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S. G. Mgr de Guébriant nommé archevêque de Marcianopolis et assistant au Trône Pontifical

S. G. Mgr de Guébriant Nommé Archevêque de Marcianopolis et assistant au Trône Pontifical. La veille de Noël est arrivée au Séminaire des Missions Étrangères une dépêche de Rome annonçant que le Supérieur du Séminaire et de la Société des Missions Étrangères, Mgr de Guébriant, venait d'être élevé à la dignité d'archevêque de Marcianopolis et d'Assistant au Trône Pontifical. Voici la traduction de la lettre que lui a adressée à ce sujet S. E. le cardinal Van Rossum, préfet de la Propagande. Rome, 23 décembre 1921.
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    S. G. Mgr de Guébriant

    Nommé Archevêque de Marcianopolis et assistant au Trône Pontifical.

    La veille de Noël est arrivée au Séminaire des Missions Étrangères une dépêche de Rome annonçant que le Supérieur du Séminaire et de la Société des Missions Étrangères, Mgr de Guébriant, venait d'être élevé à la dignité d'archevêque de Marcianopolis et d'Assistant au Trône Pontifical.
    Voici la traduction de la lettre que lui a adressée à ce sujet S. E. le cardinal Van Rossum, préfet de la Propagande.

    Rome, 23 décembre 1921.

    ILLUSTRISSIME ET REVERENDISSIME SEIGNEUR,

    J'ai le plaisir de vous annoncer que le Saint-père a daigné promouvoir Votre Seigneurie au titre archiépiscopal de Marcianopolis et vous nommer Assistant au Trône Pontifical.

    JANVIER FÉVRIER 1922. N° 143.

    Je vous remets ci-joint le décret de la Sacrée Congrégation Consistoriale avec les serments à prêter, en relation avec cette nomination. Je vous ferai transmettre le bref de nomination d'Assistant au Trône dès qu'il sera prêt.
    Je me réjouis sincèrement de cette marque d'estime que le Saint-père a voulu vous donner, à vous qui avez si bien mérité des Missions de l'Extrême-Orient ; elle honore en vous le missionnaire infatigable, le Vicaire Apostolique, en même temps que le Visiteur Apostolique de la Chine et de la Sibérie.
    Que le Seigneur vous conserve longtemps, bénisse les efforts que vous consacrerez désormais au Séminaire et à la Société des Missions Étrangères, et daigne perpétuer dans cette maison l'esprit de ses fondateurs.
    Avec mes sincères félicitations, veuillez aussi agréer les voeux que je vous offre pour le commencement de la nouvelle année. Je prie Jésus Enfant de vous accorder des jours nombreux et prospères.
    Votre très dévoué Serviteur

    C. M. Card. VAN ROSSUM, Préf.

    P. FUMASONI-BIONDI, Secr.

    La famille des Missions Etrangères a été profondément heureuse et fière de la double dignité accordée à son chef ; elle ne saurait mieux témoigner au Saint-siège sa vive gratitude que par un redoublement d'attachement pour lui, et de zèle pour le salut des très nombreuses âmes qui lui sont confiées sur les terres païennes. Nos lecteurs s'uniront à nous pour prier Dieu d'exaucer les voeux de l'Éminentissime Préfet de la Propagande : « Que le Seigneur vous conserve longtemps, bénisse les efforts que vous consacrerez désormais au Séminaire et à la Société des Missions Étrangères, et daigne perpétuer dans cette maison l'esprit de ses fondateurs ».

    Parmi les martyrs des dernières persécutions (1858-1862) de Tu Duc dans le royaume annamite, une enfant se fit remarquer par un courage bien au-dessus de son âge. En étudiant la cause de sa Béatification récemment introduite, notre procureur général à Rome, le P. Carnier, ancien missionnaire en Cochinchine, s'est plu à relever les principaux traits qui signalèrent l'emprisonnement et les supplices de cette enfant; nos lecteurs ne pourront lire ces pages sans une émotion profonde, et sans une grande reconnaissance pour Dieu qui donne de telles forces à la foi.

