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Sans limite d'âge

Sans limite d'âge Pour avoir commandé en chef devant l'ennemi, un général est maintenu sans limite d'âge en activité de service. La mise à la retraite d'office ne saurait désormais l'atteindre. Il conserve jusqu'à la mort son fanion de commandement et sa maison militaire, chef d'état-major et officiers d'ordonnance.
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    Sans limite d'âge
    Pour avoir commandé en chef devant l'ennemi, un général est maintenu sans limite d'âge en activité de service. La mise à la retraite d'office ne saurait désormais l'atteindre. Il conserve jusqu'à la mort son fanion de commandement et sa maison militaire, chef d'état-major et officiers d'ordonnance.
    Un missionnaire qu'il soit broussard à l'orée de la jungle ou citadin au milieu des pagodes lui aussi commande en chef devant l'ennemi, et quel ennemi que celui « qui fut homicide dès le commencement »! Lui non plus ne connaît pas la retraite, ou, du moins, « n'en veut-il rien savoir ». Et pour lui, de même, la limite d'âge est celle qui met un point final à son « curriculum vitae ». Mais là s'arrête la comparaison. Si on la continuait, elle tournerait à son avantage, car s'il n'attend pas sur cette terre les honneurs qui couronnent une carrière ni la gloire qui illustrent un nom, il lui reste ceci de très rare et de très beau c'est que, eût-il sur sa manche de deux à cinq galons, de deux à sept étoiles, il peut encore les rendre pour se rengager simple soldat dans la milice apostolique et continuer au dernier rang de faire face à l'ennemi.
    Voilà bien l'impression très profonde qui me reste de la lecture d'une lettre récente d'un vieil ami des Indes. Cette lettre n'était pas destinée à la publicité, et pourtant je ne puis me retenir de la mettre sous les yeux de nos lecteurs, tant elle est révélatrice d'un état d'esprit, ou mieux d'un état d'âme qui commande impérieusement à tout bon missionnaire de « servir » jusqu'au bout dans le champ de l'apostolat et de « tenir » jusqu'à la limite extrême de ses forces.
    Le missionnaire eu question n'est pas un inconnu pour nos lecteurs, les Annales de Janvier Février 1930 ayant publié ses « Réminiscences sur le Coléron ». Le P. Gabriel Playoust, originaire de Lille, est dans sa 72e année d'âge, sa 48e de prêtrise, sa 44e d'apostolat.
    Par suite de la cession au clergé indigène de la majeure partie, et la plus florissante, et la mieux organisée du diocèse de Kumbakonam qui comptait près de 500 églises ou chapelles et plus de cent mille fidèles, les prêtres des Missions Etrangères ont du se replier sur le tout nouveau diocèse de Salem qui ne compte, pour entrée en campagne, que 17.000 catholiques, 12 églises et quelques chapelles.
    Et cela s'est fait comme tout naturellement. « Nos confrères, écrit leur nouvel évêque, Mgr Prunier, ont donc tous quitté leurs belles chrétientés du sud et se sont transportés joyeusement, en obéissance au Saint Père, dans un pays tout nouveau pour la plupart d'entre eux. Malgré le délabrement des résidences, l'accoutumance se fait peu à peu et sans heurt, si bien que tous travaillent déjà avec entrain dans leur nouveau champ d'action ».
    Pour son compte personnel, le P. Playoust a échangé son beau district de Ayampet et ses 4.300 chrétiens contre la minuscule paroisse de Krishnagiri et ses 150 fidèles, sa masure décorée du nom de chapelle et le taudis servant de presbytère. A 72 ans, sur un terrain vague, il a remis la main à la charrue et recommencé de nouveaux sillons, sans plus regarder en arrière... Il nous l'écrit sans phrases :
    « Depuis plusieurs mois, je ne suis que comme une épave allant à tout vent des circonstances. Atteint d'un malaise général, condamné au repos, j'ai quitté mon district d'Ayampet sans faire d'adieux : je n'aurais pu supporter ce dernier choc, j'aimais trop ces chrétiens qui m'avaient considéré comme leur soutien et leur père durant 40 ans passés.
    « Réfugié au sanatorium des Nilgiris pendant deux mois, je pensais pouvoir reprendre la vie apostolique n'importe où, mais une grosse fatigue, à la suited'une course un peu longue dans les montagnes de Shevaroy's Hills où j'étais allé voir mon « pays » le P. Capelle, m'occasionna une forte fièvre. Je me hâtai de descendre à Salem ; là, au milieu des préparatifs du sacre de notre nouvel évêque, dans l'encombre ment des déménagements, manquant inévitablement de soins là où tout manquait encore, je ne fis que végéter à la procure, pensant bien ne pouvoir jamais plus me remettre.
    « Ne voyant pas d'issue à mon malaise, je partis pour Madras consulter un médecin. Les courses en automobile avec mon vieil ami Mgr l'Archevêque, puis un séjour d'un mois à la procure de Bangalore me remirent assez pour me permettre de venir au sacre. Mais le séjour de Salem m'était fatal ; ça ne marchait plus de nouveau et les confrères me mettaient à la réforme, à la retraite d'office.
