Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Rapport sur le culte de Notre Dame de Lourdes dans de diocèse de Kumbakonam

Rapport sur le culte de Notre Dame de Lourdes dans de Diocèse de Kumbakonam
Add this
    Rapport sur le culte de Notre Dame de Lourdes
    dans de Diocèse de Kumbakonam

    Beaucoup de chemins dans la mission de Kumbakonam, sont ombragés par un grand arbre que les gens du pays appellent l'asamaram. Les branches de cet arbre laissent tomber vers le sol de longues et minces tiges, qui, semblables à des fils, se balancent dans les airs semblant chercher vers la terre un point où elles pourront se fixer et se développer. Ces tiges, toutes minces et fragiles, descendues jusqu'au sol s'y fixent autour du tronc qui leur donna naissance, croissent et se multiplient, se développant avec rapidité et, au bout de quelques, années, ce qui n'était qu'un léger fil, suspendu dans les airs, s'agitant au moindre souffle du vent, et que l'aile de l'oiseau frôlait en son vol, est devenu si considérable, qu'entre lui et l'arbre d'où il est descendu on ne peut plus distinguer de différence.
    Ainsi en est-il du culte de Notre Dame de Lourdes dans les Indes, mais surtout dans le diocèse de Kumbakonam. La dévotion à la Mère de Dieu est la tige primordiale. Le culte de Marie a été toujours en se développant de plus en plus parmi les chrétiens, à partir du jour où les premiers missionnaires firent connaître Marie, eu prêchant son Divin Fils. De cette dévotion à Marie est né le culte de Notre Dame de Lourdes. D'abord particulière à quelques, fidèles, la dévotion à la Vierge Immaculée va se développant de plus en plus et faisant de rapides progrès au milieu des chrétiens. Si bien que maintenant il n'y a presque pas de maison, si pauvre soit elle, où ne se trouve exposée à la vénération des fidèles soit une image, soit une statuette de la Vierge Immaculée. C'est surtout dans les chrétientés où la sainte Vierge était invoquée et célébrée comme patronne, sous un vocable ou sous un autre, que la dévotion à Notre-Dame de Lourdes a fait les progrès les plus rapides ; c'est dans ces endroits surtout que des chapelles ont été élevées, des autels consacrés à Marie Immaculée. C'est ainsi qu'au chef-lieu du diocèse, à Kumbakonam, où la Mère de Dieu était honorée comme patronne, à cause de son Assomption glorieuse ; à Viragaloure, sous le titre de Notre-Dame des Sept-Douleurs ; à Tranquebar sous celui de Notre-Dame du Rosaire, des chapelles ont été élevées en l'honneur de la Vierge conçue sans péché. Ailleurs encore on retrouve Notre-Darne de Lourdes à côté de Notre-Dame refuge des pécheurs, comme à Ayampettey ; à côté de Notre-Dame du Carmel comme dans le district de Manalour. Dans le plus grand nombre des autres chrétientés, les fidèles n'invoquent pas la sainte Mère de Dieu sous d'autre titre que sous celui de Lourdou Mada. On reconnaît encore la dévotion à Notre-Dame de Lourdes à ce fait que beaucoup, parmi les chrétiens, donnent à leurs enfants le prénom de Lourdes : Lourdou Samy pour les garçons, Lourdou Mary pour les filles, prénom d'autant plus fréquent que le culte de Notre-Dame de Lourdes est plus répandu parmi les fidèles. C'est sur le territoire de la mission de Kumbakonam, à Yella Kouritchy, dans le district d'Ayampettey que résidait le très illustre P. Beschi, de la Compagnie de Jésus, quand il adressait à Notre-Dame ces paroles qui semblent avoir été écrites d'avance pour célébrer Notre-Dame de Lourdes : « Salut, ô Vierge qu'honorent les habitants des cieux ! Salut, ô splendeur du ciel ! Salut ô vie de la terre. Vous avez mis au monde celui qui est le principe de tout ; vous avez porté celui qui est la justice même. Vous êtes vêtue de la lumière du soleil, vous êtes ornée de la lumière des étoiles, vous avez sous vos pieds le croissant de la lune. Vous êtes belle comme le nénuphar des étangs, toutes les âmes trouvent en vous un ciel de délices. Bien que vous régniez dans les cieux, louée par les Bienheureux, vous êtes venue ici pour le bonheur des vils mortels. O vous qui êtes l'amour et l'excellence de Tirouca-velour, où se portent les désirs et les vux des fidèles, depuis que, pleine de tendresse, vous vous êtes rendue dans ces lieux, la terre est devenue un paradis ».
