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Projet de nomination, au XVIIe siècle, d'évêques Extrême Orientaux

Projet de nomination, au XVIIE siècle, d'évêques Extrême Orientaux Fondée de 1658 à 1663, la Société des Missions Etrangères avait et a encore pour but principal « de former à la cléricature les sujets qui en seront trouvés capables ». Ses premiers Vicaires apostoliques, Pallu, évêque d'Héliopolis. Lambert de La Motte, évêque de Bérythe, Cotolendi, évêque de Métellopolis, avaient reçu de Rome des instructions très détaillées sur ce sujet.
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    Projet de nomination, au XVIIE siècle,

    d'évêques Extrême Orientaux

    Fondée de 1658 à 1663, la Société des Missions Etrangères avait et a encore pour but principal « de former à la cléricature les sujets qui en seront trouvés capables ».
    Ses premiers Vicaires apostoliques, Pallu, évêque d'Héliopolis. Lambert de La Motte, évêque de Bérythe, Cotolendi, évêque de Métellopolis, avaient reçu de Rome des instructions très détaillées sur ce sujet.
    En 1670, huit ans à peine après l'arrivée de Mgr Lambert de La Motte en Extrême-Orient, quelques-unes des missions d'Indochine confiées à la Société comptaient 11 prêtres indigènes ordonnés par lui.
    Ce n'était qu'un commencement ; après les prêtres devaient être créés des évêques, Rome l'avait dit : « Si parmi les prêtres indigènes, vous en trouvez qui vous paraissent dignes de l'épiscopat, écrivez à la Sacrée Congrégation, leur nom, leur âge, leurs qualités, afin qu'ils puissent être consacrés et soient chargés d'un diocèse ».
    Mgr Pallu ne perdit pas de temps pour étudier la question.
    En 1671, le 11 novembre, il écrivait de Surate1;
    « Il me semble aussi nécessaire de représenter à la Congrégation l'importance qu'il y a de donner plusieurs évêques au Tonkin, vu le grand nombre de chrétiens qui sont répandus dans les provinces, les difficultés qu'il y a de les visiter autant qu'il est convenable dans les commencements. Pour l'institution et l'ordination des prêtres et des clercs qui sont fort éloignés les uns des autres, suivant les dispositions que je vois dans le Tonkin, il y aura en très peu de temps un très bon clergé. Je crois que la Sacrée Congrégation nous connaît suffisamment pour nous confier le pouvoir dont assurément nous n'abuserons pas. Si elle reçoit cette proposition, elle nous marquera s'il lui plaît le nombre et déterminera les titres « in partibus » sous lesquels ils seront ordonnés, n'étant pas encore temps d'en faire des titulaires dans le pays, non plus que d'élever à cette dignité des prêtres qui en soient originaires. Si elle trouve à propos qu'il y ait quelque subordination entre les Vicaires apostoliques de ce royaume (comme il semble nécessaire), il faudra qu'elle le marque expressément, et en quoi elle doit consister ».
    Quelques semaines plus tard, dans une lettre du 1er janvier 1672, il disait au secrétaire de la Propagande, Mgr Baldeschi : « Nous avons deux prêtres au Tonkin et deux en Cochinchine dans lesquels brillent des qualités dignes de la charge épiscopale ».
    Retourné à Rome en 1677, Pallu y traita longuement, avec des détails pratiques, l'élection à l'épiscopat de prêtres extrême-orientaux. Il interrogea en Italie et en France des hommes pieux, savants, dévoués aux missions. Un des mémoires qu'il reçut nous paraît, à 250 ans de distance, singulièrement digne d'attention par la sagesse pratique des conceptions qu'il émet.
    En voici les lignes principales 2 :
    « 1° Il est nécessaire d'élever au sacerdoce et à l'épiscopat des personnes capables et originaires du pays, pour l'avancement des dites Églises.

