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Quarante neuf martyrs Français, Coréens, Annamites

Quarante neuf martyrs Français, Coréens, Annamites
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    Quarante neuf martyrs Français, Coréens, Annamites

    L'Évangile s'implanta en Corée vers la fin du XVIIIe siècle, et se propagea assez rapidement durant le XIXe1. Plusieurs persécutions marquèrent sa diffusion. Pendant la plus longue et la plus terrible, celle de 1866, furent martyrisés les évêques, les missionnaires et les chrétiens dont la Cause de Béatification est à l'étude, et qui, nous l'espérons, sera appuyée de faitsassez édifiants et de documents assez nombreux pour nous permettre de voir, avant longtemps, sur les autels ceux qui ont donné leur sang pour Jésus-Christ.

    1. Le 9 septembre 1831 la Corée fut érigée en Vicariat apostolique et confiée à la Société des Missions Etrangères.

    Aujourd'hui, nous parlerons seulement de leur martyre ; plus tard peut-être, nous aurons l'occasion de raconter leur vie entière.

    MARTYRS FRANÇAIS

    I. SIMÉON FRANÇOIS BERNEUX, né le 14 mai 1814 à Château-du-Loir (diocèse du Mans, département de la Sarthe) ; prêtre le 20 mai 1837, parti pour la mission du Tonkin occidental le 15 janvier 1840 ; missionnaire en Mandchourie en 1843 ; nommé en 1854 Vicaire apostolique de la Corée et évêque de Capse ; sacré le 27 décembre de cette même année.

    II. SIMON-MARIE-ANTOINE-JUST RANFER DE BRETENLERES, né le 28 février 1838 dans la paroisse Saint Pierre, à Chalon-sur-Saône, (diocèse d'Autun, département de Saône et Loire), appartenait au diocèse de Dijon ; prêtre le 21 mai 1864, parti le 15 juillet suivant pour la mission de Corée.

    III. BERNARD LOUIS BEAULIEU, né le 8 octobre 1840, à Langon (diocèse de Bordeaux, dé- partement de la Gironde) ; prêtre le 21 mai 1864, parti le 15 juillet suivant pour la mission de Corée.

    IV. PIERRE-HENRI DORIE, né le 23 septembre 1839 à Saint Hilaire de Talmont(diocèse de Luçon, département de la Vendée) ; prêtre le 21 mai 1864, parti le 15 juillet suivant pour la mission de, Corée.

    V. JEAN ANTOINE (CHARLES) POURTHIÉ, né le 20 décembre 1830 à Le Dourn (diocèse d'Albi, département du Tarn); prêtre le 11 juin 1854, parti le 27 juin 1855 pour la mission de Corée ; provicaire apostolique.

    VI. MICHEL ALEXANDRE PETITNICOLAS, né le 21 août 1828 à Coinches (diocèse de Saint-Dié, des Vosges) ; prêtre le 5 juin 1852, parti le 20 août 1853 pour la mission de Pondichéry ; missionnaire en Corée en 1855.
    Décapités à Saï-nam-hte, province de Kyeng-keui, le 8 mars 1866 décapités à Saï-nam-hte, province de Kyeng-keui, le 11 mars 1866

    VII. MARIE NICOLAS ANTOINE DAVELUY, né le 16 mars 1818 à Amiens, paroisse Saint-Leu (diocèse d'Amiens, département de la Somme) ; prêtre le 18 décembre 1841, parti le 6 février 1844 pour la mission de Corée ; nommé en 1857 coadjuteur de Mgr Berneux, évêque d'Acônes, sacré le 25 mars de cette même année ; Vicaire apostolique le 8 mars 1866.

    VIII. PIERRE AUMAITRE, né le 8 avril 1837 à Aizecq (diocèse d'Angoulême, département de la Charente) ; prêtre le 14 juin 1862, parti le 18 août suivant pour la mission de Corée.

    IX MARTIN LUC HUIN, né le 20 octobre 1836 à Guyonvelle (diocèse de Langres, département de la Haute-Marne) ; prêtre le 29 juin 1861, parti le 15 juillet 1864 pour la mission de Corée.
    Décapités à Syou-yeng, province de Tchyoung-tchyeng, le 30 mars 1866.

