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Sacre de sa Grandeur Monseigneur Alexis Chambon

Sacre de sa Grandeur Monseigneur Alexis Chambon ARCHEVÊQUE DE TOKIO Le mercredi 4 mai 1927, les abords du Séminaire des Missions Etrangères présentaient une animation inaccoutumée. Dès 7 h. 30 du matin une grappe de fidèles se pressent devant la grille d'entrée. C'est que, dans notre chapelle va se dérouler la cérémonie si imposante et si belle du sacre d'un évêque : le Saint Père Pie XI vient, en effet, d'élever au siège archiépiscopal de Tôkyô Mgr Chambon, membre du Conseil Central de la Société des Missions Etrangères de Paris.
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    Sacre de sa Grandeur Monseigneur

    Alexis Chambon

    ARCHEVÊQUE DE TOKIO

    Le mercredi 4 mai 1927, les abords du Séminaire des Missions Etrangères présentaient une animation inaccoutumée. Dès 7 h. 30 du matin une grappe de fidèles se pressent devant la grille d'entrée. C'est que, dans notre chapelle va se dérouler la cérémonie si imposante et si belle du sacre d'un évêque : le Saint Père Pie XI vient, en effet, d'élever au siège archiépiscopal de Tôkyô Mgr Chambon, membre du Conseil Central de la Société des Missions Etrangères de Paris.
    Né à Vellore Ville, dans le Puy-de-Dôme, le 18 mars 1875. Sa Grandeur perdit sa mère dès l'âge de dix ans. Depuis, il fut élevé par les soins de son oncle, l'abbé Chambade, à l'institution Saint Pierre de Courpière, qui restera toujours cher à son coeur. Il passa de là au grand séminaire de Clermont, où sous la direction de maîtres Suppliciens, il se prépara au sacerdoce. Il était déjà diacre quand il arriva à Paris, au Séminaire des Missions Etrangères. Ordonné prêtre le 23 décembre 1899, il partit, le 24 octobre 1900, pour la mission lointaine de Hakodate où il travailla de tout son cur jusqu'en 1922. C'est à cette date que les évêques du Japon l'envoyèrent représenter au Conseil Central de la Société nos diocèses japonais des Missions Etrangères.
    Ses brillantes qualités attirèrent bientôt sur lui l'attention, l'affection et l'estime de tous. Aussi, quand on apprit que le vénéré Mgr Rey, usé par la maladie et par ses longues années de travail au Japon, se déclarait impuissant à porter plus longtemps le lourd fardeau de l'archevêché de Tokyo, tous les yeux et tous les voeux se tournèrent vers Mgr Chambon que nous considérions comme l'homme le plus apte à prendre le poste rendu vacant par la démission de son prédécesseur. Notre joie fut grande quand nous apprîmes que, le Saint Père en décidant ainsi, Mgr Chambon était élu pour occuper le siège archiépiscopal de la capitale du Japon.
    Le sacre du nouvel élu a donc eu lieu le 4 mai, fête du Patronage de St Joseph. Le soleil s'est mis de la partie. Une radieuse matinée de mai se lève sous le ciel gris de Paris. Au Séminaire des Missions Etrangères tout est à la joie; une animation inaccoutumée règne aux abords de la chapelle. Le prélat consécrateur sera notre vénéré Supérieur, Mgr de Guébriant, archevêque de Marcianopolis. Dès la veille, sont arrivés Mgr Marnas, évêque de Clermont et Mgr Cuaz, évêque d'Hermopolis Parva, ancien vicaire apostolique du Laos; ils assisteront le nouvel élu à la cérémonie du Sacre. Mgr Bruley des Varannes, ancien missionnaire du Japon, est venu, lui aussi, prendre part à notre fête. Nous avons aussi parmi nous les divers directeurs d'oeuvres missionnaires, Mgr Mério, Mgr Beaupin, Mgr Olichon, Mgr Bouchet, des représentants des diverses congrégations missionnaires, et de nombreux curés de Clermont venus assister à l'ordination épiscopale de leur ancien condisciple.
    La cérémonie doit commencer à 8 h. 30, mais, dès 8 heures, notre petite chapelle est si remplie, que de nombreux fidèles se voient forcés de renoncer à assister à la touchante cérémonie. Son Exc. l'Ambassadeur du Japon, empêché lui-même par une grippe, a tenu à se faire représenter par M. Kawai, attaché d'ambassade. Celui-ci occupera dans le choeur un fauteuil où il siègera en face de Mr Canet, conseiller des affaires ecclésiastiques au Ministère des Affaires Etrangères. Nous aurons ainsi la joie de voir les autorités civiles françaises et japonaises nous témoigner par leur présence leur bienveillante sympathie. C'est avec plaisir aussi que nous verrons à cette cérémonie un certain nombre de Japonais, chrétiens pour la plupart; citons entre autres M. Inabata, sénateur, M. Moriyama, consul, M. Nakamura,
    etc... etc... Perdus dans les rangs de nos séminaristes, on peut même distinguer trois jeunes lévites de Tokyo, venus en France pour s'imprégner de la plus pure culture ecclésiastique. Ils assisteront aujourd'hui avec émotion au sacre de leur archevêque.
