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Quelques échos Missionnaires 1

QUELQUES ÉCHOS MISSIONNAIRES Pour ce qui concerne les pays de mission, ces échos sont plutôt difficiles à capter, la guerre générale et totale ne permettant guère ni d'envoyer ni de recevoir les nouvelles que nous aimerions tant connaître relativement à nos confrères et à leurs oeuvres. Nous ne savons donc pas grande chose depuis l'impression de notre précédent fascicule, tout se borne à quelques précisions sur la situation des missionnaires de Malaisie et de Hongkong.
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    QUELQUES ÉCHOS MISSIONNAIRES



    Pour ce qui concerne les pays de mission, ces échos sont plutôt difficiles à capter, la guerre générale et totale ne permettant guère ni d'envoyer ni de recevoir les nouvelles que nous aimerions tant connaître relativement à nos confrères et à leurs oeuvres. Nous ne savons donc pas grande chose depuis l'impression de notre précédent fascicule, tout se borne à quelques précisions sur la situation des missionnaires de Malaisie et de Hongkong.

    A Singapore, Mgr Devais s'est entendu avec les nouveaux occupants de l'île et il a pu obtenir d'eux l'autorisation de faire, la visite pastorale de son diocèse de Malacca.

    A Hongkong, lors du siège de l'hiver dernier, notre procure générale n'a été que légèrement endommagée, bien que 27 obus soient tombés sur le terrain d'exercice voisin ; la blessure du P. Tournier a été occasionnée par l'éclatement d'un obus qui a explosé devant la porte d'entrée : opéré de suite, notre confrère était remis au bout de quinze jours.

    Nos établissements de Béthanie et de Nazareth n'ont pas souffert du bombardement, mais les deux maisons ont été pillées ; l'imprimerie de Nazareth est maintenant fermée. A l'hôpital Saint-Paul, les dégâts ont été sérieux, aussi la chapelle a dû depuis lors être transformée en hôpital et les écoles et crèches annexes ne fonctionnent plus. L'hôpital Sainte-Thérèse de Kaoloon a été évacué par les religieuses.

    Les collèges des Frères des Ecoles chrétiennes (J.-B. de la Salle, St Joseph, Vah-yan, etc.) sont fermés également, et le grand séminaire régional d'Aberdeen, confié aux Pères jésuites irlandais, devait l'être après Pâques. Ces PP. jésuites se proposaient d'aller aider leurs confrères de l'intérieur de la Chine et plusieurs Frères des Ecoles chrétiennes étaient déjà partis pour l'Indochine.



    ***



    Pour compenser le défaut de nouvelles strictement missionnaires, nos lecteurs seront peut-être heureux d'avoir un petit aperçu de la vie de ces deux derniers mois au séminaire des Missions Etrangères.

    De tout temps une franche gaieté a toujours été la caractéristique de nos aspirants missionnaires, unis entre eux par les liens d'un idéal commun auquel vient s'ajouter la plus grande charité ; mais cette charité paraît s'être encore renforcée depuis que les événements actuels ont jeté dans la peine tant de leurs familles, nous avons pu en faire la constatation à l'occasion de la Journée des Prisonniers, le 3 mai dernier, journée dont un petit compte rendu ne donnera qu'un pâle reflet.

    A l'autel toutes les fonctions liturgiques sont remplies par des anciens prisonniers, et le sermon de circonstance est donné par le supérieur du séminaire, le P. Destombés, ancien prisonnier lui aussi. Pendant les récréations, les aspirants, groupés par provinces, lisent avec recueillement quelques passages plus caractéristiques de lettres des captifs et en tirent les conclusions qui s'imposent, puis ils implorent N.-D. des Aspirants pour le prompt retour des absents au sein de la communauté.

    La salle de bibliothèque est transformée en stand d'exposition où les étrangers sont admis. Les objets exposés sont aussi variés que propres à susciter l'intérêt : tableaux de nos morts au champ d'honneur et de nos prisonniers, notices nécrologiques des aspirants morts pour la France (l'une d'elles paraît dans ce fascicule), panneaux artistement ouvragés, photos et dessins dé prisonniers, autel portatif à l'usage des prêtres captifs, documents sur divers Oflags et Stalags (dont une grande maquette en plâtre représentant le Stalag où fut interné un de nos prisonniers libérés), bref tout ce qui peut parler aux yeux et à l'intelligence de visiteurs quels qu'ils soient, confrères des M.E.P. ou visiteurs occasionnels comme sont les parents de deux de nos aspirants missionnaires internés en Allemagne, MM. Rubat du Mérac et Ragazzi. Enfin, dans la soirée, la journée se termine par la conférence d'un sociologue averti, M. Quiclet, ancien prisonnier, qui nous montre l'évolution opérée derrière les barbelés au triple point de vue moral, religieux et patriotique, évolution qui doit avoir un lendemain si des apôtres comprennent ce qu'il y a à faire pour ces braves gens dès leur retour au foyer.