    Le premier qui donna son sang pour Notre Seigneur Jésus-Christ, Mgr Siméon François Berneux, arrêté à Séoul le 23 février 1866, comparut trois jours après devant le tribunal où, avec les principaux magistrats, étaient réunis tous les ministres.
    Les soldats chrétiens, présents aux divers interrogatoires du confesseur de la foi, ont noté ses réponses et toutes les circonstances dû drame. « Quel est votre nom ? demanda le juge. Tjyang (nom coréen de Mgr Berneux). Qu'êtes-vous venu faire en Corée ? Sauver vos âmes. Depuis combien de temps êtes-vous dans ce pays ? Depuis dix ans, et pendant ce temps j'ai vécu à mes dépens ; je n'ai rien reçu gratis, pas même l'eau ou le bois ».
    L'évêque faisait allusion aux calomnies des païens, qui prétendaient que les missionnaires, manquant du nécessaire dans leur patrie, venaient en Corée pour s'enrichir.
    « Si on vous met en liberté, et qu'on vous ordonne de retourner dans votre pays, obéirez-vous ? Si vous m'y reconduisez vous-même de force, if faudra bien que j'y aille, sinon, non. Mais nous ne connaissons pas votre pays, comment pourrions-nous vous reconduire ? Votre réponse signifie que vous ne voulez pas quitter la Corée. Comme vous voudrez : je suis entre vos mains, et je suis prêt à mourir ».
    Le lendemain, 27, nouvel interrogatoire auquel assistèrent le régent, alors chef du royaume pendant la minorité du souverain, et son fils aîné. On proposa au captif d'apostasier. « Non certes, répondit-il, je suis venu prêcher la religion qui sauve les âmes, et vous voudriez que je la renie ! Si vous n'obéissez pas, vous serez frappé et mis à la torture. Faites ce que vous voudrez ; assez de questions inutiles ».
    L'effet suivit de près la menace. Le vénérable évêque souffrit, entre autres tortures, la bastonnade sur les jambes et la poncture avec les bâtons sur tout le corps, principalement sur les côtes. Les os des jambes furent mis à nu et horriblement contusionnés ; bientôt le corps ne parut plus qu'une plaie. Le supplice terminé, les bourreaux enveloppèrent les jambes avec du papier huilé et quelques morceaux de toile, et reconduisirent le confesseur en prison.
    La même scène se renouvela, à diverses reprises, les jours suivants ; mais les forces de Mgr Berneux étaient tellement épuisées et sa voix devenue si faible, que les soldats chrétiens ne purent entendre ses paroles. Un prisonnier, Thomas Hong, a précisé d'un mot la belle attitude de l'évêque : « Mgr Berneux est toujours et partout plein de dignité et de sainteté ».
    La sentence de mort fut signifiée en ces termes : « L'accusé Tjyang refusant d'obéir au roi, et ne voulant ni apostasier, ni donner les renseignements qu'on lui demande, ni retourner dans son pays, aura la tête tranchée après avoir subi les différents supplices ».
    Quelques jours plus tard, le confesseur de la foi vit arriver dans sa prison trois jeunes missionnaires, en Corée depuis huit mois seulement, MM. de Bretenières, Beaulieu et Dorie.
    Le premier avait été arrêté le 25 février à Séoul, et le lendemain 26 conduits au tribunal ; deux soldats marchaient à ses côtés, le tenant chacun par mie des manches de son vêtement ; une corde rouge, marque des grands criminels, lui liait les bras sur la poitrine. Aux questions du juge, il ne répondit que ces paroles : « Je suis venu en ce pays pour sauver des âmes. Je mourrai avec plaisir ». Pour le reste, il s'excusa sur son ignorance de la langue, car bien qu'il commençât à se faire entendre des chrétiens habitués au langage incorrect des nouveaux missionnaires, il ne pouvait évidemment ni comprendre les païens, ni être compris d'eux. Selon la coutume, il subit quatre autres interrogatoires. Le régent voulait lui poser quelques questions ; il y renonça quand il vit la difficulté que le prêtre avait à s'exprimer. Comme Mgr Berneux, J. de Bretenières subit plusieurs supplices, principalement la bastonnade sur les jambes et la poncture avec les bâtons aiguisés ; on assure qu'après l'évêque il fut le plus maltraité. Au milieu des tourments, il semblait impassible ; les yeux modestement baissés, il priait, sans laisser échapper aucune plainte.
    Les deux autres missionnaires, B.-L. Beaulieu et P.-H. Dorie, qui demeuraient à quelques lieues de la capitale, avaient été pris le 27 février ; le 28, portés chacun sur une espèce de civière, les mains liées sur la poitrine avec le cordon rouge, la tête coiffée du bonnet jaune, ils avaient été emmenés à Séoul. Devant les magistrats ils expliquèrent en quelques mots les motifs de leur séjour en Corée, leur ferme résolution de mourir pour le Dieu qu'ils étaient venus prêcher. Ils souffrirent les mêmes tortures que Me Berneux et M. de Bretenières, furent frappés de la même condamnation, et enfermés dans le même cachot.
    L'exécution des quatre missionnaires fut fixée au 8 mars. Ce jour-là, une foule énorme, avide de voir les prêtres étrangers, se rassembla à la porte de la prison. Les uns regardaient curieusement leur visage, leur attitude ; la plupart riaient et leur prodiguaient de grossières insultes. « Ne riez pas et ne vous moquez pas ainsi », leur dit Mgr Berneux ; « vous devriez plutôt pleurer. Nous étions venus pour vous procurer le bonheur éternel, et maintenant, qui vous montrera le chemin du ciel? Oh ! Que vous êtes à plaindre! »
