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Roulotte apostolique

Roulotte apostolique Dans la presqu'île malaise, dans l'Etat de Kedah, on voit parfois, sur les pistes des plantations, avancer lentement une camionnette de forme bizarre : c'est la « Roulotte Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus ».
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    Roulotte apostolique

    Dans la presqu'île malaise, dans l'Etat de Kedah, on voit parfois, sur les pistes des plantations, avancer lentement une camionnette de forme bizarre : c'est la « Roulotte Sainte-Thérèse de l'Enfant Jésus ».
    Le missionnaire qui la conduit doit être prudent sur ces pistes labourées par les charrettes à buffles. De temps en temps la roulotte s'arrête soudainement ; le conducteur descend, bientôt suivi de son catéchiste ; tous deux semblent inquiets, et non sans raison. Le catéchiste part et, au bout d'une heure, souvent de deux, il revient avec une équipe de coolies indiens armés de pics et de pioches : il s'agit de refaire une piste qui s'est effondrée sur une longueur de 50 ou 100 mètres, ou bien de redresser un pont de bois qui s'incline fortement vers les eaux de la rivière. Et ces travaux demandent des heures.
    Arrivé à l'étape, le premier soin du missionnaire est d'installer son palais roulant, car chrétiens et païens, hommes, femmes et enfants, tout à la joie de revoir le Père, s'empressent à sa rencontre, entourent la roulotte et ne soupçonnent même pas que le missionnaire, après une journée de voyage et d'émotions, a bien mérité de se reposer, et sa roulotte aussi, car elle a 120 km dans les pneus.
    Heureusement l'installation de la roulotte ne demande que quelques minutes : ouvrir les portes du fond et celles de côté, accrocher une tente pour la cuisine, et c'est fait. Pendant ce temps un Indien fait la corvée d'eau et reçoit une médaille pour prix de sa peine.
    Mais qu'y a-t-il dans cette mystérieuse voiture ? Interrogent les nouveaux venus, et un ancien d'expliquer à sa façon :
    Tout à fait à l'arrière, il y a l'autel (1 m. de longueur sur 25 cm de largeur) ; un retable, sur lequel est accroché un crucifix entouré de deux chandeliers et des images du Sacré Cœur de Jésus et de sainte Thérèse de Lisieux, patronne de la roulotte. L'autel est creux et par derrière s'ouvre une armoire dans laquelle on trouve tout le nécessaire pour célébrer la messe et administrer les sacrements. De chaque côté de l'autel un petit couloir de 50 cm. de largeur conduit à la chambre centra le, qui, sacristie le matin, sera dans la journée sal le à manger ou bureau, selon les besoins de l' heure, et le soir chambre à coucher. Au fond, le cabinet de toilette, exactement un mètre carré ».
    Eglise et presbytère ainsi installés, le prêtre se fait rendre compte de l'état de la chrétienté ; puis, après un souper plutôt sommaire, s'étend sur la natte pour y trouver le repos nécessaire après une journée fatigante.
    Le lendemain, après la messe célébrée de grand matin, les enfants se rassemblent autour de l'autel : c'est le catéchisme qui commence et ne se terminera que vers 11 heures.
    A midi, le principal repas, dont le menu, à peu près invariable, se compose de riz et poisson ou riz et légumes ; puis, jusqu'à 4 heures, instruction des catéchumènes.
    Vers 5 heures, quand les coolies sont revenus de leur travail, la clochette de la roulotte se met en branle pour annoncer la réunion générale ; des enfants parcourent le village, exhortant les gens à se rendre à l'instruction du soir et à la prière en commun.
    Bientôt tout le monde est au pied de l'autel : les chrétiens d'abord, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, tous assis sur des nattes qu'ils ont eux-mêmes apportées ; derrière eux et tout autour, les païens. Le missionnaire expose une question de dogme ou de morale, l'explique en un langage à la portée de ses auditeurs, puis il interroge de ci de là dans l'assemblée et une médaille est la récompense de toute bonne réponse. Après cela, leçon pratique d'administration du baptême en cas de danger de mort : un enfant est amené devant tout le monde ; à côté de lui un seau d'eau, et tous les assistants, à tour de rôle, viendront verser de l'eau sur la tête du petit en prononçant la formule du baptême, prouvant ainsi qu'ils ont compris la leçon et sauraient, le cas échéant, procurer le salut à l'âme d'un de leurs compatriotes.
    A la nuit tombante, chacun retourne à la maison. Cependant le missionnaire ne reste pas seul : c'est un païen, nouveau Nicodème, qui arrive et timidement demande à être admis au catéchuménat ; c'est un pauvre chrétien, venu d'un autre district, qui avoue n'avoir pas fait sa première communion ; c'est un autre qui n'est pas en règle au point de vue du mariage ; bref, c'est le moment des confidences et de la grâce.
    Le lendemain, il faudra s'occuper de ces cas, commencer d'entendre les confessions, puis baptiser les catéchumènes dont le temps de probation est terminé, donner la première communion aux enfants. Une semaine est vite passée au milieu de ce ministère varié ; mais il faut plier bagage : d'autres stations attendent le passage du missionnaire. Au moment du départ, les visages sont tristes... Six mois avant la prochaine visite, c'est bien long !
    Enfin la roulotte démarre, s'élance, traverse des plantations, s'engage dans une forêt. Cette fois, elle n'aura peut-être pas de piste à réparer ou de pont à redresser, mais tout à coup arrêt brusque : une pièce du moteur s'est brisée ; le catéchiste, porteur d'un billet, part pour la côte ; le missionnaire installe sa roulotte et attend : il ne peut faire que cela. Au bout de deux ou trois jours, le catéchiste revient avec la pièce réparée ou remplacée : on la fixe et on repart.
    Et l'année se passe ainsi à parcourir un immense district. Existence singulière que cette vie de roulotte ; mais, si elle impose des fatigues, elle apporte aussi de douces consolations à l'âme du missionnaire ambulant !

    L. RIBOUD,
    Missionnaire de Malacca.

    1934/207-210
    207-210
    Malaisie
    1934
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