    1. A. M.-E., vol. 107, p. 63.
    2. A. M -E., vol. 129 ; p. 55; vol. 130 p. 302.

    « 2° Il n'est pas encore toutefois temps d'ériger des Églises cathédrales, ou des sièges épiscopaux, dans les premières villes des royaumes, ni d'y titrer chaque évêque, à cause du défaut de ministres pour se succéder les uns aux autres dans les dites Eglises en cas de mort ou d'expulsion, principalement des Eglises persécutées.
    « 3° Il ne faut pas non plus les faire évêques Vicaires apostoliques, parce qu'un Vicaire du Pape ne peut pas dépendre d'un autre.
    « 4° L'on ne juge pas non plus convenable de les faire évêques « cum titulo in partibus» leur donnant l'administration de quelques provinces, parce que ce serait une chose inutile de faire des Chinois évêques en Grèce, et pour d'autres raisons.
    « 5° L'on pourrait donc faire ces évêques « episcopi nationis illius » comme il s'est pratiqué plusieurs fois dans l'Église ; vous en trouverez des exemples dans l'écriture que l'on a faite pour la Congrégation qui s'est tenue pour envoyer des évêques dans toutes les missions. Il suffirait donc pour cela que le Vicaire apostolique qui les aurait consacrés leur assignât une ou plusieurs provinces « arbitrio suo 1 », dans lesquelles ils feraient toutes les fonctions « ordinis et jurisdictionis quae de jure competunt episcopo 2 », ce qui n'empêcherait pas qu'ils ne fussent sujets à la direction de l'évêque Vicaire apostolique, lequel comme délégué du Saint Siège aurait sur eux quelque sorte d'autorité pour la correction même.
    « 6° Outre les dits évêques originaires du pays, il est nécessaire que clans chaque royaume il y ait un évêque Européen avec la qualité de Vicaire apostolique, laquelle le distinguera des autres, et le mettra au-dessus d'eux ; le dit évêque Vicaire apostolique doit avoir en sa personne l'autorité du Saint Siège pour terminer « majores causas », consacrer les évêques, faire entre eux la division des provinces, user et communiquer s'il le juge à propos certaines facultés réservées des droits au Saint Siège, conserver l'intégrité delà foi, convoquer le synode des évêques pour la discipline ecclésiastique, distribuer et changer les ouvriers évangéliques pourvoir aux besoins généraux:et particuliers des Églises et des particuliers ; enfin administrer, outre sa province particulière qu'il aura droit de choisir à sa volonté, toutes les autres provinces par une direction générale .

    1. A son choix.
    D'ordre et de juridiction que le droit confère à son évêque.

    « 7° Quoiqu'on ne doive pas mettre de subordination entre les évêques Vicaires apostoliques quant à la juridiction, parce qu'il n'est pas de la bienséance et que même il semble difficile qu'un Vicaire du Pape soit Vicaire d'un autre évêque, néanmoins on en peut choisir un ou deux selon la nécessité, lesquels sans avoir la qualité de chef, ni juridiction sur les autres, pourront cependant être établis par le Pape au-dessus des autres afin de donner des conseils ou une direction, auxquels on devra avoir recours pour la décision des difficultés qui se rencontreront, et pour toutes les choses portées dans le mémoire de M. d'Héliopolis ; on peut même leur donner le droit d'inspection et d'admonition, d'avis ou remontrances sur les autres, et obliger ceux-ci de leur rendre compte de leur administration ».
    Consulté par Mgr Pallu, l'ancien évêque de Rodez Abelli était en conformité de pensées avec lui 1 : « Le sentiment de M. de Rodez n'est point que l'on fasse des évêques qui ne soient que vicaires d'autres évêques, attendu que la dignité épiscopale ne peut dépendre d'autre personne que du Pape, et qu'elle demande d'être toujours complète, et pour ce, elle doit être exercée selon tout ce qui lui convient de droit, et qu'il n'est pas même au pouvoir du Saint Siège de restreindre ce droit par des retranchements arbitraires de la dite autorité ».
    Un des directeurs du Séminaire des Missions Etrangères, M. Gazil, dont la modération était fort estimée, disait : « Si l'on fait Vicaires apostoliques quelques-uns d'entre les naturels dont on aura éprouvé le mérite, on ne doit pas beaucoup craindre de les faire égaux aux autres Vicaires apostoliques d'Europe, les uns et les autres étant révocables en cas qu'ils n'usent pas de leur autorité selon l'intention du Saint Siège ».