    Les confesseurs furent placés chacun sur une longue chaise en bois, portée par deux hommes. Les jambes allongées et les bras étendus étaient liés solidement à la chaise ; la tête légère- ment renfoncée était fixée par les cheveux. Au-dessus de la chaise, derrière la tête, était attachée une planchette en bois sur laquelle se lisait, des deux côtés, l'inscription suivante: « N., rebelle et désobéissant, condamné à mort après avoir subi divers supplices ». Pendant le trajet, les porteurs s'arrêtèrent plusieurs fois pour se reposer. Alors Mgr Berneux s'entretenait avec ses jeunes confrères, ou bien, jetant les regards sur la foule qui les suivait, il disait en soupirant : « Hélas ! Mon Dieu ! Quils sont à plaindre ! »
    Le lieu du supplice était une grande plage de sable, sur les bords du fleuve Han-kang, près du village de Saï-nam-hte. A leur arrivée, les quatre cents soldats qui accompagnent les condamnés se rangent en demi-cercle ; au centre, au pied d'un grand mât surmonté d'un drapeau blanc, les satellites déposent les victimes à terre, les détachent, les dépouillent de leurs vêtements à l'exception du caleçon. Mgr Berneux est appelé le premier. Ses bras sont fortement liés derrière le dos ; un bourreau replie l'une contre l'autre les deux extrémités de chaque oreille et les traverse, de haut en bas, par une flèche qui y demeure fixée. Deux autres bourreaux aspergent d'eau le visage et la tête, et les saupoudrent de chaux ; ensuite, passant deux morceaux de bois sous les bras, ils soulèvent le martyr, et le montrent aux spectateurs en lui faisant faire huit fois le tour de la place, rétrécissant chaque fois le cercle qu'ils forment en marchant, de manière qu'à la fin du huitième tour, ils se trouvent au milieu du terrain. Le condamné est alors placé à genoux, la tête inclinée en avant et retenue par les cheveux liés à une corde que tient un soldat ; les six bourreaux brandissant de longs coutelas, tournent autour de lui, exécutant une danse sauvage et poussant des cris horribles ; chacun d'eux frappe comme et quand il veut. Au troisième coup, la tête du vénérable évêque roule sur le sol, et tous les soldats et les satellites crient à la fois : « C'est fini ». L'un d'eux ramasse aussitôt la tête, et selon l'usage, il la place sur une petite table, avec deux bâtonnets, et la porte au mandarin, qui constate que c'est bien la tête du condamné.
    J. de Bretenières succéda à Mgr Berneux, puis B.L. Beaulieu et enfin P.-H. Dorie, qui après avoir vu se répéter trois fois ces scènes sanglantes consomma son sacrifice.
    Le jour même de cette exécution, deux autres missionnaires étaient amenés à la capitale. C'étaient M. Pourthié, provicaire, et M. Petitnicolas, arrêtés ensemble au séminaire de Pai-ron le 2 mars. Le lendemain à 9 heures du matin, les gardes placèrent les confesseurs chacun sur un boeuf, leur, passèrent la corde rouge sur les épaules, mais sans leur lier les mains, et le cortège se mit en route pour la capitale. La distance exige trois journées de marche ; mais M. Pourthié était tellement affaibli par la maladie, que les satellites, par égard pour son état, consentirent à faire les étapes moins longues, et employèrent cinq jours pour arriver à Séoul. Dans les villages et les hameaux situés sur les bords de la route, les païens vinrent, avec une curiosité avide, contempler le visage des deux maîtres d'Occident. Tous s'étonnaient de l'air de satisfaction répandu sur leurs traits. A la ville de Iang-tsi, un des employés du mandarin regardait tristement ces jeunes hommes que l'on conduisait à la mort. Il s'approcha de M. Petitnicolas et lui dit à demi voix : « Maître, si ou regarde votre âme, ce que vous faites est bien beau ; mais si on regarde votre corps, c'est bien attristant ». A ces paroles, inattendues de la part d'un païen, le missionnaire ému lui prit la main pour le remercier de ce témoignage de sympathie, lui demanda qui il était, et ajouta d'un ton affectueux qu'il ne désespérait pas de le revoir un jour.
    Arrivés à la capitale, les deux prêtres furent immédiatement traduits devant le tribunal qui leur posa les mêmes questions qu'aux condamnés précédents : « Vos noms? Votre pays? Qui vous a amenés ? Quêtes-vous venus faire ? Connaissez-vous l'évêque Tjiang (Mer Berneux), etc ». ; Ils y firent des réponses analogues à celles déjà données. Divers témoignages nous apprennent que M. Pourthié, épuisé par la maladie, ne prononça que quelques mots. M. Petitnicolas portait habituellement la parole. C'est pour cela, peut-être, qu'il fut plus souvent et plus cruellement flagellé et percé de bâtons aiguisés. M. Pourthié, dit-on, ne subit que trois fois cette double torture. On se dispensa envers les nouveaux prisonniers de la plupart des formalités légales employées pour les premiers confesseurs. Leur sentence, rendue presque aussitôt, fut exécutée le troisième jour après leur arrivée, le 11 mars ; on les conduisit à Saï-nam-hte ; mandarins, soldats, supplices, tout fut semblable à l'exécution de Mer Berneux et de ses compagnons.
    La tête de J.-A. Pourthié tomba au premier coup de sabre ; celle de M.-A. Petitnicolas au troisième seulement.
