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Quelques lettres de sa direction spirituelle

LE P. Compagnon Quelques lettres de sa direction spirituelle. Missionnaire au Japon, professeur au Séminaire des Missions Etrangères, le P. Compagnon fut aussi un directeur d'âmes. Nombreuses parmi nos Associées et en dehors d'elles les personnes qui lui confièrent la direction de leur conscience. Oh ! Il n'avait rien du directeur dont Boileau a méchamment tracé ce portrait : Qu'il paraît bien nourri ! Quel vermillon ! Quel teint ! Le printemps dans sa fleur sur son visage est peint.
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    LE P. Compagnon

    Quelques lettres de sa direction spirituelle.

    Missionnaire au Japon, professeur au Séminaire des Missions Etrangères, le P. Compagnon fut aussi un directeur d'âmes.
    Nombreuses parmi nos Associées et en dehors d'elles les personnes qui lui confièrent la direction de leur conscience.
    Oh ! Il n'avait rien du directeur dont Boileau a méchamment tracé ce portrait :

    Qu'il paraît bien nourri ! Quel vermillon ! Quel teint !
    Le printemps dans sa fleur sur son visage est peint.

    Sa physionomie pâle, maigre, ses épaules un peu voûtées, son regard tantôt net, tantôt légèrement vague lui donnaient plutôt l'air d'un ascète.
    Il est donc bien inutile de le défendre de cette autre attaque de l'acerbe critique du XVIIe siècle :
    Mais de tous les mortels, grâce aux dévotes âmes,
    Nul n'est si bien soigné qu'un directeur de femmes.
    Chez lui sirops exquis, ratafias vantés,
    Confitures surtout volent de tous côtés.

    Et puis, si de lui-même il n'avait pas été éloigné de ces douceurs, la vie de communauté les lui aurait interdites....
    Laissons donc pour compte à Boileau son portrait du directeur, et voyons quelque chose de la manière dont notre cher et regretté confrère conduisait les âmes dans la voie de la vertu.
    Qu'il s'adressât à des hommes ou à des jeunes gens, à des religieuses hospitalières ou cloîtrées, à des personnes libres ou mariées, il faisait vibrer la même note : l'amour de Dieu, plutôt austère que tendre ; il montrait un seul but : l'éternité, et préconisait surtout ce moyen : la soumission à la volonté de Dieu.
    « Dieu, disait-il et écrivait-il fréquemment, Dieu ne demande pas la même chose à chacun de nous ; mais il demande à tous de faire sa volonté ».

    Et ailleurs :

    « Livrez-vous à Dieu pieds et mains liés. Secondez son opération, ne l'entravez point par la résistance, ou par quelque action ou désir indiscrets. Saint Jean de la Croix dit quelque part, qu'il y a beaucoup d'âmes que Dieu appelle à lui et qui ne s'y rendent pas. Elles ressemblent, dit-il, aux petits enfants qui s'obstinent à marcher eux-mêmes, trépignent et pleurent lorsque leur mère veut les porter entre ses bras ; d'où il résulte qu'elles ne peuvent marcher ; ou si elles marchent, elles ne font jamais que des pas d'enfants. Pas de volonté, pas de désir, pas de murmure. Tout est là, et ce tout est bon et bien quand Dieu le veut ».

    A cette acceptation de la volonté de Dieu, il ajoute habituellement le détachement de la volonté propre :

    « En toutes choses, ma chère fille, appliquez-vous à la pureté intérieure, de manière que détachée de tout, vous ne vous attachiez à rien de créer.

    « Vous me parlez de cette grande peine que vous éprouvez lorsque vos proches ne répondent point à l'attachement que vous avez pour eux. Votre douleur va même jusqu'aux larmes. Travaillez, ma chère fille, à conserver vos larmes pour une plus sainte cause, une cause plus juste. Comment ? Vous avez des larmes à volonté quand vous ne trouvez pas dans les créatures l'attention que vous désirez, et vous n'en avez pas quand vous avez tant de fois refusé de répondre à l'amour de Notre Seigneur ».

    Voici pour une personne plus éprouvée des conseils plus élevés et encore plus pieux :

    « Le bon Dieu brise vos liens, il vous appelle à lui de plus en plus ; pour que vous répondiez vite à son appel il facilite votre marche en vous privant de tous ceux que vous aimiez en ce monde. Que sa main toute miséricordieuse soit toujours bénie ! Elle frappe pour guérir, elle blesse pour donner la vie. Ce nouveau deuil vient terminer votre carême. Vous avez fait de nouvelles promesses à Jésus. Vous êtes mise plus parfaitement dans ses mains. Il vous avait préparée à recevoir cette nouvelle épreuve. Vous pourrez unir vos larmes aux siennes et vos souffrances à celles de son coeur briser pour vous. Avec l'épouse des Cantiques vous pourrez dire avec plus de liberté : « Je me lèverai et je ferai le tour de la ville». Je me lèverai, je renoncerai entièrement à moi, à ma manière d'agir pour m'élever jusqu'à la hauteur de l'amour divin ».

