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Providentielle rencontre

PROVIDENTIELLE RENCONTRE Un jour du mois dernier, voyageant avec un prêtre distingué qui s'intéresse vivement aux missions, de pressantes questions étaient venues d'elles-mêmes sur ses lèvres, quand il sut qu'il avait affaire à un missionnaire. Votre recrutement, mon Père, est assez florissant actuellement, dit-on ? Vu les circonstances présentes, nous n'avons pas à nous plaindre, Monsieur le Chanoine, mais qu'est-ce que vingt et quelques nouveaux aspirants missionnaires quand il nous en faudrait le triple à chaque rentrée d'automne !
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    PROVIDENTIELLE RENCONTRE

    Un jour du mois dernier, voyageant avec un prêtre distingué qui s'intéresse vivement aux missions, de pressantes questions étaient venues d'elles-mêmes sur ses lèvres, quand il sut qu'il avait affaire à un missionnaire.
    Votre recrutement, mon Père, est assez florissant actuellement, dit-on ?
    Vu les circonstances présentes, nous n'avons pas à nous plaindre, Monsieur le Chanoine, mais qu'est-ce que vingt et quelques nouveaux aspirants missionnaires quand il nous en faudrait le triple à chaque rentrée d'automne !
    Combien avez-vous de séminaristes au séminaire des Missions Etrangères ?
    Ils sont 125 présents ; ajoutez 48 prisonniers et 15 autres dans les camps de jeunesse, cela représente 188 aspirants à la vie apostolique, au lieu de 320 en 1900.
    Vous ne voudriez cependant pas dépeupler les diocèses de France, alors qu'il y a dans beaucoup d'entre eux un si grand nombre de paroisses sans prêtre !
    Il n'est pas question de cela. La France a besoin de beaucoup de prêtres et surtout de saints prêtres. Mais vous avouerez que les paroisses qui ne sont plus religieuses ne sont pas devenues telles par défaut de prêtres : leurs fidèles ont cessé de pratiquer alors qu'ils avaient encore un prêtre à demeure, et d'autres, auxquelles on a retiré le prêtre parce que trop peu populeuses, sont restées pratiquantes sans cela.
    En mission, comment faites-vous pour assurer la persévérance de vos chrétiens en l'absence du missionnaire ?
    Les offices sont en ce cas remplacés par des réunions dans les chapelles comme s'il y avait messes ou saluts du Saint-Sacrement : on y prie, on y chante, sous la direction d'un chef de chrétienté qui est chargé de faire le catéchisme et de lire les sermons du prêtre absent. Lors de la visite du missionnaire, celui-ci contrôle le travail accompli dans l'intervalle de deux passages, il encourage, il réprimande quelquefois, il réforme les abus s'il y en a, il examine la science religieuse des fidèles et des catéchumènes, il pose des jalons pour le développement de la chrétienté, bref, la grâce de Dieu aidant, il empêche la tiédeur de faire des ravages parmi ses ouailles, et la plupart persévèrent parce que le « feu sacré » a été entretenu dans leurs âmes.
    Il nous faudra peut-être arriver à employer des méthodes de ce genre chez nous en France, les dirigeants de l'Action Catholique seraient alors tout désignés pour nous venir en aide. Et qui sait ? Puisque le clergé indigène se développe si bien en pays de mission, le temps n'est peut-être pas très éloigné où il n'y aura plus besoin de missionnaires là-bas !
    Chimère que ce beau rêve ! Réfléchissez donc que, malgré de multiples cessions de territoires soit au clergé local (ce qui est le but de notre Société), soit à d'autres Congrégations, les Missions Etrangères de Paris ont encore à leur charge plus de 191.000.000 de païens à convertir (soit 50.000.000 de plus que la population de l'Afrique tout entière), avec près de 2.000.000 de chrétiens à administrer et 79 séminaires à diriger. Tout cela représente, en totalisant nos prêtres indigènes (1.580) et nos confrères européens (environ 1.000), si nous ne faisons aucune distinction entre les « missionnaires missionnants » et ceux qui ne s'adonnent pas directement au ministère proprement dit, tels que supérieurs des missions, professeurs, procureurs, vieillards à la retraite, etc., cela représente, dis-je, un prêtre pour 75.000 païens à convertir et 700 chrétiens dispersés à visiter, confesser et administrer.
    En décomptant ceux qui ne sont pas chargés de l'évangélisation directe, il faut même dire qu'il y a, dans nos missions, seulement un prêtre pour convertir 100.000 païens, et pour s'occuper de 1.000 chrétiens. Vous voyez, Monsieur le Chanoine, que ce ne sera pas dès demain que notre tâche sera terminée là-bas !
    Vous me rendez songeur, mon Père, c'est comme si 65 prêtres seulement avaient la charge des nombreuses paroisses de mon diocèse, or ils sont près de 2.000.
    Nous savons qu'il s'écoulera encore bien des années avant que le monde païen soit converti, et par monde païen nous entendons surtout les 800.000.000 d'infidèles qui habitent l'Asie. Cependant nous ne pouvons songer sans tristesse au nombre sans cesse décroissant des missionnaires de notre Société des Missions Etrangères.
    De 1399 qu'ils se comptaient au 1er janvier 1914, ils étaient seulement 1048 au 1er janvier 1939, et actuellement ils ne sont plus que 983 ! Depuis le 1er août 1914 nous avons enregistré le décès de 782 confrères, or il n'en est parti que 442 pour les remplacer !
    Le travail augmente pourtant toujours à mesure qu'il y a davantage de catholiques, les prêtres absorbés par le soin des convertis donnant forcément moins de temps à l'évangélisation des infidèles.
    Je suis trop âgé pour devenir missionnaire, mon Père, mais je vous promets de prier davantage et de faire prier pour que le Maître de la Moisson envoie chez vous de plus nombreux ouvriers, qui aideront à faire rayonner le nom de Notre Seigneur et prépareront l'avènement de son règne à travers le monde païen.
    Mille fois merci, Monsieur le Chanoine, et que Dieu vous entende !

    Joseph CUENOT,
    Econome des Missions Etrangères

    1941/14-15b
    14-15b
    France
    1941
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