    En quelques jours, six missionnaires avaient été mis à mort, mais les ministres n'étaient pas encore satisfaits ; ils voulaient en finir de suite avec les prédicateurs de l'Evangile.
    Par les dénonciations de traîtres, ils connaissaient la présence d'autres prêtres en Corée, ils savaient même le lieu ordinaire de leur résidence. Ils envoyèrent des satellites à leur recherche. Ceux-ci se dirigèrent vers le village qu'habitait Mgr Daveluy, dans le Naï-po. Cédant aux instances des fidèles avertis de l'approche des persécuteurs, l'évêque se cacha sous un tas de bois. En arrivant dans la maison, un des satellites le découvrit. Effrayé, il fit un pas en arrière, mais Mgr Daveluy se levant lui dit : « Ne crains pas. Qui cherches-tu ? Les hommes d'Occident. Alors, prends-moi, car je suis l'un d'eux ». Les autres satellites accoururent, ils ne lièrent pas l'évêque, mais ils le pressèrent d'indiquer la retraite des missionnaires qu'on leur avait ordonné de saisir. Le prélat, convaincu que des trahisons multipliées avaient fait disparaître toute chance de fuite, et ne voulant pas exposer inutilement les catholiques au pillage, à la torture, peut-être à l'apostasie, consentit à appeler près de lui M. Huin, à la condition formelle que personne n'accompagnerait les messagers qu'il chargerait de sa lettre. Il espérait ainsi sauver la chrétienté de Sei-ko-ri, asile du prêtre. On lui promit solennellement tout ce qu'il voulut, mais cette promesse fut immédiatement violée, et, de la porte de sa chambre, il put voir des satellites partir avec les deux chrétiens qu'il envoyait. Nul ne tint compte de ses réclamations et de ses reproches.
    En recevant la lettre de Mgr Daveluy, M. Huin se contenta de dire : « L'évêque a été arrêté ce matin ; il m'invite à aller le rejoindre. Cela suffit ». Et il se remit entre les mains des persécuteurs.
    De son côté, M. Aumaître, informé des événements, comprit qu'il lui était impossible d'échapper aux recherches ; il alla rejoindre Mgr Daveluy, près de qui M. Huin fut bientôt amené. Les trois apôtres furent conduits à Séoul, jetés en prison, et peu après comparurent devant le tribunal. Mgr Daveluy, qui possédait à fond la langue coréenne, fit à l'occasion de ses interrogatoires, de longues et fréquentes apologies du christianisme. Pour cette raison peut-être, mais surtout à cause de sa dignité de grand maître de la religion, il eut à souffrir, plus fréquemment et plus rudement que ses compagnons, la bastonnade sur les jambes, les coups de planche, et la poncture avec les bâtons aiguisés. Le quatrième jour, le tribunal porta contre les trois apôtres une sentence de mort.
    Mais le roi était alors malade, et des sorciers nombreux, réunis au palais, faisaient pour le guérir des cérémonies superstitieuses ; de plus, il devait bientôt célébrer son mariage. On craignit que le supplice des Européens ne nuisît à l'effet des sortilèges, et que l'effusion de sang humain dans la capitale ne fût d'un fâcheux augure pour les noces royales.
    Le Régent prescrivit d'aller décapiter les condamnés dans la presqu'île de Syou-yeng, à vingt-cinq lieues au sud de Séoul.
    L'évêque et ses prêtres furent conduits à cheval au lieu de l'exécution. Leur coeur surabondait de joie, et, au grand étonnement des satellites et des curieux, ils adressaient à Dieu de ferventes actions de grâces, en chantant des psaumes et des cantiques.
    Le Jeudi Saint, 29 mars, ils étaient arrivés assez près de Syou-yeng. Mgr Daveluy entendit les satellites qui, causant entre eux, se promettaient de retarder l'immolation des confesseurs pour aller les montrer à la ville voisine. Alors touché d'un vif désir de mourir le jour anniversaire de la mort du Sauveur, il les interrompit : « Non, s'écria-t-il, ce que vous dites là est impossible. Vous irez droit au lieu de l'exécution, car c'est demain que nous devons mourir ».
    Le prisonnier fut obéi, et le lendemain, Vendredi Saint, 30 mars 1866, lui et ses compagnons parvinrent à Syou-yeng.
    Le mandarin qui présidait à l'exécution enjoignit aux martyrs de se prosterner devant lui. C'est l'usage, en Corée, que les condamnés saluent ceux qui les font mourir. Mgr Daveluy répondit qu'il saluerait à la manière française, et il refusa de se mettre à genoux. Une poussée brutale le jeta la face contre terre. Un autre incident horrible marqua le supplice du saint évêque. L'exécuteur n'avait pas fixé le prix de sa sanglante besogne. Après avoir frappé le condamné d'un premier coup de sabre qui lui entailla profondément la nuque, il s'arrêta et refusa de continuer, si on ne lui promettait une forte somme.
    L'avarice du mandarin résista à ces prétentions. Il fallut réunir les employés de la préfecture pour prendre une décision. La discussion dura longtemps, la victime se débattait à terre dans les convulsions de l'agonie ; enfin le marché fut conclu, et deux nouveaux coups de sabre délivrent l'âme du témoin de Jésus-Christ.
    La décapitation de P. Au maître suivit celle de l'évêque : deux coups de sabre mirent le martyr en possession de a gloire éternelle. D'un seul coup la tête de M.-L. Huin tomba.
    Deux évêques et sept prêtres de la Société des Missions Etrangères avaient réalisé la parole de Jésus-Christ : « Et eritis mihi testes... usque ad ultimum terrae1 ».

