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S. G. Monseigneur Ducoeur

S. G. Monseigneur Ducoeur
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    S. G. Monseigneur Ducoeur

    Le 10 juin, à 10 heures du matin, Mgr. Ducoeur rendait son âme à Dieu, à l'hôpital St Joseph à Marseille. Très fatigué par 28 ans de séjour en Chine, dans une province réputée assez malsaine et souvent troublée par des agitations politiques, Mgr. Ducoeur ne s'était résolu qu'à la dernière extrémité à venir se reposer en France. Hélas, il était trop tard. Accompagné par le P. Héraud de sa mission, il s'embarquait à Hongkong au début de mai, mais arrivé à Colombo, sa santé commença à donner de vives inquiétudes. A Port-Saïd, son confrère lui administra le Viatique et l'Extrême-Onction. Le vénéré malade put néanmoins arriver jusqu'à Marseille, mais c'était pour mourir deux jours après. Il eut la consolation de revoir sa soeur et son beau-frère qui l'assistèrent à ses derniers moments. Mgr l'Evêque de Marseille vint le visiter deux fois et tient à présider ses funérailles qui eurent lieu dans la chapelle de l'hôpital. Le P. Sibers chanta la messe Les PP. Robert, Bibollet, Masseron, Demanse, Cadière, Héraud représentaient la Société des Missions Etrangères. Après la cérémonie le corps fut conduite à la gare et l'enterrement eut lieu le vendredi 14 à Rimont (Saône-et-Loire) selon le désir exprimé par le vénérer défunt. Les PP. Papinot et Bibollet représentaient le Séminaire de Paris à cette ultime cérémonie.
    Devant les « jeunes » de Rimont, groupés autour du cercueil de leur « ancien », M. le Supérieur du Petit Séminaire tira les hautes leçons que sa tombe, symbole visible et gage d'une protection aimante dans le ciel, devait leur laisser à tous en héritage. Citons quelques passages de cette oraison funèbre : nos futurs aspirants et leurs chers parents y trouveront les raisons profondes, les premiers de leur belle vocation, les seconds de leur grand sacrifice.
    Maurice François Ducoeur naquit à Nanton, au diocèse d'Autun, le 30 octobre 1878, d'une famille profondément chrétienne, dans laquelle la pensée de Dieu, les devoirs de la vie chrétienne, la soumission à la divine Providence étaient les pensées directrices de la vie quotidienne. Plus tard, dans son sermon de Première Messe à La Chapelle de Bragny, (où sa famille était alors fixée), il a rendu lui-même à son père et à sa mère ce magnifique témoignage :
    « Je crois qu'il m'est permis de le dire devant vous, au premier éveil de ma raison, j'ai vu autour de mon berceau les virils exemples de foi de mon père, j'ai grandi entouré de l'héroïque et pieux amour de ma mère ».
    Le voyant gravement malade à l'âge de quatre ans et condamné par les médecins, ses parents avaient supplié Dieu de le leur conserver, promettant de l'élever pour son service. En fait, ils l'élevèrent dès lors avec la pensée de le donner à Dieu et le présentèrent à Rimont à la rentrée de 1890.
    Maurice Ducoeur y fut un séminariste très pieux, dévot à la Sainte Vierge à qui il demandait la grâce du martyre. Ses maîtres ont gardé de lui le souvenir d'un élève extrêmement consciencieux et travailleur, régulier dans son effort et ses progrès. Ses camarades se rappellent en lui un condisciple plein d'énergie et d'entrain, très aimé de tous, marquant du reste sa charité par le dévouement et les services plutôt que par les affections affectives.
    Et n'y a-t-il pas déjà marqués là les traits fondamentaux d'une âme de missionnaire?
    En fait, à la fin de sa rhétorique, pendant laquelle il avait mûri son projet de vie missionnaire, Maurice Ducoeur pria son curé d'avertir ses parents et d'obtenir leur autorisation que ces bons chrétiens donnèrent en termes touchants :
    « Monsieur le Curé, c'est un grand sacrifice ; quand nous l'avons donné au bon Dieu, nous pensions que ce serait seulement pour être prêtre ; il nous le prend beaucoup plus que nous l'avions pensé ; mais enfin nous le lui avions donné, il est à lui ; nous ne songeons pas à le lui reprendre. Que sa sainte Volonté soit faite ! »
    Il partit au Séminaire des Missions Etrangères en 1898, et ordonné en 1901, il fut envoyé au Kouang Si. Il y travailla d'abord pendant une série de 9 années, et cela avec tant d'activité et de sagesse que ses confrères le demandèrent quand il fallut donner un successeur à Mgr Lavest. Il fut sacré à Nanning, siège de la résidence épiscopale, le jour de la Pentecôte 1911, le 4 Juin. Et voici à cette date l'impression que donne de ce sacre et de cet évêque le Petit Messager du Kouang-Si:
    « Je dirai seulement combien je fus ému quand je vis se prosterner devant l'autel ce jeune homme de 33 ans, acceptant dans l'abnégation de son âme la lourde charge que lui imposait la confiance de tous ses confrères. Au Kouang-Si, l'honneur est un vain mot, mais le fardeau est une terrible réalité. Nos trois premiers Vicaires apostoliques n'ont pu le supporter plus de dix ans. Je regrettais presque pour Mgr Ducoeur ces éminentes qualités qui l'ont déjà rendu avant l'âge plus vertueux, plus sage que ses vieux compagnons. Mais j'ai tort de lui prêter ma faiblesse ; il n'a que faire de ma piété. Il est le fort, le vaillant qui ne redoute pas la lutte, qui se plaît même au milieu des obstacles et des difficultés. Souhaitons-lui tout de même que le poids de sa charge lui soit léger, et qu'à lui seul, il le porte aussi longtemps qu'ensemble le portèrent ses trois prédécesseurs ».
    Hélas! Le voeu final ne s'est pas réalisé. Dix-huit années de rudes travaux ont eu raison non pas de son courage, mais de sa santé.
    Le secteur confié à ses soins était pauvre et très souvent dans ses lettres, il nous parlait de la piraterie et du brigandage qui désolaient son diocèse. Une lettre à Mgr d'Autun, en 1923, nous le montre dans l'humilité de son coeur comme aussi dans les difficultés de son apostolat :
    « Je suis, Monseigneur, un de ces pauvres ouvriers dont la tâche est bien trop grande pour leurs moyens ; que les échecs laissent assez étourdis et découragés, et qui regardent l'avenir avec une grande crainte. Je vous assure, Monseigneur, que mon portrait moral est tout à fait cela. Ce n'est pas celui d'un héros. Donc Monseigneur, au secours et sans tarder. J'ai besoin des prières de Votre Grandeur ; je ne puis vous dire combien, mais je suis sûr que votre coeur vous le dira. La Chine traverse une crise bien dangereuse ; et des provinces comme la Kouang-Si qui, depuis bien des années ont connu bien des misères, sont naturellement des plus atteintes. Notre pauvre mission est bien secouée par la tempête contre laquelle nous restons impuissants ».
    Nous lui laisserons pour compte le portrait moral dont il prétend nous faire admettre la ressemblance.
    Ce n'était pas une âme pusillanime celle du missionnaire qui, à trente-trois ans, recevait de ses confrères dans l'apostolat la marque d'estime et de confiance qui le désignait pour diriger ce difficile Vicariat. Ce n'était pas une âme pusillanime que celle de ce missionnaire qui, pendant vingt-huit ans, resta obstinément attaché à sa terre de Chine, et ne consentit à songer à revenir qu'absolument contraint par une santé malheureusement trop compromise.
    Tellement compromise qu'il ne toucha la terre de France que pour y mourir. Arrivé à Marseille le samedi 8 juin, après un voyage qui lui avait été infiniment pénible à cause de l'état du coeur gravement atteint, il dût être aussitôt transporté à l'hôpital.
    Rejoint dans la matinée du Dimanche par sa famille, et bien fatigué pour parler longuement, son premier geste fut pour montrer le Ciel, indiquant par là que toutes ses espérances y étaient désormais fixées. En fait, il ne parla plus d'aucune chose naturelle et matérielle, mais de Dieu seulement, des âmes et surtout des pécheurs.
    Il était du reste tout préparé, ayant, au cours du voyage, vu s'approcher en même temps que les côtes de France les rivages de l'Eternité. Au Missionnaire qui l'accompagnait et qui, effrayé, de son état, parlait de s'arrêter et de le faire transporter a terre, il répandait : « Non, non ! Je veux mourir sur la terre de France! »
    Il y mourut le surlendemain de son arrivée, en pleine connaissance, ayant accompli jusqu'au bout en toute conscience son grand sacrifice.
    Telle est cette vie. J'avais raison de me réjouir dans notre deuil, de me réjouir pour Rimont que la présence des restes de Mgr Ducoeur à St Joseph des Champs, au milieu de nos morts, en perpétue pour nous tous, et spécialement pour vous, mes chers enfants, la grande leçon.
    Leçon d'abnégation et d'énergie, leçon de magnificence dans le don de soi, qui ne rechigne pas devant l'effort, qui ne calcule pas devant les renoncements, comme ceux qui semblent toujours avoir peur de trop donner ou de trop se laisser prendre.
    Et je ne parle pas seulement ici du sacrifice initial de ce jeune séminariste de 18 ans qui, au sortir de sa rhétorique, s'arrache à sa famille et impose à ses parents une séparation dont la souffrance vient s'ajouter à celle de sa propre immolation. Mais que de renoncements suppose cette carrière de 28 années passées et ce sont les débuts à fonder des stations nouvelles dans de difficiles régions de Missions ; soit à partir de son sacre dans le gouvernement d'une Mission pauvre et rude, à tout moment désolée par le brigandage et la piraterie.
    Il avait demandé à la Sainte Vierge de lui accorder le martyre. Elle lui a donné de livrer goutte à goutte les forces de son corps, les énergies de son âme, l'amour de son coeur. Et pour que le martyre fut bien complet et bien couronné, elle lui a fait faire le rude sacrifice des consolations, bien méritées pourtant, qu'il eût pu trouver à vivre quelque temps au milieu de ceux qu'il aimait et qui se préparaient à l'entourer de tant de respectueuse affection.
    Sur le socle de la statue de St Symphorien qui se dresse dans votre cour de récréation, vous pouvez lire, mes chers enfants, ce testament superbe :