    ***

    Appuyé sur ces conseils, Mgr Pallu adressa en 1678 à la Propagande un long mémoire avec la lettre suivante2:
    « Ayant été ordonné par Vos Eminences, dans la dernière Congrégation particulière de la Chine, à l'évêque d'Héliopolis d'exposer clairement son avis sur l'établissement des évêques naturels dans les lieux principaux de la mission subordonnée aux Vicaires apostoliques, et de suggérer les moyens les plus propres pour le mettre en exécution :

    1. A. M.-E., vol. 129 p. 49; vol. 130, p. 297.
    2. A. M.-E., vol. 130, p. 285; vol. 249, p. 45.

    « Le dit évêque représente à Vos Eminences que l'élection des évêques naturels est le plus grand avantage que puissent recevoir ces missions, principalement pour donner le moyen de fortifier les néophytes dans la foi par le sacrement de confirmation, ce qui ne se peut autrement, et pour accréditer d'autant plus les Vicaires apostoliques, tant auprès des catéchistes, lesquels par ce motif seront plus animés pour faire leur devoir et à se rendre capables de l'état ecclésiastique, comme aussi auprès du peuple, et même auprès des infidèles, lesquels verront par là l'estime que l'on fait de ceux de leur nation, outre que cela servira pour ôter tous les ombrages et suspicions que les princes et leurs ministres peuvent avoir, que les missionnaires sous le voile de la religion veulent se rendre maîtres de leurs Etats et les assujettir aux rois de l'Europe. On ne sait que trop que par tels inconvénients est venue la ruine totale de plusieurs florissantes missions ; et ce sera encore un moyen efficace pour fermer la bouche aux adversaires des Vicaires apostoliques.
    « Avec tout cela, si le dit évêque croyait que cette proposition fût de conférer aux naturels, avec le caractère épiscopal, toute l'autorité nécessaire pour gouverner ces peuples indépendamment, soit en qualité d'Ordinaires, soit de Vicaires apostoliques, il aurait de suffisantes raisons pour représenter à vos Eminences qu'elles pourraient suspendre pour quelques années l'effet de cette proposition; mais se persuadant que l'on ne traite ici que de les consacrer évêques pour exercer, sous les Vicaires apostoliques déjà établis dans ces pays, les fonctions dont ils se trouveront capables, particulièrement pour administrer le sacrement de confirmation et pour gouverner les Eglises qui seront commises à leurs soins, le dit évêque croit que telle proposition non seulement se peut exécuter, mais encore qu'il y aura beaucoup de facilités à le faire, parce qu'il est certain qu'il y a dans les missions, particulièrement dans le Tonkin et la Cochinchine, plusieurs bons prêtres, lesquels ont de la vertu et de l'expérience autant que l'on en peut souhaiter dans ces commencements pour la dignité épiscopale, et s'ils n'ont pas pour la doctrine tout ce qui se pourrait désirer, on y pourra pourvoir avec facilité comme ont déjà fait les Vicaires apostoliques avec les prêtres aussi naturels.
    « Il semble donc au dit évêque que les naturels pourraient être consacrés avec des titres « in partibus » et avec l'obligation de travailler dans les lieux à eux assignés par les Vicaires apostoliques en qualité, de leurs provicaires, suivant en toutes choses leur direction et conformément au pouvoir qu'ils recevraient d'eux.
    « Ces évêques seraient comme étaient anciennement les chorévèques, et serviraient aux Vicaires apostoliques comme font aujourd'hui les évêques accordés par le Saint Siège à certains archevêques et évêques, comme l'a observé le dit évêque d'Héliopolis, à Séville et à Tolède, où les dits archevêques et évêques sont aidés par ces autres évêques, particulièrement pour l'administration du sacrement de confirmation, et dans les autres fonctions pontificales qui leur sont principalement commises.
    « Le dit évêque d'Héliopolis croit que l'on pourrait, et sans aucun péril, instituer dès à présent 4 de ces évêques pour le Tonkin et 2 pour la Cochinchine, vu le grand nombre des chrétiens qu'il y a nommément dans le Tonkin, dont on dit que le nombre est de 300.000 ou environ 1, et le circuit du royaume égal à toute l'Italie; et si l'on envoyait quelque personne capable dans la Chine, l'on pourrait aussi lui donner le pouvoir d'y en consacrer jusqu'au nombre de six, prenant pour cela toutes les précautions nécessaires, ce nombre semblant aussi nécessaire vu la grandeur de ce royaume qui égale l'Europe, et dans lequel il y'a au moins 100.000 chrétiens. Mais si vos Eminences veulent aussi comprendre sous le nom de naturels les métis, il est certain qu'il se trouvera parmi eux des sujets qui soutiendront la dignité épiscopale avec autant et même plus d'avantage que ne ferait aucun naturel du pays ».
    Par une lettre du 22 juin 1678, l'évêque avertit les directeurs du Séminaire des Missions Etrangères de ses négociations 2 :

