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S. G. Mgr Hayasaka

ANNALES DE LA Société des Missions - Étrangères SOMMAIRE SA GRANDEUR MGR HAYASAKA, par le P. Charles Cesselin. LES MOÏS DU CENTRE ANNAM. ENCORE UN QUE LE DIABLE N'AURA PAS! Par le P. Dou-treligne. LA BREBIS DU MISSIONAIRE. UNE MÉDAILLE COMMÉMORATIVE. NOUVELLES DES MISSIONS. Gravures : L'EGLISE DES XXVI-MARTYRS, A NAGASAKI. Moï PORTANT SA HOTTE. MOÏ ET SA FAMILLE. DAMES DES CENT MILLE MONTS. S. G. Mgr Hayasaka
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions - Étrangères

    SOMMAIRE

    SA GRANDEUR MGR HAYASAKA, par le P. Charles Cesselin. LES MOÏS DU CENTRE ANNAM. ENCORE UN QUE LE DIABLE N'AURA PAS! Par le P. Dou-treligne. LA BREBIS DU MISSIONAIRE. UNE MÉDAILLE COMMÉMORATIVE. NOUVELLES DES MISSIONS.
    Gravures : L'EGLISE DES XXVI-MARTYRS, A NAGASAKI. Moï PORTANT SA HOTTE. MOÏ ET SA FAMILLE. DAMES DES CENT MILLE MONTS.

    S. G. Mgr Hayasaka

    Dans le Compte Rendu du diocèse de Nagasaki pour l'exercice 1925-1926, M. Thiry, Vicaire Capitulaire, écrivait à propos du Département de Nagasaki les lignes suivantes : « NN. SS. Cousin (vé. de 1885 à 1911) et Combaz (1912-1926), évêques de Nagasaki, se conformant aux voeux du Saint Siège et poursuivant le but de notre Société, ont toujours eu soin de confier des places de choix aux prêtres japonais. C'est ainsi que depuis la création du clergé diocésain, le curé de la cathédrale a toujours été un Japonais ».
    Deux pages plus loin, M. Thiry ajoutait le paragraphe que voici :
    « Comme conclusion de ce qui précède, nous pouvons constater que les 52.000 chrétiens du Département de Nagasaki ont à leur tête, en grande majorité, des prêtres japonais 20 Japonais et 9 Français et que, à quelques unités près, toutes les paroisses sont parfaitement organisées et dotées pour la plupart de véritables églises. Il n'en est pas de même dans l'élément païen, dans la terre d'évangélisation où nous allons entrer. Au sortir de la persécution du commencement de l'ère de Meiji (1868-1912), nos chrétiens se trouvèrent complètement dépossédés de leurs biens ; ils étaient dans le dénuement complet. Il fallait pourtant coûte que coûte organiser des paroisses. La Mission de Nagasaki y consacra la plus grande partie de ses ressources en missionnaires et en finances, ne réservant pour les centres d'évangélisation en terre païenne qu'une légère allocation qui actuellement est même inférieure à ce qu'elle était il y a quarante ans. Ces centres d'évangélisation comprennent trois Départements : Saga, Fukuoka et Kumamoto ».

    Septembre Octobre 1927, no 177.

