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Sainte Thérèse et les Carmels d'Indochine

INDOCHINE Lettre de M. J.-B. Roux. Missionnaire apostolique. Sainte Thérèse et les Carmels d'Indochine
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    INDOCHINE

    Lettre de M. J.-B. Roux.
    Missionnaire apostolique.

    Sainte Thérèse et les Carmels d'Indochine

    Nos Carmels indochinois ont fêté, cette année, par de belles cérémonies le troisième centenaire de la canonisation de leur Mère Sainte Thérèse. Ils sont nombreux déjà sur ces terres d'Annam et du Cambodge les monastères de la vierge d'Avila et ils n'aspirent qu'à se multiplier davantage. La souche première est le carmel de Saigon qui date de 1861. Il fonda celui de Hanoi en 1895 et celui de Phnom-penh en 1919. Hanoi a essaimé à Hué en 1909 et tout dernièrement encore, en 1921, à Bui-chu, dans la mission du Tonkin Central. Ce qui fait en tout cinq Carmels dans l'Indochine française.
    A l'occasion des solennités de ce centenaire qui attirent l'attention sur ces ferventes recluses, il est intéressant de se souvenir que l'ordre du Carmel a été introduit en Annam sur la de mande de sainte Thérèse elle-même, demande faite à Mgr Lefebvre, évêque d'Isauropolis et Vicaire apostolique de la Cochinchine Occidentale, à Hué, dans les prisons de cette ville.
    1. Il y avait alors deux Chua : l'un au Tonkin, de la famille des Trinil l'autre en Cochinchine, de la famille des Nyuyen. Ils gouvernaient sous l'autorité des rois de la dynastie des Le, et on a parfois, non sans raison, comparé leur rôle â celui des maires du palais sous les rois fainéants. L'empereur Khai Dinh, actuellement régnant est de la famille des Nguyen, et Vo-vuong qui prit le titre de Vua est un de ses ancêtres.

    La grande réformatrice du Carmel apparut au vénérable prélat emprisonné pour la foi, et vraisemblablement après qu'eut été portée contre lui la sentence de condamnation à la peine capitale. « Fondez des Carmels en Annam, lui dit-elle, car Dieu en sera grandement glorifié ; il y sera bien servi et beaucoup aimé ». C'était en 1846.
    Nous savons par Mgr Lefebvre lui-même que cette demande accompagnée de cette consolante promesse lui fut faite alors qu'il était détenu a Hué. Mais dans quelle prison ? il est difficile de le savoir exactement. Le vieux Hué avait deux prisons principales : celle des prévenus appelée Tran-Phu et celle des condamnés appelée Kham-Duong. Nombreux sont les martyrs et les confesseurs de la foi qui les sanctifièrent par leurs souffrances et quelques-uns par leur mort. Mais nous savons qu'un certain nombre restèrent au Tran-Phu même après leur condamnation et que d'autres furent détenus dans des prisons secondaires ou en des lieux ordinairement affectés à toute autre destination, comme le Cung-Quan ou Hôtel des Ambassadeurs. Où fut emprisonné Mgr Lefebvre ?
    Il faut dire d'abord qu'au moment où se place l'épisode miraculeux que nous rappelons, le prélat était l'hôte des prisons de Hué pour la seconde fois. Déjà condamné à mort comme prédicateur du christianisme dans les derniers mois de 1844, il avait été délivré au printemps de 1845 par le contre-amiral Cécilie. Arrêté de nouveau pour le même motif en juin 1846, il fut derechef condamné à mort par le tribunal des mandarins de la capitale. Mais le roi Thieu-Tri, craignant de se faire des difficultés avec la France, ratifia, il est vrai, la sentence, mais en l'atténuant : l'évêque était bien condamné à mort, mais avec sursis. « Après être resté une dizaine de jours encore dans la prison des malfaiteurs, dit le P. Louvet, le prélat fut transféré dans la Maison des Ambassadeurs, et le roi, voulant se donner aux yeux des nations civilisées des airs de générosité, se décida de lui-même à le faire reconduire honorablement sur une de ses jonques de commerce à Singapore ; là, il fut remis aux mains du gouvernement anglais, avec prière de le renvoyer dans son pays ».
    Il semble bien, d'après ce passage de la Cochinchine religieuse que Mgr Lefebvre, en 1846, ne fut détenu que dans la prison des malfaiteurs et dans la Maison des Ambassadeurs. C'est donc dans l'un de ces deux lieux qu'il faut placer la vision relative au Carmel dont il fut favorisé. L'expression prison des malfaiteurs pourrait désigner à la rigueur le Tran-Phu, mais elle indique plus vraisemblablement le Kham-Duong, surtout que le vénérable confesseur de la foi fut non seulement condamné à mort, mais encore était un récidiviste, qui avait naguère bénéficié de la clémence (forcée) du roi. Quant à la Maison des Ambassadeurs, c'est évidemment le Cung-Quan.
    Malheureusement de ces trois lieux de détention (Kham Duong, Tran Phu et Cung-Quan) il ne reste plus rien ou presque. Mais on en connaît du moins l'emplacement1 et c'est encore bien quelque chose pour notre piété.

    Noces d'Or de deux Missionnaires

    Deux missionnaires, le P. Maire Edouard, du Yun-nan, et le P. Boutier Charles, de la Cochinchine occidentale, ont, au mois de septembre, célébré leurs noces d'or sacerdotales.
    A cette occasion, S. Em le cardinal Gasparri leur a envoyé la bénédiction et les voeux du Souverain Pontife.
    Nous ne connaissons pas exactement le texte de la dépêche expédiée au P. Maire, mais voici celui du télégramme qu'a reçu le P. Boutier.

    Sa Sainteté daigne vous envoyer tout paternellement bénédiction apostolique occasion noces d'or votre ordination sacerdotale et remerciant digne ouvrier évangélique, vaillant missionnaire forme pour lui voeux sainte prospérité.

    Le P. BOUTIER, Charles, né le 13 octobre 1845, aux Ponts-de Cé (Maine-et-Loire), prêtre le 21 septembre 1872, est parti pour la mission de Cochinchine occidentale le 6 novembre suivant.

    1. On voit encore le mur d'enceinte en ruines et les fossés de la prison KhamDuong dans l'angle nord-ouest de la citadelle de Hué, au milieu des marécages. La prison Tran-Phu était dans l'angle sud-est, près des remparts. Il n'en reste absolument plus rien. Plus rien non plus ne subsiste de la Maison (ou Hôtel) des Ambassadeurs, qui était située dans l'angle nord-est, près de la porte Dong-Bac ou Ke-Trai (Mirador X). Son emplacement est compris aujourd'hui dans la concession française.

    Le P. MAIRE, Édouard Ferdinant-Ernest, né le 28 février 1848 à Trondes (Meurthe-et-Moselle), a été ordonné prêtre et est parti pour la mission du Yun-nan, aux mêmes dates que le P. Boutier.

    1922/227-230
    227-230
    Vietnam
    1922
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