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Quelques notes sur les examens en Chine

VARIÉTÉS Quelques notes sur les examens en Chine Pour les examens, les lois de l'Empire entrent dans de très minutieux détails, sur les précautions à prendre afin d'empêcher la fraude, tant de la part des examinateurs que des candidats. Mais les unis et les autres ont mille moyens d'éluder la loi.
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    VARIÉTÉS

    Quelques notes sur les examens en Chine

    Pour les examens, les lois de l'Empire entrent dans de très minutieux détails, sur les précautions à prendre afin d'empêcher la fraude, tant de la part des examinateurs que des candidats. Mais les unis et les autres ont mille moyens d'éluder la loi.
    L'examinateur est envoyé de Pékin, et dès qu'il met le pied dans la province, il ne peut plus voir personne. Des délégués, chargés de veiller à l'exécution de cette loi, viennent le recevoir à la frontière, et sont obligés de le surveiller nuit et jour jusqu'à la fin des examens. Cette précaution est pour empêcher que l'examinateur ne reçoive de l'argent des candidats. Aussi ceux qui sont riches et qui ne se sentent pas de force à remporter la palme, ont soin d'aller faire leur marché hors de la province. Ces examinateurs ont l'habitude de faire un assez long stage dans les villes limitrophes, afin de donner aux candidats le temps de se présenter Quand le marché est conclu, l'examinateur indique au candidat le moyen de lui faire reconnaître sa composition. C'est ordinairement un mot ou une phrase qui doit se trouver dans les premières lignes de sa copie, ou à tout autre endroit désigné.
    Un riche propriétaire de Ta-tin fou, qui voulait faire recevoir son fils, apprenant le passage de l'examinateur, et ne pouvant plus l'aborder parce qu'il était déjà sur le territoire de la province, envoya son domestique lui porter la somme de 2000 taëls (16000 fr.) L'examinateur demande au domestique ; « Pourquoi faire cette argent ? — C'est un tel qui vous l'envoie, pour que vous receviez son fils à la licence ». L'examinateur s'écrie d'un air indigné : « Que sont devenues la raison du Ciel et les lois de la conscience ? » Voulant faire entendre par là qu'il ne pouvait consentir à une chose si contraire aux lois. Il ajouta : « Si ton maître n'était pas un rustre de campagnard, je le ferais mettre à mort, et toi aussi ». Le pauvre homme, effrayé, s'enfuit chez son maître, laissant l'argent entre les mains de l'examinateur. Le maître demande au domestique : « Que t'a dit d'abord le grand homme quand tu t'es présenté. — Il m'a dit d'un air en colère : « Que sont devenues la raison du Ciel et les lois de la conscience ? » Le Père dit alors à son fils : « Tu peux partir pour les examens ». Le fils a trouvé le moyen de placer cette phrase dans sa composition et il a été reçu.
    Les examinateurs ont bien d'autres moyens de faire la fraude ; car en fait de filouteries, les Chinois sont d'une habileté et d'une fécondité incomparables.
    Dès que l'examinateur est arrivé à la Capitale de la province, on l'introduit dans le palais des examens, qui est somptueusement orné1 ; on referme les portes sur lui, et on y appose les scellés. Il ne peu t avoir aucun rapport avec les candidats avant la fin des examens. Cet examen consiste en une composition écrite ; mais l'examinateur ne voit ni la signature ni même l'écriture de l'auteur de la composition. Les autographes signés par le candidat sont remis à un bureau particulier qui enregistre le nombre de lignes et le nombre des caractères de chaque ligne. Ces autographes passent alors à un second bureau qui en tire copie, et c'est cette copie sans nom d'auteur qui est soumise à l'examinateur.

    1. Toutes les tentures des lits, des chaises, tables et autres meubles à l'usage de l'examinateur doivent être neuves et en riche soie. Elles, ne peuvent servir qu'à lui, et pour une seule fois Aussi, après chaque examen, il emporte tout à son bénéfice.

