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Reconnaissance des reliques de nos Martyrs

Reconnaissance des reliques de nos Martyrs La solennité de la Béatification de nos Martyrs approche, et les préparatifs auxquels oblige le droit ecclésiastique se font chaque jour. Dernièrement on a procédé à la reconnaissance des Reliques, que notre Séminaire possède en grand nombre, d'abord des ossements des martyrs, et ensuite des objets que ceux-ci ont possédés, ou qui ont servi à leur supplice. Cette reconnaissance a eu lieu le 22 mars.
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    Reconnaissance des reliques

    de nos Martyrs

    La solennité de la Béatification de nos Martyrs approche, et les préparatifs auxquels oblige le droit ecclésiastique se font chaque jour.
    Dernièrement on a procédé à la reconnaissance des Reliques, que notre Séminaire possède en grand nombre, d'abord des ossements des martyrs, et ensuite des objets que ceux-ci ont possédés, ou qui ont servi à leur supplice.
    Cette reconnaissance a eu lieu le 22 mars.
    Elle a été faite par M. Fages, vicaire général de Son Éminence Mgr Richard, archevêque de Paris, qui exerçait les fonctions de Juge délégué ; M. Peuportier, promoteur du diocèse de Paris ; M. Rivière, secrétaire de l'archevêché, en qualité de notaire délégué.
    En l'absence du P. Cazenave, postulateur de la Cause et notre procureur à Rome, le P. Fleury exerçait l'office de vice-postulateur.
    Sur sa demande, le Vicaire général délégué ouvre la procédure. Les trois membres du Tribunal commencent par prêter serment sur les saints Évangiles de remplir fidèlement leurs devoirs, puis le Président fait appeler deux témoins, M. Delpech, supérieur du Séminaire, comme recteur de l'Église des Missions Étrangères et M. Chirou comme économe de la même Église ; après avoir reçu leur serment, il leur demande où reposent les restes des treize Vénérables serviteurs de Dieu, quand ils ont été déposés en ce lieu et s'ils en ont été extraits.
    La réponse est : que les restes ont été placés, le 24 février 1875, dans un caveau situé au fond de la crypte de l'église et qu'ils n'en ont jamais été enlevés. M. Delpech fait observer que les ossements du Vénérable, aujourd'hui Bienheureux (1). Mgr Dufresse n'étaient pas tous dans le caveau, mais qu'une partie envoyée de Chine seulement en 1896, n'avait pas pu y être déposée, et se trouvait dans une caisse à part, bien scellée, et accompagnée du procès-verbal de l'envoi.
    Le juge délégué s'est alors rendu à la crypte, suivi de son assesseur et du notaire, du vice postulateur, des deux témoins instrumentaires, des deux témoins cités, et aussi de deux de nos Frères, Henri et Paul, qui avaient été appelés comme ouvriers maçons et plombiers pour desceller la plaque de marbre qui ferme le sépulcre, et pour ouvrir les châsses en temps utile. A raison de cet office, ils avaient dû, comme tous les autres, prêter serment sur les saints Évangiles. Le caveau étant ouvert, le Juge est entré, et, avant toutes choses, il a constaté que chacune des châsses occupait bien exactement la place marquée dans le procès-verbal de l'inhumation.
    Le sépulcre ne répandait pas une odeur suave, comme il est arrivé pour quelques saints. Mais plusieurs des assistants ont été étonnés que, dans un caveau hermétiquement fermé depuis 25 ans, on y respirât aussi à l'aise que dans un lieu parfaitement aéré. Sur l'ordre du Président, les châsses ont été retirées et disposées sur une table placée devant le caveau, au fond et au milieu de la nef de la crypte: à ces treize châsses a été ajoutée celle arrivée plus tard et qui contient une partie des ossements du Vénérable Mgr Dufresse. Ensuite, le Vicaire général a commandé de transporter toutes ces châsses à la salle du Conseil. A ce moment, tous nos séminaristes, en surplis, un cierge allumé à la main, sont entrés processionnellement dans la crypte et ont fait le tour de la table sur laquelle reposaient les Reliques. A la suite de la Communauté venaient les châsses des Martyrs portées par le Supérieur et les Directeurs de notre Séminaire, par nos aspirants-prêtres et par les premiers de nos diacres.
