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Remise de la croix de la légion d'honneur

Remise de la croix de la légion d'honneur Au P. L. ROBERT, premier assistant du Supérieur de la Société des Missions Étrangères. Lettre de M. Vircondelet, Assistant procureur â Hongkong, Le dimanche 20 novembre 1921, le passage du Paul Lecat a procuré aux Français de la colonie de Hongkong le plaisir de se trouver réunis à la résidence du Consul de France, pour saluer le nouveau ministre de France en Chine, M. de Fleuriau et sa famille, ainsi que Mme Paul Claudel et ses enfants 1.
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    Remise de la croix de la légion d'honneur

    Au P. L. ROBERT, premier assistant du Supérieur de la Société des Missions Étrangères.

    Lettre de M. Vircondelet,
    Assistant procureur â Hongkong,

    Le dimanche 20 novembre 1921, le passage du Paul Lecat a procuré aux Français de la colonie de Hongkong le plaisir de se trouver réunis à la résidence du Consul de France, pour saluer le nouveau ministre de France en Chine, M. de Fleuriau et sa famille, ainsi que Mme Paul Claudel et ses enfants 1.
    A cette occasion, notre Consul général, M. Réau, eut l'heureuse idée de demander à M. de Fleuriau de vouloir bien remettre au P. L. Robert, procureur général et premier assistant du Supérieur de la Société des Missions Etrangères, la croix de chevalier de la Légion d'honneur qui lui avait été accordée par décret du Président de la République, en date du 15 octobre 1921.
    Les officiers de l'état-major de l'Altaïr, arrivés la veille et des passagers du Paul Lecat avaient tenu à être de la fête, et à témoigner par leur présence toute leur estime pour le P. Robert et la belle oeuvre accomplie par lui pendant son séjour de 33 années en Extrême-Orient.
    La cérémonie eut lieu à 3 heures au consulat général de France, dans le salon de réception. M. Réau annonça que M. le ministre de France en Chine avait bien voulu accepter de remettre au P. Robert la croix de la Légion d'honneur, conférée par le Gouvernement français en reconnaissance de ses multiples services. Il se fit l'écho de l'affection et de la pro-
    fonde estime que tous témoignent au nouveau chevalier, et exprima combien cet honneur rendu au P. Robert donnait satisfaction à la longue attente de tous ses amis, heureux de voir enfin reconnaître dignement le mérite de ses belles oeuvres.
    Il rappela que, depuis plus de 30 ans, le P. Robert s'est toujours montré le travailleur infatigable et dévoué que chacun connaît. A Shanghai, pendant 16 ans, il fut, par ses qualités d'esprit et de coeur, l'âme transformante de la Concession française : sa sagesse, son tact et sa clairvoyance surent, pendant son passage à la Municipalité, donner à cette Concession les bases de son magnifique développement actuel. « C'est à son savoir-faire que sont dues les belles routes de l'Extension, comme nous le rappelle « la route Père Robert », et ses inlassables efforts nous ont permis d'acquérir les réserves de terrains qui sont devenus le camp et le jardin de Koukaza.

    1. M. Paul Claudel, le poète célèbre, est ambassadeur au Japon.

    A Hongkong, il est resté le missionnaire infatigable, aux grandes initiatives qui lui font un renom inoubliable. Il est le bon conseiller que l'on approche avec confiance, et personne ne sort de chez lui sans se sentir puissamment réconforté.
    C'est grâce à lui que les institutions françaises y ont revêtu toute l'ampleur désirable pour les oeuvres de bienfaisance et d'éducation : l'hôpital Saint-Paul, qu'admirait tout récemment encore le professeur Tuffier, comme réalisant le type parfait de l'hôpital moderne ; le grand Orphelinat, la Crèche et le Refuge, l'Ecole Anglo-française, tenus par les soeurs de Saint-Paul de Chartres, et le Collège des Frères des Ecoles chrétiennes.
    Si le P. Robert était sourd et que l'on puisse parler librement, sans crainte d'effaroucher sa modestie, M. le Consul nous redirait tous les services qu'il a rendus à nos compatriotes sans distinction, et en toutes circonstances. Ceux qui l'ont approché comprennent d'eux-mêmes tout ce que M. le Consul désire exprimer et se rappellent que de bienfaits ils lui doivent.
    M. Réau exprime sa satisfaction de pouvoir remettre au P. Robert un souvenir en témoignage de l'affectueuse reconnaissance des Français de Hongkong : c'est un magnifique coffret en argent aux initiales du nouveau chevalier ; puis il lui annonce qu'un ornement sacerdotal, dont la couleur lui rappellera celle du ruban de la Légion d'honneur, lui sera présenté un peu plus tard, le temps ayant manqué pour qu'il pût être prêt en ce jour.

