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S. E. Mgr Giardini à Kurosaki

S. E. Mgr Giardini à Kurosaki (NAGASAKI) Son Excellence Mgr Giardini, Délégué aspotolique du Japon, a bien voulu, après les fêtes de l'inauguration du monument élevé à Yamaguchi au souvenir de Saint François Xavier, venir administrer le sacrement de Confirmation dans la paroisse de Kurosaki, dirigée par le P. Halbout. S. E., accompagnée de son secrétaire, le P. Cirone, débarquait le 23 octobre au milieu de la Jeunesse Catholique qui, pour la recevoir, s'était massée sur le rivage sous la direction des PP. Bertrand et Breton.
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    S. E. Mgr Giardini à Kurosaki (NAGASAKI)

    Son Excellence Mgr Giardini, Délégué aspotolique du Japon, a bien voulu, après les fêtes de l'inauguration du monument élevé à Yamaguchi au souvenir de Saint François Xavier, venir administrer le sacrement de Confirmation dans la paroisse de Kurosaki, dirigée par le P. Halbout.
    S. E., accompagnée de son secrétaire, le P. Cirone, débarquait le 23 octobre au milieu de la Jeunesse Catholique qui, pour la recevoir, s'était massée sur le rivage sous la direction des PP. Bertrand et Breton.
    Le lendemain, à 9 heures, toute la chrétienté de Kurosaki, augmentée d'un bon nombre de fidèles de la paroisse de Shitsu, assistait à la cérémonie. Les communions furent nombreuses et 104 fidèles, dont 14 nouveaux chrétiens, reçurent le sacrement de Confirmation. Les chants furent exécutés avec un parfait ensemble. Après le salut du Saint-Sacrement, dans l'après-midi, le Délégué apostolique donna sa bénédiction aux fidèles pieusement recueillis et reçut les remerciements de l'assemblée chrétienne reconnaissante.
    Plusieurs chrétiens « séparés » assistèrent aux cérémonies et, sans doute, leur âme s'éveilla aux lumières surnaturelles de la foi : car cette église vivante, c'est bien celle à laquelle ils appartiennent par le coeur, si leur conduite ne l'accepte pas encore entièrement.
    Le départ fut aussi solennel que l'arrivée, et quand le bateau leva l'ancre, des milliers de Banzai en l'honneur du pontife retentirent dans les airs. La foule resta attachée au rivage jusqu'au moment où disparut la silhouette du navire.

    ***

    Cette visite fut une vraie prédication pour nos séparés qui ont pu se convaincre que chez nous se trouvent les vrais enfants obéissants du Papa Sama et de la Sancta Ecclesia de Rome. Cela les décidera-t-il à se convertir? On ne peut l'affirmer, mais il est certain qu'elle les rapprochera de nous et sera peut-être pour plus d'un le principe d'une conversion.
    La paroisse de Kurosaki a près de deux lieues de long. Elle compte actuellement 1.480 catholiques. Chaque année, vu la difficulté de vivre par suite du trop grand nombre d'habitants et de la mauvaise qualité du sol rocailleux du pays, beaucoup vont s'installer ailleurs. Aussi, si tous ceux qui y sont nés y habitaient, la population serait doublée. Dans la paroisse, il n'y a guère qu'une vingtaine de familles absolument païennes, c'est-à-dire bouddhistes, et encore elles ne sont pas en général originaires de l'endroit ; le reste, plus de cinq cents familles (plus de trois mille personnes) sont descendants de chrétiens1. Ils ont leurs baptiseurs, reçoivent le baptême et observent encore quelques pratiques transmises de génération en génération. Dans l' « Histoire du christianisme au Japon » par Pagès, Kurosaki a eu certainement beaucoup plus des martyrs que ceux notés dans son ouvrage. Pour les séparés, la paroisse a deux endroits de pèlerinage, l'un au hameau de Matsu moto, dans un cimetière, devant une tombe de on ne sait qui, très ancienne; l'autre au hameau de Kashiyama, à l'endroit où il y avait autrefois un camélia sur lequel Bashau, un martyr très vénéré des séparés, mais dont l'histoire paraît bien légendaire et merveilleuse, avait fait un signe de croix qui s'était imprimé sur l'arbre. Faire un pèlerinage à cet endroit équivalait à faire celui de Rome; même aller trois fois au-dessus d'une montagne d'Urakami d'où l'on pouvait voir celle où était le camélia miraculeux de Kashiyama, avait la même valeur à leurs yeux. En 1856, dix ans avant la découverte des chrétiens, la persécution avait été sur le point de renaître et deux personnes, mari et femme, en avaient été les victimes. Cette menace avait jeté l'effroi sur toute la région et aujourd'hui encore plus d'un séparé dit que c'est cette crainte qui arrête plus d'une conversion.
    A la découverte des anciens chrétiens, les chrétiens de Kurosaki furent eux aussi persécutés et un certain nombre fut emmené à Omura, où ils restèrent plusieurs années.

