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Pro Préfet apostolique au Kouang-tong.

M. FLEUREAU Pro Préfet apostolique au Kouang-tong.
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    M. FLEUREAU

    Pro Préfet apostolique au Kouang-tong.

    Asa première visite au séminaire de l'Immaculée Conception à Bièvres, Mgr Gibier, évêque de Versailles, saluait notre communauté de ces souvenirs : « Il y a longtemps que je connais la Société des Missions Étrangères, mes rapports avec elle remontent au temps où, j'étais vicaire à Saint-Paterne d'Orléans. Nous avions alors un premier vicaire que je considérais comme mon modèle ; je m'efforçais de mettre mes pas dans la trace de ses pas ; il était zélé, il était pieux ; il était en tout un homme de devoir et un homme de Dieu. Un jour nous apprîmes qu'il nous quittait pour entrer au Séminaire de la rue du Bac.

    « Un an après, il quittait la France pour la Chine ; Orléans pour Canton. Nous n'avons pas cessé de suivre ses travaux et ses lettres apostoliques et c'est avec une grande joie que nous l'avons revu et reçu tout récemment, lorsque, après vingt-deux ans de séjour en pays étranger, il est revenu parmi nous. Il était blanchi et épuisé par les privations et les fatigues ; mais il gardait au coeur la même ardeur et le même zèle généreux.... »

    Le missionnaire auquel l'évêque de Versailles décernait cet éloge était M. Fleureau, mort pro préfet du Kouang-tong.
    Désiré-Amable-Alexandre Fleureau naquit à Montigny, près Chilleurs-aux-Bois, (Loiret) le 26 mai 1845 d'une famille de cultivateurs.
    Nous lisons bien souvent au commencement des légendes des vies de saints qui figurent dans le bréviaire que, dès leur plus tendre enfance, ces élus de Dieu donnèrent des signes précurseurs de leur avenir. Sans vouloir employer une formule analogue pour les débuts de la vie de notre confrère, nous pouvons affirmer que, jeune encore, il était attiré vers les pays lointains. Il aimait à raconter que, tout enfant, il s'amusait à faire de grands trous dans le sable et à ses parents qui lui demandaient le motif de ce jeu enfantin il répondait : « Je cherche à traverser la terre, pour aller trouver les Chinois qui sont au-dessous de nous ». Les événements devaient le conduire dans cette Chine vers laquelle tendaient son imagination et son coeur.
    Il fit très pieusement sa première communion le jour de l'Ascension 1857. Peu après, il commença l'étude du latin, sous la conduite de M. l'abbé Rathouin, le curé de sa paroisse, qui avait de bonne heure discerné en lui des marques certaines de vocation ecclésiastique. Son désir d'être plus tard missionnaire semble s'être précisé dès cette époque, à la lecture des Annales de la Propagation de la Foi.
    Au Petit Séminaire de La Chapelle Saint-Mesmin, où il entra en cinquième et acheva ses études classiques, le jeune Fleureau se fit remarquer par un caractère aimable et enjoué, par une grande modestie, par une sincère piété et une persévérance dans le travail qui ne se démentit jamais. Ses professeurs découvrirent promptement en lui un esprit tin et solide qu'ils s'appliquèrent à cultiver, tandis que de son côté l'élève s'attachait avec un soin particulier à diminuer la rudesse native de ses manières et de son langage. Il acquit ainsi, durant ses années de collège, cette correction qui, perfectionnée plus tard par les milieux choisis où il fut appelé à vivre, en firent le prêtre grave, poli, distingué et toujours digne que nous avons connu.
    Au Grand Séminaire d'Orléans, ses qualités prirent un nouvel essor sous l'influence de la grâce, secondée par des efforts généreux ; modeste dans ses succès, réservé, doux, spirituel sous des apparences de simplicité, ayant la répartie juste, gracieusement charitable, il fut aimé et estimé de tous. Il fut ordonne prêtre le 6 juin 1868, par Mgr Lavigerie, archevêque d'Alger. Le lendemain, fête de la Sainte Trinité, il célébra sa première messe dans la chapelle de l'Officialité, au milieu d'un groupe nombreux de parents et d'amis. Ceux qui ont connu son esprit de foi n'ont pas de peine à se figurer avec quelles admirables dispositions il dut monter pour la première fois au saint autel.
    Il occupa successivement, dans la ville d'Orléans., les postes de vicaire à Saint-Vincent (1868), à Saint-Aignan (1870) et à Saint-Paterne (1873-1880).
    Au physique il 'était de taille élevée, membres puissants, carrure massive, démarche prompte, précipitée, trottinant ; sa figure longue et large, les yeux très petits et fins, le front assez large et bientôt dénudé... La note grave de la voix s'accompagnait d'un geste indicateur, puis d'un sourire tout fait d'esprit et de malice. Un peu lent dans l'énoncé de son verbe, il savait bien ce qu'il voulait dire, attachant beaucoup d'importance au choix des mots, à la politesse du langage. Dévoué, actif, travailleur infatigable, directeur d'âmes sagace, et prudent, il passa en faisant le bien dans les différentes paroisses qui connurent son zèle. Il lui fut donné plus tard d'avoir la preuve de la solidité de l'estime et de l'affection qu'on lui voua. Lorsqu'il revint à Orléans après 22 ans de séjour en Chine, ses anciens paroissiens le reçurent avec une vénération et une générosité qui l'émurent : « Réellement, disait-il à un ami, je ne me savais pas si aimé ».