    C'était vers l'année 1860. Le roi Tu Duc, qui régnait alors sur l'Annam et le Tonkin, voulant extirper de son royaume la religion chrétienne, ordonna de rechercher et de tuer tous les prêtres. Quant aux simples fidèles, les mandarins reçurent l'ordre de les emprisonner et de les pousser par divers tourments à l'apostasie. Ceux qui cédaient sous la violence des tourments étaient renvoyés à leur maison, restant cependant toujours sous la surveillance des chefs de villages païens. Ceux qui parmi les simples fidèles étaient les chefs des différentes chrétientés, même s'ils avaient consenti à renier leur foi, étaient pour raisons spéciales maintenus en prison même après leur apostasie, mais dans des lieux distincts où ils jouissaient de nombreuses commodités. Or, dans une province de l'Annam, communément appelée Khanh-Hoa, étaient détenus par les mandarins, avec des chrétiens fidèles, plusieurs chefs de chrétientés apostats. Au lieu d'aider les pauvres fidèles par l'exemple de leur courage, ces malheureux étaient pour les autres une pierre de scandale, et ils n'avaient pas honte de blâmer les fidèles de leur constance et de dire : « Contre les dents, il n'y a rien à faire, il faut plier pour ne pas être brisé. La tempête une fois passée, nous serons de bons chétiens comme auparavant, nous n'apostasions que de bouche et non de coeur ».
    Malgré cela, il ne manqua pas de généreux confesseurs qui résistèrent jusqu'à la mort, et ne renoncèrent pas à leur foi; parmi tous, se distingua, en gagnant la belle couronne du martyre, une petite fille dé treize ans. Appartenant à une famille pauvre et très catholique, elle avait été baptisée de bonne heure et éduquée chrétiennement par ses parents ; on ignore cependant le nom qui lui fut, donné aux fonts baptismaux. Dans ces régions où les chrétiens vivent avec les païens qui sont en majorité, il n'est pas d'usage de se servir du prénom pour désigner quelqu'un, car ce prénom n'est connu que des parents et des amis, qui cependant ne l'emploient pas. Et voilà pourquoi de notre chère petite jeune fille, l'on ne connaît que son nom, Gian. De sa première communion l'on ne sait rien non plus : les prêtres étant alors peu nombreux et contraints par la persécution à vivre cachée, les fidèles réussissaient très difficilement à fréquenter les sacrements. Quelquefois cependant, la paroisse de Gian fut visitée par un prêtre indigène, d'où l'on peut croire; non sans probabilité, que notre fillette, déjà bien instruite par ses parents des choses de la religion, et sachant par coeur beaucoup de belles prières, fut admise à la Sainte Table. La force avec laquelle elle sut résister à toutes les tentations et à tous les tourments, d'où pouvait-elle la tenir sinon de ce céleste aliment qui est appelé le pain des forts?
    Bien différente des autres Annamites, qui presque tous avec le teint à moite jaune de leur race ont les cheveux lisses, Gian avait le visage un peu bronzé et les cheveux frisés ; à cause de cela ses compatriotes ne la trouvaient pas gracieuse. Mais combien belle aux yeux de Dieu était son âme ! Humble et de caractère très doux, très obéissante à ses parents, elle ne causait jamais de peine ni d'ennui à personne ; pieuse et vertueuse, en tout digne de louange, elle éveillait la sympathie de ceux qui la connaissaient.
    Or un jour Gian, son père, sa mère, sa soeur aînée et d'autres fidèles de la paroisse furent arrêtés ; tous furent conduits à la préfecture voisine. Interrogés par le préfet, ils furent soumis à la bastonnade pour les pousser à renoncer à leur religion; et, comme ils refusèrent d'apostasier, les soldats du préfet les menèrent aux grands mandarins de la province. Nouvel interrogatoire, nouveaux coups de bâton. Quelques chrétiens cédèrent, mais Gian et toute sa famille résistèrent; pour cela ils furent emprisonnés.

