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Reliques dominicaines au Séminaire des Missions Étrangères à Paris

Reliques dominicaines au Séminaire des Missions Étrangères à Paris Nous empruntons à « l'Année Dominicaine » l'article suivant qui intéressera et édifiera profondément nos lecteurs. La Société des Missions Etrangères conserve avec un soin pieux les reliques et les souvenirs de ceux de ses membres qui ont eu l'honneur de mourir pour la Foi catholique. Au Séminaire de la rue du Bac, 128, à Paris, l'on visite avec émotion la Crypte, la Salle des martyrs et la Salle des Bienheureux 1.
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    Reliques dominicaines au Séminaire des Missions Étrangères à Paris

    Nous empruntons à « l'Année Dominicaine » l'article suivant qui intéressera et édifiera profondément nos lecteurs.

    La Société des Missions Etrangères conserve avec un soin pieux les reliques et les souvenirs de ceux de ses membres qui ont eu l'honneur de mourir pour la Foi catholique.
    Au Séminaire de la rue du Bac, 128, à Paris, l'on visite avec émotion la Crypte, la Salle des martyrs et la Salle des Bienheureux 1.
    Dans la crypte sont conservées sous différents autels, sur lesquels, chaque matin, le Saint Sacrifice est offert, les châsses dans lesquelles sont déposés les corps ou les parties insignes des corps de ceux que l'Eglise a inscrits au catalogue des saints.
    Dans la salle des Bienheureux, l'on a placé les objets qui leur ont appartenu ou les instruments de leur supplice.
    Dans la salle des martyrs sont conservés les souvenirs de ceux des membres de la Société qui ont versé leur sang pour le Christ, mais qui n'ont pas encore reçu les honneurs officiels de l'Eglise.
    A côté de ces souvenirs sont placées quelques reliques qui intéressent la famille dominicaine et il nous est doux de pouvoir les faire connaître.
    Ce sont des reliques et souvenirs du Bienheureux Ignace Delgado, du Bienheureux Dominique Henarez, du Bienheureux Valentin Berrio-Ochoa et de Mgr Joseph Marie Diaz.

    1. La Crypte n'est ouverte au public que dans la matinée du dimanche et à certains jours, le Jeudi Saint en particulier ; la salle des Bienheureux, à moins d'autorisation spéciale, n'est visitée que par les ecclésiastiques ; le public est admis chaque jour, après-midi (les jours de congé exceptés) à visiter la salle des Martyrs.

    I. Bienheureux Ignace Delgado, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, évêque de Melipotamo et Vicaire Apostolique du Tonkin oriental, né à Villafelice, en Aragon, le 23 novembre 1761, entré dans l'Ordre à Calatayud et arrivé au Tonkin le 29 octobre 1790. Après un long et fructueux apostolat, emprisonné, torturé, condamné à mort, le saint vieillard succomba à ses atroces souffrances et les ennemis de la foi qu'il avait si vaillamment propagée, défendue, ne purent s'acharner que sur son cadavre. Il mourut en prison à Nam-Dinh, le 12 juillet 1838. Il fut béatifié par Léon XIII, le 27 mai 1900, avec vingt-six autres membres de la famille dominicaine, évêques, prêtres et tertiaires indigènes, martyrisés comme lui durant la persécution du roi Minh-Manh. Sa fête se célèbre le 11 juillet.
    Fragment de la cage dans laquelle est mort le B. Ignace Delgado.

    II. Bienheureux Dominique Henarez, de l'Ordre des Frères Prêcheurs, évêque de Fesseita, coadjuteur du bienheureux Ignace Delgado, décapité le 25 juin 1838. Il était né le 29 décembre 1765, à Baene, au diocèse de Cordoue, et avait pris l'habit à Sainte-Croix de Grenade, le 30 août 1783. A vingt-quatre ans, il part aux Missions. Bientôt, supérieur du séminaire indigène de Tien Chu, il est créé évêque de Fesseita le 7 septembre 1800. Son zèle et ses hautes vertus méritaient la couronne du martyre. Livré par un traître, soumis aux tortures les plus cruelles, enfoui après sa mont par les bourreaux qui voulaient soustraire ses restes à la vénération des chrétiens, il fut, un mois plus tard, retrouvé intact et exhalant un parfum miraculeux. Il fut inscrit au martyrologe de l'Eglise par Léon XIII, le même jour que le bienheureux Ignace Delgado. Fête le 11 juillet.
    Morceaux de vêtement.
    Livre de l'Imitation de Jésus-Christ lui ayant appartenu.

