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Rapport sur l'état des oeuvres pendant l'année 1913

KOUANG-TONG Rapport sur l'état des oeuvres pendant l'année 1913 PAR MGR. MÉREL SALVAT Préfet apostolique. La première partie de l'année 1913 a fait luire pour nous des jours radieux, ensoleillés des plus belles espérances.
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    KOUANG-TONG

    Rapport sur l'état des oeuvres pendant l'année 1913

    PAR MGR. MÉREL SALVAT
    Préfet apostolique.

    La première partie de l'année 1913 a fait luire pour nous des jours radieux, ensoleillés des plus belles espérances.
    Par sa fermeté, par sa prudente et sage administration, le Gouverneur militaire Tch'an Kuan Ming avait rendu la paix à la cité, tandis que la justice implacable de ses lieutenants exterminait les pirates à l'intérieur de la province, et ramenait l'ordre dans les régions troublées jusqu'ici. La ville de Canton revêtait un air de prospérité et de bonheur, le pays reprenait espoir. Tous acclamaient le vaillant Général, et mettaient en lui leur confiance.
    Cette félicité fut, hélas ! De bien courte durée. Subitement Tch'an lève l'étendard de la révolte, proclame l'indépendance de la province, rassemble ses troupes autour de lui et les tient prêtes à combattre celles du Président de Pékin. A partir de ce jour, l'opinion se soulève contre lui, la population consternée s'enfuit, en proie à la terreur et à l'angoisse. Chaque jour, chaque nuit, les chemins de fer, les bateaux à vapeur emmènent au loin, vers Hongkong et Macao, des gens affolés parla peur. Nos vaillantes Religieuses canadiennes sont elles-mêmes obligées, devant l'imminence du danger, de s'éloigner avec leurs enfants, et de s'en aller à Hongkong demander asile aux Religieuses de Saint-Paul de Chartres, qui les accueillent avec une charité toute fraternelle. Pour nous, notre départ eût jeté le désarroi dans la chrétienté, nous devions rester, et malgré le bruit de la fusillade, malgré la rage d'une soldatesque en délire qui saccageait les rues voisines, nous restâmes à la Mission avec nos prêtres chinois.
    L'élan des troupes du général Long a d'ailleurs vite fait de culbuter les soldats révoltés. Après quelques jours de combats, le Général entre triomphant en ville. Les habitants le saluent comme un sauveur. Cette fois encore, la joie n'est qu'éphémère. Les menées des révolutionnaires, les attentats répétés contre la vie du général Long empêchent la confiance de revenir dans la cité. A l'intérieur de la province, les brigandages continuent. Un de nos missionnaires, M. Baidit, ne doit qu'à la vitesse de son cheval d'échapper aux balles des pirates. Le temps n'est donc pas encore au beau fixe, et nous ne pouvons prévoir quand il y sera.
    Au milieu des événements divers qui se sont succédés autour de nous, fidèles à suivre cet enseignement du Divin Maître : Reddite quae sunt Cae-saris Caeari, et quae sunt Dei Deo, nous avons, sans nous occuper de politique, tâché d'entretenir de bonnes relations avec les différentes autorités qui sont parvenues au pouvoir ; nous avons profité de toutes les occasions, pour leur inspirer une grande estime et une grande bienveillance envers notre sainte Religion, et envers nous. Nos efforts n'ont pas été inutiles, et leur protection a rendu plus facile et plus fructueux notre apostolat près des infidèles.
    Le chiffre des adultes baptisés cette année, 2070, est deux fois plus élevé que celui de l'année dernière. En ajoutant ce chiffre à celui des baptêmes d'enfants de païens moribonds, et à celui des enfants de chrétiens, notre moisson est de 12.618 âmes environ.
    Les missionnaires qui ont obtenu le plus grand nombre de baptêmes sont les suivants : A la ville de Canton, dans le quartier mandchou, le P. Fourquet qui, aidé du prêtre chinois Tch'an et secondé par les Religieuses canadiennes, a fondé une paroisse de 150 fidèles. Fondée au spirituel, elle est loin de l'être au matériel, car une maison de location sert de lieu de réunion, d'oratoire et de presbytère. Les néophytes sont très pauvres et attendent qu'une main généreuse leur offre les moyens d'élever une chapelle, de bâtir des écoles et un presbytère.

