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Relation de l'arrivée de Mgr l'archevêque de Paris

ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES SOMMAIRE
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    ANNALES
    DE LA SOCIÉTÉ

    DES

    MISSIONS ÉTRANGÈRES

    SOMMAIRE

    A TRAVERS NOS ARCHIVES. Relation de l'arrivée de Mgr l'Archevêque de Paris et de sa réception au Séminaire des Missions Etrangères et de la pose au nom du roi de la première pierre de l'église du Séminaire. Yun-nan : EVANGÉLISATION, lettre de M. Liétard. Cochinchine septentrionale : PAUL KHIÊM (suite et fin), par M. Cadière. KOUY-LIN-FOU, CAPITALE DU KOUANG-SI, par M. Renault. UN VIEUX SOUVENIR DU JAPON CATHOLIQUE, par Mgr Berlioz. A PROPOS DES TODAS, par M. Boyet. Cochinchine occidentale : LES NOCES D'OR D'UN PRÊTRE ANNAMITE, par M. R. Delpech.
    Variétés. VISITE AUX MINES DE KOLAR, par M. Froger. NOUVELLES DIVERSES.
    Gravures : PLAN DE KOUY-LIN-FOU. PORTRAIT DU P. TH. DOAN.

    A TRAVERS NOS ARCHIVES

    Nous avons promis plusieurs fois d'ouvrir les plus vieilles et les plus poussiéreuses de nos archives qui ne sont pas poussiéreuses du tout, si nous parlons ainsi c'est pour nous conformer à l'usage d'y rechercher le récit de quelque fait intéressant et de le publier pour la plus grande joie de ceux qui aiment à revivre dans le passé. Nous donnons aujourd'hui la relation de la pose de la première pierre de l'église de notre Séminaire et pour montrer l'impression que produisit ce récit transmis dans quelques-unes de nos missions, nous y joignons deux lettres écrites par Mgr Laneau, Vicaire Apostolique de Siam. La première est adressée à l'archevêque. De Paris, Mgr de Harlai et la seconde au roi Louis XIV.

    MARS AVRIL 1904. N° 38.

    Relation

    de l'arrivée de Mgr l'archevêque de Paris

    ET DE SA RÉCEPTION

    AU SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

    ET DE LA POSE AU NOM DU ROI

    DE LA PREMIÈRE PIERRE DE L'ÉGLISE DU SÉMINAIRE

    Le 24 avril 16831.

    Samedi, 24 avril, sur les quatre heures et demie après midi Mgr l'Archevêque 2 arriva au Séminaire. Il avait envoyé devant luy tous ses officiers pour préparer ses ornements et pour achever de régler toutes choses avec nous, et un de ses suisses étroit venu trois heures auparavant pour garder la porte et empêcher la confusion. Nous étions tous rangés en surpellis avec la croix (que MM. des Incurables nous avoient prestée aussi bien que leurs chandeliers et leur dais) sous la grande arcade qui joint nos deux cours. Monseigneur entra en carrosse jusque dans la première cour : M. le Supérieur avec une vingtaine d'ecclésiastiques le receut, le conduisit d'abord dans la petite salle qui est à l'entrée, où il prit son rochet, son camail et une étoles pardessus. Au sortir de cette salle il entra sous un dais porté par M. Des Roches et De Lunel et la procession marcha vers la chapelle, où plusieurs personnes s'est oient assemblées pour entendre le compliment de M. le Supérieur et la réponse de Mgr l'Archevêque.

    1. A.-M.-E. Vol 9, p. 97. Arch. Nat. S. 875.Cette relation a été évidemment faite par un des Directeurs du Séminaire, mais nous ne savons pas lequel d'entre eux en fut le rédacteur.
    2. Mgr François dé Harlai de Champ vallon, archevêque de Rouen en 1651, transféré à Paris en 1671, mort en 1695.

    Le clergé étroit assez nombreux, parce que outre tous ceux de la maison, MM. des Incurables est oient venus et nous avaient envoiez un bon nombre de surpellis qui, joints à ceux que, nous avions déjà, servirent à plusieurs tant de nos anciens abbés que d'autres ecclésiastiques, qui se trouvèrent présents.
    On avoit mis à l'entrée de la chapelle un tapis avec un carreau. Ce fut là que Monseigneur s'agenouilla pour baiser la croix qui luy fut présentée par M. le Supérieur, et tous deux la tenant ensemble la présentèrent à Mgr l'évêque d'Acq1, Mgr de Gap2 et à Mgr de Laon3 qui la baisèrent tous trois à genoux. Durant ce temps là, M. le Supérieur avoit la chappe et l'étole qu'il était venu prendre à la sacristie par l'ordre de Mgr l'Archevêque, pendant que ce Prélat s'habillait dans la salle et il porta l'une et l'autre durant toute la cérémonie selon que Mgr l'Archevêque le souhaita. Il lui porta ensuite le goupillon qu'il receut et dont il se donna à lui-même de l'eau bénite et en donna ensuite aux trois évêques. Après quoy M. le Supérieur lui offrit l'encens à. bénir et l'encensa par trois fois. Il en fit autant par son ordre à chacun des trois évêques. Ces prélats est oient en rochet et camail et suivoient Mgr l'Archevêque. Ici M. le Supérieur commença son compliment qu'il dit parfaitement bien et qui fut fort goûté. Mgr l'Archevêque répondit et en peu de paroles marqua trois choses...

