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Rescrit imperial sur l'éducation 1

Rescrit imperial sur l'éducation C'est par leur valeur et leurs vertus que mes ancêtres fondèrent cet empire. Depuis lors, la loyauté, la piété filiale et l'unité de notre peuple ont fait la prospérité, la gloire de ce pays, et sont devenues pour ainsi dire la base de sa constitution et de son éducation. Aussi, moi, en vertu de mon autorité, j'ordonne à mon peuple ce qui suit : Honorez vos parents. Gardez la paix et l'entente entre frères, amis et époux, et la confiance entre amis.
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    Rescrit imperial sur l'éducation



    C'est par leur valeur et leurs vertus que mes ancêtres fondèrent cet empire. Depuis lors, la loyauté, la piété filiale et l'unité de notre peuple ont fait la prospérité, la gloire de ce pays, et sont devenues pour ainsi dire la base de sa constitution et de son éducation.

    Aussi, moi, en vertu de mon autorité, j'ordonne à mon peuple ce qui suit :

    Honorez vos parents.

    Gardez la paix et l'entente entre frères, amis et époux, et la confiance entre amis.

    Basez sur le respect de vous-même et sur la tempérance votre conduite personnelle.

    Aimez tout le monde.

    Afin de développer votre intelligence et vos talents et pour vous perfectionner, étudiez, apprenez un métier, choisissez une profession.

    En vue de la prospérité et de la grandeur de l'empire, prenez toujours en main l'intérêt public, remplissez bien votre emploi, votre charge ; respectez la constitution, obéissez aux lois, et en cas de nécessité soyez prêts à vous sacrifier pour la nation.

    En agissant de la sorte, non seulement vous remplirez tous vos devoirs de loyauté, que vous devez à votre souverain, mais encore, en marchant fidèlement sur leurs traces, vous mériterez d'être dignes de vos ancêtres.

    Peuple de Yamato (Japon), voilà le code moral que vous ont laissé mes aïeux. Unissez-vous à moi pour l'observer fidèlement.

    L'EMPEREUR.



    Ce rescrit est lu soigneusement et plusieurs fois par an, dans toutes les écoles ; les professeurs l'expliquent et le développent longuement aux écoliers, et il n'est pas de réunion importante touchant l'éducation, où on ne le lise publiquement.

    Dans ce cas, tout le monde l'écoute debout et tète baissée, dans une attitude de profond respect.

    Les chrétiens n'ont pas plus de respect pour l'Evangile que les Japonais pour leur rescrit impérial.



    Deuxieme Partie



    Plan de M. Tokonami et ses préparatifs.



    I. SÉPARATION DE LA RELIGION ET DE L'ÉTAT. LES DEUX SHINTOÏSMES



    Après cet aperçu nécessaire sur les religions du Japon et sur le rescrit impérial, nouvelle base morale officielle de ce pays, je reviens à l'endroit où j'avais laissé mon sujet.

    Je vous avais dit que le gouvernement, influencé par l'opinion, avait fini par décréter la séparation de la religion et de l'Etat.

    La chose eut lieu et se fit sans secousse appréciable. Le Christianisme, nouveau-né d'hier, n'avait pour ainsi dire aucun contact direct avec le gouvernement. Sa séparation était donc réalisée d'avance.

    Le Confucianisme était dans les idées du gouvernement et par ailleurs n'était pas une religion.

    Restaient donc le Shintoïsme et le Bouddhisme, tous deux religions nationales jusqu'alors. Le Bouddhisme fut congédié simplement et bonnement, et déclaré libre. Quant au Shintoïsme, le gouvernement, qui au fond y tenait, le divisa de sa propre autorité, en cieux grandes branches : le Shintoïsme tout court, et le Shintoïsme national ou laïque. Le premier fut regardé comme religieux, séparé de l'Etat et laissé libre ; on classa le second parmi les rites ou formalités officielles nationales, mais purement civiques ou patriotiques. On rattacha à ce dernier un certain nombre des 163 000 temples shintoïstes avec leurs Konnnushi (prêtres). Ceux-ci furent classés parmi les employés civils et payés par l'Etat. On décida que les temples seraient entretenus aux frais de la nation.