    III. Bienheureux Valentin Berrio-Ochoa, dominicain espagnol, évêque et vicaire apostolique au Tonkin, homme vraiment apostolique, fut pris quelques jours après le bienheureux Jérôme Hermosilla, O. P. et décapité avec lui en 1861. Béatifié par Pie X. Sa fête se célèbre le 6 novembre.
    Une dent placée dans un reliquaire doré ; cette relique est authentiquée par une note de Mgr Theurel du 30 avril 1868.

    IV. Mgr Joseph Marie Diaz, dominicain, évêque et vicaire apostolique du Tonkin Central, décapité le 20 juillet 1857 à Man-Dinh. L'Annuaire Pontifical de Battandier (1907, p. 603) signale, à la date du 5 décembre 1905, une révision de ses écrits faite par la S. Congrégation et lui donne le titre de Vénérable. Sa cause de béatification doit ètre encore pendante à Rome.
    Le Séminaire des missions possède de ce vénérable Evêque :
    1° sa mosette apportée en France, en 1865, par Mgr Theurel et authentiquée par une lettre de ce même prélat à M. Charrier (30 avril 1868);
    2° sa crosse, envoyée à Hong-Kong par Mgr Theurel, apportée en France, en 1868, par M. Chouzy, missionnaire de Canton ;
    3° Une vertèbre cervicale, placée dans le reliquaire qui contient la dent du bienheureux Berrio-Ochoa. Cette vertèbre, ainsi que la crosse, sont authentiquées par des notes de Mgr Theurel du 30 avril 1868.
    4° Dans un petit cadre ovale, il y a des cheveux attribués à Mgr Diaz ; au dos du cadre, un simple croisé de ficelle sans cachet. Le catalogue manuscrit de la Salle des martyrs ne les signale pas. Le catalogue imprimé en 1900 les indique. Aucun document n'atteste l'authenticité des cheveux attribués à Mgr Diaz.

    V. Le catalogue manuscrit de la Salle des Martyrs signale des parcelles d'ossements du Bienheureux Pierre Sanz renfermées dans une fiole de verre. Ces reliques ne sont pas mentionnées dans le catalogue imprimé en 1900 et ne se trouvent plus dans les vitrines 1.
    Une notice manuscrite, à l'usage des Aspirants missionnaires qui font visiter la Salle des martyrs, nous explique la présence de ces reliques dominicaines au Séminaire des Missions Etrangères à Paris. Nous transcrivons textuellement : « Quoique n'étant pas de la Société, comme ces missionnaires avaient travaillé côte à côte avec les missionnaires de la Société au Tonkin, les Dominicains ont envoyé (rue du Bac) ces reliques pour montrer l'accord parfait qui a toujours régné entre les Fils de Saint Dominique et les membres de la Société des Missions Etrangères.

    1. Nous devons à l'obligeance de M. Henry Sy, Directeur du Séminaire, qui a bien voulu faire des recherches dans les Archives des Missions Étrangères, la précision sur l'authenticité de ces reliques.

    Comme nous parlions de ces reliques et que nous citions cette phrase à Mgr Munagorri, vénérable évêque, dominicain espagnol, missionnaire au Tonkin 1, qui avait daigné présider notre procession du couvent du T.-S.-Sacrement de Paris, lors de la dernière Fête-Dieu, le Prélat, avec un accent plein d'émotion nous dit : « Au Tonkin, tous les Dominicains sont prêtres de la Société des Missions Etrangères et tous les prêtres de la Société des Missions Etrangères sont dominicains, tant nous sommes unis pour travailler à la gloire de Notre Seigneur et au salut des âmes ».

    1. Mgr Munagorri est venu en Europe pour apporter à Rome les six volumes qui contiennent le procès apostolique des 1315 martyrs qui moururent pour la foi au Tonkin de 1856 à 1862. Ces martyrs appartiennent tous, à des titres divers à la famille dominicaine.