    Après ces réflexions générales, voyons de quelle manière les missionnaires ont propagé le culte de Notre Dame de Lourdes, dans les principaux centres de la mission, et comment ils ont été aidés dans cette oeuvre par le concours des Indiens catholiques de ces différents endroits.

    I. Kumbakonam. Commençons par cette ville qui est le chef-lieu du diocèse, ville païenne et brahmanique par excellence, puisqu'elle a mérité d'être appelée la « Bénarès » du sud de l'Inde, ville où, à tous les coins de rue, se trouvent des pagodes, ville dont les rues sont chaque mois, chaque semaine, et à certaines époques de l'année, chaque jour, parcourues par de bruyantes processions où l'on promène, à tour de rôle, les différents chars des innombrables divinités païennes. Léglise catholique de Kumbakonam, devenue en 1899 église cathédrale, (église cathédrale bien humble et bien pauvre si on la compare aux riches monuments païens, dont on voit les tours ou Kobourams s'élever vers le ciel au-dessus des jardins de cocotiers) est une église placée sous le vocable de Notre-Dame de l'Assomption, Alangara Mada. C'est donc à côté de Notre-Dame de l'Assomption, que prit naissance et se développa, dans le district de Kumbakonam, le culte de la Vierge Immaculée, c'est à côté de l'église de l'Assomption qu'a été construite une chapelle à Notre-Dame de Lourdes Les circonstances à la suite desquelles celle-ci fut bâtie méritent d'être racontées. Les voici :
    C'était au moment où, dans le diocèse de Pondichéry, à Villanour, les chrétiens commençaient d'accourir en foule à la nouvelle église construite en l'honneur de Notre-Dame de Lourdes, pour y chercher la joie et la paix de l'âme, mais aussi la santé du corps. Il y avait alors à Kumbakonam un chrétien indigène, riche et influent, nommé Tamboo samy moodalyar. Cet homme avait perdu la vue et même tout espoir de la recouvrer. Voici comment un de ses parents m'a raconté le miracle dont il fut le sujet : « Voyant que les efforts des médecins de sa ville natale ne pouvaient lui rendre la vue, il résolut de s'en aller à Madras, afin de s'y faire traiter par des médecins plus habiles. Pondichéry se trouvant sur son chemin, comme beaucoup de ses parents étaient dans cette ville, il alla les visiter. Là, une religieuse indigène, à laquelle il raconta ses peines, lui conseilla de s'adresser à Notre-Dame de Lourdes, maintenant qu'il n'y avait plus rien à attendre des médecins, que la Sainte Vierge le guérirait certainement, s'il s'adressait à elle avec une confiance assez forte, qu'enfin il devait commencer une neuvaine à Marie et faire usage de l'eau de Notre-Dame de Lourdes qu'on allait lui remettre. Inspiré par la confiance et poussé par le désir de recouvrer la vue, notre malade suivit les conseils qui lui étaient donnés et s'abandonna complètement au bon plaisir de Notre Dame. Il se procure immédiatement une statue de la Vierge Immaculée, la met en sa chambre, à la place d'honneur, sur un autel orné de fleurs et brillamment illuminé ; là entouré de ses parents et de ses amis, il récite les litanies de Notre Dame, se lave les yeux avec l'eau de Notre Dame de Lourdes qui lui avait été remise. Pendant qu'il priait ainsi, pensant aux miracles dont il avait entendu parler, et se demandant pourquoi une semblable faveur ne lui serait pas accordée à lui qui venait avec tant de confiance à la Divine Mère de Dieu, voici que celle-ci lui apparut telle qu'elle s'était montrée à Bernadette. Avec un voile blanc elle essuya l'eau qui avait coulé sur lil malade, d'un choc très léger elle fit rentrer sous l'arcade sourcilière cet oeil qui en était sorti et pendait en dehors depuis si longtemps, dit au malade de ne pas être effrayé et disparut. M. Tamboo samy moodalyar se leva aussitôt, comme s'il sortait d'un songe, sa première action fut de porter sa main à l'il qui avait été malade. Il était bien guéri. Notre Dame avait fait pour lui un miracle, comme elle en avait fait pour tant d'autres. Immédiatement il se mit à genoux et remercia Notre Dame de Lourdes de l'insigne faveur qu'elle venait de lui accorder ».