    Voici donc ces bons chrétiens pêle-mêle avec des criminels de droit commun. Tous pendant le jour ont les épaules chargées de la cangue, mais de nuit, ils en sont déchargés pour être liés aux ceps par un pied. Il est d'usage chez les Annamites, jusqu'à ce que le juge ait prononcé la sentence définitive, de ne pas nourrir les prisonniers qui doivent se procurer eux-mêmes la nourriture si leur famille ne leur en apporte pas. Mais qui aura soin de notre petite jeune fille et des siens? Tous sont en prison, il ne reste personne à la maison, et de plus ils sont pauvres. Ils ne purent donc vivre que des aumônes des autres fidèles plus fortunés, et Dieu sait combien de fois ils durent souffrir de la faim! De temps en temps le mandarin les appelait devant son tribunal pour leur faire subir divers interrogatoires, avec de nouvelles bastonnades pour les forcer à fouler aux pieds la croix.
    Au bout de deux ans de cette vie misérable, la mère et la soeur de Gian, n'en pouvant plus, apostasièrent pour retourner à la maison et y trouver un peu de riz; mais le père refusa de suivre leur exemple et resta en prison avec Gian. Il ne devait résister que quelque temps, sa fillette, jusqu'à la mort. Pauvre petite fille ! Étant la plus jeune des chrétiens détenus, elle attira sur elle l'attention des mandarins qui firent tout pour obtenir son apostasie. Signalée à la haine des mandarins devant le tribunal, elle était de plus, pour les apostats chefs des chrétientés, un objet spécial de haine. Ces malheureux, ayant honte de voir une petite fille de treize ans leur donner des leçons de foi et de courage, la maltraitaient et faisaient allusion à sa petite tête frisée :
    « Tête en broussailles, s'écriaient-ils, petite gamine laide et obstinée, apostasie comme les autres, et comme eux tu retourneras à la maison et tu auras de quoi manger ». Mais Gian gardait le silence, ne répondant à aucun d'eux, ou bien, si parfois elle était obligée de répondre, elle disait : « Je n'apostasierai jamais, non, je ne renierai jamais mon Dieu! » Les soldats eux aussi la maltraitaient, jusqu'à placer des serpents sous ses habits ; elle souffrait tout en silence. Que de fois Gian fut appelée en présence des magistrats et soumise à la bastonnade plutôt que de fouler aux pieds la sainte croix! Elle fut toujours inébranlable, souffrit tous les coups, tous les tourments, sans jamais se plaindre.
    Les bons et fidèles chrétiens emprisonnés avec elle étaient pleins d'admiration pour un si grand courage. L'un d'eux lui demanda un jour comment, sans proférer une plainte, elle pouvait supporter tant de coups qui déchiraient sa chair : « Je sens bien les coups, répondit Gian, mais je fais en sorte de ne pas y penser. Quand on commence à me frapper, je commence à réciter la prière de la persécution, et une fois terminée, je la recommence et je continue ainsi à prier jusqu'à ce que l'on ait fini de me frapper ». Voici quelle était cette prière:
    « Je me prosterne à vos pieds, ô Seigneur, qui, après avoir créé le ciel et la terre et toute chose, m'avez aussi créée afin qu'ici bas je vous adore. Mon premier devoir consiste donc dans les actes de foi, d'espérance, de charité et de parfaite religion. A cause de mes péchés et par pitié pour moi, vous avez envoyé sur la terre la seconde personne de la Très Sainte Trinité, Jésus, qui a souffert les tourments et la mort pour opérer mon salut et me racheter de l'enfer éternel. Et aujourd'hui, je ne voudrais rien souffrir pour témoigner ma reconnaissance à Celui qui m'a tant aimée? Non, non, à partir d'aujourd'hui et pour toujours, que je sois arrêtée et emprisonnée, chargée de la cangue ou liée aux ceps, jetée en prison, exilée en un lointain pays, séparée de mes parents, de ma famille, de mes biens, ou que je doive être soumise aux interrogatoires et aux supplices, être torturée cruellement jusqu'à la mort pour la foi, je suis disposée à souffrir toutes choses. Je crois fermement que toutes les tyrannies exercées contre moi par les méchants ne sont rien en comparaison du moindre tourment subi par Notre Seigneur pour mes péchés. De plus, je crois fermement que mes souffrances d'un jour passeront vite, tandis que la récompense que Dieu me réserve dans le ciel sera éternelle. Je vous prie cependant, ô Seigneur, de m'accorder force et courage, afin que désormais, avec un esprit résolu, je veuille tout, les tourments et même la mort la plus horrible, plutôt que de renier votre sainte religion, apostasie qui me conserverait ici-bas une vie incomplète, et qui dans l'éternité me condamnerait aux supplices sans fin de l'enfer. Ainsi soit-il ».
    Il est opportun de raconter ici un incident dont la fin fut tragique. Tous les chrétiens, fidèles et apostats, assistaient à toutes les séances du tribunal. Or, un jour que l'on faisait subir la torture à notre chère petite fille, le premier mandarin se montra d'une cruauté excessive et de plus insulta les chrétiens, blasphémant indignement la religion.
    Gian à demi nue, ensanglantée, gisait la face contre terre : ses bras liés ensemble étaient fixés à un poteau, à un autre poteau ses pieds étaient attachés par des cordes. Des soldats, armés de la verge flexible accoutumée, se tenaient aux côtés de la pauvre petite et la frappaient d'une façon inhumaine. Ce spectacle émut un certain apostat, qui transporté d'indignation s'avança au milieu de la cour, devant les mandarins, et sans les saluer s'écria : Voilà, voilà, ô mandarins, votre courage, votre force. Quand il s'agit de petits enfants, de pauvres fillettes, vous vous montrez forts, intrépides. Mais si aujourd'hui ou demain un vapeur français venait dans le port tirer un seul coup de canon, vous seriez les premiers à fuir sur les montagnes ». A cette apostrophe, le premier mandarin, rouge de colère, fit immédiatement conduire cet audacieux au lieu des supplices et lui fit trancher la tête. Mais les mandarins ne jouissent pas du droit de condamner quelqu'un à mort, sans avoir au préalable obtenu de la Cour l'approbation de la sentence, c'est pourquoi celui ci fut puni par le roi et envoyé en Cochinchine, dans les provinces méridionales du royaume déjà occupées par les Français. Le bruit courut ensuite que, dans un combat contre les Français, il eut la tête emportée par un boulet de canon. Qui ne voit dans cette punition une coïncidence surprenante ? Mais continuons notre récit.