    Il y a seulement sur cette copie un numéro matricule correspondant à celui de l'original. Ce n'est qu'après la publication des places de composition qu'on confronte ces copies avec les originaux, pour connaître les noms des lauréats.
    Pour ce qui est des candidats, la fraude principale, après le moyen pécuniaire dont il a été parlé, c'est de faire faire leurs compositions par plus habile qu'eux. La loi a cependant prévu le cas. Les candidats sont enfermés chacun dans une petite cellule d'un mètre carré. Une planche engagée dans le mur leur sert de siège, et une autre placée un peu plus haut leur sert de table. Ils restent dans cette cellule trois jours et trois nuits pour chaque composition. Pour la licence, il y a trois compositions de ce genre, séparées par deux ou trois jours de relâche. Pendant ce temps les candidats sont nourris aux frais de l'Etat. Il y a des hommes de service pour leur porter à manger dans leurs cellules, et pour les surveiller. Ils ne sortent de leur cellule sous aucun prétexte, pas même de maladie. S'ils y meurent, tant pis ! Parfois, quelques-uns s'y sont suicidés, voyant que la matière de la composition ne leur était pas favorable; d'autres y sont devenus fous ; d'autres y sont morts de maladie. Dans ce cas, on ne peut porter les morts hors de l'enceinte, en les faisant passer par les portes, tant est sévère la loi de ne pas ouvrir les portes tout le temps que dure la composition. On est obligé pour se débarrasser d'eux de les hisser avec des perches par dessus les murs d'enceinte. Il n'est pas même permis de se servir d'échelles.
    Malgré toutes les précautions prises par la loi, la plupart des nominations sont plus ou moins frauduleuses. Il n'y a que les compositions réellement supérieures et exceptionnelles qui puissent passer par leur propre mérite sans le secours de la fraude
    Les candidats qui veulent frauder arrivent à peu près toujours à leur but, et les examinateurs ont toujours des moyens de connaître les auteurs des compositions qu'ils corrigent. Ce qui le prouve, c'est que dans un examen antérieur, l'examinateur Ly, étant ami des chrétiens, tous les chrétiens qui se présentèrent sous lui furent reçus, bien qu'ils n'eussent pas usé de fraudes, et que quelques-uns d'entre eux ne fussent pas très habiles. A un examen, il s'est présenté pour la licence neuf bacheliers chrétiens, dont deux surtouts étaient très habiles, et de l'aveu même des païens, les plus savants peut-être de tous les candidats de cette année. C'étaient Pierre Lieou, un des maîtres d'école de notre orphelinat St- Louis, et Pierre Tchay, professeur de chinois à notre petit séminaire St-Paul. Aucun chrétien n'a été reçu, parce que l'examinateur de cette année, Leao, n'aimait pas les chrétiens. Mais il a reçu un païen dont la composition avait été faite frauduleusement par le susdit Lieou.
    Ce païen, connaissant la capacité de notre bachelier, lui avait promis 500 taëls (4000 fr.) s'il faisait pour lui une composition qui lui obtint le grade de licencié. La composition faite par Pierre Lieou pour ce païen obtint une excellente place, tandis que celle qu'il avait faite en son nom propre fut refusée. Mais la fraude ne réussit pas très bien. Les compositions des élus étaient déjà imprimées et affichées avec les noms des auteurs. Tous les mandarins étaient réunis pour en prendre connaissance. L'ancien examinateur Ly, voyant le nom de l'individu dans une des premières places, s'écrie qu'il y a eu certainement de la fraude, et que cette composition a dû être faite par un autre. Cet examinateur Ly, qui dans un précédent examen, avait corrigé la composition du candidat, le savait incapable de faire un aussi beau travail. On déchira la composition, on biffa le nom du nouvel élu, on cassa même la planche gravée qui devait multiplier les exemplaires pour les exposer à l'admiration publique.
    Ce genre de fraude défendu par les lois sous les peines les plus sévères est très honorable pour celui qui est capable de faire la composition. Ainsi cette composition ayant été fort admirée, on chercha à en connaître le véritable auteur, et on ne tarda pas à le découvrir. Un mandarin vint trouver notre maître d'école, lui fit le Ko-teou (prosternation), et le reconnut pour maître. Un autre mandarin disait un jour à Pierre Lieou : « Ta réputation est faite, et au prochain examen tu es sûr d'être reçu ».
    D'après les lois, Pierre Lieou et son client devaient être punis ; mais en Chine, pour que l'autorité s'occupe d'une affaire, il faut qu'il y ait une accusation en forme, et personne n'en fit contre eux. Quand il s'agirait même d'un assassinat, dont le mandarin connaîtrait l'auteur, si personne n'accuse en forme, il ne s'en occupe pas.
    Mais revenons au marché conclu entre Pierre Lieou et son candidat. Pierre Lieou, sachant qu'il avait fait une chose contraire aux lois, n'osait rien réclamer. Ses amis réclamèrent pour lui, et des arbitres ayant été interrogés tranchèrent ainsi la question : « Pierre Lieou a rempli les conditions du marché pour ce qui le concerne, puisque la composition est sortie. D'un autre côté tu n'as pas obtenu le grade. Donc tu ne dois payer que la moitié ». Le païen a compté à Pierre Lieou 250 taels (2.000 fr.) Il va sans dire que tout cela s'est fait à notre insu ; car nous ne pourrions pas tolérer des choses contraires aux lois.

    1911/99-102
    99-102
    Chine
    1911
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