    Adolescentibus exemplum forte relinquam.

    Ce sera aussi le souvenir que vous rappellera désormais au milieu des tombes de Rimont celle de Mgr Ducoeur. Ce souvenir vous aidera à mieux comprendre que l'on n'a pas le droit de demeurer si volontiers médiocre quand on rêve d'être l'apôtre du Christ. Il vous rappellera qu'aujourd'hui aussi il faut, même au prêtre de chez nous, pour faire face aux rudes efforts d'une tâche souvent ingrate, l'esprit de sacrifice et de renoncement, la passion des âmes à sauver, la sainte hardiesse et la ténacité dans le travail qui ont fait de tout temps les vrais Missionnaires.
    Vous prierez pour lui, mes chers enfants, il l'a tant demandé. Mais aussi vous le prierez, nous le prierons de nous obtenir de Dieu :
    Les fortes vertus de son âme si profondément sacerdotale,
    La richesse et la fécondité de sa carrière apostolique,
    La sainte piété de sa mort, afin de nous retrouver tous ensuite avec lui auprès de Celui pour qui nous aurons dépensé notre vie et dont l'Eglise, à l'Office des Martyrs, interprète ainsi la prière et la magnifique promesse :
    « Je veux, mon Père, que là où je serai, là aussi soit celui qui m'aura bien servi ».

    1929/167-171
    167-171
    France
    1929
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