    Le dimanche suivant, 10 mai, fut un complément de cette Journée des Prisonniers ; il s'agissait de représenter une « pièce » mise sur pied par un de nos aspirants libérés : la vie dans les Stalags, en camp et en kommando, avec ses réactions dans l'âme des prêtres et des séminaristes, les moments de « cafard », l'apostolat qui entretient l'idéal et encourage les camarades de captivité, furent autant de scènes vécues qui ont vivement ému les Pères et les aspirants missionnaires, seuls spectateurs en l'occurrence.

    Quelques jours avant l'Ascension, le P. Bourgeois, missionnaire de Chungking depuis près de quarante ans, en deux conférences très instructives, faisait revivre lui aussi des scènes de guerre, celles auxquelles il a été mêlé depuis le début de l' « incident » sino-japonais, et comme sa vie apostolique s'est écoulée à professer et à diriger petits et grands séminaires au Setchoan, il donna à nos aspirants des aperçus intéressants sur le clergé indigène de Chine en même temps que de judicieux conseils pour l'avenir.

    Le jour de la Pentecôte, c'était notre Supérieur général, le T. R. P. Robert, qui, amplifiant le même thème, brossait avec son brio coutumier le tableau de l'oeuvre qui a toujours été regardée comme la principale chez nous, la formation d'un clergé indigène dans les diverses missions qui nous sont confiées en Extrême-Orient : « La Société des Missions Etrangères de Paris peut se rendre le témoignage d'avoir bien rempli la tâche que lui donnèrent, il y a trois siècles, les Souverains Pontifes, et les résultats sont d'autant plus remarquables que, trop souvent, cette tâche dut être accomplie au milieu de l'anarchie, des persécutions et des épreuves de toutes sortes ».

    Le graphique ci-dessous illustre magnifiquement la thèse de notre Supérieur général (il ne s'agit évidemment ici que des prêtres indigènes vivants) :

    Dix jours plus tard, la Fête Dieu, favorisée par un temps splendide, se déroulait comme de coutume au jardin. Une foule pieuse et compacte, tous des amis de la maison, faisait, à la suite de la communauté, un joli cortège d'honneur au divin Roi, pour lequel les aspirants avaient, selon leurs traditions, préparé nos belles allées en les ornant de dessins en sable fin de couleurs variées, sujets modernes présentés avec talent et reproductions d'art oriental comme le martyre du Bienheureux Borie. Notre Seigneur a dû bénir particulièrement tant de bonne volonté pour Le glorifier dans son Saint-Sacrement, et cette bénédiction, nous avons tous demandé qu'elle s'étende à nos missions si éprouvées et aux ouvriers apostoliques qui continuent de travailler au développement du règne de Dieu dans des conditions bien différentes de celles existant précédemment.

    Le 22 juin, l'année scolaire se clôturait par une conférence d'un genre spécial. Un prêtre savant, M. l'abbé Rémy, membre de la Société Microscopique, aumônier des Augustines de Saint-Germain-en-Laye, nous faisait faire un voyage merveilleux dans le monde des infiniment petits en nous montrant sur l'écran des photos de toute beauté prises par lui-même : on se demande vraiment comment on peut arriver à photographier ainsi des atomes et à rendre avec leur richesse tant de détails d'architecture et de couleur qui se trouvent cachés dans la nature. M. l'abbé Rémy, dont les qualités oratoires sont aussi réelles que la science, a su nous édifier en nous instruisant ; son chant à la gloire du divin Créateur fut pour nous un hymne de grande valeur apologétique et de cela aussi nous l'en remercions.

    Il ne faudrait cependant pas conclure que ces distractions en marge du règlement ordinaire aient nui à la bonne marche de la maison de formation qu'est et doit rester le séminaire des Missions Etrangères ; travail, étude, piété, bon esprit, discipline ecclésiastique n'ont rien eu à souffrir pendant ce trimestre d'été : les examens de fin d'année, excellents dans l'ensemble, ont satisfait le supérieur et les directeurs, et la grande ordination du 29 juin, précédée d'une bonne retraite, nous a donné 12 nouveaux prêtres, 2 diacres, 21 sous-diacres, 13 acolytes, 12 lecteurs et 4 tonsurés. Le prélat consécrateur fut S. E. Mgr Neveu, évêque de Kitros et administrateur apostolique de Moscou, actuellement chassé de Russie, où il est chargé depuis 1926 des catholiques de rite latin.