    Le successeur de ce mandarin fut un homme de caractère pacifique, qui laissa les chrétiens en prison sans les maltraiter, mais il ne resta en charge que peu de mois. Il eut un successeur bien différent, vrai ministre du diable, enragé contre les catholiques et d'une cruauté telle que tous le nommaient le tigre. De là, parmi les fidèles qui jusqu'alors avaient courageusement combattu, beaucoup, épouvantés, apostasièrent. De ce nombre fut le père de notre petite Gian. Il avoua à sa fille qu'il ne se sentait pas la force de s'opposer à la férocité de ce nouveau mandarin, et qu'il était résolu d'apostasier au prochain interrogatoire. La pauvre enfant se mit alors à pleurer beaucoup, priant, suppliant son père de persévérer jusqu'au bout. « Apostasier, disait-elle, apostasier après avoir combattu plus de trois ans, ne serait-ce pas rendre inutiles tant de tourments supportés jusqu'alors? Renier Dieu! Ne vaut-il pas mieux mourir mille fois ? Du reste, en apostasiant, quel profit retirerez-vous? Vous retournerez à la maison, oui, mais pour mourir peu après ». Cette prédiction se serait, dit-on, accomplie.
    Très affligée, la pauvre petite passait nuit et jour à pleurer et suppliait son père de résister à cette tentation de faiblesse; mais tout fut inutile. A la première séance du tribunal, le père foula aux pieds la croix. Sa fille désolée en pleura amèrement. Quand ensuite il vint pour la saluer avant de retourner à la maison, elle lui dit : « Vous avez renié Dieu, je ne vous reconnais plus pour mon père. Que Dieu ait pitié de vous ».
    Désormais notre chère Gian, privée de la présence de son père, de sa mère, de sa soeur, resta en prison, exposée à la fureur du persécuteur. Cependant elle n'était pas complètement seule, car dans la même prison se trouvaient encore avec elle quelques bons chrétiens, d'excellentes et pieuses religieuses, qui dans la ferveur de l'amour de Dieu s'excitaient à tour de rôle à la constance. Libres de tout autre souci, ils passaient leur temps à réciter à haute voix le rosaire, à chanter les cantiques que les fidèles annamites savent de mémoire ; le jour, la nuit, les louanges du Seigneur et de la Madone résonnaient en cette prison comme dans un temple, et Gian, pieuse comme elle était, unissait sa voix à ce concert terrestre, préludant ainsi aux célestes mélodies auxquelles sous peu elle devait participer. Il n'est pas improbable que les parents ou la soeur de Gian soient allés quelquefois lui rendre des visites réconfortantes, mais aussi combien douloureuses ! L'on dit que dans de semblables visites, émus de pitié pour une enfant qui leur était si chère, ils l'exhortèrent à suivre leur triste exemple et à faire comme tant et tant d'autres. Mais instruite par une lutte de trois ans Gian fut invincible. De plus, par sa vie exemplaire durant le temps de la détention, par ses prières continuelles, par sa patience, elle s'était attirée, avec l'admiration des chrétiens, la suprême protection du Seigneur. L'heure était arrivée où tant de vertus devaient être couronnées.