    « En un dernier effort, je demandai à Monseigneur un poste, un humble poste perdu au nord de la Mission, mon dernier sans doute. Sa Grandeur voulut bien accéder à ma demande et comme elle projetait de donner un voisin au trop délaissé confrère de Elathagiri, elle m'offrit le poste de Krishnagiri, chef-lieu de canton « ad gentes». Mais elle y mit une condition sine qua non, deux même : la visite préalable de cette paroisse et, si mon impression avait été favorable, l'engagement d'un cuisinier qui pourvoirait à ma santé.
    « Piloté par mon futur voisin de Elathagiri, le cher P. Martin, allai donc à la découverte de Krishnagiri. Horreur ! Un taudis au milieu de taudis indiens : l'église était passable et pouvait contenir toute la chrétienté d'à peu près 150 fidèles : le presbytère était bâti sur le mur d'enceinte et attenant à la maison voisine : bref, un abri de fortune pour un simple passage, où l'air est irrespirable entouré qu'il est de taudis malodorants et envahi par des légions de moustiques.
    « Le Père et moi jugeâmes la position intenable et nous nous mîmes à prospecter les environs pour faire choix d'un endroit meilleur, dans le cas où notre évêque agréerait cette suggestion. Nous jetâmes notre dévolu sur un terrain un peu hors du centre de la vieille ville, laissant à notre homme d'affaires le soin d'examiner la possibilité d'achat du terrain en question.
    « A Salem, rapport au Supérieur de la Mission. Notre évêque me dit qu'il avait bien prévu ma déconvenue, mais qu'il avait voulu me faire constater par moi-même un état de choses vraiment lamentable; cependant, ajouta-t-il, ne pourrait-on pas s'établir hors de l'agglomération urbaine et dans une position convenable sous tous rapports? Je lui répondis que j'avais prévenu son désir par le choix d'un emplacement donnant toute satisfaction. Fort de l'approbation de mon Supérieur, je donnai donc des ordres pour l'achat du terrain. Et en attendant l'issue de la négociation, je m'en allai faire une cure de détente en voyageant de-ci de-là.
    « A mon retour à l'évêché, j'appris que les négociations avaient échoué, et que le P. Martin me réclamait pour reprendre l'affaire sur une autre base. Cette fois, ce ne fut pas long : nous tombâmes d'accord sur un emplacement proche du précédent et qui était en vente. Séance tenante, mon homme d'affaires reçut ordre de procéder à l'achat de 7 acres (3 hectares) et je mis le tout sous la protection du bon saint Joseph et de la Petite Fleur.
    « Quinze jours après, je partis de Salem, avec armes et bagages, pour Krishnagiri où j'arrivai le jour de l'octave de l'Immaculée : ce laps de temps, dans un pays où le temps ne compte guère, avait suffi pour tout régler et mettre le terrain en notre possession : très évidemment pour moi, la Petite Thérèse y était pour quelque chose et avait prêté son gracieux concours au grand saint Joseph, patron des causes désespérées.
    « Mes confrères m'admirent: « A cet âge, disent-ils, faire encore de pareilles prouesses! » Je réponds qu'il n'y a vraiment pas de quoi me féliciter, du moment que l'ouvrage qui m'est offert rentre tout à fait dans mes goûts, demandant seulement au bon Dieu assez de santé pour achever la fondation de ce nouveau district et son aide pour faire encore avant de mourir et de me rendre à son appel un petit noyau de nouveaux chrétiens.
    « Mais je dois avouer, que réduit à mes seules ressources, le nouveau diocèse étant écrasé de besoins urgents, je ne vois pas très bien comment je pourrai achever l'oeuvre dont j'ai pris la charge : presbytère, église, écoles et orphelinats.
    « Et pourtant, tout cela presse, car les ans s'accumulent irrémédiablement, et, par ailleurs, je voudrais tant faire mieux que mes voisins Allemands luthériens établis à Krishnagiri depuis quarante ans : ils n'ont rien fait, que le pas d'oie sur place, mais ils ont rendu le terrain plus difficile à défricher.
    « Nous sommes en excellente position à cheval sur la route de Bangalore, d'un côté 3 acres et de l'autre acres en bordure de la route, au centre des différents offices du gouvernement, à égale distance de la nouvelle et de l'ancienne ville (4.000 et 7.000 habitants), à 800 mètres de notre petite église actuelle, à portée de la gare du chemin de fer, et comme, par ailleurs, nos anciens chrétiens ont des terres à proximité, ils seront heureux de venir se grouper près de la nouvelle église, dès qu'elle sortira de terre ». Et maintenant, au large ! Accroche-toi à la barre du gouvernail de tes deux mains tremblantes, pauvre vieux pilote, les yeux levés vers l'Etoile de la Mer...

    1931/129-132
    129-132
    Inde
    1931
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