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Rapport sur la mission du Setchoan méridional 1

ANNALES DE LA Société des Missions Etrangères SOMMAIRE
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    ANNALES
    DE LA

    Société des Missions Etrangères

    SOMMAIRE

    RAPPORT SUR LA MISSION DU SETCHOAN MÉRIDIONAL, par Mgr Fayolle. — DE QUELQUES SOCIÉTÉS FINANCIÈRES EN CHINE. — DE PARIS A SAINT-MALO en 1718, par M. Aumont. — Cochinchine septentrionale: CONFESSEURS DE LA FOI DE 1848 A 1862, par M. Bernard. — LITTÉRATURE LAOCIENNE. — M. DARRAS, VICAIRE GÉNÉRAL A PONDICHÉRY. — PIEUX SOUVENIR. — Cochinchine septentrionale : Lettre de Mgr Allys. — Cochinchine occidentale : PREMIÈRE COMMUNION. — NOUVELLES DES MISSIONS : Setchoan, Cochinchine septentrionale, Procure de Saigon. — Du FRONT : CITATIONS. — HOMMAGES JAPONAIS A UN MISSIONNAIRE FRANÇAIS.

    Rapport

    sur la mission du Setchoan méridional

    PAR MONSEIGNEUR FAYOLLE,

    Coadjuteur.

    Géographiquement, le Setchoan méridional est divisé en deux régions : la partie haute, ville principale Kiatin, et la partie basse, ville principale Sutcheou (plus communément appelé Souifou) chef-lieu du Vicariat. Le Fouho (le Min des géographes), le Lanho, le Yaho et le Tongho sont les rivières les plus importantes de la partie haute, par leur débit d'eau et par leur commerce. Navigables en toute saison, elles arrosent un grand nombre de villes et de bourgs populeux.
    Le Fouho fertilise, avec le Lanho qu'il reçoit, les riches plaines de Penchan, de Meitcheou et de Tsinchen. Le Yaho traverse les territoires plus agréables, parce que plus accidentés et moins déboisés, de Louchan, de Yatcheou, de Hongya et de Kiakiang, puis il se réunit an Tongho. Celui-ci, qui a sa source au Thibet, se jette quelques kilomètres plus loin, à Kiatin, dans le Fouho. De Kiatin, le Fouho continue sa course devenue impétueuse sur Souifou où il se perd dans l'immense Yangtse, passant par les salines de Nieouhoaki et de Tchoukentan, par la sous-préfecture de Kienoui, et par quinze autres grosses agglomérations.

    MARS AVRIL 1918, N° 120.


    ***

    La ville de Kiatin vient de vivre des jours difficiles. Deux fléaux, l'inondation et la guerre civile, l'ont affligée coup sur coup. La récolte s'annonçait magnifique dans toute la partie haute ; chaleur humide, courtes et fréquentes averses, soleil brûlant, il faisait un temps idéal pour l'agriculture. Les habitants des villes aussi bien que ceux des campagnes se réjouissaient à la pensée de pouvoir, après deux ans de sécheresse et de cherté, manger du riz à un prix raisonnable. Une inondation a anéanti pour beaucoup ces belles espérances.
    La pluie, une pluie diluvienne, s'est abattue sur cette immense région pendant plusieurs jours. Des torrents se forment et se précipitent, dévastateurs, du haut des montagnes. Rivières et ruisseaux coulent à pleins bords. Le Fouho, le Lanho et le Yaho deviennent menaçants dans leur cours supérieur ; le Tongho grossit à son tour; la crue se dessine alarmante à Kiatin. Le Tongho d'abord, le Fouho ensuite charrient des épaves qui se multiplient rapidement, toujours plus considérables et plus disparates : touffes d'herbe, pieds de riz et de maïs, massifs de bambous emportés avec d'énormes mottes de terre qui semblent de vrais îlots, arbres déracinés, meubles et ustensiles divers, toits de paillotes, charpentes de maisons, cadavres d'hommes et d'animaux... L'eau vient battre les murs extérieurs de nos établissements ; les trois écoles de filles (paroissiale, externat et doctrine chrétienne), l'église, le dispensaire et le couvent, qui donnent sur les remparts près du Tongho, sont envahis les premiers. Les élèves et le personnel enseignant, les religieuses et les infirmiers gagnent en hâte le local légèrement surélevé où nous faisons nos retraites. En même temps, l'eau couvre le jardin de la résidence et pénètre peu après dans la bibliothèque.
    Le lendemain, l'eau baisse de soixante centimètres. Cette constatation suffit pour rassurer les Chinois. On n'a pas vu de mémoire d'homme une crue aussi forte, donc elle touche à sa fin. Ce raisonsonnement simpliste ne nous convainc guère. Il a plu toute la nuit et il pleut encore à verse. A neuf heures, le Fouho et le Tongho charrient de plus belle ; le niveau de la veille est bientôt dépassé ; l'eau gagne les deux écoles de garçons (paroissiale et primaire) vers midi, et elle monte, monte toujours. La situation s'aggrave d'heure en heure. Il faut aviser d'urgence. Les quelques ruelles étroites qui nous relient à la ville haute sont transformées en torrents ; on perd pied en plusieurs endroits. Comment sauver tant d'enfants et de jeunes filles ? Il faut fuir la nuit !

    (A suivre).

    1918/397-399
    397-399
    Chine
    1918
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