    1. A propos de ces chrétiens qu'on appelle « séparés », un article a été publié dans le numéro de juillet du Bulletin des Missions Etrangères.

    Le premier missionnaire qui mit les pieds dans le village fut le P. Cousin, mort évêque de Nagasaki. Après le retour des chrétiens, son premier curé fut le P. Pélu qui avait en même temps tout le district de Hirado. Il y construisit la première église devenue beaucoup trop petite et qui sert aujourd'hui de salle de catéchisme. Après lui, elle eut comme titulaire le P. de Rotz, avec son compagnon, le P. Salmon, mais ils habitaient à Shitsu, à environ une lieue de là. Ce sont eux qui ont été les premiers résidents dans la paroisse. En 1887 un prêtre japonais s'installait ici. Son troisième titulaire, le P. Swanaga, après y avoir résidé près de trente ans, y mourait en juin 1920 et était remplacé par le titulaire actuel. Peu de temps avant sa mort avaient commencé les travaux de l'église actuelle qui fut achevée peu après. La bénédiction en eut lieu le 19 décembre 1920. Cette construction, de même que la préparation du terrain, fut faite absolument grâce aux contributions et aux travaux des fidèles. Ils ont fourni 18.000 journées de travail et la somme de 24.000 yens. Pour réunir cette somme il a fallu plus de vingt ans, car ici tous les gens sont pauvres. Par là même, les cotisations ne furent jamais considérables. Une seule s'éleva à 800 yens. C'était la fortune d'une veuve qui, en mourant, la légua à l'église. La plus grande partie des rétributions est celle faite à l'occasion de la pêche de la nuit du samedi au dimanche. Il fut décidé, et il l'est encore, qu'à cause de la permission de ce travail du dimanche, le tiers des bénéfices devait être donné à l'église. De plus, ils doivent donner cinquante livres de blé et autant de patates ou leur équivalent en argent. Malgré cela, pour achever la construction ils durent emprunter cinq mille yens, mais d'ici un an cette somme sera probablement toute payée. Mais on ne peut laisser longtemps la cloche dans sa monture en bois et il faut se préparer à lui donner une place définitive au-dessus du porche de l'église. De plus, il n'y a pas de chaire et il manque encore plu, sieurs autres aménagements. Actuellement tant pour le denier du culte il est fixé à 1 yen 50 dans le diocèse) que pour l'église et les frais pour le culte, chaque famille donne environ cinq yens. C'est une charge bien considérable pour de pauvres gens qui ne savent pas le goût du riz : leur nourriture est essentiellement les patates, avec du poisson lorsque la pêche est bonne, ce qui malheureusement n'existe plus depuis plusieurs années. Jamais jusqu'ici ils n'ont eu part aux aumônes étrangères, mais ils recevraient avec grande reconnaissance les 6 à 7.000 yens qui leur permettraient d'achever leur église, ainsi que d'acheter des ornements, surtout blanc et noir, et, aussi, des vêtements d'enfants de choeur qui leur font défaut.

    1927/324-326
    324-326
    Japon
    1927
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