    A une religieuse qui se plaint des charges dont on l'a investie :

    « C'est dans cette vie active que vous devez vous sanctifier. Si plus tard le bon Dieu vous donne d'autres fonctions ou le repos, vous les remplirez ou vous en jouirez également pour faire la volonté du bon Dieu ».

    Voici encore quelques mots puisés au hasard dans sa nombreuse correspondance, et qui toujours ont but de conduire au renoncement :

    « Ne regardez pas vos oeuvres du même oeil que celles de votre prochain. Il faut juger les vôtres avec sévérité, vous reprocher beaucoup vos défauts et estimer peu vos vertus ».

    A une personne qui espérait que les années lui faciliteraient la sainteté il dit :

    « Ne croyez pas que cela vous sera plus commode d'être sainte quand vous serez vieille, ce serait une grande illusion. Ne croyez pas non plus que vos occupations sont un obstacle à la perfection. Défiez-vous de vos propres désirs ».

    On s'attend bien que, parlant un tel langage, il aille parfois jusqu'à la sévérité, et en effet, il en est ainsi :

    « Vous voudriez être toujours aux pieds du tabernacle ; quelle présomption ! Qu'est-ce que Notre Seigneur pourrait bien tirer d'utile de vous qui n'êtes pas bonne même à faire marcher le tour? Du moins c'est ce qu'il me semble d'après vos propres paroles. N'êtes-vous pas comme un petit enfant qui voudrait bien faire un travail dix fois au-dessus de ses forces, mais non celui que son père lui commande et qui lui convient. Je vous vois d'ici surprise par mon langage. Je vous ai avertie que vous avez choisi un père sévère. Vous n'avez donc pas de raison de vous plaindre s'il vous contrarie, vous deviez vous y attendre. Donc pour résumer, faites ce que vous faites, ne désirez rien d'autre ».

    En donnant ces conseils il savait que Dieu aiderait à les pratiquer, et puis avec beaucoup d'âmes, c'est le principe de direction à prendre ; pour les soutenir il faut être exigeant.
    Il ne distingue pas toujours entre le conseil et le précepte, comme l'ont fait parfois les saints : telle chose vous coûte, elle est contraire à votre volonté, à votre nature, c'est l'indice que vous devez la faire.
    Il ne consulte pas toujours ce qu'il y a de légitime dans les aspirations de la nature et il va jusqu'à écrire :

    « Tout ce qui vous contrarie est bien précieux, car cela étant opposé à votre volonté est selon la volonté divine ».

    Il appuie ce genre de direction sur des idées telles que celles-ci :

    « Quand on marque à la nature humaine quelque chose de très haut, elle se sent poussée à atteindre cette hauteur par je ne sais quoi de divin que Dieu met en oeuvre dans l'âme qui dit : Je ne pourrais pas plus bas, mais je pourrais plus haut. C'est extrêmement réel ; je ne pourrais pas moins, je pourrais plus ».

    Cette obéissance à la volonté de Dieu, ce détachement de toutes choses, cette manière de comprendre les conseils évangéliques, ont pour but de conduire à Jésus et à Jésus seul, et il le dit en rappelant les paroles de saint Jean de la Croix :

    « Votre âme doit redire le cantique de saint Jean de la Croix : Pasteurs vous qui irez à la montagne en traversant les bergeries, si vous voyez par bonheur celui que j'aime le plus, dites-lui que je languis, que je souffre et que je meurs... Jésus seul est votre santé, dites-lui de vous guérir. Vous souffrez, lui seul est votre joie, dites-lui de vous réjouir. Vous mourez, lui seul est votre vie, dites-lui de vous faire vivre ».

    Ces quelques lignes ne sauraient donner qu'un aperçu incomplet de la direction du P. Compagnon ; elles seraient cependant trop insuffisantes si nous n'ajoutions que l'amour du salut des âmes, le zèle apostolique qui l'avait conduit au Japon, remplissait toujours son coeur, et que de ses pénitentes il faisait des apôtres à la manière de sainte Thérèse.
    « Dans ses entretiens, dans ses lettres, au confessionnal, nous écrit une de ses dirigées, il ne cessait de m'apprendre à travailler au salut des âmes par la prière, l'acceptation des souffrances, des mille petits sacrifices de la vie, autant de trésors, disait-il, qu'il ne faut pas laisser perdre pour sauver les âmes et glorifier Dieu ».
    « Voici le passage d'une lettre qu'il m'avait écrite lorsque j'étais malade :
    « Offrez vos souffrances à Dieu pour l'expiation des péchés des hommes. La véritable utilité de notre vie c'est de pouvoir expier et glorifier Dieu en nous soumettant à l'épreuve comme châtiment du péché. La vraie vie c'est de travailler au salut des âmes. « Il faut détruire le péché ». Cette dernière phrase revenait sans cesse dans ses entretiens.
    « Au printemps dernier lorsqu'il fut blessé je lui dis que je priais beaucoup pour sa guérison. Il se fâcha me disant :
    « C'est trop humain ; priez pour la conversion de mes artilleurs ».

    1916/185-187
    185-187
    Japon
    1916
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