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René Le Coq (prêtre aspirant missionnaire)

MORT POUR LA FRANCE René LE COQ prêtre, aspirant missionnaire (1911-1940) On ne comprend pas le sens de la vie : Mais je vois, je vois... Quelle ascension !
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    MORT POUR LA FRANCE


    René LE COQ prêtre, aspirant missionnaire


    (1911-1940)


    On ne comprend pas le sens de la vie :


    Mais je vois, je vois... Quelle ascension !


    Lorsque notre grande famille des Missions Etrangères se reconstitua, rue du Bac, le 1er octobre 1940, après les tristes événements que l'on sait, trop de ses enfants manquaient à l'appel. L'un d'eux, René Le Coq, prêtre originaire du diocèse de Saint-Brieuc, se mourait alors dans un hôpital de France libre, à Saint-Amand-Mont-Rond (Cher).


    Admis aux Missions Etrangères juste avant la guerre, il n'eut donc à peu près pas de rapport avec les aspirants. Pourtant, l'un d'entre eux l'avait connu « aux armées » et, des rares contacts qu'il eut avec lui, il garda le souvenir d'un prêtre profondément épris du bien de ses camarades : c'est d'ailleurs pour s'être trop dévoué à leur service que notre confrère contracta cette maladie qui devait le mener si vite vers la tombe et vers Dieu, vers ce Dieu dont il sentait si intensément la présence en son âme. A le voir vivre, à l'entendre prêcher aux soldats, on ne pouvait douter que ce prêtre vécût intimement uni à Celui qui était présent en lui.


    Puisse cette simple évocation de sa douce figure nous le faire aimer ! On ne perd jamais à connaître des âmes d'élite, leur exemple est une force qui nous aide dans notre continuelle montée vers Dieu.





    ***





    René Le Coq, né le 17 juin 1911, à Créhen (Côtes-du-Nord), ne ressemblait pas aux jeunes bretons que nous voyons ordinairement, vifs et joyeux, courir pieds nus sur les galets d'une côte sauvage. Il était d'un physique plutôt faible et d'une timidité extraordinaire dont il n'arriva pas à se libérer complètement, aussi dans son enfance souffrit-il un peu de la part de camarades insouciants et rudes.


    Très tôt, il entra au collège de Saint-Malo ; en même temps il prenait quelques cours, de dessin surtout, chez les religieuses de Créhen. Son grand désir était d'être prêtre, mais dans sa famille il ne rencontra pas l'atmosphère favorable pour développer cette vocation : il n'a jamais rien dit sur ses premières années, néanmoins on devine qu'il a dû être bien peiné de ce défaut de compréhension.


    Son père n'ayant que lui pour l'aider dans le commerce, René, à l'âge de 14 ans, revint à la maison paternelle. De plus en plus, il croyait devoir renoncer au séminaire, il songea même au mariage, il avait alors 20 ans. Quelles ne durent pas être les souffrances et les luttes du jeune homme, en voyant fuir ainsi l'idéal sublime entrevu depuis si longtemps !


    Brusquement, des circonstances particulières de famille lui permirent de reprendre ses études. Il entra à Saint-Ilan, petit séminaire de vocations tardives, et, en 1933, le grand séminaire de Saint-Brieuc lui ouvrait ses portes.


    Sur ces entrefaites, René perdit sa mère, coup dur pour lui, mais qu'il accepta avec le plus grand abandon à la volonté de Dieu : son sacerdoce commençait par la souffrance, et cette souffrance, il voulait qu'elle ne fût pas inutile ; il s'en servit pour monter vers Dieu.


    Sa vie sera désormais celle de tout séminariste désireux de vivre pleinement son idéal comme il le doit. Il ne se fit point remarquer de ses condisciples, seuls quelques intimes purent le deviner : d'un caractère timide et effacé, il ne s'ouvrait que difficilement, mais pour ceux qui avaient sa confiance, il était un ami généreux et bon, peut-être même un peu sensible.


    Tonsuré en juin 1935, il partait à la caserne en octobre. Nous ne savons absolument rien de cette période qui dura un an. A son retour, il acheva ses années de séminaire et, en 1939, il était ordonné prêtre. Un de ses confrères nous dit : « Sa vie, pendant les derniers mois de séminaire, montra en lui le sentiment profond de la présence de Dieu : obéissance parfaite à ses supérieurs et amour du travail malgré les difficultés, intelligence plus solide que brillante, mémoire ordinaire, il mit toujours toute sa bonne volonté, et il réussit. Il était animé d'un vrai zèle apostolique et d'une parfaite charité ».