    Au nom de tous les Français présents et de tous ses amis, le Consul Général redit encore une fois toute la profonde sympathie et la vive gratitude de nos compatriotes, et la joie avec laquelle tous saluaient la Croix d'honneur du P. Robert.
    M. de Fleuriau prit alors la parole :
    « Mon cher collègue. Ce m'est certainement bien agréable, à l'occasion de mon passage à Hongkong, de répondre à votre aimable invitation et de remettre au B. P. Robert l'insigne de la Légion d'honneur.
    « Je n'ajouterai pas de nouveaux éloges à ceux que vous venez d'adresser; je ne fais qu'arriver pour la première fois dans ces pays et je n'ai pas encore eu l'avantage de connaître personnellement le P. Robert. Cependant, je tiens à vous dire l'opinion que j'ai recueillie en France auprès de toutes les personnalités que j'ai rencontrées au cours de mes voyages et j'en ai vu beaucoup, je puis vous l'assurer. De tous ceux donc qui ont eu des rapports avec l'Extrême-Orient, je n'en ai pas trouvé un seul qui ne m'ait parlé du P. Robert, et qui ne m'en ait parlé comme d'un bienfaiteur ou d'un ami.
    « C'est donc avec la plus grande satisfaction que je remets au P. Robert la croix que lui confère le Gouvernement français ! »
    S'approchant alors du P. Robert, M. de Fleuriau lui donna l'accolade en prononçant la formule consacrée :

    « Au nom du peuple français et en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés par le président de la République, je vous fais chevalier de la Légion d'honneur.
    Le « nouveau chevalier » prit à son tour la parole pour remercier de l'honneur qui lui a était fait :

    « Je suis particulièrement heureux, Monsieur le Ministre, que la distinction dont j'ai été l'objet de la part du Gouvernement français me soit remise de votre main, parce que le Ministre de France à Pékin n'est pas seulement le représentant de la France, mais aussi le représentant du Protectorat des Missions et, depuis que notre pays a sa Légation en Chine, nous savons trop combien les Missions doivent à son action bienfaisante pour ne pas le proclamer très hautement.
    « Pour résumer l'histoire des siècles passés, je rappellerai simplement que les missionnaires français ont travaillé au milieu de difficultés inouïes pendant plus de 200 ans, avant l'établissement de notre Légation, et, comparant les anciens temps aux nouveaux, nous pouvons aisément faire la différence.
    « La Chine elle-même n'a eu qu'à se féliciter de l'influence bienveillante de nos diplomates auprès de son gouvernement, car s'il est une caractéristique de la race française, c'est bien la générosité, le réel plaisir de tout Français à faire le bien autour de lui. Et ce noble sentiment s'est traduit d'une façon tangible, car, entre toutes les grandes puissances, c'est encore la France qui a montré le plus grand respect pour l'intégrité du sol chinois.
    « Notre race est une race profondément raisonnable et logique et c'est ce qui a toujours fait sa force ; j'ai confiance que ces qualités si puissantes que la Providence nous a départies seront les nôtres dans l'avenir, comme elles l'ont été dans le passé, car un peuple si fortement constitué ne saurait tomber à des niveaux inférieurs.
    « Je suis très touché, Monsieur le Consul Général, des paroles aimables que vous venez de dire à mon sujet ; je ne me reconnais pas je le dis sans hésitation toutes les perfections que vous m'attribuez; mais je déclare volontiers que si, dans ma carrière déjà longue, j'ai pu travailler avec utilité à des oeuvres que vous avez mentionnées, je le dois beaucoup au bon accueil et à l'appui moral que j'ai toujours trouvés auprès de nos Consuls. C'est grâce à cette unité d'efforts, qui comprend coopération et coordination, que l'on peut faire des choses durables.
    « Je vous remercie aussi, Mesdames et Messieurs, de la sympathie que vous me témoignez. Je vois que la petite Colonie Française est au courant de mes défauts et qu'elle n'a rien oublié, car à côté des honneurs du Gouvernement français elle ajoute un souvenir qui me restera très cher. Vous avez voulu qu'il m'atteigne jusque dans mon caractère sacerdotal, n'omettant ainsi rien de ce qui pouvait m'être utile et agréable, aussi je tiens à exprimer à tous et à chacun en particulier ma profonde gratitude ».
    De vifs applaudissements saluèrent ces paroles. Et après avoir porté la santé du nouveau chevalier, nos hôtes d'un jour nous quittèrent pour regagner le Paul Lecat, et reprendre la route du nord de la Chine.

    1922/27-32
    27-32
    Chine
    1922
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