    Qu'était devenue la vocation apostolique parmi les sollicitudes de son ministère sacerdotal ? Elle était demeurée très vive. A diverses reprises M. Fleureau avait sollicité la faveur de pouvoir se consacrer aux missions lointaines. Mais sa santé chancelante, différentes circonstances indépendantes de sa volonté l'empêchèrent de réaliser ses projets.
    Ce ne fut qu'en 1880, alors qu'il atteignait la limite d'âge fixée pour l'admission des aspirants au Séminaire des Missions Étrangères, qu'il obtint de Mgr Coullié, alors évêque d'Orléans, l'autorisation de quitter le diocèse.
    Le 7 juin 1880 il arrivait à la rue du Bac, et le 4 mai 1881 il recevait sa destination pour le Kouang tong.
    Après un assez court séjour à Canton, il reçut en partage le vaste district de Ko-tchao, avec résidence à Shek-shin à l'ouest de la mission. Il devait occuper ce poste pendant près de 15 ans. Entre Kotchao et Saint-Paterne d'Orléans, le contraste était grand, l'apôtre le ressentit : ses débuts furent assez durs et par l'étude d'une nouvelle langue qu'une mémoire de 36 ans retient avec peine et par la situation générale de la mission contre laquelle un vice-roi hostile et des mandarins ennemis multipliaient les vexations. Sans souci des contradictions, M. Fleureau se mit résolument à l'oeuvre. « Par son zèle et son entrain, écrivait Mgr Chausse en 1883, il redonne la vie à des contrées jadis fort indifférentes aux bienfaits de la religion. Sous sa main vigilante, les, chapelles se relèvent et s'embellissent, les vieux chrétiens se réveillent à sa parole et les païens paraissent enfin vouloir secouer leurs antiques préjugés ».
    Mais la situation indécise de la France au Tonkin, les agissements de la Chine qui se préparait à soutenir les Annamites, rendaient les populations de plus en plus hostiles aux missionnaires. L'année 1884 se passa en luttes continuelles contre les voleurs et les notables, que la bonté et la prudence de notre confrère étaient impuissantes à désarmer. Finalement, M. Fleureau partagea le sort de la plupart de ses confrères et dut prendre le chemin de l'exil. Saisi, injurié, frappé même par les notables, il fut remis au mandarin qui le fit escorter par des satellites jusqu'à Macao d'où il se rendit à Hongkong.
    « Oh ! Les tristes temps que ceux-là ! » Écrivait-il plus tard en rappelant ces souvenirs. Cette année 1884-1885 parut longue aux missionnaires réunis, entassés plutôt, dans une maisonnette louée provisoirement. Avec quelle anxiété, ils suivaient les phases de la guerre !
    Enfin la paix fut conclue et les ouvriers apostoliques reprirent la route de leurs districts.
    A Ko-tchao la persécution avait, été violente. Le 17 septembre 1884, la chapelle avait été pillée ; par une extraordinaire coïncidence les auteurs de cet attentat périrent pour la plupart d'une mort misérable. « Le chef des notables qui avait la haute direction des pillages, s'empoisonna ; un autre qui avait conduit les pillards chez ses parents chrétiens fut pris tout à coup de vomissements 'et il mourut ; un troisième qui avait tenté d'empoisonner le missionnaire fut frappé d'aliénation mentale et devint fou furieux... Aux yeux des chrétiens comme des païens, c'est Dieu qui a frappé ces coups ».