    D'après ce que nous savons de son tempérament, l'abbé Le Coq semblait plus fait pour devenir trappiste que missionnaire. Lui-même se crut-il un moment appelé à la vie monastique ? Toujours est-il qu'il entra à la Trappe peu de temps après son ordination. Cette vie de recueillement et d'intimité avec Dieu lui plaisait, mais son zèle pour la conversion des âmes lui faisait désirer une vie plus active. Eclairé sur sa voie, il quitta la Trappe an bout de quinze jours et sollicita son admission au séminaire des Missions Etrangères. Dès qu'il eut reçu la réponse, il s'en vint faire une première visite à la rue du Bac : les aspirants étaient en vacances, il ne trouva que quelques Pères, cependant cette prise de contact lui fit connaître notre établissement, et il s'enthousiasmait à la pensée de la possibilité qu'il aurait de développer son zèle.





    ***





    Soudain, au commencement de septembre, la guerre éclata. Mobilisé comme tant d'autres, l'abbé Le Coq, d'abord envoyé au dépôt du 32e d'artillerie, à Vincennes, en qualité d'infirmier, rejoignit bientôt le régiment, dont l'activité consistait alors en de multiples déplacements le long des frontières belge et luxembourgeoise.


    Je me souviens encore du jour où nous le vîmes arriver parmi nous. Pour beaucoup, la présence permanente d'un prêtre était une grande joie ; il était le premier, et sera constamment l'unique prêtre, du premier groupe. Son séjour de trois mois parut court à tous ceux qui purent l'apprécier.


    A vrai dire, il ne fut pas compris au début par ses camarades de pièce, gens aux manières plutôt rudes et, dans l'ensemble, indifférents aux questions religieuses, qui pensaient que ce prêtre timide et doux ne leur convenait pas ; ils essayèrent même des tracasseries à son égard, mais, raconte un de ses officiers, « au bout de quinze jours, c'est lui qui imposait à tous sa volonté, même les plus braillards se taisaient devant lui ; on avait l'impression d'un homme pas comme les autres ».


    De fait, ce prêtre acceptait toutes les corvées dont personne ne voulait ; toujours prêt à rendre service à un camarade ennuyé, il se faisait tout à tous, et cela sans jactance, bien simplement.


    Chaque soir, il y avait chapelet et salut du Saint-Sacrement, le dimanche, grand'messe, suivie d'une petite causerie où il laissait parler son coeur et son âme de prêtre : parole simple, sans éclat, mais convaincue, qui avait le don de remuer les soldats. Il se tonait d'ailleurs toujours à leur disposition pour les confessions ; il distribuait chapelets, images et médailles, il monta même une petite chorale et organisa des cercles d'études très appréciés des militants.


    Lorsque, en octobre, le régiment se stabilisa et que toutes les batteries furent sur les positions de combat, nous vîmes alors l'abbé Le Coq partir à bicyclette, visitant aujourd'hui telle batterie, demain telle autre, disant la messe en plein air et procurant à ceux qui le désiraient les secours de la religion. Il se dépensait sans compter ; ni le froid, ni la pluie, ni la neige ne l'arrêtaient.


    Il avait d'ailleurs une très grande liberté, notre colonel, catholique pratiquant, l'ayant détaché du service de la batterie et nommé aumônier du premier groupe. En apprenant cette nomination, René Le Coq déborda de joie, et ses camarades également, car ils lui étaient reconnaissants de tout le mal qu'il se donnait pour eux...


    Mais un soir de décembre, alors qu'il revenait comme d'habitude d'un, visite aux postes avancés, il prit un refroidissement : cela, ajouté à la fatigue, fit que son tempérament peu robuste n'eut pas le dessus. Tout de suite, une congestion pulmonaire se déclara : il fut envoyé alors à Vittel, dans les Vosges.


    Sa première lettre marque son regret d'être malade : il accepte, mais il voudrait être encore parmi ses hommes : « C'est bien triste pour un jeune prêtre d'être ainsi malade, surtout pour moi qui étais seul prêtre dans mon régiment. Mais puisque c'est la volonté du bon Dieu, je me soumets à ses impénétrables desseins. Peut-être va-t-il exercer, cette année, sa justice et sa miséricorde ? » Que veut-il dire par cette dernière phrase ? Pense-t-il déjà qu'il ne se remettra pas ?


    Pour le moment, la maladie se prolonge, aussi est-on obligé de l'évacuer à Agen, à la mi-février. Voici ce qu'il nous écrit : « J'attends dans le plus grand calme ce que Dieu décidera à mon sujet..., je suis heureux d'être là où je suis, comme je puis, car c'est la volonté du bon Dieu ».


    Et il se délecte dans la lecture des Annales des Missions Etrangères et des Adexteros qu'on lui envoie de la rue du Bac : « Vivre ainsi en union avec notre grand famille » lui est du plus grand réconfort.