    On ne peut mieux marquer dans un schéma la situation respective des deux nouvelles divisions ecclésiastiques issues du diocèse de Nagasaki suivant le récent décret du Souverain Pontife qui crée :
    Le Diocèse de Nagasaki, avec 52.000 fidèles (C. R., 1926), confié désormais au seul clergé japonais (30 prêtres : C. R., 1926), et le diocèse de Fukuoka, avec environ 11.000 fidèles (C. R.. 1926), dont le territoire demeure toujours confié aux soins de la Société des Missions Etrangères.
    Au point de vue civil le nouveau diocèse de Nagasaki comprend uniquement le département de Nagasaki, lequel situé au N. O. du Kyûshû englobe également un certain nombre d'îles, dont les deux groupes des Gotô (18.000 fidèles) et de Hirado (11.000 fidèles) réputés au point de vue chrétien. A la date du 2 octobre 1920, le dit département de Nagasaki comptait 1.136.182 habitants ; quand à la ville de Nagasaki elle-même on estimait le chiffre de sa population à 176.534 habitants, actuellement elle englobe la plus belle chrétienté du Japon, à savoir celle d'Urakami rendue fameuse par les dernières persécutions du ixe siècle et comptant 8.000 fidèles pour le C. R. de 1926, sans parler des trois autres belles paroisses, de la cathédrale de Sainte-Marie, des XXVI Martyrs et de Saint-Joseph. Voilà pour la nouvelle terre autonome annexée à l'Eglise universelle.
    Le nouveau diocèse de Fukuoka in partibus infidelium, réservé au corps conquérant des Missions Etrangères et appelé évidemment lui aussi à être un jour occupé et administré par un clergé uniquement japonais, comprend les trois départements de Saga (673.895 hab), Fukuoka (2.188.249 hab.) et Kumamoto (1.233.233 hab.), soit un total de 4.095.372 avec une proportion approchée de 1/409 des chrétiens sur les infidèles. Le dit Diocèse s'étend sur la partie Ouest Nord Ouest de l'île de Kyûshû. La ville même de Fukuoka, olim Najimo, s'étend sur les rives d'une vaste baie faisant face au fameux (guerre russo-japonaise) détroit de Tsushima. La plus grande ville tout industrielle du diocèse est celle de Yahata (100.235 hab.) au nord du département de Fukuoka et à l'Ouest de la passe Moji-Shimonoseki. C'est à Yahata que l'on voit les grandes aciéries d'Etat du Japon moderne.