    1. Le nombre des chrétiens était beaucoup moins élevé : d'après un rapport adressé en 1707 à la Propagande par Mgr de Bourges, il approchait seulement, même à cette époque, de 70.000.
    2. A. M.-E., vol. 101, p. 174.

    Rome, 22 Juin 1678.

    « J'ai communiqué mon dernier mémoire à Mgr Slutius, qui fut surpris d'abord de voir tant de propositions tout d'un coup. Mais, quand je lui ai dit comment je m'étais trouvé engagé à le faire, et la disposition de leurs Eminences là-dessus, il y donna son approbation; et sur l'avis que je lui demandais sur la manière d'instituer évêques les naturels, il me dit deux choses : la première qu'il ne fallait pas penser leur donner le titre de suffragants, ce titre ne s'accordant qu'aux Ordinaires et n'étant que pour l'exercice des fonctions pontificales ; la seconde, qu'il ne fallait pas les consacrer évêques pour les faire ensuite Vicaires, mais qu'on devait auparavant les établir Vicaires et ensuite les consacrer évêques «in partibus », suivant les Lettres Apostoliques, leur donnant tels et tels pouvoirs sous la dépendance des Vicaires apostoliques, et que quand on les fera Ordinaires, alors les Vicaires apostoliques ou d'autres naturels en leur place devront être institués leurs métropolitains. Il approuva tout le reste ».

