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Quelques notes sur une oeuvre de Catéchistes

COCHINCHINE OCCIDENTALE Quelques notes sur une oeuvre de Catéchistes PAR M. ERNEST HAY Missionnaire apostolique. Quand on parcourt chaque année le compte-rendu des travaux des missionnaires, ou les Histoires particulières des Missions de la Société, on est frappé de voir combien, conjointement avec l'oeuvre du clergé indigène, la préoccupation de recruter et de former des catéchistes est vive et persévérante dans notre chère Société.
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    COCHINCHINE OCCIDENTALE

    Quelques notes sur une oeuvre de Catéchistes

    PAR

    M. ERNEST HAY
    Missionnaire apostolique.

    Quand on parcourt chaque année le compte-rendu des travaux des missionnaires, ou les Histoires particulières des Missions de la Société, on est frappé de voir combien, conjointement avec l'oeuvre du clergé indigène, la préoccupation de recruter et de former des catéchistes est vive et persévérante dans notre chère Société.
    Aussi, deux missionnaires de missions différentes se rencontrent ils, le chapitre de l'oeuvre des catéchistes ne tarde pas à être abordé, et il est un des thèmes les plus intéressants de la conservation.
    Cest qu'on effet, la Propagande a depuis longtemps et à plusieurs reprises exhorté les ouvriers évangéliques à chercher, parmi les indigènes, des auxiliaires chargés exclusivement, à la différence des prêtres, du ministère de la prédication auprès des païens, sous la direction et le contrôle du missionnaire.
    Ainsi donc : chercher à nouer des relations avec les païens, réfuter leurs objections, les convaincre de la vérité de notre sainte religion, les amener au Père qui les inscrit au rang des catéchumènes, voilà le premier rôle du catéchiste. Cela fait, il les instruit des premiers rudiments de notre foi, leur enseigne les prières, les forme aux pratiques essentielles de la religion, et les amène ainsi de degré en degré jusqu'au baptême. Le baptême ! En mission, où il est souvent conféré aux adultes, ce mot résonne aux oreilles du missionnaire et des chrétiens comme ceux de « première Communion » aux oreilles des chrétiens d'Europe ; il éveille l'idée d'une préparation longue et soignée, d'une époque décisive pour l'avenir, d'émotions bien douces qui fout écho à travers toute la vie.
    Après le baptême, le catéchiste prépare les néophytes à la confession, à la première Communion, à la confirmation, et seulement alors son rôle est quasi terminé.
    La seule énumération de ces événements de la vie chrétienne suffit pour faire comprendre toute l'importance du ministère du catéchiste, qui rappelle celui que les 72 disciples exerçaient autrefois auprès des Apôtres.
    J'ai dit tout à l'heure que le rôle du catéchiste, après la confirmation des néophytes est quasi terminé Il y a des missions, paraît-il, où les néophytes, une fois baptisés et initiés à la vie chrétienne, savent, persévérer dans la foi, tout en ne recevant qu'une fois par an la visite du missionnaire. Il en va autrement pour nos Annamites ; les petites chrétientés formées de nouveaux convertis, même quand elles reçoivent, et c'est l'ordinaire, plusieurs fois par an la visite du prêtre, sont soumises à diverses épreuves qui leur font subir presque toujours un mouvement de recul, à moins qu'une main amie ne reste à portée d'eux pour les maintenir. Quand l'influence du chrétien qui a, par exemple, donné le branle au mouvement de conversion, fait défaut, soit par la mort, soit par une diminution sensible de la ferveur première, nul ne remplit mieux le rôle de chrétienté que le catéchiste.
    « Dans nos petites chrétientés, me disait naguère un vénérable missionnaire, la présence d'un catéchiste est nécessaire pendant vingt ans, pour maintenir la foi, et empêcher les néophytes de s'éparpiller au milieu des païens ! »