    1. Ancien nom de Dax. L'évêque de ce diocèse était alors Mgr Paul Philippe de Chaumont, nommé en 1671, qui donna sa démission en 1684 et mourut en 1697.
    2. Mgr Victor Augustin Méliand nommé en 1679, transféré à Alet en 1684, démissionnaire en 1698 mort en 1713.
    3. Mgr Jean d'Estrées, nommé en 1681, mort en 1694.

    1o L'admiration que nous devions concevoir de la bonté de Dieu qui avec toute sa grandeur ne dédaignait pas d'habiter dans des temples bâtis par la main des hommes et qui voudroit bien se renfermer dans les bornes étroites de celui que nous allions élever ;
    2o La piété et la religion du Roi, qui au milieu de toutes ses grandes occupations s'emploi oit si volontiers à toutes les oeuvres qui regardaient la gloire de Dieu, et principalement à celles qui pourvoient la porter jusqu'aux extrémités du monde;
    3° La joie particulière qu'il avoit d'avoir este choisi pour la fonction qu'il alloit faire, et combien il est oit ravy de témoigner en cette occasion l'estime et l'affection qu'il avoit pour le Séminaire, ajoutant qu'il espérait que cette action attirerait sur nous une double bénédiction : d'abord celle de la rosée du Ciel et ensuite celle des biens de la terre, dont néanmoins nous estions entièrement détachez et que nous ne souhaitions que pour servir Dieu.
    Ce fut par là qu'il finit.
    Il s'avança ensuite vers l'autel et se mit à genoux sur un carreau qui estoit sur les marches.
    On chanta Ecce sacerdos magnus, etc. M. le Supérieur, qui estoit proche du costé de l'Epitre, dit les versets et les oraisons de la visite, après quoy Monseigneur estant monté à l'autel donna sa bénédiction. Il fit aussitôt la visite du Saint-Sacrement, c'est-à-dire qu'il tira le saint Ciboire, le mit sur l'autel, l'encensa, entonna le Tantum ergo et après, ayant donné la bénédiction, le remit dans le tabernacle.
    Ce fut pour lors que commença la cérémonie de la pose de la première pierre. M. Philippe, aumônier de Mgr l'Archevêque, était venu la veille au Séminaire, afin de nous marquer tout ce qu'il y avait à faire. Nous avions répété les cérémonies après le souper et nous avions este planter selon la rubrique une croix de bois assez grande, justement dans la place où doit estre le Maître Autel. La procession sortit donc de la chapelle en chantant le Benedictus pour aller au lieu où se de voit mettre la première pierre, c'est-à-dire tout proche de la bibliothèque, à l'endroit où doit être le grand autel.
    Voici l'ordre que l'on gardait. Devant la croix marchait M. Manuel, l'encensoir à la main. M. Coignet portait la croix. A ses côtés MM. Besuncle et Bergeret portaient les chandeliers ; derrière lui M. Pocquet, d'un côté, et M. Francillon de l'autre, le premier avec le bénitier et le goupillon, l'autre avec tous les instruments qui devaient servir à la cérémonie, c'est-à-dire un auge de bois de noyer fort propre, une règle et une esquarre de mesme bois, une pince, un cizeau et un marteau de fer poli, un petit maillet et une truelle d'argent ; M. le Supérieur est oit le dernier de la procession et après luy marchaient tous les officiers de Mgr l'Archevêque qui estoit en mitre sous le dais. La chappe du prélat est oit soutenue par MM. les abbés Bailly et Philippeaux, aux deux costés, et par M. Milon derrière. Les trois évesques fermaient le corps de la procession. Le terrain avoit este préparé d'une manière fort commode, car depuis le pavé de l'ancienne cour de M. Puchot, on alloit toujours en descendant imperceptiblement, en partie sur une espèce de pont et en partie sur la terre jusqu'au lieu de la cérémonie ; Mgr l'Archevêque y descendit accompagné de ses officiers, et tous les ecclésiastiques se rangèrent en haut des deux costés sur un terrain plus élevé, ayant derrière eux la foule de ceux qui voulaient voir. Quelques dames et entre elles Mme d'Aiguillon, Mme de Coisy avoient eu la dévotion de suivre la procession et il y en eut quelques-unes qui descendirent en bas pour voir plus commodément. On avait préparé un fauteuil pour Mgr l'Archevêque