    ***

    Après avoir pris connaissance des rapports de Pallu, la Propagande porta, le 26 avril, plusieurs décrets déclarant utile la nomination de 12 évêques indigènes: 2 en Cochinchine, 4 au Tonkin, 6 en Chine. Elle pria Mgr Pallu de lui remettre un projet de Lettres Patentes pour la députation et la consécration d'évêques indigènes par les Vicaires apostoliques.
    Par un autre décret du 7 août, elle concéda un certain nombre de pouvoirs aux évêques indigènes, par exemple l'usage des Pontificaux dans la célébration des offices, l'administration des sacrements, la consécration des saintes huiles, des autels , et des vases sacrés.
    Ils ne pouvaient ordonner des prêtres, donner des pouvoirs de confesser et de prêcher aux missionnaires séculiers et réguliers, sans le visa des Vicaires apostoliques européens.
    Ils n'auraient pas les quatre pouvoirs attribués aux Vicaires apostoliques par la Bulle « Speculatores », savoir: faire les procès relatifs aux miracles et au martyre ; porter des décisions sur l'observation des fêtes et des Rites sacrés; publier les Lettres apostoliques, le jubilé et les indulgences, ainsi que les décrets des Congrégations romaines ; créer des notaires apostoliques.
    On laissait les Vicaires apostoliques maîtres de communiquer ou non, aux évêques indigènes, toutes les facultés que la Congrégation de l'Inquisition leur confère ; « cela, dans le but de se concilier leur estime et leur affection ».
    A la demande de ne donner à ces évêques indigènes que le titre d'administrateurs et non celui de Vicaires apostoliques, et de laisser leur institution aux Vicaires apostoliques, il fut seulement répondu : « Que l'évêque d'Héliopolis expose avec tous ses développements son plan des Lettres ; et leur expédition sera faite par les EE. Cardinaux ».
    Enfin il fut précisé que les évêques indigènes, « en face de difficultés à propos des Lettres ou des Constitutions apostoliques, consulteraient les Vicaires apostoliques européens, avec le devoir de suivre leur opinion, jusqu'à ce que le Saint Siège, mis au courant, leur envoie une réponse ».
    La formule de Lettres Patentes pour la députation et les pouvoirs des laïques indigènes par les Vicaires apostoliques fut rédigée par Mgr Pallu. Elle contenait les clauses indiquées par les décrets précédents et plusieurs autres1.

    1. Voici la traduction de cette pièce :
    Projet de formule des Lettres Patentes d'institution d'Evêques indigènes.
    Nous, par la grâce de Dieu et du Saint Siège Apostolique, Evêque de..., à notre cher Frère en Jésus-Christ M..., salut.
    Comme notre Très Saint Père le Pape Innocent XI a daigné donner aux Vicaires apostoliques du royaume de..., par le Bref commençant ainsi..., et daté du..., la faculté de choisir parmi les prêtres indigènes du dit royaume quelques sujets, pour leur conférer la consécration épiscopale avec collation de titres « in partibus infidelium », et de se les associer dans la charge à eux-mêmes confiée d'administrer au spirituel tout ce même royaume, en leur en attribuant certaines provinces de par l'Autorité apostolique, soit à tous soit à chacun respectivement, avec le pouvoir en plus d'y exercer partout les fonctions pontificales et la juridiction complète dans l'un et l'autre for,.........
    Tout en y observant, cependant, les dispositions édictées par notre même Très Saint Père Innocent XI, pour ces commencements, dans son Bref relaté ci-dessus...