    Martyrs Coréens

    X. PIERRE RYOU TJYENG-RYOUL, mort sous les coups à Hpyeng-yang, province de Hpyeng-an, le 17 février 1866.

    XI. JEAN-BAPTISTE NAM (TJYONG-SAM), mandarin, chambellan du roi, âgé d'environ 50 ans, décapité à Nei-ko-ri, près Séoul, province de Kyeng-keui, le 8 mars 1866.

    XII. PIERRE TCHOI TCHI-TCHYANG, âgé d'environ 56 ans.

    XIII. JEAN-BAPTISTE TJYEN SEUNG-YEN, âgé d'environ 55 ans.

    XIV MARC TYENG, catéchiste, âgé d'environ 72 ans.

    XV. ALEXIS OU SYEI-HPIL, âgé d'environ 20 ans.

    XVI. Luc HOANG LIAI-KEN, âgé d'environ 55 ans.

    XVII. JOSEPH TJYANG NAK-SYO, catéchiste et économe du séminaire, âgé d'environ 68 ans décapités à Nei-ko-ri, près Séoul, province de Kyeng-keui,
    le 10 mars 1866 décapités à Saï-nam-hte, province de Kyeng-keui, le 11 mars 1866 décapités à Syou-yeng, province de Tchyoung-tchyeng, le 30 mars 1866.

    XVIII. THOMAS SON TJA-SYEN, âgé d'environ 30 ans, étranglé à Kong-tsiou, province de Tchyoung-tchyeng, au mois de mai 1866.

    XIX. AUGUSTIN SONG SYENG-PO, âgé de 83 ans, mort sous les coups à Tjyeng-tjyou, province de Tchyoung-tchyeng, au mois de décembre 1866.

    1. Act. I, 8.

    XX. PIERRE TJYO HOA-SYE, âgé d'environ 40 ans.

    XXI. PIERRE NI MYENG-SYE, âgé d'environ 45 ans.

    XXII. BARTHÉLEMY TJYENG MOUN-HO, âgé d'environ 65 ans.

    XXIII. PIERRE SON SYEN-TJI, catéchiste, âgé d'environ 47 ans.

    XXIV. JOSEPH HAN, âgé d'environ 25 ans.

    XXV. PIERRE TJYENG OUEN-TJI, âgé d'environ 20 ans décapités à Tjyeng-tjyou, province de Tchyoung- tchyeng, le 13 décembre 1866.

    XXVI. JOSEPH TJYO, âgé d'environ 18 ans, martyrisé à Tjyengtjyou, province de Tchyoung-tchyeng, vers le 18 décembre 1866.

    XXVII. JEAN NI, âgé d'environ 45 ans, décapité à Tai-kou, province de Kyeng-sang, le 21 janvier 1867.

    XXVIII. PIERRE NI SYENG-TCHYEN, catéchiste, décapité à Tchyeng-tjyou, province de Tchyoung-tchyeng, le 8 septembre 1867.

    XXIX. PHILIPPE NI SYENG-OUK, catéchiste, décapité à Tchyeng-tjyou, province de Tchyoung-tchyeng, au mois de novembre 1867.