    Le récit de ce miracle m'a été fait par M. Dorey samy moodalyar, beau-frère du miraculé lui-même. Cette guérison eut lieu le 28 févnier 1877 à Pondichéry.
    M. Tamboo samy moodalyar voulut témoigner immédiatement sa reconnaissance à Notre-Dame Une magnifique statue de Notre-Dame de Lourdes, destinée à Villanour, village situé près de Pondichéry, était arrivée dans cette ville, le nouveau miraculé voulut lui-même couvrir tous les frais d'installation de la statue dans la nouvelle église de Villanour, et comme il était riche, il ne recula devant aucune dépense pour procurer à Notre-Darne un véritable triomphe. Du reste, il suffit de citer ici le Moniteur officiel de l'Inde française à la date du 13 avril 1877, il rend compte de la fête qui avait eu lieu le samedi précédent : « Le-doux et puissant attrait de cette Vierge qui avait daigné, écrit-il, apparaître à Lourdes remuait et entraînait les masses, Le 7 avril, après un solennel Triduum fait à l'église de la mission, la statue de Marie, placée sur un char gothique de 21 pieds de haut et d'une très riche ornementation, fut portée sur une masse d'épaules humaines de Pondichéry à Villanour, au milieu d'une foule délirante d'amour et d'enthousiasme, et si compacte, que les rues et les grandes routes n'étaient pas assez larges pour elle. La nuit survint, mille flambeaux furent bientôt allumés, répandant au loin une féerique lueur. Les chants sacrés, les détonations de l'artillerie, la musique militaire de la colonie réveillaient les échos, et chrétiens et gentils accouraient de leur village pour se joindre au cortège, faisant à la statue de la Vierge des offrandes de bougies, de fleurs et de fruits. Il était deux heures du matin, lorsque la procession pénétra dans la chapelle de Villanour ».
    On raconte que M. Tamboo samy moodalyar avait fait faire un chapelet dont les grains étaient en or pur pour être placé entre les doigts de la statue. Un voleur, attiré par la richesse de ce rosaire, essaya de le dérober et fut immédiatement puni de sa témérité en perdant la vue. La bonne Mère ne lui obtint l'usage de ses yeux qu'après qu'il se fut repenti de sa tentative sacrilège. Ce miracle est signalé dans les Annales de Villanour. Tamboo samy moodalyar s'était trouvé, lui aussi, à la chapelle de Villanour pour l'installation de la statue. Là, aux pieds de Notre Dame et pour lui montrer sa reconnaissance, il fit le vu de faire construire à Kumbakonam, sur le modèle de Notre Dame de Lourdes de Villanour, une chapelle dans laquelle serait placée une statue de Marie Immaculée.
