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Rapport de Mgr Devred

CORÉE Rapport de Mgr Devred, Coadjuteur de Séoul.
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    CORÉE

    Rapport de Mgr Devred,

    Coadjuteur de Séoul.

    Au point de vue politique et économique, le malaise et l'inquiétude se trouvent partout, soit dans les sphères gouvernementales, soit dans le monde des affaires, soit enfin parmi le peuple. Le gouverneur général, amiral baron Saito, malgré les bruits de démission qui ont couru à diverses reprises, se trouve toujours à son poste, poursuivant les réformes libérales qu'il avait jadis annoncées. Mais presque tout le haut personnel de son administration a été changé. Le docteur Midzuno, vice gouverneur général, quitta la Corée en juin 1922 pour aller prendre à Tokio le portefeuille de l'Intérieur. Il a été vivement regretté ici, car c'était un homme très sympathique et très éclairé. Le Souverain Pontife venait de le nommer Commandeur avec plaque de l'Ordre de Saint Sylvestre., tandis que le baron Saito était fait Grand Croix du même Ordre.
    Le nouveau vice gouverneur, M. Ariyoshi, s'est appliqué à continuer la politique de son prédécesseur. Dès son arrivée il manifesta son grand désir d'établir de bonnes relations entre Japonais et Coréens. Il donna dans ce but des instructions pressantes non seulement aux fonctionnaires, mais à tous ses compatriotes en général, pour dissiper le sentiment de crainte et de défiance qui domine chez les Coréens à l'égard de tous ceux qui font partie du gouvernement. Il affirma, tout d'abord le principe qui pour lui devait régler toutes les questions de la péninsule : « La Corée et le Japon doivent prospérer ou tomber ensemble ». Et il espère que les Coréens sauront le comprendre.
    Aux réformes dans les diverses branches de l'administration se sont ajoutées des améliorations notables pour la prospérité matérielle du pays : de nouvelles lignes de chemin de fer sont en construction ; des travaux immenses sont .entrepris dans les grandes villes et dans les ports. Sous ce rapport, on peut dire que la Corée se transforme d'année en année.
    Sous le rapport politique, des nuages demeurent chargés d'orage. Vers la fin octobre 1922, arrivaient à Ouensan plus de 8.000 Blancs échappés à la fureur des Rouges qui venaient de se rendre maîtres de Vladivostok. Le gouvernement japonais se trouva un moment désemparé, ne sachant quelle conduite tenir. Pendant que, perplexe, il cherchait en haut lieu la solution, la communauté étrangère de Séoul constitua immédiatement un comité de secours; puis la Croix Rouge Japonaise s'en mêla à son tour. Enfin, sur des ordres venus de Tokio, tout finit par s'organiser définitivement, sous la direction cette fois des Japonais eux mêmes.
    Entre temps surgirent des menées politiques de certains en faveur de l'indépendance, auxquelles s'ajoutèrent des essais de boycottage des produits nippons sur le marché coréen, et la propagande bolcheviste, communiste et socialiste.
    C'est en effet tous les jours de l'hiver dernier surtout qu'on parla de bolchevisme en Corée. La police était sur les dents, sans cesse à la recherche de Coréens voulant introduire, qui des explosifs, qui des placards incendiaires. A Séoul, plusieurs éditeurs de Revues coréennes ont été arrêtés et condamnés; des perquisitions ont amené la saisie de documents importants sur lesquels on a fait le silence, mais la rumeur publique dit que ces journalistes étaient en relations avec le gouvernement de Lénine.
    Le 12 janvier dernier, une bombe éclata en plein centre de Séoul, près d'un poste de police. En février, ce fut l'arrestation, à Séoul aussi, de quinze conspirateurs qui ne rêvaient que de détruire par des explosifs les bureaux du Gouvernement, les banques, les maisons des hauts fonctionnaires. Plus de cinquante bombes furent découvertes, et une liste de soixante-trois affiliés tomba entre les mains de la police.
    Séoul a eu cette année, au premier mai, son « Labour Day », et la police, là encore, dut intervenir pour supprimer certaines feuilles ou certains tracts trop révolutionnaires. Les Fédérations de la jeunesse coréenne avaient inscrit à leur programme d'études : le Communisme. D'ordre supérieur, les réunions où devait se traiter cette question furent interrompues.
    Naturellement, la jeunesse des écoles ne s'améliore guère, avec les idées qui ont cours actuellement ; aussi continue-t-on à. signaler, à chaque instant, des grèves scolaires, où les élèves veulent faire triompher les exigences les plus absurdes. Dans plusieurs écoles protestantes, les grévistes n'ont-ils pas été jusqu'à réclamer la suppression de l'enseignement de la Bible, le renvoi de professeurs décrétés incapables par les élèves, l'égalité de salaires pour tous les professeurs, soit japonais, soit coréens.