    Les vingt martyrs coréens subirent des tortures aussi cruelles et montrèrent un courage aussi grand que leurs Pères dans la foi.
    Le premier en date, même avant les martyrs français, puisqu'il mourut le 17 février 1866, est Pierre Ryou. Arrêté avec plusieurs chrétiens, il vit tous ses compagnons faiblir dans les supplices ; seul il continua de confesser la foi. « Sans Dieu qui a créé toutes les choses dont je me sers, je ne vivrais pas, disait-il au mandarin ; comment donc pourrais-je le renier ?» Le juge commanda aux chrétiens qui avaient prononcé des paroles d'apostasie de le frapper, et le bon témoin de Jésus-Christ expira sous les coups, en demandant à Dieu, pour ceux qui étaient tombés, la grâce du relèvement.
    Au moment même où Mgr Berneux et trois de ses prêtres recevaient à Saï-nam-hte la couronne du martyre, un mandarin, J.-B. Nam, était décapité à Nei-ko-ri, près de Séoul. Ayant su que des poursuites étaient dirigées contre lui, il avait pris la fuite. Arrêté le 2 mars, il fit preuve dune constance admirable, et entendit avec fermeté la sentence de mort prononcée contre lui.
    Le jour de son exécution, monté sur une charrette attelée d'un boeuf, les pieds placés sur un escabeau, il fut attaché à une croix par des cordes qui lui retenaient les bras et les genoux. Aussitôt que la charrette eut quitté la ville de Séoul, un satellite retira l'escabeau, un autre aiguillonna le boeuf pour le faire courir sur le chemin pierreux et défoncé ; bientôt le corps du patient, à demi broyé par les tortures précédentes, est affreusement secoué. Arrivés au lieu du supplice, les bourreaux coupent les cordes, jettent à terre leur victime, la dépouillent de tous ses habits, lui lient les bras derrière le dos et placent sa tête sur un billot de bois. Un soldat tient la tête par une corde attachée aux cheveux, et aussitôt qu'elle tombe, il la lance au loin.
    La place de Nei-ko-ri était encore teinte du sang de J.-B. Nam, quand deux jours plus tard, le 10 mars, Pierre Tchoi, un imprimeur qui avait rendu à là mission des services signalés, et Jean-Baptiste Tjyen, vinrent à leur tour y cueillir la palme du martyre.
    Avec MM. Pourthié et Petitnicolas furent martyrisés Marc Tyeng, catéchiste, âgé de 70 à 75 ans, et Alexis Ou, un jeune homme de 20 ans. Le, premier, d'une famille noble, était professeur de chinois, lorsqu'en 1839, il fut, par hasard, témoin du martyre de Mgr Imbert et de MM. Maubant et Chastan. Il regardait alors le catholicisme comme une secte pernicieuse, justement proscrite, puisqu'elle interdit les sacrifices aux ancêtres. Néanmoins, frappé de la joie très grande que montraient les missionnaires et les chrétiens en allant à la mort, il eut la curiosité d'étudier la religion qui produisait cet effet merveilleux, et se procura quelques livres. Son âme naturellement droite eut bientôt compris la vérité ; il l'accepta en s'écriant : « J'avais cru qu'un chrétien ne pouvait être un homme de bien, et maintenant je vois que, pour devenir véritablement homme de bien, il faut être chrétien ». Le Vicaire apostolique de la Corée à cette époque, Mgr Ferréol, trouva en lui une foi si vive et une vertu si éprouvée, qu'il l'institua catéchiste de la capitale, fonction qu'il remplit, à l'édification de tous, jusqu'à sa mort. Après son arrestation, il subit à différentes reprises des tortures extraordinaires pour le forcer à. dénoncer ses coreligionnaires ; mais il ne nomma que des morts, ajoutant : « Puisqu'à vos yeux, grand mandarin, la profession du christianisme est un crime digne de mort, j'ai commis ce crime et j'y persiste ; faites-moi mourir ».

    JUILLET AOUT 1914, N° 100.