    Mgr Fernand Thiry (1884 dép. 1907-1927) devient le premier évêque du diocèse de Fukuoka. Préparé à sa mission par vingt ans d'apostolat, le Supérieur de la nouvelle Mission retient tout en faisant en parfaite simplicité le sacrifice de quitter cette Terre « Sainte » de Nagasaki l'avantage d'avoir participé d'assez près et même immédiatement depuis l'été 1926, c'est-à-dire la mort de Mgr Combaz de douce mémoire à l'administration d'une division ecclésiastique historiquement la plus importante de l'Eglise du Japon.
    Cette fois donc l'Eglise mère de Nagasaki reçoit en la personne de Mgr Janvier Hagasaka Kyûnosuke un évêque japonais, le premier Pontife issu d'une race à l'âme aussi fière que riche et conquérante ; voilà certes un fait qui ne restera pas de peu d'importance dans l'Histoire de l'Etablissement de l'Eglise en Extrême-Orient, ou pour mieux dire en Asie. Si l'on devine la joie toute surnaturellement apostolique du Pontife suprême, sa Sainteté Pie XI, il n'est pas téméraire ni déplacé de deviner l'allégresse au séjour des Elus sans doute de ces Pontifes de l'Eglise de Jésus ressuscitée au Japon que furent à la suite de l'inoubliable et chevaleresque Mgr Forcade, NN. SS. Petitjean, Laucaigne, les instaurateurs de la cléricature catholique en des jours inoubliables, NN. SS. Cousin et Bonne, les authentiques pères du clergé japonais à Nagasaki (David et Jonathas, Saint Basile et Saint Grégoire), Combaz leur légataire bien au fait, et puisque Mgr Bonne fut transplanté à Tôkyô, pourquoi ne pas associer à ces fondateurs de l'Eglise japonaise Mgr Ozouf, le premier archevêque vénéré de tous de ce Tôkyô où bien des trésors de zèle furent dépensés pour la formation de la jeunesse japonaise sans doute, de la jeunesse cléricale en particulier. Justement ce serait un impardonnable oubli de ne point saluer ici la figure toujours au Japon auréolée de prestige la figure si symbolique pour la jeunesse japonaise de ce beau vieillard, de ce grand prêtre à l'âme noble, droite, chevaleresque, toute d'idéal antique, que fut le toujours cher, toujours éloquent Père Ligneul. Du haut du ciel, vénéré Père, vous pouvez sans doute entendre le merci de bien des coeurs jeunes à l'image du vôtre toujours énamourés de votre claire et souriante et si pieuse et nette image. Vous avez passé parmi la jeunesse japonaise en y semant autre chose que du vague et chimérique sentimentalisme, du piétisme, vous y avez dans une chaude mais ferme et apostolique doctrine marqué le droit chemin vers le seul idéal réalisable, mais sublime par-dessus tout, mais vrai avant tout proposé par l'infrangible discipline catholique. Combien n'est-il pas doux aujourd'hui pour tous, et pour vous aussi dans votre si beau Ciel si vide d'orgueil, de complaisance en soi-même, de songer que Sa Grandeur Monseigneur Hayasaka reçut à ses premiers pas vers les sommets de la hiérarchie l'empreinte si bien marquée de votre grande âme assoiffée de clarté, de jeunesse, et de sacrifice, de votre âme droite et souple à la fois et invincible et pourtant si humble, telle la Durandal de tous les preux. Voilà bien sans crainte d'erreur le couronnement inauguré de l'OEuvre de la Société des Missions Etrangères au Japon. Un de ses dignes fils encore, Sa Grandeur Monseigneur Berlioz, le vénérable et toujours premier évêque de Hakodate, doit en son âme forte et magnanime, éprouver de bien grandes émotions spirituelles, en livrant à l'Eglise universelle sacrifice d'un nouveau genre l'aîné actuel de ses tant chers petits Japonais. Et sans doute, il est le premier, à associer à pareil honneur ses Pairs en l'Eglise triomphante et le cher Père Ligneul, dont il fut l'intime parmi les intimes, tant leurs âmes d'un spiritualisme aussi tendre que classique, n'ont cessé de vibrer aux mêmes souffles, toujours les souffles du large dans le temps comme dans l'espace de ce monde de l'Esprit qu'est l'unique Eglise.
    Cher Père Ligneul, une âme sans peur et sans reproche, la vôtre, aujourd'hui peut se laisser reconnaître déjà en ce jeune chef que devient Mgr Hayasaka, tant il est vrai qu'ici-bas la première formation reçue un proverbe japonais l'insinue parfaitement demeure toujours la plus vivace quelque vocation qui soit en jeu. C'est bien un fils de votre esprit, un fils de votre âme et aussi un fils de votre coeur que par le Souverain Pontife, Pape des missionnaires, le Saint Esprit vient d'appeler au siège épiscopal de Nagasaki la capitale du martyre au Japon. Cher Père Villion, à coup sûr, votre jeune âme de 84 ans doit exulter là-bas au premier bastion de la citadelle du Bouddhisme japonais : avec le Père Ligneul, vous êtes l'un de ceux qui ont le plus fait confiance à l'âme japonaise. Rien n'a pu vous décourager, ni vous blaser, il en va ainsi de toutes les âmes consumées par la flamme apostolique, lesquelles, au surplus, sont assurées de ne jamais se tromper puisque la seule manière fût-on apparemment dupe de faire du bien aux hommes, de les sauver, c'est de les aimer, donc de leur faire invincible confiance. Les «businessmen de » tous les positivismes eux-mêmes ont besoin de recourir à la confiance. Voici précisément que la Providence divine vient officiellement consacrer cette confiance. Actuellement, la jeunesse japonaise plus frémissante de vie que jamais ne peut ne point éprouver le besoin indépendamment des autorités locales régulières d'un guide de sa race, d'un chef à l'âme généreuse, capable de saisir toutes ses aspirations et en pleine possession à la fois d'un regard clair aussi ferme que plongeant au loin dans l'avenir et du geste qu'on ne discute pas. Cette fois, ce chef, on peut dire qu'elle l'a trouvé. Si elle a soif d'éloquence, éloquence du verbe, éloquence de la plume et elle n'en manque point ; si elle a elle-même soif de jeunesse et combien ! Dieu sait, eh bien, il est semble-t-il difficile d'y contredire elle est servie à souhait..., elle s'y attendait du reste bien un peu. A elle maintenant d'accorder plus que jamais pleine confiance à l'Eglise catholique qui ne lui a point manqué à l'heure venue et dont des disciplines détiennent et elles seules le secret de la vie.
    Ce n'est sans double point de façon fortuite que Mgr Hayasaka se trouve être le premier ecclésiastique japonais ayant fait ses études et ayant été revêtu du sacerdoce au Collège urbain de la Propagande, c'est encore à Rome même, centre de la catholicité que la plénitude de ce sacerdoce va lui être conférée, en la prochaine fête du Christ Roi. N'est-ce point un peu le Japon qui vient chercher son investiture au Siège de Pierre, telle la Rome de Constantin, pour des conquêtes autrement durables et glorieuses que celles des armes matérielles ou de la politique du plus fort ?
    C'est avec la plus grande opportunité que la Croix du 28 juillet souligne « les raisons de l'acte si grave » par lequel Sa Sainteté le Pape Pie XI accorde pour la première fois le privilège de la majorité à la fille aînée de l'Eglise du Japon de même que « le rôle magnifique joué par la Société des Missions Etrangères de Paris dans la préparation de ce glorieux événement ».