    Peu de jours après la défection du père de Gian, le premier mandarin, informé que l'enfant avait refusé d'imiter son père, la fit flageller cruellement. Sous les coups redoublés, la pauvre petite s'évanouit, et ruisselante de sang fut transportée en prison. Deux jours après seulement, le juge, toujours digne de son surnom de tigre, l'appela une seconde fois à son tribunal, et après l'avoir en vain invitée à apostasier, il la remit aux bourreaux. Ces hommes, excités par la présence du mandarin et irrités d'une telle obstination, incompréhensible pour les païens, redoublèrent sur les plaies encore vives les cruelles tortures. Les coups pleuvent alors sur les chairs innocentes, le sang jaillit en abondance. La flagellation une fois terminée, l'enfant reste sans mouvement ; regardée comme morte, alors qu'elle n'était qu'évanouie, elle fut traînée par un soldat hors de la cour.
    La séance finie, un bon chrétien, son compagnon de détention, vint la prendre sur ses bras et la déposa dans la prison sur un petit lit d'où la pauvre petite ne devait plus se lever. Elle gisait incapable du moindre mouvement, mais ne se plaignait pas. Ses plaies se creusaient chaque jour davantage ; par manque de soins et de remèdes ; la gangrène avec une odeur insupportable envahit l'enfant, et finalement, ô suprême douleur ! Ses chairs furent dévorées de vers. De temps en temps les chrétiens lavaient les plaies, enlevaient les vers, mais leurs soins étaient insuffisants hélas! Pendant quinze jours, sans jamais se lamenter, Gian souffrit les atroces souffrances de ce nouveau martyre, jusqu'à ce que le Seigneur daignât couronner une si grande vertu et ouvrir à la petite vierge fidèle les portes du paradis.
    Enveloppée dans une natte, elle fut jetée par les soldats dans une fosse creusée proche de la prison, d'où ensuite, quelques années après, elle fut transportée avec honneur dans un cimetière près des autres victimes de la même persécution.
    Quelques jours après la mort de Gian, le mandarin fit décapiter une religieuse et six chrétiens tonkinois, exilés pour la foi dans cette province de Khanh-Hoa. Mais l'heure était arrivée où le persécuteur devait payer sa dette à la justice divine. Subitement, il fut frappé d'un mal mystérieux : ses entrailles se putréfièrent, les vers lui rongèrent tout le corps. Plus il employait de médicaments, plus le mal s'aggravait. Finalement il fut obligé, de reconnaître que la main de Dieu le punissait de ses grandes cruautés envers les chrétiens. Il appela alors à lui tous ceux qui étaient encore détenus en prison, avoua que son mal était un châtiment de leur Dieu, et les supplia de prier pour sa guérison, leur promettant la liberté si leurs suppliques étaient exaucées. Il fit acheter de nombreux cierges pour les faire brûler dans la prison durant le temps des prières faites à son intention, mais tout fut inutile. Le niai empira chaque jour, son corps exhalait une puanteur horrible, et il mourut dans les souffrances les plus atroces. Ainsi finit de la plus épouvantable mort ce tigre, objet manifeste de la vengeance divine.
    Le cadavre soigneusement enveloppé dans la soie, de manière à devenir rigide comme une momie, fut enfermé dans un cercueil de bois très épais, comme l'on a coutume de faire pour les mandarins. Il avait été décidé de le transporter par mer à la ville de Hue, d'où il était originaire ; mais à l'heure même fixée pour les funérailles, voilà que subitement la bière se fendit et qu'une odeur insupportable se répandit à travers la maison. Non sans peine, l'on réussit à renfermer le cadavre dans un autre cercueil plus solide encore ; l'on s'empressa ensuite de le porter au port. Le navire partit, mais n'arriva jamais à Hué : le corps du cruel ennemi des chrétiens disparût en haute mer frappé par la colère divine.
    Qui ne voit dans la fin de ce persécuteur, si semblable a celle d'Antiochus de Syrie, une autre coïncidence admirable? 11 avait laissé notre jeune héroïne mourir au milieu de la puanteur, dévorée par les vers; après la mort le petit corps avait été rejetée sans honneur et même avec mépris. Et voici que lui aussi périt misérablement de la même manière, et que son cadavre, perdu au fond de la mer, y demeurera pour toujours privé de sépulture.
    L'Esprit Saint nous assure que la mémoire des hommes pervers est destinée à périr, tandis que la mémoire des justes sera éternelle et exaltée de tous. Gian, humble et pauvre fille, jusqu'alors inconnue, doit resplendir comme une étoile brillante et douce dans le firmament de l'Église en Extrême-Orient. Aujourd'hui sa Cause est introduite auprès de la Sacrée Congrégation des Rites, et demain, s'il plaît à Dieu elle sera glorifiée à la face de l'univers.
    Dans les tristes temps où nous sommes, la jeunesse a besoin l'un courage spécial pour résister aux séductions qui ébranlent sa vertu, aux mauvais exemples qui parfois se rencontrent là où ils ne devraient jamais se voir. Voilà un nouveau modèle qu'aujourd'hui la divine Providence offre à la jeunesse.
    A tous les jeunes gens, à toutes les jeunes filles, notre petite enfant prêche la constance dans le service de Dieu, le courage pour résister à toutes les tentations, même si elles venaient au sein de la propre famille; à tous, elle dit : « Soyez forts, résistez, n'apostasiez jamais ; non, ne reniez jamais votre Dieu ! »
    Date de l'introduction de la Cause, 24 mai 1921.

    1922/2-11
    2-11
    France
    1922
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