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Séoul (Corée). École et catéchumènes à An-Syeng

Séoul (Corée). École et catéchumènes à An-Syeng Lettre du P. A. Gombert, Missionnaire apostolique. L'année dernière, plusieurs lecteurs des Annales ont été pour moi si généreux, à l'occasion de la construction de mon église, que jamais je ne pourrai assez leur dire ma reconnaissance. Comme témoignage de ma gratitude, je me permets de leur conter aujourd'hui la petite histoire suivante. Ils ne pourront être qu'édifiés et contents de voir certains résultats obtenus par le missionnaire grâce à son école.
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    Séoul (Corée).

    École et catéchumènes à An-Syeng

    Lettre du P. A. Gombert,
    Missionnaire apostolique.

    L'année dernière, plusieurs lecteurs des Annales ont été pour moi si généreux, à l'occasion de la construction de mon église, que jamais je ne pourrai assez leur dire ma reconnaissance. Comme témoignage de ma gratitude, je me permets de leur conter aujourd'hui la petite histoire suivante. Ils ne pourront être qu'édifiés et contents de voir certains résultats obtenus par le missionnaire grâce à son école.
    C'est qu'elle a un nom coréen superbe, mon école. Elle s'appelle « l'École de la loi pacifique ». Elle a déjà quinze ans d'existence. Au début, je n'y admettais que les garçons, et puis le progrès survenant ici comme partout, j'ai dû, cinq ans après, y joindre une section spéciale pour les filles. C'est cette dernière surtout qui me donne les résultats les plus consolants. Chaque année, grâce à elle, je récolte quelques baptêmes de plus parmi les arrière petites filles d'Eve, notre si vieille grand'mère. Mais pour réussir à obtenir la permission de se faire baptiser, que de difficultés n'ont-elles pas parfois à surmonter, ces jeunes personnes d'apparence souvent si frêle. Le trait suivant va vous en donner une idée.
    Depuis quelque temps déjà j'avais quatre aspirantes au baptême. Elles faisaient avec ferveur leur probation. Trois mois durant, elles durent pratiquer la religion catholique, tout comme leurs compagnes chrétiennes, ensuite passer un examen minutieux sur la doctrine et la lettre du catéchisme, enfin obtenir la permission des parents.
    Mes quatre catéchumènes méritent que je vous les présente. Voici d'abord Tjyou Sye-oun, c'est Mlle Tjyou Nuage d'Ouest ; la deuxième a nom Han Pok-nye, Mlle Han Fille du Bonheur; la troisième est Kim My-nye, Mlle Kim Femme Merveilleuse, et enfin la quatrième s'appelle Hoang Oki, Mlle Hoang la Précieuse : tous des noms dignes du paradis, comme vous voyez.