    Effectivement le nouvel évêque de Nagasaki demeure bien le fils, le fils aîné dans l'épiscopat de la vénérable Société qui a repris à son compte le mot du Baptiste « Illum oportet crescere, me autem minui » (Joan. III, 30), si bien que la gloire de son élévation au siège qui sait ! De cette future primatiale du Japon, rejaillit tout entière sur le présent comme sur le passé de la dite phalange.

    ***

    Agé de 42 ans et muni de diplômes parfaitement romains, Mgr Janvier Nagasaki Kyûnosuke naquit en 1885, dans une humble famille au bon sens légendaire de la ville universitaire à la fois et militaire de Sendai (120.000 habitants), à mi-chemin entre Tôkyô et Hakodate, à deux petites lieues du Pacifique. A cette époque, cette bonne ville créée par la puissante féodalité du XVe siècle, fut évangélisée successivement par deux missionnaires de haute valeur, les PP. Brotelande et Le maréchal ; au point de vue juridiction, elle faisait partie du Vicariat apostolique du Japon septentrional. Que c'est loin déjà ! Le père du nouvel évêque était un fervent du Bouddhisme mais non point du Bouddhisme protestant, certes ! Car même en plein hiver, il ne reculait point devant les plus rigides exercices d'un ascétisme combien oriental ! Ame simple et droite, positive et joviale à l'envi, il se convertit et donna au Bon Dieu par le Baptême 4 fils et 3 filles, et par le Sacerdoce, sous l'intelligente et perspicace conduite du zélé Père Cl. Jacquet le 2e et le 4e de ses dignes héritiers. Deux frères prêtres Janvier et Irénée Kyûnosuke et Kyubei, un dytique remarquable que Rome prit un jour et rendit à Mgr Berlioz marqués de son sceau. C'est bien le confiant Père Jacquet qui ayant baptisé le plus jeune, Irénée, discerna les deux vocations, comprit ces âmes on ne peut plus soeurs, apprécia leur métal et percevant l'appel divin les coucha sur la douce et forte enclume de l'initiation cléricale pour en faire de fiers samouraïs du Christ Jésus, à l'âme belle et forte et droite, telle une lame de l'artiste forgeron shintoïste Masamune XIVe siècle).
    Entre temps, le Souverain Pontife Léon XIII ayant partagé le Japon en quatre territoires ecclésiastiques, puis institué la hiérarchie épiscopale avec un archevêque (Mgr Ozouf) à Tokyo (1891), Sendai était passée dans la juridiction du Supérieur de la nouvelle mission diocèse de Hakodate, Sa Grandeur Monseigneur Al. Berlioz, qui même y eut sa résidence régulière de 1902 à 1924. De 1898 à sa mort (28 avril 1927), le bon Père Jacquet devait être le Vicaire Général, du vénéré little bishop, comme aime à se désigner lui-même Mgr Berlioz. C'est aux premières années du siècle qu'à Sendai, le P. Jacquet acquit un terrain réservé à la création d'un Séminaire. Toujours suffisant à de multiples tâches, l'unique Curé du Sendai d'alors enseigna les notions du latin au jeune Janvier Hayasaka, dans l'intervalle des cours que ce dernier suivait à l'un des lycées de la ville, puis l'envoya en vue d'une formation plus suivie au Séminaire de Tôkiô que dirigeait alors le P. Ligneul, dont le rôle important dans la Direction des jeunes lévites a été marqué plus haut mais le Séminaire de Sendai prenant quelque forme grâce à des ressources passagères de personnel et de fonds pécuniaires l'aspirant au sacerdoce revint au pays natal et reçut successivement les enseignements du P. (aujourd'hui Mgr Chambon), et du P. Deffrennes qui, lui, conjointement et en étroite et déférente union avec l'autorité aiguilla vers Rome le futur premier prêtre japonais sorti du Collège urbain de la Propagande. A cette époque le Diocèse de Hakodate comptait depuis 1900 à Sendai comme vicaire du cher P. Jacquet, un très digne et apprécié prêtre japonais. M. Thomas Araya, vocation tardive, admirablement formé à Nagasaki par ce supérieur de Séminaire qui devait devenir archevêque de Tôkiô, Mgr Bonne, dont il a été également parlé plus haut. Prématurément M. Thomas Araya est décédé inopinément en 1918 des suites d'un accident et en laissant un réel vide. Avec lui aussi le clergé japonais a déjà fait ses preuves.
    C'est en 1905, que Mgr Berlioz, soucieux de léguer au clergé japonais à venir une formation apostolique complète, puisée directement à la tradition authentique de l'Eglise Romaine, tout en répondant du reste, est-il besoin de le dire ? Aux voeux de la Propagande, s'en vint introduire au Collège urbain l'aîné de ses chers Romains. Pour ce qui correspond à nos études humanitaires, il ne faut point omettre de dire que le futur orateur sacré des grands jours et écrivain alerte, net, imagé de la bonne presse japonaise et dialecticien bien au fait des débats juridiques des Commissions politiques religieuses et habile secrétaire à l'entregent primesautier, enjôleur à la fois et franc à plaisir sinon taquin, capable de bien servir une Délégation Apostolique, avait parcouru avec succès le cycle normal des études classiques secondaires comme celles du lycée supérieur de Sendai, où, pas plus que son frère cadet Irénée et son parent l'abbé Pierre Doi, il n'est point passé inaperçu. Au collège urbain, il ouvrit la voie à tous les futurs candidats japonais aux distinctions que sait conférer Rome. Lévite sérieux à la piété nette, il confit parfaitement sa bonne humeur native dans la bonhomie italienne, et lorsqu'en 1911, revêtu du sacerdoce il reprit pénétré de culture romaine , le chemin de ce Japon où plus d'une chose évoque l'image de la Rome antique, il apparaissait remarquablement étoffé pour toutes les tâches éventuelles de l'avenir: or il se trouve précisément qu'il a dû s'essayer à tous les genres de ministère possibles au Japon.