    Alexis Ou était le troisième enfant d'un lettré célèbre et avait passé de brillants examens ; dès qu'il connut la religion catho tique, il l'embrassa et fit partager sa croyance à sa famille. A tin premier interrogatoire il eut le corps déchiré et les os des jambes mis à nu ; il supporta courageusement ces horribles supplices ; mais, à la seconde comparution, son courage faiblit, il prononça une parole d'apostasie. A peine sorti du tribunal, il comprit sa faute, en éprouva un profond regret, et apprenant l'arrestation des missionnaires il s'écria : « Je suis perdu ; à qui maintenant confesser mon crime ? Où trouver le pardon ? » Puis, sans le moindre retard, dans l'énergie d'une contrition sincère, il fit panser ses plaies, se procura un cheval et partit pour la capitale. « Laissez-moi, disait-il à ceux' qui voulaient l'arrêter, laissez-moi, peut-être est-il déjà trop tard. Je veux confesser mon péché, et, à la capitale où je suis connu des chrétiens, je veux que tous soient témoins de ma honte et de mon repentir ». A peine arrivé à Séoul, il courut chez le catéchiste Marc Tyeng, et trouvant la maison pleine de satellites, il se déclara hautement chrétien. On l'arrêta immédiatement, et on le conduisit à la prison où il eut le bonheur de rencontrer Mgr Berneux. Fortifié par l'absolution, et par les exhortations de l'évêque captif, il supporta les tourments avec une constance inébranlable. Le juge, qui savait sa précédente faiblesse, essaya à plusieurs reprises de le gagner : « Jeune comme tu es, tu dois tenir à la vie. J'y tiens, répondit Alexis. Vis donc. Je ne demande pas mieux. Oui, mais pour cela tu as une parole à dire, celle que tu as déjà dite. Oh ! Non. Je ne veux pas vivre à ce prix ». Et les supplices recommençaient plus violents qu'auparavant. Le vieillard et le jeune homme furent condamnés à la décapitation et exécutés ; la tête de Marc Tyeng ne tomba qu'au quatrième coup de sabre.
    Luc Hoang, catéchiste de Mgr Daveluy, et Joseph Tjyang, économe du séminaire, furent martyrisés à Syou-yeng, avec l'évêque et ses deux missionnaires, le 30 mars.
    Les souffrances de Thomas Son furent extraordinaires, et son intrépidité semble dépasser, s'il est possible, celle des autres confesseurs de la foi. S'étant présenté au tribunal au nom de ses parents et de ses amis, pour réclamer, selon la promesse des mandarins, des biens volés par les païens, le magistrat lui dit : « Je m'occuperai de cette affaire, mais, toi, es-tu chrétien, oui ou non ? Oui, je le suis, par la grâce de Dieu. Apostasie, et je rendrai justice aussitôt. Jamais je ne le ferai. Si tu n'apostasies pas, non seulement ceux pour qui tu plaides n'auront rien, mais toi-même tu mourras. J'ai assez grand peur de mourir, il est vrai ; mais je crains encore mille fois plus de renier mon Dieu qui est mon roi et mon père ». Aussitôt il est lié, et les tortures commencent ; les coups de bâton font ruisseler le sang ; de temps en temps on interrompt son supplice pour lui ordonner l'apostasie ; il refuse et le supplice continue. Plusieurs jours de suite les magistrats le font comparaître ; les satellites le dépouillent de ses vêtements, le frappent à coups de bâton, le lient de la manière la plus douloureuse. Ils le suspendent par les pieds, lui arrosent la figure avec des ordures et lui en remplissent la bouche. Sous cet ignoble outrage, il ne dit qu'une parole : « C'est bon ». Un jour le mandarin lui crie : « Les paroles ne me suffisent pas pour croire que tu n'apostasies point ; pour me convaincre.... il faut qu'en mordant ton bras, tu en arraches toi-même les chairs ; ou si tu ne le fais pas, je tiendrai pour certain que tu apostasies ». Thomas répond avec calme : « Mandarin, c'est Dieu qui m'a donné mon corps, je n'en suis pas le maître ; cependant, comme en votre qualité de supérieur vous me donnez cet ordre, j'obéis ». Et il mord son bras, en détache un morceau de chair ruisselante de sang. « C'est assez, fait le mandarin, je t'enverrai au gouverneur pour qu'il te mette à mort ». Par ordre du gouverneur de la province, l'héroïque confesseur fut étranglé dans sa prison.
    Un vieillard de 83 ans, Augustin Song, fut si cruellement frappé qu'il mourut sous les coups.
    Dans la ville de Tjyeng-tjyou, sept chrétiens montrèrent le plus admirable courage. Emprisonnés, torturés par le mandarin militaire, Pierre Tjyo et son fils Joseph, Pierre Ni, Barthélemy Tjyeng, Pierre Son, Joseph Han, Pierre Tjyeng, résistèrent aux supplices et aux promesses ; six d'entre eux furent décapités, le 13 décembre 1866 ; le magistrat fit exception pour Joseph Tjyo, et à celui-ci qui demandait le motif de cette exception, il répondit : « Le fils et le père ne peuvent mourir au même lieu et par le même glaive ». Quelques jours plus tard, le fils était étranglé et rejoignait son père dans la gloire éternelle.
    L'année suivante, le 21 janvier, Jean Ni fut décapité à Tai-kou, la ville épiscopale actuelle du second Vicariat apostolique de la Corée. Au mois de novembre, les deux catéchistes, Pierre Ni et Philippe Ni, eurent aussi la tête tranchée, enseignant par leurs actes, après l'avoir enseignée par leurs paroles, la foi au christianisme qu'ils avaient prêché pendant de longues années. L'exemple confirmait les préceptes avec un irrécusable éclat. L'Apôtre avait écrit des premiers martyrs, ses contemporains : « Lapidati sunt, secti sunt, tentati sunt, in occisione gladii mortui sunt... » Les chrétiens coréens avaient suivi les traces sanglantes et glorieuses de leurs lointains prédécesseurs, et d'eux comme de ceux dont parle saint Paul il convient de dire : « Hi oinnes testimonio fidei probati sunt1 ».

    Martyrs Annamites

    XXX. JOSEPH ETIENNE CHUNG, prêtre.

    XXXI. JOSEPH TRINH, catéchiste.

    XXXII. JOACHIM (JOSEPH) BAO, servant du prêtre Chung décapités à Go-cham, province du Binh-dinh, le 14 janvier 1860.

    XXXIII. JOSEPH HUU, décapité à Nha trang, province de Khanh-hoa, en 1860.

    XXXIV. HUA, dignitaire de paroisse.

    XXXV. NAM,

    XXXVI. TAN,

    XXXVII. GIAO, décapités à Phu-coc, province du Phu-yen, à la fin de l'année 1860.

    XXXVIII. DOMINIQUE CANH, prêtre, décapité à Phan-ri, province du Binh-thuân, en 1861

    1. Héb. XI, 37, 38, 39.

    XXXIX. JACQUES TUYEN, minoré.

    XL. JOACHIM QUA.

    XLI. JOSEPH NGHIEM

    XLII. MADELEINE LUU.

    XLIII. PAUL CHAU, prêtre.

    XLIV. PIERRE QUON, minoré.

    XLV. THADDÉE QUI.

    XLVI. PIERRE ME.

    XLVII. AGNÈS SOAN, religieuse.

    XLVIII. ANNA TRI, religieuse décapités à Go-cham, province du Binh-dinh, au mois d'avril 1862 décapités à Go-cham, province du Binh-dinh, au mois de mai 1862 martyrisées à Phan-ri, province du Binh-thuân, en 1862.