    C'était un magnifique et touchant spectacle, un avant-goût des prochaines solennités.
    (1) Dans cet article, nous conservons à nos martyrs le nom de Vénérable qu'ils portaient an moment où se fit la reconnaissance de leurs reliques.
    Toutes les châsses, portées à la salle du Conseil, furent déposées sur une grande table recouverte d'un tapis rouge. Une autre table, assez large, recouverte d'une toile de lin, avait été préparée pour recevoir les ossements des martyrs, quand ils seraient successivement tirés de leur châsse pour être examinés par les médecins assermentés.
    Sur l'ordre du Président, la reconnaissance a commencé immédiatement. Étaient présents, outre les membres du Tribunal, le Vice Postulateur, les deux témoins instrumentaires, les deux Frères assermentés et le Supérieur du Séminaire ; les deux médecins assermentés étaient les Drs Tisné et Potherat. Sur les 13 Vénérables, il y en avait 4 dont la reconnaissance avait déjà été faite une première fois à Paris. Ce sont les Vénérables Dumoulin Borie, Gagelin, Jaccard et Thomas Thien. On a commencé par ceux-là, et d'abord par le Vénérable Dumoulin Borie. On a déposé sa châsse sur la table recouverte de la nappe de lin, et après avoir constaté que les sceaux et les rubans qu'ils retenaient étaient intacts, et que la forme de la châsse répondait bien à la description faite lors de la première reconnaissance en 1843, on l'a ouverte. Le Promoteur lisait, dans le procès-verbal de 1843, la nomenclature des os, et le Dr chirurgien Potherat les extrayait de la châsse au fur et à mesure, et les déposait sur la table. La déclaration des docteurs présents a été parfaitement conforme à celle des docteurs de 1843, sauf quelques détails sans importance qui ont été, du reste, soigneusement consignés au procès-verbal.
    La reconnaissance achevée, on a prélevé une certaine quantité de Reliques, qui, selon les prescriptions de la Congrégation des Rites, doivent être envoyées à Rome, pour y être distribuées par le Postulateur au Souverain Pontife, à divers cardinaux et autres dignitaires qui y ont droit. Ces Reliques ont été enveloppées dans du taffetas rouge et déposées dans une boîte qui a été immédiatement scellée avec le sceau de l'archevêque de Paris. On a prélevé ensuite une quantité un peu plus considérable des petits ossements du même martyr, lesquels restent à la disposition de notre Séminaire ; ils ont été également enveloppés dans un morceau de taffetas rouge, placés dans une boîte et immédiatement scellés. Enfin, le reste du corps, enveloppé dans une pièce de taffetas rouge, a été déposé dans une châsse de cuivre doré et immédiatement scellé du sceau de l'archevêque de Paris. Cette châsse, comme les deux petites boîtes précédentes, a été déposée dans une armoire placée à cet effet dans la salle du Conseil et dont le Vice Postulateur doit garder la clef.
    Après cette première châsse, on a successivement ouvert et vérifié celles des Vénérables Gagelin, Jaccard et Thomas Thien, et on a suivi la même marche et accompli les mêmes formalités que pour celle du Vénérable Borie. On a fait les mêmes réserves de reliques pour Rome et pour notre Séminaire et placé chaque corps dans une châsse en cuivre doré.
    Cette première session a été longue ; commencée à 1 heure, elle n'a pris fin qu'à 6 heures passées.
    Lorsque tout le monde fut sorti de la salle, la porte fut fermée à clef, et les scellés apposés sur cette porte, avec le sceau de l'archevêque. On n'a pas mis les scellés sur les fenêtres, parce qu'elles sont munies de fortes barres de fer.