    Pour débuter, l'abbé Janvier Hayasaka fut placé comme vicaire sous la direction de M. Chambon, alors curé de la cathédrale de Hokadate et sacré lui-même cette année 1927, 4 mai, archevêque de Tôkyô curé et vicaire faisaient ensemble leur stage préparatoire à l'épiscopat, de par leur ardeur toujours calme et jeune leurs âmes devaient se comprendre facilement autant que par leur aptitude à dominer les questions pratiques et théoriques. Dans la suite le vicaire de cathédrale fut appelé à exercer le saint ministère à la campagne, surtout pendant la période de la guerre qui fut pour lui l'occasion de prendre un district dont le titulaire se trouvait mobilisé. La mort de M. Araya, le dévoué vicaire de Sendai, privant Monseigneur Berlioz de son secrétaire ès pièces administratives et porte-voix devant les bureaux méticuleux de l'Enregistrement ou autres, ce fut le pasteur par intérim de la chrétienté de Kesennuma, qui, en été 1918, vint en sa propre ville natale de Sendai, prendre à la pro cathédrale la place laissée vacante ; cette situation devait durer jusqu'en 1922, à savoir jusqu'au moment où un ordre supérieur vint prendre l'ancien clerc du Collège de la Propagande pour en faire à la Délégation Apostolique de Tôkyô, le secrétaire de Son Excellence Mgr Giardini, là même où son ancien curé, le futur Mgr Chambon, venait de le précéder comme secrétaire (1920-1921) de Son Excellence Mgr Fumasoni-Biondi.
    Les choses étaient ainsi lorsque survint le 1er septembre 1923 le fameux tremblement de terre qui fit l'effet à Tôkyô d'une répétition préalable des scènes de la fin du monde. Du quartier de Tsukiji, où la Délégation se trouvait provisoirement installée à l'archevêché, ce ne fut qu'à grand'peine que Mg Giardini et l'abbé Janvier Hayasaka, déjà bien au courant des aspirations de la jeunesse catholique japonaise, s'échappèrent. Une des conséquences du désastre fut le retour dans le diocèse de Hakodate du jeune secrétaire en possession cette fois sinon d'un diplôme de l'Ecole des Nobles ou des Hautes Etudes Diplomatiques du moins d'une information pratique des mystères des chancelleries bien précieuses pour l'avenir. De son nouveau poste de Taira, à proximité de l'archidiocèse de Tôkyô, tout comme d'abord de la campagne sud de Sendai, le secrétaire redevenu zélé pasteur d'âmes continua par intermittences à rendre de précieux services au représentant du Saint Siège, aussi lorsqu'au printemps 1926, le ministère japonais de l'Instruction Publique, auquel est relié le Bureau des Affaires religieuses, ayant projeté d'accorder par voie législative un statut légal aux religions pratiquées dans l'Empire du Soleil Levant, établit une Commission consultative et convoqua à cette fin à Tôkyô des représentants des diverses sociétés religieuses, ce fut M. l'abbé Janvier Hayasaka, qui sur la présentation de son Excellence Mgr Giardini, fut désigné et appelé télégraphiquement par le ministre responsable à titre de représentant de l'Eglise catholique au cours des conférences à intervenir entre les divers membres de la susdite commission, à savoir : 7 bonzes du côté des diverses sectes bouddhiques, 3 kannushi ou prêtres shintoïstes, un évêque protestant. Comme résultat de maintes consultations entre le gouvernement d'une part et ce comité technique pourrait-on dire, un projet de loi avait vu le jour qui, en dépit de certaines réserves doctrinales formulées, devait fixer la situation juridique de chaque communauté religieuse : on sait aujourd'hui qu'approuvé par la Chambre des représentants ledit projet a échoué à la Chambre des Pairs provisoirement et conditionnellement sans doute ; on sait du reste, que les sectes bouddhiques opposées au projet ont plus d'un appui efficace dans le monde politique.
    C'est ainsi qu'indépendamment de maintes reconnaissances apostoliques effectuées à la suite du Délégué apostolique à travers les divers territoires ecclésiastique de l'Empire, l'activité sacerdotale de M. l'abbé Janvier Hayasaka prit sans tarder du relief à la faveur même des principales manifestations de l'activité religieuse de son cher pays, dont il a su faire sien l'état d'âme; il ne faut point omettre d'ajouter en effet qu'au synode national de Tôkyô, tenu en 1925, il avait déjà pris un rôle actif en tant que secrétaire du président synodal, c'est-à-dire, son Excellence Mgr Giardini. Voilà en bref le curriculum vitae du nouvel évêque de Nagasaki, élu par décret du 16 juillet 1927. Qu'il suffise, en répétant qu'il est remarquablement doué pour la parole et la vie de société comme pour la plume, d'ajouter à l'acquis de Monseigneur Janvier Hayasaka, outre la connaissance très littéraire du japonais, des classiques chinois et du latin d'Eglise, une maîtrise charmante des langues française, anglaise et italienne.

