Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Quelques échos de l'exposition missionnaire d'Amiens

Quelques échos de l'exposition missionnaire d'Amiens Elle s'ouvrit le 11 octobre à la salle d'Horticulture où 30 stands différents groupaient les oeuvres de 24 sociétés de missionnaires, prêtres, religieux et religieuses. Le stand des Missions Etrangères et des soeurs de Saint-Paul de Chartres ne faisait pas mauvaise figure parmi tant d'autres somptueusement organisés par des mains expertes et des dévouements inlassables.
Add this
    Quelques échos de l'exposition
    missionnaire d'Amiens

    Elle s'ouvrit le 11 octobre à la salle d'Horticulture où 30 stands différents groupaient les oeuvres de 24 sociétés de missionnaires, prêtres, religieux et religieuses. Le stand des Missions Etrangères et des soeurs de Saint-Paul de Chartres ne faisait pas mauvaise figure parmi tant d'autres somptueusement organisés par des mains expertes et des dévouements inlassables.
    Le lendemain, dimanche 12 octobre, devant une très nombreuse assistance, Mgr Deswazières, du haut de la chaire de la cathédrale, plaida la cause importante entre toutes de sa chère et combien regrettée léproserie de Sheklung ; plaidoyer vivant et émouvant que « Le Dimanche », semaine religieuse d'Amiens, appréciait en ces termes : « Il ne prononça pas un sermon à la savante ordonnance, aux périodes habilement cadencées ; il n'eut pas de pathétiques envolées oratoires ; et cependant jamais orateur n'a mieux retenu l'attention de son auditoire ».
    Parmi les conférences missionnaires, le « Journal d'Amiens » note dans les termes suivants celle que donna le cher Père Depierre, « A travers l'Extrême-Orient » :

    Novembre Décembre 1929, n° 190.

    A la Providence, le Père Depierre, des Missions Etrangères, nous fait les honneurs de l'Extrême-Orient, qu'il connaît si bien. C'est d'abord le défilé des lépreux, auprès desquels le ministère est si consolant, nous disait dimanche Mgr Deswazières. Puis, sous la bonhomie doucement humoristique du conférencier, s'animent les figures chinoises, les barques à contrepoids et les splendides grottes de Malaisie, le Fleuve Bleu aux murailles à pic, la prestigieuse baie d'Along. Et les vues délicatement coloriées nous présentent une faune pittoresque : cormorans pêcheurs, cobras sacrés, serpents dont le ventre distendu digère une gazelle ; voici la chasse au crocodile, au tigre, à la panthère ; voici l'éléphant nouvellement pris dont les allures de tristesse nous émeuvent presque.
    Ce n'est pas sans une joie profonde que le Père peut nous vanter au point de vue de la foi catholique cet Extrême-Orient, pays de l'héroïsme. Les modestes bâtisses des missions comme les magnifiques cathédrales, les séminaires cachés autrefois dans des barques pour dépister la persécution, les collèges où nous admirons d'impressionnantes foules, les ordres religieux uniquement indigènes, tout cet organisme d'apostolat fait de bonne besogne, et l'on n'apprend pas sans émotion que chaque année voit en Chine 100.000 chrétiens nouveaux et que depuis saint François-Xavier, l'Extrême-Orient a donné à l'église un million de martyrs.
    Aussi, après l'éloge de la Picardie si fertile en Missionnaires, Mgr Lecomte qui assistait à cette conférence, félicite-t-il le P. Depierre des services apostoliques que souligne la Légion d'honneur. Il salue en lui le frère de ce Théophane Vénard dont nous fêtons cette année le centenaire : le frère aussi de Mgr Daveluy d'Amiens, que l'Eglise placera bientôt sur ses autels. Et Sa Grandeur rappelle en terminant qu'après Paris, Amiens est la ville du monde qui ait donné pour les Missions le plus de son argent, de son sang.