    XLIX. JOSEPH THU, prêtre, décapité à Go cham, province du Binh-dinh, au mois de juillet 1862.

    Les martyrs annamites qui, comme les martyrs coréens, sont au nombre de vingt, appartiennent à la mission de la Cochinchine orientale ; ils furent mis à mort pendant les années 1860, 1861 et 1862, à l'époque où le roi Tu duc, après avoir multiplié les édits proscripteurs, en surveillait et en activait l'exécution.
    Les premiers d'entre eux, qui donnèrent leur vie en témoignage de leur foi, furent le prêtre Joseph Chung, un de ses catéchistes, Joseph Trinh, et son serviteur Joachim Bao. Tous les trois, condamnés à la décapitation, acceptèrent vaillamment la sentence portée contre eux. Rencontrant quelques chrétiennes lorsqu'il allait au supplice, Joseph Bao leur adressa ces paroles : « Je vous demande de prier pour moi, afin que j'aie le courage de porter ma croix jusqu'au Calvaire. Si j'ai enfin le bonheur d'être martyr, je prierai pour vous au Ciel ».
    Fils de chrétiens fervents, Joseph Huu refusa d'indiquer la retraite du prêtre dont il était l'élève. Aucun supplice ne put fléchir sa volonté. Les mandarins de la province, à qui les ministres avaient reproché leur indulgence envers les catholiques et leur apathie à rechercher les prédicateurs de l'Evangile, le déclarèrent chef de religion, quoiqu'il ne le fût pas, et le condamnèrent comme tel à la décapitation.
    Hua, Nam, Tan, Giao, quatre dignitaires de la paroisse de Phu-coc, furent condamnés à la même peine pour avoir accordé l'hospitalité au prêtre Joseph Chung.
    Après Dominique Canh, le prêtre qui eut la tête tranchée en 1861, nous arrivons aux martyrs de l'année 1862.
    Le séminariste Jacques Tuyen, les chrétiens Joachim Qua et Joseph Nghiem, avaient été arrêtés en même temps que Mgr Cuénot qu'ils servaient ; ils partagèrent le sort du vénérable prélat. Emprisonnés, mis à la cangue, frappés et enfin condamnés à mort, ils furent exécutés au mois d'avril 1862, ainsi qu'une veuve, mère de quatre enfants et excellente chrétienne, Madeleine Luu, qui s'était dévouée pour l'évêque en lui donnant asile dans sa demeure. Lors de l'arrestation de Mgr Cuenot, Madeleine Luu fut chargée de la cangue et enfermée dans la prison de Binh-dinh. Chaque jour, au milieu des gardes étonnés, elle récitait à haute voix ses prières et faisait son chemin de croix, avec autant de ferveur et de liberté que si elle eût été dans l'église de sa paroisse.
    Ses enfants vivaient près d'elle dans son cachot ; le matin de sa mort, elle allaita le plus jeune, et sans verser une larme elle le confia à une de ses compagnes, puis se remit entre les mains des soldats qui l'escortèrent au supplice. Sur le lieu de l'exécution, elle s'agenouilla, déposa sa cangue près d'elle, releva ses cheveux sur le sommet de la tête, rabattit le col de son vêtement et tendit la tête au bourreau qui la trancha de deux coups de sabre.
    Le prêtre Paul Chau, ancien supérieur du séminaire, le séminariste Pierre Quon, les cieux chrétiens Thaddée Qui et Pierre Me, tous furent décapités le même jour, au mois d'août 1862, les uns pour avoir prêché la religion que les édits royaux qualifiaient de « perverse », lés autres pour avoir aidé les prédicateurs.
    La religieuse Agnès Soan, supérieure d'un couvent dans la province du Binh-thuân, s'était naguère déguisée en marchande, afin de secourir le prêtre Dominique Canh emprisonné. Elle était ensuite rentrée dans son couvent. Arrêtée avec sa compagne Anna Tri, toutes les deux furent cruellement frappées, condamnées à mort et décapitées.
    Un prêtre, Joseph Thu, fils du martyr André Nam-thuong béatifié en 1900, clôt cette liste des témoins de Jésus-Christ.
    Longtemps il avait désiré, à l'exemple de son père, sacrifier sa vie pour Dieu. Aussi accueillit-il la nouvelle de sa condamnation à mort par ces paroles qu'il prononça avec joie : «Je ne comptais plus sur le martyre, mais enfin voilà que Dieu me fait la grâce de m'appeler à mourir pour la religion ».
    Telle fut, pleine d'une foi forte jusqu'à l'héroïsme, la mort de ces martyrs français, coréens, annamites, qui, nés dans des régions très éloignées les unes des autres, se rencontrèrent eu ce même sentiment d'amour, dont l'apôtre saint Jean a dit toute la profondeur « Majorem hac dilectionem nemo habet, ut animam suam ponat quis pro amicis suis1 ».


    1914/182-198
    182-198
    France
    1914
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