    ***

    Nul besoin d'ajouter que la Société des Missions Etrangères ne peut être justement fière du choix opéré par le Saint-Siège. Voilà la toute première consécration définitive de ses labeurs à travers les champs de l'apostolat de l'Extrême-Orient, ce n'est pas la nouvelle Eglise japonaise de Nagasaki ni surtout son nouveau chef qui oublieront de sitôt les artisans patients de la résurrection du catholicisme au Japon. De leur côté les missionnaires du nouveau diocèse de Fukuoka, en quittant avec Mgr Thiry le beau fief offert de grand coeur à l'Eglise universelle, seront les premiers à se réjouir et du nouveau progrès marqué par l'Eglise conquérante et des futurs succès de leurs frères d'armes, car la fraternité de l'Apostolat c'est là le lien commun qui par la prière et le sacrifice restera entre Fukuoka et Nagasaki : Frater qui adjuvatura fratre quasi civitas fortis.
    Si les sympathies doivent aller nombreuses au successeur élu d'Evêques qui furent les créateurs de ce beau diocèse de Nagasaki NN. SS Combaz, Cousin, Laucaigne et Petitjean, avec l'hommage de toutes les félicitations et de toutes les prières de la Société des Missions Etrangères, c'est bien cette fois la première occasion de clamer trois fois à la Japonaise le vivat classique des consécrations épiscopales : Banzaï, Banzaï, Banzaï : ad multos annos !

    CHARLES CESSELIN.



    1927/408-419
    408-419
    Japon
    1927
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