    ***
    La clôture solennelle de l'Exposition Missionnaire se fit, le dimanche 20 octobre, au cirque d'Amiens, bondé du parterre aux galeries. On évalua l'assistance à 4.000 personnes, assises ou debout. Mgr Boucher inaugure la série des discours en définissant superbement le rôle de l'Eglise « conquérante et civilisatrice » ; après lui, le si prenant orateur des Congrès catholiques, l'abbé Thellier de Poncheville expliqua le rôle du missionnaire français et l'étudie dans ses profondeurs. Le Christ a rénové la terre entière. Il a envoyé à tout l'univers son message. Au début de l'ère chrétienne, tout fidèle, si petit qu'il fût, était héritier de ce devoir Porter à tous l'évangile. En ce temps-là, chacun faisait partie de la Propagation de la Foi ».
    La France prit ce rôle avec fierté et les peuplades évangélisées pouvaient dire : « Nous avons entendu des hommes au doux langage et ils parlaient français ».
    Car il est bien vrai que le Français a l'âme missionnaire par excellence : il sait comprendre l'appel des âmes, qui, à l'instar de ce nègre dé Mgr Augouard, « ont faim de Dieu ».
    Et le missionnaire s'en va porter la vraie civilisation, non pas la civilisation des canons, mais la civilisation morale, sociale, pacificatrices... « Nous allons non pas européaniser les païens, mais les diviniser ».
    Civilisation morale : « J'ai vu des Bédouines du Proche Orient malheureuses esclaves ensevelies dans leur déshonneur. Elles n'avaient plus la force de regarder en haut, parce que l'image de la Vierge très pure et très noble ne leur était jamais apparue ». Civilisation sociale : « J'ai vu des enfants vendus sur les marchés d'Afrique, puis engraissés, viande de vil prix ».
    Civilisation pacifique : au lieu des forteresses que sont les plus petits villages africains sans cesse en lutte, on bâtit des églises, et dans les coeurs des anthropophages l'Hostie est descendue.
    Et partant, oeuvre bien française : sans doute, le missionnaire français est messager de Dieu : il a quitté son sol natal « qui peut-être ne veut plus de lui ». Cependant, sa discrétion même, son désintéressement, font aimer son âme française et font aimer la France qu'il représente si bien. C'est ainsi que les évêques chinois consacrés par Pie XI, vinrent directement de Rome à Paris dire aux Français leur merci.
    La France a le devoir de suivre ses traditions. Sans doute, d'autres pays ont à leur disposition l'or, mais « s'il est véridique que notre franc ne vaut plus que quatre sous, notre coeur garde toute sa générosité ».
    Le coeur français, avide de paix, saura comprendre que cette immense Société Religieuse des Nations, voulue du Grand Pape Pie XI, est une oeuvre de Croisade qui doit capter toutes les énergies, couper court aux égoïstes débats, et procurer en définitive la paix du monde par la communion des Saints.
    A l'oeuvre donc: que les dons se fassent nombreux, que la France se fasse généreuse.
    Tous peuvent et doivent être missionnaires : chaque ouvrier participe à la construction « de l'immense Cathédrale dont la pierre d'assise est le Christ, dont la coupole est le ciel, et dont ta clef de voûte est dans les mains du Père des Cieux ».

    ***

    « Cet appel a été entendu, » ainsi que le constate avec une sainte fierté l'évêque d'Amiens dans une lettre pastorale datée du 3 novembre. « Nous avons recueilli, avec une joie profonde, de la bouche de nos Missionnaires, l'expression de leur vive reconnaissance pour la grande charité qui leur a été témoignée. Mgr Boucher, le zélé directeur de la Propagation de la Foi, a bien voulu écrire dans La Croix un compte rendu de ces journées qui est tout à l'honneur de notre diocèse. Un témoignage qui nous a touché plus vivement encore est celui que nous donna il y a quelques jours S. G. Mgr de Guébriant, le vénéré Supérieur de la Société des Missions Etrangères. Nous lui demandions de venir en aide à notre grande détresse en envoyant quelques-uns de ses prêtres pour assurer les secours religieux, pendant les jours de Toussaint, à des paroisses dépourvues. Il nous répondit : « La charité de la Picardie pour les Missions m'a tant ému que je ferai pour elle tout ce qui est en mon pouvoir. Et je voudrais n'être pas Evêque pour pouvoir venir moi-même répondre à votre appel et subvenir à une si grande nécessité ! »

    1929/230-234
    230-234
    France
    1929
    Aucune image