    Au mois de mars, il écrit à son directeur : « Les prêtres qui souffrent dans les hôpitaux ne demandent pas tant à Dieu la grâce de les guérir que celle de souffrir avec patience et un grande soumission », et cet abandon admirable à la volonté de Dieu est récompensé par la guérison : petit à petit, la congestion a disparu. Or, dans la guéri on comme dans la maladie, c'est la soumission qui domine : « Le bon Dieu a permis que je guérisse, que sa volonté soit faite ! »


    Projetant alors de passer sa convalescence au séminaire des Missions Etrangères, il désire, afin de se rendre utile, remplacer quelque prêtre de la banlieue mobilisé : « Je n'abuserai pas de mes forces pour ne pas retomber, mais je ferai de mon mieux ».


    Il s'en revint donc trois semaines à Paris, mais il resta au séminaire, car on ne lui permit pas de faire du ministère.





    ***





    Il semble guéri. Sa convalescence terminée, on l'affecte au dépôt d'artillerie du fort de Charenton. Regrettant vivement de ne pouvoir rejoindre ses camarades du front, il se dévoue à ceux qui l'entourent : « Prions, souffrons pour obtenir de toucher tant d'âmes qui oublient Dieu », et, tous les matins, à 5 h. 30, dans le silence de la chambrée, il célèbre la messe sur un autel portatif : la vie trop monotone de la caserne en était pour lui toute transfigurée.


    Cette période dura quinze jours à peine. Sa santé, trop ébranlée par la congestion pulmonaire et probablement mal rétablie, fut de nouveau gravement atteinte. Une pleurésie se déclara, si bien que, le 2 mai, il dut être hospitalisé à Bégin.


    « Je ne m'ennuie pas, écrit-il alors, j'offre ma vie avec joie en égrenant mon rosaire ». Or, il souffre, car à la fin de mai il écrira de nouveau : « Ma santé est encore bien atteinte, mais elles sont finies les crises qui, au début, me faisaient me tordre comme un ver. A présent, c'est humiliant d'être couché, mais puisque c'est la volonté de Dieu, que Dieu soit béni ! » Et un peu plus tard : « Comme le prêtre est heureux de voir le Christ continuer, en lui, sa mission si bonne de la souffrance !...», souffrances qui vont redoubler lors de l'évacuation nécessitée par l'avance allemande. Le 14 juin, il est à Bourges, le 16 à Saint Amand du Cher. Il ne se plaint pas pour lui : « Ce qui me fait le plus de peine, c'est qu'on ne voit jamais de prêtre à l'hôpital ; plusieurs soldats sont morts à côté de moi, je me suis fait traîner auprès d'eux, et j'ai pu quand même leur administrer les derniers sacrements ».


    Qu'il est admirable, ce geste du prêtre qui, malgré ses souffrances, administre ses camarades moribonds ! Ce n'était que son devoir ! Oui, mais le devoir, accompli dans de telles circonstances, est bien proche de l'héroïsme.


    Bientôt, on le change d'hôpital. Grande consolation pour lui, il se trouve être soigné par des religieuses, tous les matins, il communie, et c'est là qu'il cherche la force de souffrir. Le 20 août, il attendait sa huitième ponction : « J'offre tout à Jésus pour ma pauvre âme et la conversion des païens ».


    Vraiment, René Le Coq a compris le rôle de la souffrance rédemptrice ; de son lit de malade, il aide nos missionnaires dans leur si rude apostolat, il souffre, il prie. Sa dernière lettre est du 29 août : « Pour mon état de santé, rien de changé, au contraire, je passe des nuits bien douloureuses, mais Dieu a ses raisons pour que je souffre, car tout est pour notre bien ». Il demande alors que l'on prévienne son père, à Guingamp : « Mon Révérend Père, vous lui direz que je suis bien soigné et qu'on attend du mieux, je vous remercie d'avance.., au revoir..., s'il plaît à Dieu ».


    René Le Coq connaît son état : il a le pressentiment que le bon plaisir de Dieu est de le rappeler à Lui, il accepte la mort de grand coeur.


    Le 30 août, la Supérieure de l'hôpital écrivait rue du Bac : « Le P. Le Coq vient d'avoir une nouvelle crise qu'on ne peut définir, le coeur faiblit ; c'est ce qui me donne l'impression qu'il n'en a plus pour longtemps. Le bon Père ne refuse pas de vivre, de même, il est très résigné à la volonté de Dieu et se prépare admirablement à paraître devant son Céleste Juge... avec calme et joie... ; je le trouve si parfaitement résigné à la volonté de Dieu pour vivre ou mourir que je suis portée à croire que le Seigneur appellera à Lui cette âme privilégiée ».