    A son retour le missionnaire trouva ses chrétiens animés des meilleures dispositions et s'empressa, avec leur concours, de relever les ruines accumulées par la haine ; à la fin de l'année, il eut vraiment le droit d'accepter sa part des félicitations que Mgr Chausse, dans un langage apostolique, adressait à ses missionnaires : « Vous étiez, pour la plupart, retournés dans vos districts pleins d'inquiétude sur l'avenir, en proie à de justes alarmes. Appuyés sur le secours d'En Haut, au milieu des murmures de vos chrétiens, des menaces d'une population haineuse et de l'abandon de nos autorités provinciales, vous avez surmonté tous les obstacles, reconquis vos positions, recommencé vos travaux. C'est une victoire de patience et d'amour que, pour ma part, je trouve supérieure aux plus brillants faits d'armes ».
    Les ruines relevées, le missionnaire marcha de l'avant et fonda plusieurs postes, entre autres celui de Lin-pak. « J'ai pu, écrivait-il, y baptiser 14 adultes. A cause de l'opposition de la famille, il m'a été impossible dé conférer cette grâce aux deux plus fervents catéchumènes, une femme et son fils. Ce dernier, battu, renversé sous les pieds de son grand-père, lui fit cette belle remarque : « Grand-père, je sais que tu ne veux pas me tuer ; eh bien ! Tout ce que tu feras est inutile, puisque tant qu'il me restera un souffle de vie, j'adorerai le Dieu du Ciel ».
    Dans l'espace de 10 ans il baptisa environ 700 à 800 adultes.
    Son zèle le fit dépasser l'enceinte de sa circonscription, et les pays limitrophes le virent passer sur son paisible cheval dont il descendait parfois pour grimper quelque pente abrupte ou passer un fleuve à la nage. Saint-Paterne était loin en ce moment-là !

    En 1895, il fut appelé à Canton et nommé supérieur du Séminaire. Grâce à son tact, à sa douceur et à la variété de ses connaissances, il conquit de suite l'affection des élèves. Plutôt flexible, son autorité s'exerça néanmoins sans conteste, et Mgr Chausse était satisfait du maître et des élèves. « Je tiens, écrivait-il aux directeurs du Séminaire des Missions Étrangères, à vous signaler le bon esprit de notre jeune Séminaire sous la direction pieuse et intelligente de M. Fleureau. C'est une vraie jouissance de voir les élèves à leurs exercices, en étude, en récréation, comme aux pieds des autels. On sent que la paix règne dans leur conscience et qu'ils sont tous dévoués à leur bon maître ».
    Le Prélat s'est toujours félicité du choix qu'il avait fait de lui pour ce poste privilégié, et si son successeur, Mgr Mérel, a pu ordonner 17 prêtres, c'est, après Dieu, à M. Fleureau qu'il en est redevable. Ces excellents serviteurs de l'Eglise n'ont point oublié ce qu'ils doivent à leur ancien supérieur. Qu'on lise plutôt les lignes suivantes du P. Philippe Tchu : « Il était pour ses élèves d'une sollicitude toujours en éveil, d'une miséricorde paternelle ; sévère et prudent dans son gouvernement, humble et patient dans sa manière d'enseigner. Parmi ses vertus dominait la bonté, celle d'un père. Il nous aima tous d'un amour très pur, propter Deum, comme des fils, nous donna une formation pieuse et sainte. Jamais, bien qu'il fût souvent souffrant, il n'omit sa classe de chaque jour. Il se faisait un devoir d'assister toujours aux prières du matin et du soir, à l'oraison, à la lecture spirituelle et au Chemin de la Croix, et non seulement sa bonté était paternelle, il faut ajouter qu'elle était héroïque. En effet, lorsqu'il y a dix ans, une peste extrêmement maligne et contagieuse sévit à Canton, trois de ses élèves furent atteints. Or, tandis que leurs parents et leurs condisciples n'osaient les approcher, lui s'établit jour et nuit auprès d'eux et ne les quitta pas, les soignant de ses propres mains. Aussi gagna-t-il leur cur : lorsque plus tard, ils apprirent sa mort, tous accablés de douleur éclatèrent en sanglots et prirent spontanément le deuil. Et moi-même, c'est à peine si aujourd'hui, dans mon profond chagrin, c'est à peine si je puis parler, en quelques mots dignes de lui, de notre Père vénéré ».
    On a loué avec grande raison les deux qualités qui apparaissaient le plus en lui : le sentiment du devoir et l'énergie au travail.
    On pourrait graver sur sa tombe le vers de Lucain sur Jules César :
    Nil actum reputans, dum quid superesset agendum. Il pensait qu'il n'y avait rien de fait tant qu'il restait quelque chose à faire.
    Et cette activité chez lui n'avait rien de fébrile, car sa puissance de travail lui permettait de sérier avec calme les diverses parties de sa tâche, et les moins clairvoyants pouvaient croire cette tâche facile. A le voir circuler distrait, le buste penché, dans les couloirs du Séminaire, vous auriez dit qu'il était au repos, mais dans ces moments là le digne supérieur méditait sur les plus importants de ses travaux.
    Si, parfois, on le surprenait « à s'oublier » un peu, en faisant de longs récits, on l'excusait à cause de la fine bonhomie de sa parole, et du besoin de délassement qu'on lisait sur ses traits fatigués.
    Il traitait doucement et continuellement avec Dieu, quoique rien ne trahît très sensiblement au dehors sa profonde vertu. L'on peut comparer sa piété à celle du saint évêque de Genève, qui servait Dieu, dit un de ses biographes, « à la franche gauloise », c'est-à-dire avec simplicité et sans scrupules.