    C'est pourquoi, ayant appris que, dans la province de..., un nombre considérable de païens sont venus donner leur nom au Christianisme, pour devenir chrétiens ; sachant d'autre part que cette province pour être constituée en Eglise normale et voir, chez elle, la foi s'affermir et se propager, requiert la présence et la sollicitude constante d'un Evêque. Nous, plein de confiance après Dieu en votre zèle de notre sainte religion, en votre doctrine et votre prudence, en votre charité et vos autres vertus, et vous relevant, et considérant comme dûment relevé, pour l'unique fin dont il s'agit présentement, de toute sentence d'excommunication, suspense, interdit et autre censure et peine ecclésiastique par vous encourue de par le droit ou par l'autorité d'un homme, en quelque occasion ou pour quelque cause que ce soit, par où vous seriez lié d'une manière quelconque, du consentement de Mgr l'Evêque de... délégué par l'Autorité apostolique en ces régions, et investi Nous-même de la même Autorité apostolique à Nous aussi conférée. Nous vous choisissons, par la teneur des présentes, pour être l'Evêque de... « in partibus infidelium » ; et Nous vous y instituons à l'unique fin de vous communiquer l'administration de la province de..., de ce royaume de...
    Et encore, de par la même Autorité apostolique, après que vous aurez prêté le serment exigé par le Souverain Pontife Innocent XI, dans son Bref précité..., relatif à l'obéissance à garder aux Vicaires apostoliques, et que vous aurez reçu votre fonction par la consécration, conférée soit de Nos mains soit par un autre Evêque en communion avec l'Eglise catholique, conformément aux rites du Pontifical Romain, et non d'autre manière.
    Nous vous déléguons et vous confions cette administration, jusqu'à ce que les Eminentissimes Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine de la Sacrée Congrégation de la Propagande en aient déterminé et décidé autrement.
    Ainsi donc, à partir de ce moment et dans la suite, vous pourrez, dans la province susdite, exercer tous les offices pontificaux, et votre juridiction complète dans l'un et l'autre for, sans que personne (à l'exception de ceux que le droit autorise) puisse, dans toute cette province, s'en mêler sans votre permission ; et cette prohibition s'applique nominalement à tout votre clergé d'ordre inférieur, tant les Réguliers que les Séculiers, en ce qui concerne la prédication de la parole de Dieu, la confession, et les autres points que le Bref réserve aux Evêques indigènes dans leurs provinces respectives.
    Pour surcroît de précaution, ne conférez les pouvoirs de prêcher et d'administrer les sacrements qu'à ceux dont les « lettres de destination » auront été au préalable, soit délivrées, soit du moins visées et approuvées par Nous-même ou par Nos Vicaires généraux. Rappelez-vous ce point dont le Bref pontifical vous fait un sérieux devoir : tout ce que vous trouverez de jeunes gens, dans votre province, aptes à devenir clercs et prêtres, ayez toujours soin de Nous les adresser. Nous leur apprendrons le latin et les sciences ; et, après les avoir dûment préparés. Nous vous les renverrons à ordonner. Enfin tout ce encore que ce Bref souvent invoqué prescrit pour sanctifier les âmes, accomplissez le vous même attentivement ; et puis, autant que votre zèle pourra le faire, donnez-le à pratiquer à votre troupeau.