    ***

    Descendons dans la crypte qui se trouve sous l'église des Missions Étrangères. Pénétrons jusqu'au milieu de ce sanctuaire où reposent, sous divers autels, les corps des bienheureux Martyrs de la Société ; arrêtons-nous au milieu, entrons dans la chapelle de la Sainte Vierge, à droite, et prosternons-nous devant la châsse qui est placée sous l'autel et vénérons avec une joie particulière le corps du bienheureux Augustin Schaeffler. Il est nôtre par la profession du Tiers Ordre.
    Augustin Schaeffler naquit en 1822 à Mittelbronn, au diocèse de Nancy. Il fit ses études au Petit Séminaire de Pont-à-Mousson dont l'abbé Jandel, le futur Maître Général de l'Ordre des Frères Prêcheurs, était alors supérieur. Augustin eut à Pont-à-Mousson comme condisciple Edmond About ! Mais tandis que celui-ci, brillant certes par l'esprit, mais déjà imbu d'athéisme, était écarté prudemment du Séminaire par l'abbé Jandel et rentrait dans le monde des lettres et des plaisirs où il devint ce que l'on sait, Augustin, un enfant des campagnes, au coeur pur, aimait Dieu de toute son âme, comprenait ce qu'il y a de beau à le faire aimer des hommes et, sous la direction de son saint supérieur, mûrissait devant Dieu la résolution de se faire missionnaire pour se consacrer au salut des pauvres idolâtres.
    Quand l'abbé Jandel revint en France après avoir pris l'habit de Saint Dominique à la Quercia, Augustin Schaeffler voulut, en signe d'affection, de reconnaissance et d'union de mérites, devenir son frère par l'entrée dans le Tiers Ordre de la Pénitence de Saint- Dominique. Les registres du Tiers Ordre de Nancy le montrent recevant l'habit le 4 mars 1846, c'est-à-dire l'avant-veille de son ordination au Sous-Diaconat. Dès la Trinité, il était ordonné diacre et le 15 juillet, en vertu d'une dispense, il faisait profession dans le Tiers Ordre1.

    1. R. Père CORMIER. Vie du Révérendissime Père Jandel. L. I, ch. IV, p. 43 Catéchisme du Tiers Ordre de Saint Dominique. 1er entretien, p. 24. R. P. ALix. Nouveau Manuel du T.-O. de Saint Dominique, p. 146.

    Nous savions cela pour l'avoir lu dans divers livres, pour avoir surtout entendu dire par les anciens Pères de la Province de France qu'Augustin Schaeffler, tertiaire, professait un grand attachement à l'Ordre. Cela ne nous a pas suffi et nous avons désiré remonter aux sources. Nous avons prié le Très Révérend Père Grolleau, prieur des Dominicains de Nancy, de vouloir bien faire des recherches dans les archives du couvent. Notre espoir n'a pas été déçu 1.
    Dans les registres du Tiers Ordre de Nancy, sur une page non numérotée, et divisée en trois colonnes, voici ce qu'on lit :

    Prise d'habit Noms Profession
    M. l'abbé Auguste Schaeffler,
    4 mars 1846 Diacre 15 juillet 1846

    Il est le premier en haut de la page.
    Nous savons donc avec certitude que le bienheureux martyr Augustin Schaeffler a fait partie du Tiers Ordre de Saint Dominique.
    L'âme d'Augustin Schaeffler se hâtait vers le sacrifice. « Le bon Dieu, écrivait-il, m'accordera la grâce du martyre ; tous les jours ; je le lui demande ». « Souffrir beaucoup, écrivait-il encore, mais au pied de la Croix : peut-on rêver rien de plus doux ?... »
    A la fin des vacances de 1846, Augustin, le 9 octobre, entra au Séminaire des Missions Étrangères ; il y fut bientôt promu au Sacerdoce et le 16 septembre de l'année suivante il partait pour le Tonkin occidental. Bientôt son zèle ardent et son angélique piétée lui méritaient la couronne du martyre qu'il avait si ardemment désirée.
    Le grand mandarin le condamna à être décapité. L'on conserve aux Missions Étrangères la tablette de bois où fut inscrite la sentence de mort. Nous en donnons la traduction :
    « Le sieur Ao-Tu-Dinh (Augustin) est un européen qui a eu l'audace de venir malgré la loi, parcourir ce royaume pour y prêcher la religion, séduire et tromper le peuple ; ce dont il a été clairement convaincu dans l'examen de sa cause.
    « Il convient de suivre envers lui le décret du roi.
    « Que le sieur Ao-Tu-Dinh (Augustin) ait donc la tête tranchée et jetée dans les eaux de la mer ou des fleuves, pour instruire le peuple et l'empêcher d'embrasser la nouvelle doctrine ».