    Doué d'une sensibilité exquise, son coeur pourtant s'exaltait peu dans l'expression de sa religion profonde. On l'entendit rarement proférer, comme il le fera avant sa mort, de ces mots suaves, qui s'échappèrent si souvent des lèvres de nos saints et qui martelèrent, pour ainsi dire, chacun de leurs actes. Mais sa piété était constante, sincère et forte.
    En 1903, il fut nommé pro préfet et envoyé à Rome pour traiter certaines questions fort difficiles de délimitation entre la préfecture apostolique du Kouang-tong et le diocèse de Macao ; son tact et sa prudence auraient réussi, si le succès avait été possible.
    En 1907, quand Mgr Mérel vint en France, il laissa ses pouvoirs entre les mains expérimentées de M. Fleureau, qui s'acquitta de sa charge avec sagesse.

    Il aimait la France et beaucoup Orléans, dont il était fier à cause de sa Jeanne d'Arc, parlait souvent de ses évêques, Mgr Dupanloup, Mgr Coullié, Mgr Touchet, des amis qu'il y possédait et des oeuvres de cette ville.
    Un consul de France en Chine avait cru devoir demander, il y a quelques années, au gouvernement, la croix d'honneur pour lui. « Sa vie a été, dit un de nos fonctionnaires français qui l'avait vu à l'oeuvre, trop tôt finie, pour faire aboutir ce projet, auquel je m'étais associé dès mon arrivée ici ».
    Ce même magistrat, dans la lettre de condoléances qu'il adressa à Mgr Mérel, ajoute : « Tous mes prédécesseurs ont eu pour le regretté défunt une vénération respectueuse, que commandaient sa haute intelligence, son tact parfait et l'élévation de ses sentiments. Du haut de la céleste demeure que sa vie exemplaire lui a conquise, pouvant sonder mieux qu'ici-bas le fond des coeurs, il saura bien le profond respect que je n'ai cessé de professer à son endroit et que je garderai à sa mémoire. Et nul doute que, si dans vos prières vous voulez bien mêler mon souvenir, ce souvenir ne monte à lui, comme la fumée d'un encens très doux ».