    Pour la forme qu'il convient de donner dans chaque mission à l'institution des catéchistes, rien n'a été prescrit parla Sacrée Congrégation. Cependant, on a compris partout qu'il est très avantageux de grouper ces auxiliaires en un corps ou société propre à recevoir une formation et une direction uniformes ; car les missionnaires, ordinairement, manquent de temps pour les former et de ressources pour les entretenir, outre que les sujets eux-mêmes peuvent faire défaut dans leur district.
    Dans plusieurs missions, le corps des catéchistes est la pépinière ou se recrute le clergé indigène ; dans d'autres, au contraire, l'oeuvre des catéchistes est une annexe de celle du clergé indigène, et on forme spécialement en vue de ce ministère les sujets que leur manque de santé ou d'aptitude a fait écarter du grand séminaire. Il y a de grands avantages à ces deux procédés, économie d'argent et de personnel, utilisation de sujets qui ont coûté chacun plusieurs années d'entretien a la mission. Dans ce petit travail on verra que, dans la mission de Cochinchine occidentale, les deux systèmes susdits ont été tour à tour essayés avant de faire place à l'organisation actuelle.
    Chers lecteurs des Annales, si quelques-uns d'entre vous, utilisant leurs loisirs, veulent tenter un voyage en IndoChine et venir à An-duc, je m'offre à les recevoir avec grande affection et à leur faire de mon mieux les honneurs de la maison. Voici, en attendant, quelques détails topographiques pour ceux qui se contentent de faire le voyage en esprit. Dès qu'on entre dans l'allée qui mène à l'église, on est d'abord surpris de ne voir aucun autre bâtiment : la façade de la chapelle se présente seule aux regards. Un clocher aux formes rustiques l'a précédée, il y a quelques années, mais le peu de consistance du sol a obligé de le remplacer par une construction plus modeste. La chapelle sert aussi d'église à la chrétienté, composée de près de 200 habitants ; elle n'a de remarquable que la propreté ; les jours de fête, toutefois, l'autel revêt une parure que pourraient lui envier des églises plus grandes. Une véranda entoure extérieurement le bâtiment ; en la suivant on voit que la chapelle occupe le centre de toutes les constructions ; derrière la sacristie, l'habitation des deux missionnaires forme comme le prolongement de l'église. Un long chalet, élevé de 1m, 20 au-dessus du sol, long de 60 mètres, construit tout en bois, s'étend perpendiculairement au premier bâtiment. On a, de plus, construit aux deux extrémités de ce chalet, et parallèlement à l'église, d'un côté une grande salle de récréation, et de l'autre une longue bâtisse divisée en salles affectées à divers usages : réfectoire, infirmerie, étude, et chambre des étrangers ; les dortoirs occupent tout le chalet du milieu. Les cours intérieures sont en partie cultivées en parterres, et en partie réservées pour les jeux de barre qui animent les récréations.
    La solitude est le caractère particulier de cette demeure, perdue au milieu de la verdure environnante comme un nid sous la feuillée. Les rares Européens de My-tho qui, surmontant la crainte de se compromettre, osent venir nous voir, ordinairement vers 6 heures du soir ou 7 heures du matin, s'extasient devant le riant tableau qu'ils ont comme découvert par hasard ; car une vaste plantation de cocotiers et de bananiers nous sépare de la route, tandis que, sur les autres côtés, une haie de bambous et des rizières étendues nous isolent du village. Seuls les sons de l'harmonium, car presque tous nos enfants s'exercent à en toucher, et les joyeux ébats de l'heure des récréations empêchent le recueillement de cette charmante solitude de revêtir une teinte de mélancolie1.

