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Saint-Sulpice et Missions Étrangères

Saint-Sulpice et Missions Étrangères Le 5 juin dernier avait lieu la bénédiction du Séminaire de Saint-Sulpice à Hanoi. Assistance nombreuse et choisie : Mgr Dreyer, Délégué Apostolique d'Indochine ; Mgr Gendreau, Vicaire apostolique de Hanoi ; Mgr de Cooman, Vicaire apostolique de Thanh-hoa ; Mgr Chaise, Coadjuteur de Mgr Gendreau ; une cinquantaine de missionnaires des Missions Etrangères, des Dominicains français et espagnols, des Rédemptoristes, des prêtres annamites ; le Résident de France et le Gouverneur annamite de la province, etc., etc.
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    Saint-Sulpice et Missions Étrangères

    Le 5 juin dernier avait lieu la bénédiction du Séminaire de Saint-Sulpice à Hanoi. Assistance nombreuse et choisie : Mgr Dreyer, Délégué Apostolique d'Indochine ; Mgr Gendreau, Vicaire apostolique de Hanoi ; Mgr de Cooman, Vicaire apostolique de Thanh-hoa ; Mgr Chaise, Coadjuteur de Mgr Gendreau ; une cinquantaine de missionnaires des Missions Etrangères, des Dominicains français et espagnols, des Rédemptoristes, des prêtres annamites ; le Résident de France et le Gouverneur annamite de la province, etc., etc.
    Voici le discours que prononça, au cours de la cérémonie, S. Exc. le Délégué Apostolique.