    Les prêtres auraient dû être au nombre de 13, mais l'un d'entre eux, M. Déchamboux, s'est trouvé malencontreusement arrêté Par une crise d'appendicite qui le retient encore pour quelque temps à l'hôpital.



    Voici les destinations des 19 nouveaux « partants » :



    Noms Diocèses Missions

    LE DU François Quimper Yunnanfu (Chine)

    BOURCART Jean Versailles Chengtu (Chine)

    BRADFER Albert Cambrai Pondichéry (Indes)

    SIMON Jean Limoges Bangalore (Indes)

    FAYOLLE Marcel Le Puy Mysore (Indes)

    FORTIER Albert Le Mans Malacca (Malaisie)

    SCHOESER Frédéric Metz Taikou (Corée)

    URKIA Pierre Bayonne Hongkong (Chine)

    GABILLARD Louis Phnom-penh

    (Cambodge)

    CHEVALIER René Angers Canton (Chine)

    GROSJEAN Léon Saint-Dié Séoul (Corée)

    WALTERSCHEID Jacques Limoges Hunghoa (Tonkin)

    DELANSAY Léon Lille Suifu (Chine)

    DOZANCE Georges Lyon Tatsienlu (Chine)

    LÉGER Daniel Bordeaux Kontum (Annam)

    TURC Adolphe Angers Pakhoi (Chine)

    COLOMB Gabriel Rodez Chungking (Chine)

    NOVION Jean Bayonne Vinh (Annam)

    DÉCHAMBOUX Léon Annecy Kirin (Mandchourie)



    ***



    Le 3 juillet 1892, 28 jeunes aspirants avaient été ordonnés prêtres dans notre chapelle du séminaire des Missions Etrangères, et parmi eux 9 sont encore en vie ; nous comptons dans leur nombre le P. Schmitt, ancien missionnaire du Maïssour, directeur au séminaire de la rue du Bac de 1921 à 1936, et actuellement attaché à l'administration centrale de la Société en qualité de collaborateur. Le 3 juillet 1942 marquait donc le cinquantième anniversaire de l'ordination de notre confrère comme de celle de S. E. Mgr Seguin, vicaire apostolique de Kweiyang (Chine), et des Pères Brunei de Kweiyang également, Marrot de Chungking (Chine), Ballenghien de Birmanie méridionale, Décréau de Hanoï (Tonkin), Bayle de Vinh (Annam), Deffrennes de Yokohama (Japon), Chouffot de Phnom-penh (Cambodge).

    Une telle journée ne pouvait pas passer inaperçue dans notre communauté. Dès la veille, tous les confrères présents à Paris offrirent au P. Schmitt leurs voeux et l'assurèrent de leurs prières ; le T. R. P. Robert, Supérieur général, se fit leur interprète en remerciant le cher jubilaire du travail accompli par lui pendant les 50 années écoulées et en lui souhaitant de continuer, au moins jusqu'aux noces de diamant, le ministère si apprécié qu'il remplit depuis six ans comme confesseur toujours à la disposition des nombreux pénitents qui fréquentent notre chapelle.

    En l'absence de nos aspirants partis l'avant-veille en vacances, il ne pouvait être question d'une messe solennelle ; le P. Schmitt, toujours porté à s'effacer, fut heureux de profiter de ce qui pour nous était une anomalie en la circonstance et de pouvoir aller célébrer à l'autel où, un demi-siècle plus tôt, il avait dit sa première messe, l'autel qui se trouve à l'oratoire de Nazareth, au centre de l'OEuvre des Partants, 26, rue de Babylone. Nous sommes associés à lui pour remercier le divin Sauveur qui a conservé pendant si longtemps à son Eglise missionnaire, avec les 9 ouvriers apostoliques énumérés plus haut, 7 autres apôtres ordonnés prêtres en cette même année 1892, les PP. Loyon de Pondichéry (Indes), Villemot de Séoul (Corée), Chérel de Yokohama (Japon), Coste de Hanoi (Tonkin), Cadière de Hué (Annam), Veaux de Swatow (Chine) et Rogues de Mysore (Indes), ce qui fait une proportion de 16 sur 46. Nous les avons tous unis dans un commun souvenir afin que N.-S. leur accorde en ce jour la plus abondante de ses bénédictions.



    J.C.




    1942/88-92
    88-92
    France
    1942
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