le renversement de la dynastie.
    Le 24 août, tout d'un coup fut décidée la grève générale des écoles et du commerce. Des émissaires parcourent tous les quartiers de la ville ordonnant la fermeture des boutiques. Le temps de passer dans les rues et instantanément tout fut fermé. Le vice-roi en présence de ce mouvement, envoya le jour même des soldats devant toutes les résidences des Européens. Un peu plus tard , le 31 août, il devait faire réunir ensemble les Européens dans quelques villes plus importantes, les civils dans leurs consulats respectifs, les missionnaires à Pin-gan-kiao, les protestants à Se-chen-se afin de n'avoir pas trop à diminuer ses troupes.
    Entre temps, on excitait le peuple par des réunions, des affiches, des tracts, etc... Le vice-roi cherchait à biaiser, télégraphiait à Pékin pour signaler la situation, faisait parlementer avec les Tong-tche-houy, mais Pékin ordonnait d'arrêter les chefs et le mouvement coûte que coûte. La position du vice-roi était difficile, car on disait et non sans raison qu'une partie des soldats (les mieux organisés) était gagnée au mouvement. Enfin le 7 septembre, vers midi, on apprenait tout à coup que Tchao Eul-fong avait mis la main sur les principaux chefs du Tong-tche-houy et avait fait fermer les portes du palais des chemins de fer où se trouvaient enfermés quelques centaines d'individus venus là pour assister à un meeting annoncé. Aussitôt ce fut la fermentation générale dans la ville ; de tous côtés la foule se précipita sur le palais du vice-roi, réclamant à grands cris les prisonniers. Le vice-roi avait fait disposer la troupe fidèle autour de son prétoire avec ordre de ne tirer qu'à toute extrémité. En même temps les portes de la ville étaient fermées. Autour du prétoire du vice-roi c'était une effervescence générale, on criait, on pleurait, on se lamentait, des énergumènes cherchaient à exciter la foule, cela dura assez longtemps. A la fin les soldats durent faire usage de leurs armes. Il y eut ce jour-là à Tchen-tou, en tout, quelques dizaines de tués ou de blessés. Ce ne fut qu'assez tard dans la nuit que la foule se dispersa. Les jours suivants les boutiques continuèrent à être fermées. Les portes de la ville ne furent point ouvertes pendant plusieurs jours. Entre temps, le bruit du coup d'État du vice-roi s'était répandu dans la campagne. Des tablettes en bois où se lisaient des appels à la révolte furent jetées au fleuve. De suite, en dehors du Tong-men (Porte de l'est) et du Lan-men (Porte du sud) surtout, les gardes nationaux se soulevèrent et se dirigèrent sur la capitale. D'aucuns arrivèrent jusqu'au faubourg du Lan-men. La police fut désarmée. Le premier soin du vice-roi fut de débloquer la route du Tong-ta-lou (route de l'est) pour assurer ses communications. Il y eut des batailles à Nieou-chekeou, Ta mien-pou et du côté de In-kia-pa. Quelques jours après, il y eut un engagement sérieux à Long-tsien-y où les gardes nationaux furent vaincus et laissèrent quelques centaines des leurs sur le terrain. Alors les soldats marchèrent sur Kien-tcheou pour rétablir l'ordre et les communications avec Tchong-kin.
    Le mouvement le plus sérieux fut en dehors de Lan-men, sur la route de Tsong-kin tcheou et surtout de Sin-tsin. C'est dans cette dernière ville que les gardes nationaux et les bandits réunis avaient établi pour ainsi dire leur quartier général, et firent subir au mandarin des supplices épouvantables. Après avoir pillé les riches ils les égorgèrent et les mangèrent. Deux de nos confrères, les PP. Briand et Eymard se trouvaient enfermés dans cette ville, ils furent sur le point d'être massacrés. Impossible de communiquer avec eux ainsi qu'avec les PP. Gabriac (Mou-tchang) et de Yonghe (Kiong-tcheou).
    Les courriers que Mgr Dunand leur envoya furent pris et tués. Enfin les soldats du vice roi arrivèrent, mais plus de ponts, plus de barques. On en apporta à dos d'homme à 9 lieues de là. Quand leurs canons tonnèrent contre la ville, les rebelles n'attendirent pas l'assaut et se sauvèrent allant plus loin recommencer leurs exploits. C'est le 12 octobre, si je ne me trompe, que Sin-tsin fut repris par les troupes. Le lundi suivant le P. Eymard nous arrivait escorté par des soldats : il a eu sa part d'émotions. Nous apprîmes avec plaisir que le P. de Yonghe avait réussi à se réfugier à Mou Tchang.



    1912/80-83
    80-83
    Chine
    1912
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