    Mgr Pallu repartit pour l'Extrême-Orient et mourut en Chine le 29 octobre 1684.
    La grave question à laquelle il avait tant travaillé ne fut pas solutionnée ; elle continua d'occuper les prêtres qui dans la Société des Missions Etrangères avaient quelque charge de direction. Le 11 avril 1685, le procureur des Missions Etrangères à Rome, M. Sevin, demandait que Mgr Deydier, Vicaire apostolique du Tonkin oriental, fût autorisé « à se choisir pour coadjuteur le plus digne de ses prêtres indigènes ». Et le 20 mai de l'année suivante la Propagande agréait cette demande.
    Trois mois plus tard, le 20 août, un des directeurs du Séminaire des Missions Etrangères, M. Fermanel, alors à Rome, exprimait le désir qu'on présentât, par ordre de mérite, le nom de trois prêtres tonkinois, en spécifiant leur nom, leur âge, leurs qualités, leur valeur scientifique, etc. « Si on s'en tient à ce qu'a réglé la Congrégation sur cet article, concluait-il, il faut écrire au Tonkin, attendre qu'on ait des réponses, et sur ces réponses nommer un évêque, et avant que cela soit en état et que cette réponse soit arrivée au Tonkin, il se passera au moins cinq années ».
    Le 27 janvier 1687 le cardinal Altieri, préfet de la Propagande, priait Mgr de Bourges de lui donner le nom d'un prêtre indigène digne de l'épiscopat.
    L'évêque répondit en substance qu'en ce moment aucun des prêtres tonkinois ne semblait réunir les qualités suffisantes pour réaliser les voeux du cardinal. Des années s'écoulent, et en 1691 l'évêque qui n'avait pas perdu de vue le désir de Rome met en avant le nom du P. Joseph Phuoc, dont tous les missionnaires font un sérieux éloge.
    « Dès sa plus tendre enfance, dit Mgr de Bourges, ce prêtre a mené la vie la plus pure. Sa modestie est très grande, sa douceur admirable. Il n'a pas, je l'avoue, toute la science nécessaire à un évêque, et il a été trop occupé pour l'acquérir. Mais avec un évêque européen, ou en l'absence de celui-ci avec un provicaire dont il suivra les directions, il remplira bien son office ».
    Malgré les désirs de Rome et la bonne volonté de Mgr de Bourges, la question continue d'être agitée sans recevoir de solution.
    En 1694, les Annales de la Mission du Tonkin portent cette note:
    « Il vint en pensée à ce prélat (Mgr de Bourges) de proposer à Rome M. Joseph Phuoc pour être évêque, afin qu'il pût confirmer tous les fidèles et soutenir le clergé dans un temps d'une nouvelle persécution où tous les missionnaires européens seraient chassés du royaume».
    Et en 1696, l'évêque lui-même écrit : « Dans ce temps de persécution, aucun Européen ne peut avoir liberté d'aller par les villages. Ce prêtre tonkinois (M. Phuoc) pourrait y aller administrer le sacrement de confirmation et faire la visite à la place de l'évêque Vicaire apostolique, dont il ne serait pour ainsi dire que l'aide ou le vicaire. Il ne serait pas à propos qu'il fût seul en chef pour le gouvernement de cette Eglise, il ne sait pas le droit canon et les missionnaires réguliers n'ont pas grand désir de voir former le clergé des naturels de ce pays».
    Deux années passent encore, et en 1698 Mgr de Bourges revient à la charge : « Les chrétiens du Tonkin ont besoin du sacrement de la confirmation pour être soutenus par la force de ce sacrement dans diverses persécutions qui s'élèvent de temps en temps contre cette Eglise. Nul évêque étranger, quel qu'il soit, ne peut avoir assez de liberté pour aller administrer ce sacrement en tous les endroits où il serait nécessaire, il n'y a qu'un Tonkinois qui le puisse faire. Je pensais qu'il serait plus difficile d'obtenir de Rome pour un simple prêtre tonkinois le pouvoir d'administrer ce sacrement, que d'obtenir qu'il fût élevé à l'épiscopat pour ce dessein, vu que la Sacrée Congrégation nous avait déjà écrit que nous lui désignassions quelques Tonkinois que nous jugions pouvoir être revêtus de ce caractère. Mais comme celui que je proposais n'avait pas toutes les qualités qu'il serait à désirer pour être chargé en chef du gouvernement de cette Eglise, et que je ne jugeais son secours nécessaire que pour administrer le sacrement de confirmation seulement, je demandais que pour tout le reste, il fût sous la dépendance du Vicaire apostolique étranger ».
    Le coadjuteur de Mgr de Bourges, Edme Bélot, évêque de Basilée, n'est pas complètement de cet avis, et nous lisons dans sa lettre du 15 septembre 1703 :
    « J'ai de la peine à approuver la proposition qu'on vous a prié de faire, pour l'épiscopat, du prêtre appelé M. Joseph, parce que, quoiqu'il soit vertueux, il n'a pas de talent à parler, etc.; ainsi il ne serait point propre à faire une visite, ses confrères n'auraient point de respect pour lui et les religieux s'en moqueraient ouvertement, ce qui ne nous serait pas fort honorable.
    « Ces raisons m'ont toujours beaucoup frappé; mais, comme ce dessein a été conçu par notre cher prélat, je n'ai pas osé vous en écrire, par principe de conscience, outre que ce prêtre pourrait donner la confirmation dans des lieux où des Européens ne peuvent pas mettre le pied, ce qui est le principal service qu'il pourrait rendre et pour ainsi dire le seul. Je vous prie donc, Monsieur, et aussi M. Tiberge, de vouloir bien examiner cette affaire devant Dieu autant qu'elle le mérite ».
    Bientôt surgirent des accusations des infidèles contre les évêques, les missionnaires, les prêtres indigènes, puis la persécution de 1712-1713 qui exila Mgr de Bourges à Siam où il mourut en 1714. M. Phuoc fut arrêté, jeté en prison où il demeura de longues années jusqu'à sa mort, en 1732.
    Depuis lors la question de la nomination d'un évêque tonkinois a été abandonnée.
    Quand sera-t-elle reprise ?

    1926/205-214
    205-214
    France
    1926
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