    Les trois mois de probation terminés, on fixa le jour du baptême à la veille de la Pentecôte. L'examen fut brillamment passé par trois d'entre elles, mais la quatrième dut être renvoyée à plus tard pour subir un nouvel examen. Il s'agissait maintenant de faire l'assaut de la famille et un assaut en règle. Heureusement elles savent s'y prendre. Elles commencent toutes par la maman. Quand une fois cette forteresse est prise, la seconde, le papa, bien souvent tombe d'elle-même. Combien de fois déjà n'en ont-elles pas fait l'expérience.
    C'est la petite Han, la Fille du Bonheur, qui réussit la première et m'amena sa mère. Les larmes, les caresses avaient eu vite raison du coeur maternel, mais le père s'était montré plus difficile. Il craignait pour le mariage de sa fille. Les chrétiens, pensait-il, étant trop peu nombreux, il serait difficile de choisir un fiancé à la Fille du Bonheur. La maman me demanda donc le baptême pour son enfant et promit de suivre les lois de l'Église sur tous les points.
    Mlle Tjyou Nuage d'Ouest arriva la seconde. La pauvre mère n'avait que cette fille. Comment lui refuser? Le mariage futur la préoccupait bien un peu, mais l'enfant la rassurait en disant : « Mère, vous ne voyez donc pas que les jeunes gens catholiques sont bien plus gentils que les païens. Et les belles-mères chrétiennes, voyez comme elles sont douces pour leur bru ! » L'argument avait été sans réplique. La maman était venue me confier sa fille pour en faire un enfant du bon Dieu et lui trouver un gentil mari, quand le moment serait venu. Nous avons le temps d'y songer, car la jeune personne nà encore que 13 ans. Il est vrai qu'on se marie vite en Corée.
    Mlle Hoang la Précieuse a 13 ans elle aussi. Comme Fille du Bonheur, elle est fille unique, mais orpheline de son père. C'est une petite boule, tète ronde, oeil vif et noir. Elle m'arrive le jeudi soir, toute ébouriffée, les joues rouges, entre en coup de vent et, sans prendre la peine de souffler, me dit : « J'ai été battue par maman comme un paquet de linge sale. (En Corée, le linge se lave en le battant avec un maillet contre une grosse pierre). Elle pensait bien me faire passer l'envie de faire de la religion avec ses coups redoublés, mais j'ai eu la victoire. Elle m'a donné son sceau pour que je puisse signer à sa place. Vous savez, elle est toujours pressée, maman, avec son commerce de vin en gros. Aussi ne peut-elle venir elle-même et me voici. C'est très bien, ma petite, d'avoir été ainsi battue pour le bon Dieu. Cela te portera bonheur. D'ailleurs le bon Jésus n'a-t-il pas été battu pour toi. Tu peux bien recevoir quelques coups pour lui ». J'appelle alors mon instituteur et je lui fais dresser un acte de consentement en bonne et due forme.
    Mais pensant qu'il n'était pas convenable d'apposer nous-même le cachet, j'envoyai l'instituteur avec l'enfant, donner connaissance de l'acte à la marchande de vin et la faire signer de sa main. La fillette ne paraissait pas très enthousiaste de cette combinaison, toutefois elle partit sans mot dire. Mais c'est la maman qui fut étonnée, quand elle eut entendu les explications du maître d'école. « Que signifie tout cela ? Dit-elle. Je n'ai jamais consenti à ce qu'elle se fasse baptiser ». Tout était découvert, l'enfant ne pouvant obtenir l'autorisation, avait joué de ruse, en demandant le sceau de la mère pour mettre en règle des prétendus papiers d'école, puis elle était arrivée triomphante chez moi, pensant bien avoir réussi complètement. Je n'osais pas trop la gronder de son mensonge, d'autant plus que sa victoire était plutôt en train de se changer pour elle en défaite. En effet le brave instituteur avait bien essayé de prêcher la cause de la gamine, mais la maman s'était rabattue derrière le grand-père : « Elle a son grand-papa, qu'elle obtienne d'abord son consentement ». Et voilà Mlle Hoang avec un nouveau siège à entreprendre. Vous pouvez être sûrs qu'elle n'est pas découragée pour autant, car elle sait bien qu'elle finira par emporter la place. Elle prendra son temps.
    Il ne restait donc que Mlle Kim la Femme Merveilleuse, celle à qui j'avais imposé un nouvel examen Elle arriva le samedi à la pointe du jour avec une lettre de ses parents. Ceux-ci donnaient leur consentement, bien plus, ils intercédaient en faveur de leur fille, afin qu'elle obtînt d'être baptisée sans passer de nouvel examen. Qu'eussiez-vous fait à ma place ? J'avais bien envie de me laisser toucher ; mais la règle avait été posée, et je me montrai inflexible. Les deux infortunées durent se contenter d'assister au baptême de leurs compagnes et d'envier leur bonheur.
    Après leur baptême, Nuage d'Ouest et Fille du Bonheur se virent poser sûr la tête une couronne de roses avec le voile blanc, et une place d'honneur leur fut donnée ainsi qu'à leur marraine devant la table de communion. Pendant la messe, les enfants de la chorale chantèrent « Isti sunt Agni novelli ». Enfin vint pour elles le couronnement de toutes les grâces, elles firent immédiatement leur première communion. Jamais, n'est-il pas vrai, elles ne seraient aussi bien préparées à cette grande action que le jour de leur baptême.
    Depuis lors, mes deux petites néophytes sont des chrétiennes exemplaires. Quant aux deux autres, eh bien, Mlle Kim a passé brillamment son examen, elle a même réussi à m'amener sa mère, pour intercéder auprès de moi afin que le baptême lui fût donné cette fois sans retard. Quant à la petite Hoang, son dernier communiqué marquait des progrès dans le siège organisé contre son grand-père. Elle aussi finira par la victoire.

    1923/183-186
    183-186
    Corée du Sud
    1923
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