vis-à-vis la grande croix de bois, il s'y assit d'abord. On dit les prières marquées dans le Rituel et, après plusieurs bénédictions, psaumes et oraisons, on récita les litanies des Saints. Mgr l'Archevêque fit des croix avec un cizeau sur tous les costés de la pierre. Les ouvriers avaient eu soin de les graver auparavant aussi profondément qu'il fallait et de les recouvrir d'une matière qui pouvoit céder assez aisément. On mit la médaille enveloppée dans du coton, dans l'endroit qui lui avait été préparé et Mgr l'Archevêque plaça la pierre. Il marcha ensuite après nous en procession tout autour des fondements, jettant de l'eau bénite partout pendant que nous chantions Fundamenta ejus in montibus sanctis, après quoy étant revenu à sa place et ayant achevé quelques oraisons, il donna la bénédiction et entonna le Te Deum, que nous chantâmes en revenant à la chapelle dans le mesme ordre que nous en estions sortis. Il voulut qu'après le Te Deum on chantât Domine salvum fac Regem et il dit l'oraison de la Trinité pour l'action de grâce et celle qui est pour le Roi. Il donna la bénédiction pour la troisième fois, quitta ses habits pontificaux à la sacristie, fut reconduit sous le dais par tout le clergé jusqu'à la salle qui est auprès de la porte où il fit mille amitiés à tous nos messieurs embrassant plusieurs et particulièrement M. de Chaunalou. Sa nièce avoit yen la cérémonie de la chambre de Mgr de Laon ; elle avoit avec elle son fils, jeune enfant de dix ans. On le vint porter à Mgr l'Archevêque dans la salle après que toute la cérémonie fut faite. Ce prélat demanda fort agréablement à M. le Supérieur s'il le voudrait bien recevoir pour porter le surpellis dans le Séminaire. M. le Supérieur lui répondit qu'il ne falloit point une moindre autorité que celle de Sa Grandeur pour le faire admettre dans une maison comme la nostre. Enfin il remonta en carrosse et donna quelque argent aux ouvriers qui l'attendaient au passage. La pluye qui avoit restée comme suspendue pendant toute la cérémonie, tomba en abondance presque aussitôt qu'elle fut finie.
    Nous avons de quoi bénir Dieu de la manière dont toutes choses se sont passées, car on ne peut voir guère plus d'ordre ny de modestie qu'il y en avoit.
    On avait distribué sur des billets toutes les Dames qui avoient este priées, et on les avoit mises quatre à quatre ou environ dans les chambres commodes pour voir, et M. l'abbé Bailly estoit nommé pour les y conduire, et Dieu suit comme il s'en acquitta. M. l'abbé Bitaud avoit soin de les recevoir à la porte avec lui et d'y demeurer pendant qu'il alloit dans les chambres. Il y eut néanmoins plusieurs Dames qui est oient invitées qui ne vinrent pas ; tous nos abbés s'y trouvaient, excepté MM. les abbés de Chavigny, Banin de Saint Luc qui était à Meaux, de Ferrière qui s'excusa par un billet. Mais M. l'Official, Le Théologal, des Perrières, Soulet, Milon père et du Ruau Pallu etc. n'y manquèrent pas.
    J'avois oublié que M. le Supérieur annonça par l'ordre de Mgr l'Archevêque les indulgences de la visite après la bénédiction du Saint-Sacrement dans la chapelle.
    Toutes les murailles et plusieurs des petits toits qui tiennent au Séminaire étaient couverts de manoeuvres et d'invalides et les fenêtres des maisons voisines toutes remplies. On avoit tapissé une partie de la muraille de la bibliothèque.
    M. Le Supérieur concerta plusieurs choses avec Mgr l'Archevệque : 1o Qu'il iroit vendredi prochain à Versailles, qu'il présenterait la médaille au Roi et luy feroit un compliment lequel il communiquerait auparavant à ce prélat ; 2o Qu'il écrirait ce qu'il étoit à propos de mettre dans la gazette touchant nostre cérémonie et qu'il le lui montrerait aussi auparavant ; 3o Mgr l'Archevêque dit qu'on ne lui donnât la médaille qu'on avait dessein de lui présenter dès hier qu'après qu'on en aurait présenté, une au Roi, à la Reine, etc... Les médailles sont parfaitement bien faites.

    1904/64-70
    64-70
    France
    1904
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