    1. Hélas! Au moment où seront imprimées ces lignes, toute cette description n'est plus qu'un souvenir. Un cyclone d'une violence inouïe a jeté par terre toutes les constructions, ne laissant debout que deux ou trois appartements, insuffisants à abriter les deux missionnaires et leurs élèves.

    La modestie est un autre caractère distinctif de l'oeuvre des catéchistes, considérée en ses membres. OEuvre bien modeste en effet, car elle limite ses aspirations à recruter et à former 25 à 30 sujets seulement ! Ce chiffre peu élevé sexplique quand on considère que dans notre mission, outre les catéchistes proprement dits, les séminaristes vont aussi enseigner les catéchumènes dans les petites chrétientés durant six mois de l'année, sans compter que les religieuses indigènes ont occasion, en beaucoup de postes, d'instruire les païens en même temps qu'elles font l'école aux enfants. Ce que l'on a cherché surtout en établissant une communauté spéciale de catéchistes, c'est d'obtenir un certain nombre de sujets qui fussent toujours prêts à servir, sans être empêchés par les études, et pour lesquels l'évangélisation des païens constituât l'unique but et l'occupation de toute la vie. Les catéchistes restent, en effet, dans la même chrétienté toute l'année, sauf trois mois, soit un mois et demi au début, et autant vers le milieu de l'année ; à ces deux époques la nécessité d'un renouvellement spirituel et les travaux des rizières qui absorbent leurs ouailles, les convient à revenir à la communauté, et ils en reprennent tous gaîment le chemin au jour fixe.
    La forme donnée à cette oeuvre est celle de la vie religieuse, telle qu'on la retrouve dans beaucoup des congrégations diocésaines de France ; c'est ce qui a fait penser qu'il y aurait intérêt à entrer dans quelques détails, sans abandonner d'ailleurs un profond sentiment de confiance dans l'indulgence des lecteurs. Si dans les missions de la Société il y a des communautés de religieuses indigènes, il n'y a pas eu encore, que je sache, sauf au Maïssour, d'essai de communauté religieuse d'hommes analogue aux congrégations de Frères si nombreuses en Europe. C'est une hardiesse qui en a étonné plus d'un dans notre mission et au dehors ; plus d'un a proclamé que c'était tenter l'impossible. Pour moi, après sept années d'expérience je conclurais en distinguant : oui, c'est tenter l'impossible s'il s'agit d'obtenir un grand nombre de catéchistes ; non, sil s'agit d'un très petit nombre, et ayant subi avec succès une dizaine d'années de formation. Toutefois, pour être vrai, il faut, tout en écartant l'idée d'impossibilité déclarer que pareille oeuvre est très difficile. L'avenir étant à Dieu, pour les sociétés comme pour les individus occupons-nous du présent, et voyons quel est le mécanisme de cette institution.
    Dans sa conduite personnelle, le missionnaire cherche toujours à sinspirer de l'esprit de l'esprit de l'Eglise ; dans la Société des Missions Etrangères, pour les oeuvres il créer, la pensée des Supérieurs s'inspire de suite comme spontanément des indications du Saint-Siège. Or, si nous examinons les Instructions de la Propagande, nous voyons qu'elle conseille beaucoup aux Vicaires apostoliques d'établir des Communautés religieuses d'hommes, voués à l'instruction des enfants et à l'évangélisation des néophytes. On na pas jugé à propos de le faire pour le clergé indigène, mais on l'a réalisé d'une autre façon, en établissant une communauté de jeunes gens choisis et formés avec soin ; ils portent la soutane, comme les clercs, et font les voeux temporaires de pauvreté, d'obéissance et de chasteté.
    L'effet moral produit par ces enfants dans notre mission, où la vie chrétienne est assez avancée, est excellent, d'abord sur les catéchumènes, qui voient, dans la pratique des trois voeux opposés aux trois concupiscences, une prédication muette, mais bien éloquente de notre sainte religion ; sur les chrétiens ensuite et avec eux aussi sur les prêtres indigènes et sur les séminaristes plus âgés. J'ai entendu moi-même plusieurs prêtres annamites qui avaient été, il y a de longues années, sur les bancs du petit séminaire, condisciples d'un tel ou d'un tel, aujourd'hui catéchiste ; en le voyant, maintenant sous leurs ordres, obéissant, respectueux, et observant scrupuleusement son règlement, ils me disaient dun ton ému combien ils lestimaient : « Nous avons le sacerdoce, et jouissons d'une liberté très grande : pour eux, ils se dévouent à une vie d'obéissance et de travail sans aucun honneur comme compensation ! Que cest beau !» Et ils disent vrai ; plusieurs missionnaires m'ont fait maintes fois la même réflexion.
    Il est temps d'en finir avec les généralités : disons quelques mots des origines, du développement et de la situation actuelle de l'oeuvre.

    1905/292-295
    292-295
    Vietnam
    1905
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