    Les Coréens, comme on le sait, aiment beaucoup les associations ; c'est, a-t-on dit, l'arme des faibles. On a vu, cet hiver, se fonder la Ligue pour la Défense des produits coréens. Les membres de cette ligue promettaient de ne se servir que de marchandises coréennes et de ne plus rien acheter aux Japonais. Joignant la menace à la parole, les ligueurs ne craignaient pas d'apposer, la nuit, sur les portes des magasins, des placards menaçant de mort ceux qui iraient se fournir chez les Japonais. Ils essayèrent aussi dans quelques villes de faire des parades monstres pour leur propagande. A Séoul, la permission leur fut refusée, et le chef de la police se contenta d'affirmer que l'activité de cette ligue ne serait pas de longue durée, vu le caractère des Coréens. D'ailleurs, ajoutait-il, les ligueurs ne font que copier ici, mais maladroitement, ce que Gandhi faisait aux Indes, aussi ne seront-ils pas longtemps à s'apercevoir que les affaires en Corée sont différentes de celles des Indes.
    Une autre ligue pourrait, celle-là, dans un avenir plus ou moins éloigné, devenir une source de troubles politiques plus graves. Pour le moment, il ne s'agit que d'une association de fermiers en vue de lutter contre les exigences des propriétaires fonciers. Sous son inspiration, une banque d'agriculture, au capital de dix millions de yens, serait prochainement fondée et assurerait aux fermiers des facilités de payement. Cette société compte actuellement 300.000 membres et est présidée par le comte Song Pyeng Tjyoun, l'ancien chef de la fameuse société des Il tjin hoi, qui jadis, après avoir préparé l'annexion de la Corée de concert avec les Japonais, fut dissoute en 1910 par les Japonais eux-mêmes, parce que sans doute ceux-ci avaient assez de ses services et commençaient à la trouver encombrante.
    Les missionnaires me signalent de divers côtés l'activité de cette société. On a vu l'an dernier, ici ou là, de beaux parleurs parcourir le pays, prêchant aux fermiers le communisme tel qu'il se pratique en Russie. Un jour, sans doute sur des ordres venus de Séoul, tous ces discoureurs s'évanouirent. Ils n'en avaient pas moins jeté leur semence de désordre.
    Un fait à signaler également, c'est la forte émigration des Coréens au Japon, surtout depuis que le gouvernement général a supprimé les passeports. La moyenne des passagers entre Fusan et Shimonoseki atteignit, de suite après cette mesure, le chiffre de 400 par bateau, tandis qu'elle était à peine de 40 auparavant. Durant l'année 1922, il y eut plus de 50.000 sorties à Fusan contre 15.000 rentrées. Le malheur, c'est que ces émigrants, en arrivant au Japon, ne trouvent pas d'emploi et ne savent que devenir pour la plupart. Le Gouvernement japonais, ému de cette émigration en masse, a donné l'ordre de la limiter le plus possible.
    A quoi tient cette émigration ? Surtout à la misère qui a été plus générale cette année. Comme le fait remarquer le P. Bouillon : « La monnaie est devenue à un certain moment très rare, du fait du retrait par la Banque d'une partie de ses billets, et de son refus d'accorder de nouveaux prêts. Puis, d'une part l'augmentation des impôts, d'autre part la baisse d'un tiers sur le prix des céréales, alors que toutes les autres denrées étaient maintenues comme auparavant au prix fort, tout cela a affecté terriblement les cultivateurs qui, au printemps précédent, avaient emprunté à gros intérêts pour subvenir aux frais de leur agriculture et n'ont pu ensuite, après la récolte, payer intégralement leurs dettes. Aussi, vous voyez de tous côtés de pauvres gens quitter leur maison, qui appartenait du reste depuis longtemps au créancier, pour aller chercher fortune ailleurs. Où? La plupart ne le savaient même pas. On m'a assuré que « plus de la moitié des valeurs immobilières étaient hypothéquées par les banques ». Ajoutez à cela de, grandes inondations qui ont ravagé principalement les provinces du Hoanghaito et du Kyengkeuito. Dans la province du Hoanghaito, on a noté, en août 1922, plus de cent mille sinistrés. De nombreuses chrétientés ont ainsi souffert de ce fléau et nos pauvres chrétiens ont été obligés d'aller chercher ailleurs un gîte provisoire. De là ce déplacement de chrétiens du sud au nord, que je signalais déjà l'an dernier et qui n'a fait que s'accentuer cette année.
    1924/85-88
    85-88
    Corée du Sud
    1924
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