    L'office va commencer. Oh! Ces ordinations dans cette chapelle où ont été formés tant de missionnaires martyrs... que de doux souvenirs elles évoquent dans nos curs! Elle sont si belles, si prenantes ces cérémonies, quand elles sont exécutées avec toute la majesté qu'y met le pontifical romain ! Par le symbolisme de leurs rites, par la beauté de leurs prières, elles sont la meilleure prédication qui puisse être sur la grandeur du sacerdoce chrétien.
    Mais aujourd'hui il s'agit de conférer à l'un d'entre nous la plénitude du sacerdoce. La cérémonie, à cause de sa rareté, nous est moins familière. Notre pieuse curiosité n'en est que plus grande. Ce sera un régal pour nos yeux et pour nos oreilles, et nos coeurs émus imploreront du Seigneur l'abondance des grâces qui descendra aujourd'hui sur Mgr Chambon. Nous passons ainsi deux heures qui nous paraissent brèves, tant les scènes sont variées, simples, instructives, majestueuses et touchantes. Quand, à la fin de la messe, le nouvel évêque revêtu de la mitre, la crosse en mains, accompagné de ses deux « parrains », fera le tour du choeur, nous donnant à tous ses plus chères bénédictions, notre émotion sera douce, et nos prières ardentes pour le nouvel archevêque.
    Après la cérémonie, une foule de parents et amis assaillent Mgr Chambon. Ils sont heureux de baiser son anneau. Lui, toujours souriant, se laisse faire et, avec sa bonté habituelle, donne à chacun une nouvelle bénédiction,
    Pour fixer le souvenir de cette journée, nous posons devant l'objectif photographe; après quoi nous passons au réfectoire, qui sera bien rempli aujourd'hui. Notre économe et nos bonnes religieuses ont mis tout leur zèle à nous préparer un agréable festin. Qu'ils en soient remerciés. La fête s'y poursuit, cordiale et gaie.
    A la fin du repas, Mgr de Guébriant se lève pour porter un toast. Avec la simplicité habituelle à ses discours, notre Vénéré Supérieur a laissé parler son coeur dans lequel il puise toujours ces perles si inattendues, si neuves, si fraîches, si touchantes. Il a eu un mot aimable pour tous, et, en le disant, son émotion était si sincère qu'elle a été vraiment communicative.
    Mgr Marnas s'est levé ensuite. L'austérité de sa figure cache mal son émotion quand il nous parle de sa carrière de missionnaire manquée; quand il nous dit son grand amour des Missions Etrangères, où il voulut entrer jadis. Il évoque ses voyages au Japon, dans ce pays si attachant dont il a conté la résurrection catholique. Mgr Chambon, son diocésain par la naissance, a aujourd'hui, comme archevêque de Tokyo, un nouveau titre à son affection; Sa Gr. Mgr Marnas le lui affirme, et chacun sent que ce sont là paroles sorties du coeur.
    Les longs applaudissements qui ont clôturé ce discours ont à peine cessée que se lève M. le chanoine Gaudron, Vicaire Général de Chartres. Que dira-t-il? A quel titre prend-t-il la parole ? Nous le saurons bientôt. Là-bas, en missions, nos confrères ne sont pas seuls à donner l'assaut à la citadelle de Satan. Entre autres auxiliaires nous comptons de nombreuses religieuses de divers ordres. C'est en leur nom que parlera M. Gaudron. Il est en effet aumônier et supérieur des Soeurs de St Paul de Chartress, qui, depuis de longues années, partagent avec nous au Japon, nos tribulations et nos joies. Aujourd'hui elles sont toutes unies à nous dans la prière, comme elles le seront demain dans le travail, sous le sage direction de Mgr Chambon. Tout cela est dit avec cette flamme dans laquelle nous reconnaissons les sentiments des religieuses de tous les ordres qui luttent avec nous dans nos missions.
    C'est enfin le tour de Mgr Chambon de prendre la parole. Il commence par se dire novice et inhabile dans ce genre oratoire. Novice peut-être ; mais il a été à bonne école. Il a été durant ces dernières années secrétaire de Mgr de Guébriant, « le plus heureux des secrétaires » nous avoue-t-il publiquement. Eh bien, il a si bien fréquenté son maître qu'il lui a ravi le secret de son éloquence, Comme lui, en effet Mgr Chambon ne fait que nous ouvrir son coeur, qui déborde de reconnaissance envers son consécrateur, envers ses assistants, envers ses anciens maîtres, ses condisciples venus de loin pour cette fête, ses confrères du Séminaire des Missions Etrangères, envers les aspirants, les postulants, etc., etc. Personne n'est oublié, et tout dit avec simplicité, délicatesse, et cet accent de sincérité qui le rend éloquent.
    Nos agapes prennent fin. La journée se terminera par des vêpres pontificales que chantera Mgr Chambon, journée que chacun de nous gardera parmi ses plus chers souvenirs.
    Adieu, cher et vénéré Mgr Chambon. Tous, ici, nous garderons le souvenir de votre doux visage, le souvenir de votre bonté. Tous nous unirons nos prières et nos voeux pour que Dieu vous donne un long et fécond épiscopat, dans cet Empire du Soleil Levant. Puissiez vous y voir régner enfin le Soleil de Justice, le Christ Roi Jésus.

    Ad multos annos!

    Jean CHABAGNO.

    1927/336-341
    336-341
    Japon
    1927
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