    Vénérés Seigneurs,
    Mes Frères,

    L'Inauguration du Séminaire de Saint-Sulpice à Hanoi marquera une date dans l'histoire de l'établissement de l'Eglise au Tonkin et en Indochine.
    A un auditoire comme le vôtre pas n'est besoin d'expliquer la nécessité et les avantages d'un clergé indigène dans les pays de mission. D'avance vous en êtes convaincus par les faits. La Société des Missions Etrangères de Paris a été fondée, il y a trois siècles, avec le but précisément de donner des évêques aux missions, qui jusqu'alors n'en avaient pas, et d'organiser l'Eglise, avec sa hiérarchie et son clergé recruté dans le pays même. Dès le début, au prix d'héroïques efforts et en pleine persécution, les premiers Evêques du Tonkin fondèrent un séminaire, installé pour un temps sur une barque afin de pouvoir échapper par les arroyos aux poursuites des persécuteurs.
    Lors donc que les Souverains Pontifes Benoît XV et Pie XI, glorieusement régnant, ont élevé la voix dans les Encycliques mémorables Maximum illud et Rerum Ecclesiae en faveur d'un clergé indigène dans les Missions, ils ne faisaient pas autre chose que confirmer l'oeuvre accomplie en Indochine, en demandant aux Evêques missionnaires de l'étendre dans le monde entier des Missions.
    Certains missiologues qui, en Europe, prétendent s'intéresser au travail missionnaire, ne l'ont pas compris : ignorant tout de ce qui s'était fait avant eux dans les missions, ils ont cru entendre dans les documents pontificaux un appel à faire une oeuvre qui jusqu'alors n'existait pas. L'an dernier, me trouvant en France, un bon prêtre, formé par les missiologues en question, me demanda tout naïvement : « Eh bien ! En Indochine est-ce que ça prend, le clergé indigène ? Commence-t-il à y avoir des vocations ? » Je lui répondis : « Il y en a depuis trois siècles, et actuellement nous comptons exactement 1.200 prêtres indigènes vivants ! ».
    En venant donc ériger un séminaire à Hanoi, ces Messieurs de Saint-Sulpice n'entendent pas précisément commencer une oeuvre qui n'aurait pas été faite jusqu'à présent. Les séminaires existent dans le pays depuis longtemps. Mais voici le fait nouveau. Les temps et les circonstances évoluent, les Vicariats apostoliques, et par suite les séminaires, se sont multipliés ; par ailleurs le recrutement des missionnaires en France s'est fait plus difficile ; le nombre des vocations n'y est plus proportionné aux besoins. Les chefs des missions ont donc senti la nécessité d'être aidés, et plus précisément dans cette oeuvre qu'ils regardent à bon droit comme la première de toutes. Ils ont donc fait appel aux Sulpiciens et ceux-ci, fidèles à leurs antiques traditions missionnaires, ont répondu : Présents. Ils vont s'occuper ici au Tonkin de la formation du clergé.
    De fait, il ne suffit pas de recruter des vocations et de compter des prêtres ; il faut encore que ceux-ci soient formés, tant à la vie intellectuelle qu'à la vie morale et spirituelle. Là-dessus insistent également les Souverains Pontifes. De leur insistance nos missiologues de tout à l'heure ont conclu que jusqu'à présent le clergé indigène n'avait pas été formé, qu'on le laissait dans l'ignorance ou du moins à un degré de culture inférieur. De là à conclure qu'on le faisait par principe, il n'y avait qu'un pas ; le pas fut franchi et l'on insinua que les missionnaires voulaient ainsi s'assurer la domination pour toujours en pays de mission. Ici nous protestons avec la dernière énergie. Il faut savoir dans quelles conditions, au milieu de quelles épreuves et de quelles cruelles persécutions s'est faite la formation de nos prêtres pour comprendre qu'elle puisse présenter des lacunes ou des faiblesses au point de vue scientifique ; mais les premiers à les constater, à les déplorer et à vouloir y remédier, ce sont nos évêques et nos missionnaires, et c'est précisément pourquoi ils ont fait appel à ces Messieurs, qui sont des spécialistes de la formation sacerdotale et qui entendent bien élever nos prêtres d'ici au niveau de ceux de France, qui comptent parmi les premiers du monde.
    Les missionnaires veulent-ils par ce fait se décharger de ce qu'ils ont toujours regardé comme le premier de leurs devoirs ? Non certes ; il leur restera beaucoup à faire. Sans parler du soin des chrétiens, de l'administration des églises et de la conversion des millions de païens qui nous entourent, ils auront à recruter et à former les vocations dans les écoles préparatoires et les petits séminaires. Or n'est-ce point là un rôle des plus importants ? Que ferait le grand séminaire si les candidats ne lui arrivaient, et déjà en forme, au sortir des petits séminaires ? En ce temps de rationalisation du travail, nous constatons que les uns et les autres auront leur part également importante dans la formation du clergé futur.
    Voilà donc ce que signifie, et aussi ce que ne signifie pas, l'inauguration du Séminaire de Saint-Sulpice à Hanoi. Si vous êtes heureux, mes Frères, d'y participer et si vous entrevoyez déjà avec fierté le grandiose avenir qui s'ouvre pour cette oeuvre naissante, je suis pour ma part également heureux et fier de présider cette cérémonie à côté du vénérable Evêque de Hanoi. Pour lui, voilà bien exaucé un de ses voeux les plus ardents et couronnée la sollicitude qu'il a toujours témoignée pour la formation de son clergé, sollicitude héritée de ses héroïques prédécesseurs dans cette Mission du Tonkin. Il m'a semblé que le Saint Père devait être présent ici dans la personne de son Délégué, lui dont le monde entier connaît l'intérêt qu'il porte aux missions et dont nous savons qu'il a spécialement béni ce projet de Hanoi. Ce sera une grande consolation pour lui d'apprendre qu'il est enfin réalisé.
    De plus ne suis-je pas en quelque sorte ici le représentant de l'Eminentissime Supérieur de Saint-Sulpice, le Cardinal Verdier ? C'est lui qui, étant encore Vice supérieur de la Compagnie, accueillit ce projet, le patronna énergiquement et finalement le fit aboutir. L'année dernière, à Paris, il me dit : « Veillez sur mes fils ! » « Vos fils, Eminence, aetatem habent ; ils n'ont pas besoin qu'on veille sur eux. Mais, je le comprends, il s'agit de les soutenir, de les encourager, de les louer, de les féliciter ! » C'est fait.
    Enfin je me trouve moi-même spécialement qualifié pour remplir mon rôle d'aujourd'hui par le fait qu'au Canada, où j'ai longtemps vécu, j'ai pu admirer les merveilles accomplies par les Missionnaires de Saint-Sulpice. Il y a trois siècles, les Sulpiciens, cédant à des appels d'En haut, allaient fonder dans ce pays, alors colonie française, la ville de Montréal, y constituer le séminaire et la paroisse qui gardent encore ces noms qu'on prononce toujours avec vénération, dans une ville qui atteint aujourd'hui le million d'habitants. Alors qu'à Québec la Société naissante des Missions Etrangères de Paris faisait la même oeuvre, qui a triomphé de l'épreuve du temps et est devenue la base et le centre de la célèbre Université Laval, à Montréal le Séminaire des Sulpiciens a longtemps formé le clergé de presque toute l'Amérique du Nord. Or ce clergé du Canada, c'est un clergé fervent, plein de foi et de simplicité, actif et entreprenant, zélé pour les missions étrangères, qui, passé sous une autre allégeance, celle de la couronne anglaise, a gardé de sa formation, avec ses qualités éminemment sacerdotales, un amour indéfectible pour la France, la patrie de ses missionnaires et de ses aïeux. N'est-il pas touchant de voir ces deux mêmes Sociétés unir leurs efforts sur cette terre de Protectorat français pour faire la même oeuvre ? Leurs succès dans le passé et sur un autre continent ne sont-ils pas un gage assuré de ce que leur réserve ici l'avenir ?
    Ce Séminaire, nous allons donc l'inaugurer en multipliant nos prières pour attirer sur lui les bénédictions du Ciel. Joignez, mes Frères, vos prières aux nôtres, afin que cette maison devienne une pépinière de prêtres instruits et vertueux, qu'il en sorte des légions d'apôtres fervents et zélés, lesquels établiront sur ce pays que nous aimons le règne béni de notre doux Sauveur Jésus-Christ.
    1933/207-211
    207-211
    France
    1933
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