    La deuxième session fixée au 26 mars, a été consacrée à la reconnaissance des corps des Vénérables martyrs Antoine Nam et Simon Hoa. Quand Mgr Pellerin, Vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, a envoyé ces corps au Séminaire de Paris en 1855, il a fait un procès-verbal très complet et une description très détaillée des châsses qui les contenaient, des étoffes qui les enveloppaient, etc... Dans l'examen qu'on a fait de ces caisses, soit au dehors, soit au dedans, tout s'est trouvé parfaitement conforme aux indications données par Mgr Pellerin. Il manquait cependant une chose. Sur les quatre côtés extérieurs des châsses, l'évêque de Biblos avait apposé son grand sceau, seulement il était imprimé sur papier, et l'humidité avait tellement rongé ce papier qu'il en restait à peine quelques vestiges. Mais aux quatre faces, sur les vestiges de ce grand sceau, se trouve placé et très bien conservé le sceau de M. Voisin, ancien Directeur de notre Séminaire et qui avait le titre et les pouvoirs de Notaire apostolique. On a expliqué, au procès-verbal, comment, à cette époque, les Directeurs du Séminaire afin de suppléer, pour plus de, sûreté, à la destruction presque complète des sceaux de Mgr Pellerin, avaient jugé bon de faire apposer, sur les châsses, le sceau de celui d'entre eux qui remplissait les fonctions de Notaire apostolique. A part cette circonstance, tous les détails de l'examen d'aujourd'hui cadrent si bien avec la description de Mgr Pellerin, qu'il ne saurait y avoir une ombre de doute sur l'authenticité et l'identité des châsses et des corps.
    Le lendemain 27 mars, on a reconnu les corps des Vénérables Paul Doi Buong, André Trong et Joachim Ho. Le Dr Potherat, qui remplit le principal rôle dans cette reconnaissance, a fait remarquer aux juges et aux témoins qu'une des vertèbres cervicales du corps du Vénérable Paul Buong portait clairement la trace d'un instrument tranchant ; c'était un des coups de sabre qui lui avaient donné la mort.
    Dans la quatrième session, le 29 mars, on a successivement examiné, suivant le cérémonial prescrit, l'intérieur de caisses et les ossements des Vénérables Jean-Gabriel Dufresse, Augustin Tchao, Joseph Yuen ou Ven et Paul Lieou. Nous avons dit que les restes du Vénérable Mgr Dufresse ont été envoyés à Paris en deux expéditions, à quarante ans de distance. La première chose à faire était de s'assurer que les os des deux caisses appartenaient bien au même sujet. Un fait matériel l'a démontré avec évidence. L'os maxillaire se trouvait coupé en deux morceaux, dont l'un était dans la première caisse et l'autre dans la deuxième. Or, les deux fragments rapprochés se joignaient parfaitement et formaient l'os maxillaire intégral. Cette session a mis fin à l'examen des treize corps ou fractions de corps que nous possédons.
    Enfin le 30 mars, une session supplémentaire, et entièrement distincte des précédentes, s'est tenue pour la reconnaissance des Reliques secondaires, de nos quarante-neuf martyrs. Tous les objets, vêtements, livres, croix, cangues, etc., ont été examinés, reconnus, nominalement inscrits au procès-verbal et munis du sceau de l'archevêque de Paris.
    Cette session terminait heureusement les travaux nécessaires à la reconnaissance des Reliques de nos Martyrs.
    Nous ne voulons pas terminer ces pages, sans y ajouter ces lignes du souverain Pontife, Benoît XIV, au sujet des Reliques:
    « Nous n'ignorons pas qu'il faut vénérer et honorer non seulement le corps d'un saint lorsqu'il se trouve dans son entier, mais la moindre parcelle séparée du reste du corps. » Et le Pontife ajoute, en citant un sermon de saint. Maxime : « C'est une gloire propre aux martyrs, que si leur dépouille mortelle est divisée et semée comme une poussière par tout l'univers, elle conserve néanmoins partout la plénitude de sa vertu. »
    Enfin ailleurs il dit encore ces mémorables paroles qui sont pour nous une espérance:
    « Les reliques des saints ont coutume d'être pour les villes où elles reposent et sont en vénération, par une grâce de la miséricorde divine, une puissante protection pour écarter de leurs murs les calamités qui les accableraient sans elles ».
    1900/139-143
    139-143
    France
    1900
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