    A grands traits, nous avons dit sa vie, voici sa fin. Elle fut telle que nous la désirerions pour nous.
    Le 17 décembre 1910 il faisait comme d'habitude, son cours de philosophie et de théologie, malgré une fatigue persistante. Le soir de ce jour, sur l'avis du médecin français, il s'embarqua pour Hongkong, où il arriva le lendemain matin.
    Soeur Félicie, supérieure des Soeurs de Saint-Paul de Chartres qui le soignèrent avec un pieux dévouement, nous a raconté cette arrivée bientôt suivie de l'éternel départ. « Le bon Père, se rendit au refuge du « Calvaire ». Il était épuisé de fatigue : il s'arrêta au bas de l'escalier, pouvant à peine respirer. Nous dûmes le porter jusqu'à sa chambre Comme nous avions la sainte Messe, il voulut y assister.
    « Nous le transportâmes sur une chaise longue à l'entrée de la chapelle, d'où il put, à son grand bonheur, suivre le Saint Sacrifice. Le reste de la journée se passa en crises de suffocation et de fièvre. Le docteur appelé en toute hâte constata que le pauvre malade était atteint de diabète et d'une maladie de coeur, mais que néanmoins son état n'offrait pas de danger imminent.
    « Le procureur général. M. Robert, averti de sa présence se rendit dans l'après-midi au « Calvaire ». Le malade le reçut avec joie, cachant ses souffrances sous les dehors d'une aimable conversation.
    « La nuit fut terrible. Il ne put avoir une mi nu te de sommeil. Il passa la journée du lundi et du mardi dans les mêmes souffrances, s'efforçant de prendre les remèdes prescrits par le docteur, ainsi que la légère nourriture que nous lui préparions, mais qui étaient rejetés aussitôt.
    « Le mercredi, sa faiblesse était extrême. Comme il était édifiant de le voir, malgré d'atroces souffrances, toujours gai, patient, obéissant à la moindre Volonté de ceux qui l'entouraient et quelle reconnaissance pour le plus léger service rendu !
    « Quelle charité, quelle condescendance dans toutes ses paroles ! Son humilité était si vraie, qu'il trouvait toujours que ce qu'on lui faisait était de trop et qu'il ne le méritait pas.
    « Le 22, nous fîmes appeler le P. Robert, qui jugea prudent de lui administrer les derniers sacrements. Impossible de décrire cette scène à la fois navrante et édifiante : l'admirable malade répondit lui-même avec la plus grande ferveur à toutes les prières. Avant les saintes onctions, il demanda une dernière absolution, pour les fautes qu'il avait pu commettre dans la récitation du Saint Office.
    « Le vendredi 23, son état empira, mais le malade garda toujours sa sérénité et sa résignation. Un de ses amis vint le visiter et lui dit :
    « Père, j'ai fait la sainte Communion pour vous ce matin, et j'ai demandé au bon Dieu de prendre trois années de ma vie pour prolonger la vôtre, et de vous conserver encore à notre affection et pour le bien des âmes ». Le bon Père le remercia, les larmes aux yeux, et lui répondit : « Le bon Dieu ne peut pas accepter votre offrande ; mes années sont finies : la mort approche. Il vous laisse les vôtres : allez et' travaillez encore à son service. Pour moi, je vais au Ciel, où je prierai le bon Dieu de vous bénir et de vous récompenser ».

    « Un prêtre chinois voulut le voir encore une fois. Le malade causa un moment, et demanda à son visiteur de le bénir. Celui-ci interdit par tant d'humilité n'osait le faire, mais le Père réitéra sa demande.
    « Son bonheur était de s'entretenir avec ses confrères de sa chère mission de Ko-tchao. Il parlait de ses chrétiens et de ses séminaristes, de ses confrères, en particulier de ceux qui lui témoignaient un vif attachement. Puis il reprenait son rosaire, qu'il égrenait souvent.
    « Le samedi 24 décembre vers onze heures, un petit calme se fit et M. Robert en profita pour lui donner le saint Viatique, qu'il reçut en pleine connaissance, avec une piété et une foi touchantes ; il resta un long moment plongé dans une profonde action de grâces.
    « Vers quatre heures, ses yeux se voilèrent. Il jeta un long regard sur tous ceux qui l'entouraient. Il l'arrêta sur Ing-tséong, un de ses chers séminaristes arrivé le matin : ses paupières s'inclinèrent et paisiblement, il exhala un profond soupir. Ce fut le dernier. Le Divin Maître l'avait appelé pour célébrer au Ciel la fête de Noël ».

    1912/21-28
    21-28
    Chine
    1912
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