    Le 10 septembre, autre lettre : « René Le Coq a demandé l'Extrême Onction qu'il a reçue en pleine connaissance, avec des sentiments de piété et parfaite soumission à la volonté de Dieu. Sa patience, sa douceur, son aimable sourire font du bien à ceux qui l'approchent ».


    Son état, de fait, s'est aggravé, une nouvelle poussée se fait du côté droit, il a une double pleurésie. Le coeur faiblit et semble vouloir lâcher prise. Désormais, ce n'est plus qu'une question de jours. En prêtre consciencieux, il charge la religieuse d'avertir qu'il a acquitté toutes ses messes, puis il se recommande aux prières de son directeur et sollicite sa bénédiction paternelle.


    Il restera cependant un mois encore sur terre à souffrir et à prier. Ce n'est que le 12 octobre qu'il entrera dans la paix du Seigneur, aussi simplement qu'il a vécu.


    Qu'il nous soit permis, pour conclure, de citer in extenso la lettre d'une dame qui l'a veillé de longues semaines et qui a compris son âme de prêtre :





    « Mon Révérend Père,





    « Votre fils, le P. Le Coq, est mort, il est mort en souffrant comme un martyr et en acceptant comme un saint. On essaya sur lui bien des traitements, provoquant de terribles réactions, de cruelles souffrances, il s'est soumis à tout avec docilité, mettant sa soumission, son obéissance dans les plus petites choses, les acceptant comme venant de Dieu. Il m'est arrivé de lui dire : « Mon Père, c'est un bien rude chemin ! » D'une voix entrecoupée, il me répondait : « C'est un bon chemin et, si j'avais le choix, je n'en voudrais pas d'autre ». D'autres fois encore, il disait : « Il faut que les prêtres souffrent, souffrent beaucoup pour expier tous les péchés qui se commettent ». Il disait cela, tout cela, bien simplement, comme une chose toute naturelle, toute ordinaire. Je l'ai visité pendant deux mois, à peu près tous les deux jours, je l'ai vu dans des états de souffrance extrême, dans des états de dépendance absolue, et je n'ai jamais entendu sortir de ses lèvres une plainte, un gémissement, hors les gémissements que lui arrachait la souffrance, et dont il s'excusait avec douceur auprès de ses infirmières. C'est une grande et puissante chose de voir souffrir et mourir un chrétien, de sentir dans cette chair martyrisée, humiliée, la joie de la grâce, de voir cette faiblesse devenir une force et une lumière.


    « Le P. Le Coq était une âme enfantine. Il n'était pas de ceux dont il est dit : « Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux » ; c'était un enfant donnant la main à son Père avec confiance, le suivant avec douceur dans les plus rudes chemins, continuant à l'aimer sans étonnement au milieu des pires misères, l'exaltant comme la suprême bonté, répétant que Dieu est l'infinie bonté. Le mal, la souffrance ne venaient pas de Lui, mais du seul péché.


    « Je vous écris tout cela, mon Père, afin que vous sachiez que le P. Le Coq était un saint, afin que, racontant à ses frères sa fin, vous puissiez dire qu'elle fut grande dans son humilité et sainte dans son acceptation.


    « Le visage souriant qu'il eut sur son lit de malade fut celui qu'il a gardé jusqu'à la fin ; mais la mort lui retira le masque de sérénité que lui avait imposé la grâce, et toutes ses souffrances apparurent sur son visage crispé. Mais ceci n'est qu'un mauvais souvenir. Le P. Le Coq possède maintenant le bienheureux repos, cette joie du ciel dont il parlait avec allégresse au milieu de ses cruelles souffrances.


    « Ce fut une de ses dernières joies de vous savoir rentrés rue du Bac : Dieu, qui l'avait détaché de tous les liens terrestres, avait rendu son cur très sensible à la joie et à la douleur d'autrui.


    « Ses dernières paroles furent : On ne comprend pas le sens de la vie : mais je vois, je vois, quelle ascension !


    Il répéta cela à plusieurs reprises avant de tomber dans une sorte d'état comateux dont il n'est plus sorti.


    « Ses obsèques furent dignes. Il repose au milieu des soldats, ses frères et ses amis.


    « Je crois, mon Père, avoir rempli une utile mission en vous racontant la fin si belle et si aimante de votre fils en Jésus-Christ... »


    Puisse noire frère, parti si tôt vers le Père, nous faire comprendre le sens de la vie : Une ascension.





    ADOLPHE TURC,


    Jeune prêtre ordonné le 29 juin 1942,


    Missionnaire destiné à Pakhoi (Chine).








    1942/114-121
    114-121
    France
    1942
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