    1. Le P. Grolleau, alors gravement malade, chargea de ces recherches un religieux de son couvent, le P. Souillard. (Lettre du 15 juin 1926.)

    En tête du cortège qui conduisait Schaeffler à la mort, un homme portait un écriteau blanc sur lequel en lettres noires était écrit :
    « Malgré la sévère défense portée contre la religion de Jésus Ao-Tu-Dinh (Augustin) prêtre européen a osé clandestinement venir ici pour la prêcher et séduire le peuple. Arrêté, il a tout avoué. Son crime est patent. Que le sieur Ao-Tu-Dinh (Augustin) ait la tête tranchée. 5e année de Tu Duc, 1er de la 3e lune ».
    Le héros de la foi, âgé de trente et un ans, s'avançait d'un visage souriant, la tête haute, tenant de sa main sa chaîne relevée et récitant de ferventes prières. « Comme il est beau, disaient les païens ; quel héros ! Il va à la mort comme les autres à une fête ! » L'admiration n'eut plus de bornes quand on le vit jeter ses sandales pour courir plus vite. Ce ne fut qu'au troisième coup que le bourreau, tant il tremblait d'émotion, put lui trancher la tête. C'était le 1er jour de mai 1851, près de Son-Tay.
    Le corps du martyr fut enterré par les chrétiens ; sa tête jetée à l'eau ne put jamais être retrouvée.
    Le Révérendissime Père Jandel, les anciens l'ont souvent répété, se réjouissait d'avance, en apprenant cette glorieuse mort, de l'éclat qui en rejaillirait peut-être un jour sur le Tiers Ordre de Saint Dominique 1.
    Le serviteur de Dieu fut déclaré Vénérable par Pie IX, le 24 septembre 1857. Le 27 mai 1900, Léon XIII béatifia Augustin Schaeffler.
    Outre son corps, qui est, nous l'avons dit, vénéré dans la crypte, le Séminaire des Missions Étrangères conserve religieusement dans la Salle des Bienheureux, de nombreux souvenirs du bienheureux Schaeffler :

    Sa sentence de mort.
    Le pantalon qu'il portait lorsqu'il fut décapité.
    Trois pantalons : noir, blanc et brun.
    Des vêtements blancs.
    Une soutane annamite.
    Un scapulaire.
    Une couverture de laine blanche.
    Un couvert de table.
    Une théière.
    Une boîte à bétel.

    1. R. P. CORMIER : Vie du Père Jandel.

    Une plaque commémorative est placée dans la chambre que le bienheureux occupa jadis au Séminaire.
    La Société des Missions Etrangères célèbre la fête du bienheureux Augustin Schaeffler et de plusieurs autres de ses martyrs, le 24 novembre. Le diocèse de Nancy fête séparément le bienheureux le 20 juin 1, jour où des reliques insignes du Bienheureux furent transférées solennellement au Séminaire de cette ville 2.
    Qu'il nous soit permis d'exprimer un voeu : celui de voir l'Ordre de Saint Dominique obtenir de Rome l'autorisation de célébrer la fête de ce bienheureux Tertiaire martyr, comme il célèbre celle du bienheureux Louis-Marie Grignon de Montfort, ou tout au moins d'en faire mémoire le 11 juillet, jour où les Frères Prêcheurs célèbrent la fête des Bienheureux Ignace Delgado, Dominique Henarez et de leurs compagnons qui reçurent le même jour qu'Augustin Schaeffler, et dans la même cérémonie, les honneurs de l'Eglise.
    Fr. M. D. CONSTANT, O. P.

    1928/228-235
    228-235
    France
    1928
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