    Cette chapelle à Kumbakonam est située au nord-est de l'église principale à quelques mètres de distance. Elle fut commencée par le Père Roess, qui de 1877 à 1881 fut en charge du district de Kumbakonam. Mais si la reconnaissance de Tamboo samy moodalyar contribua pour beaucoup à couvrir les frais de construction, la piété naissante des fidèles ne fit pas moins, et en consultant les vieux registres de comptes laissés par un de mes prédécesseurs, on retrouve le montant des cotisations faites par les chrétiens eux-mêmes, l'obole des pauvres à côté de l'offrande des riches. On y voit aussi que le P. Roess partit de Kumbakonam, mais ne se désintéressa pas de Notre Dame de Lourdes, puisque la voiture qu'il avait laissée fut vendue 50 roupies 1, au profit de cette chapelle. On y voit enfin, écrites à la clôture de l'année 1882, de la main du P. Barralon alors curé de Kumbakonam, les quelques lignes qui suivent sur l'histoire de Notre-Dame de Lourdes : « Les travaux pour terminer la chapelle de Notre-Dame de Lourdes ont pris 250 roupies, outre le mandabam, (sorte d'abri) couvert en zinc qui a coûté plus de 200 roupies et qui a été payé par M. Tamboo samy moodalyar. En 1886 les murs de l'église furent ornés de peintures représentant les différentes béatitudes, le miracle, fait en faveur de Tamboo samy moodalyar, et les différents personnages qui contribuèrent à édifier la chapelle et à développer de plus en plus le culte de Notre-Dame de Lourdes. Les frais occasionnés par ces tableaux, s'élevèrent à 244 roupies et furent couverts par une souscription ouverte dans la famille des moodalyars. Le missionnaire compléta la somme en y mettant 56 roupies de son argent personnel.

    1. La roupie valait alors environ 2f, 50.

    Depuis lors, à Kumbakonam, les fidèles vont chaque jour prier à la chapelle de Notre-Dame de Lourdes. Chaque matin on voit un petit nombre de chrétiens et de chrétiennes s'en aller, au sortir de la messe, mettre leur journée sous la protection de Notre-Dame, ils y reviennent le soir, après avoir visité le Saint-Sacrement, demander la protection de leur bonne Mère. Je pourrais même citer tel employé de mes amis qui, chaque matin, sur le coup de 9 heures, ne manque pas d'aller s'agenouiller devant la grille de Notre-Dame avant d'aller s'asseoir à son bureau de travail. Chaque matin aussi, on peut voir se diriger vers la petite chapelle de la Madone un vieux missionnaire, grand serviteur de Notre-Dame de Lourdes, il s'en va dire la sainte messe aux pieds de la Vierge Immaculée, et depuis tantôt quatre ans qu'il est ici, l'ardeur de sa piété filiale et l'exemple de sa dévotion, ont fait plus que les brillants discours pour développer chez les fidèles le culte de Notre Dame de Lourdes. Une preuve de cette dévotion des chrétiens, c'est que sur les 400 fidèles, groupés autour de l'église paroissiale de Kumbakonam, une trentaine portent les noms de Lourdou, Lourdou Mary ou Lourdou Samy.
    Puisse maintenant l'amour envers Notre-Dame se répandre de plus en plus au milieu des fidèles ! Puisse la Vierge Immaculée apporter la lumière au milieu des ténèbres où sont ensevelis les nombreux habitants de Kumbakonam ! Puisse enfin se réaliser un jour le rêve que formait le poète de Notre-Dame quand il chantait : « La bienheureuse Vierge, ornée de vertus et qui illustre la terre, pour accorder sa protection et répandre les grâces dont elle est remplie, est descendue dans ces lieux, où près du Cavery méridional qui roule ses eaux avec bruit, les fleurs épanouies d'un vaste bosquet répandent un parfum suave. Après qu'elle s'est rendue dans ces lieux, n'accordera-t-elle pas son pied, dont la lune aux rayons blancs fait l'ornement, pour effacer les fautes dont je me suis couvert ».

    1908/200-205
    200-205
    Inde
    1908
    Aucune image