    A Sancian, le sous-préfet de San-ning a de ses propres mains renversées l'idole adorée depuis des siècles dans le pays ; et par ce geste il a décidé les habitants de l'île à se convertir à notre sainte Religion. 350 d'entre eux ont été déjà régénérés dans les eaux saintes du baptême par les soins du P. Thomas, et des prêtres chinois Yong et Tong. Les autres se préparant à recevoir la même grâce, sont au nombre de deux mille environ.
    Un prêtre chinois, le P. Wong Jean-Baptiste, chargé du district de Tsong-fa, a réussi, grâce à l'appui du Gouvernement, à rapatrier ses chrétiens dispersés par la persécution, à relever leurs maisons incendiées et à augmenter son troupeau de 115 néophytes.
    Dans des régions demeurées stériles jusqu'ici, comme Shau-kuan, le P. Fabre a obtenu 79 baptêmes d'adultes ; à Shek-shing, le P. Genty en a eu 76 ; au Yun-on, le P. Merle 73 ; et à Tang-hay, le P. Sicard en a eu 62 etc,. etc....
    A Cong-moun, ville de 100.000 habitants, les catéchumènes ont absolument voulu un oratoire, pour attirer les païens à nous et les éloigner du superbe temple des ministres protestants. Notre oratoire n'est qu'une pauvre maison, louée à bon marché ; nos ressources ne nous ont pas permis de mieux faire. Il faudrait avoir de pareils oratoires à Ts'ing-yun et à Soui-kay, et placer dans ces villes importantes des catéchistes qui leur annonceraient la bonne nouvelle du salut.
    Près des chrétiens, notre ministère a été plus consolant que près des païens. Citer le chiffre des confessions et des communions suffit pour faire l'éloge des chrétientés et de leurs missionnaires. La cathédrale de Canton a eu 12.700 confessions et 26.800 communions. A la ville de Chiou-Chau, les PP. Roudière et Vogel ont eu 16.200 confessions et 20.000 communions ; dans le district de Ho-po, le P. Veaux et le prêtre chinois Ho ont eu 10.900 confessions et 26.000 communions ; au Foui lay, le P. Becmeur a eu 5000 confessions et 10.000 communions ; le P. Le Corre, à Kiet-yong, a eu 5000 confessions et 7000 communions ; le P. Etienne au Lok-fung, 5000 confessions et 6000 communions. Dans les autres districts, la dispersion des chrétiens ou leur petit nombre a empêché d'arriver au même résultat. Mais ces chiffres prouvent à eux seuls avec éloquence la vitalité de la Foi chrétienne dans l'âme de nos Chinois convertis.
    Notre Séminaire compte une soixantaine d'élèves ; trois d'entre eux ont été récemment ordonnés prêtres, dix autres ont reçu les ordres mineurs, le reste en est encore à l'étude du latin. Ces enfants donnent en général toute satisfaction à leurs dignes maîtres, les PP. Druais, Lesaint et Tchu. Plus grand serait leur nombre si nous pouvions supporter leurs frais d'entretien.
    Au collège du Sacré Coeur, la rentrée du premier semestre a donné 450 élèves, cent de plus que l'année dernière. Une telle augmentation témoigne en quelle estime les élèves et leurs familles tiennent le P. Clauzet, le digne Supérieur du collège, et ses collaborateurs, nos excellents Petits Frères de Marie. Une dizaine seulement de ces jeunes gens ont reçu le baptême, mais tous ont appris à respecter notre sainte Religion et ses ministres, et plusieurs l'embrasseront un jour, j'espère.

    L'orphelinat a reçu jusqu'à 135 garçons, en comptant les Mandchoux. De ceux qui sont entrés païens, 47 ont été baptisés. Ces enfants, dès qu'ils sont suffisamment instruits de la doctrine chrétienne, s'exercent selon leur goût aux métiers de cordonnier, de tisserand, ou de tailleur. Enfants et jeunes gens sont généralement dociles et pieux.
    Les oeuvres des Religieuses canadiennes continuent de prospérer grâce à leur pieuse, ferme et sage direction. A la crèche, elles ont recueilli et baptisé plus de 1100 enfants abandonnées, dont la plupart sont allées prendre la place à laquelle le baptême leur donnait droit en Paradis.
    Au noviciat, trois de leurs vierges chinoises ont pris l'habit religieux. La Révérende Mère Marie de Lourdes est très fière de ses Religieuses chinoises, qui enseignent avec un grand zèle les femmes de nos néophytes à Sancian, à Way-tchao, au Yun-on.
    186 jeunes filles ont fréquenté leur école du Saint-Esprit. Sur ce nombre, 54 sont chrétiennes et 127 païennes. Sept de ces dernières ont reçu le baptême, et la Révérende Mère Supérieure, comme ses Soeurs du Canada, espèrent qu'elles seront les prémices d'une moisson plus abondante.
    A Tang-hing, à Pak-hoy, à Roy-haü, à. Swatow, les Religieuses de Saint-Paul-de-Chartres ont rivalisé de zèle pour procurer la gloire de Dieu et le salut tant spirituel que temporel de nos Chinois. Les trois Religieuses de Tong-hing ont fait 160 visites aux malades à domicile ; elles ont donné à leur dispensaire 12627 consultations et procuré le baptême à 29 malades. Celles de Swatow ont ouvert une école de jeunes filles, qui sur-le-champ a eu 30 élèves, et en aura un plus grand nombre, dès que les locaux pourront être agrandis.
    La léproserie que le Gouvernement chinois nous a chargée d'administrer, est enfin installée dans les deux îles achetées par le P. Conrardy. Ce bon Père continue à soigner les lépreux de ses mains, il ne laisse aucun des moribonds partir de ce monde, sans lui signer, par la collation du baptême, son passeport pour le Ciel. Quel admirable vieillard ! Il a pour collaborateurs le P. Deswazières et un prêtre chinois, nommé Tchao, tous deux dignes émules de son dévouement, tous deux ayant comme lui des entrailles de père pour leur cinq cents lépreux.
    Les femmes lépreuses, au nombre de 200, sont placées dans l'île Sainte-Marie, éloignée de 300 mètres de celle des hommes ; Mère Saint Paul et trois autres religieuses canadiennes les entourent des soins les plus affectueux. Une religieuse chinoise a réclamé comme un honneur de se joindre à elles, et toutes cinq goûtent un véritable bonheur à panser, à soulager, à instruire leurs infortunées pensionnaires. Elles sont encouragées d'ailleurs et soutenues par l'espoir de les envoyer toutes au Ciel.
    Les lépreux ont la tête plus dure, mais eux aussi finiront bien, j'espère, par devenir chrétiens. La récompense qu'ambitionnent les missionnaires et les Religieuses pour prix de leurs sacrifices est la conversion de tous ces malheureux. La divine Providence ne la leur refusera pas, et bientôt la léproserie deviendra colonie chrétienne.
    1914/126-129
    126-129
    Chine
    1914
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