    La différence entre les deux Shintoïsmes, pour être claire en théorie, paraît, en pratique, bien spécieuse et difficile à saisir, car en fait, des deux côtés (à part la déclaration de laïcisation de la part du gouvernement), rien ne semble différer.

    Aussi, lorsque le dernier ministère Katsura ordonna de mener les écoliers en pèlerinage à ces temples shintoïstes laïques, l'accusa-t-on de violer la liberté de conscience.

    S'il suffisait d'un simple décret pour changer en cérémonial purement civil et patriotique des rites religieux ou superstitieux pratiqués depuis des siècles par tout un peuple et entrés entièrement dans ses murs, le cas présent serait résolu.

    Mais cela se peut-il, cela suffit-il ?

    En fait, ce shintoïsme laïque semble bien avoir gardé son ancienne couleur.

    Voici ce qu'en pense une revue protestante japonaise, le Chrislokyo sekai : « Nous admettrions volontiers la distinction du gouvernement, mais, nous voudrions que ce dernier se décide d'abord à faire un certain triage parmi les actes et les rites des Konnushi (prêtres shintoïstes) et qu'il abroge ouvertement tout ce qui sent la, superstition, de manière que le peuple puisse distinguer facilement le Shintoïsme laïque de celui qui ne l'est pas. Le gouvernement nous doit cela par respect pour la religion ».

    Quoi qu'il en soit, grâce à cette distinction, le Japon a pu garder officiellement un certain contact avec sa vieille et si chère religion shintoïste, tant au point de vue social, qu'au point de vue de l'éducation, mais surtout de l'éducation.



    II. SYSTÈME D'ÉDUCATION LAÏQUE



    L'instituteur au Japon cherche à graver par dessus tout dans l'enfant le culte et l'amour de la famille impériale, des parents et des héros morts pour la patrie. C'est là-dessus qu'on a bâti une morale laïque cimentée d'un peu de Shintoïsme, morale sanctionnée et appuyée par les hauts coryphées de l'Université. Le rescrit impérial précité en a été la pierre angulaire.

    Pour les intellectuels du Japon, c'était le triomphe certain d'un nouveau système moral d'éducation vers lequel l'Europe elle-même tend, sans pouvoir obtenir de bons résultats. Extérieurement, ils semblaient devoir réussir tout jusqu'ici leur arrivait à souhait et les favorisait.

    Certains Européens citaient même avec emphase, à l'appui de leur thèse de morale laïque, l'exemple probant du nouveau Japon.

    Les Japonais ne se sont pas tout d'abord aperçus qu'ils vivaient de leurs anciennes vertus.

    Mais il leur a fallu bientôt revenir de leur illusion.

    Au milieu de cette nouvelle société qui veut une orientation moderne, devant cette lutte pour la vie qui chaque jour devient plus intense et plus vive, l'édifice moral et social japonais se lézarde et vacille. L'égoïsme, le suicide, l'immoralité, le goût du plaisir, le vol gagnent chaque jour du terrain ; les statistiques de la police en font foi, surtout à Tôkyô. La vague du socialisme monte, monte toujours et inquiète le gouvernement.

    Enfin l'attentat contre l'empereur, il y a deux ans, a fini par lui ouvrir les yeux. A la suite de cette secousse subite, redoutable avant-coureur de bien d'autres plus terribles peut-être, le Japon officiel a reconnu, pour l'éducation morale de son peuple, la nécessité d'une base plus forte et plus solide qu'une simple morale civique on laïque dépourvue de fondement.



    (A suivre).
    1913/127-129
    127-129
    Japon
    1913
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