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Prison et cercle militaire par M. Dronet

TONKIN OCCIDENTAL Prison et cercle militaire par M. Dronet Missionnaire apostolique. Hanoi, septembre 1918. En parcourant les notes très sommaires de mon cahier, je ne trouve que deux points qui peuvent attirer l'attention : « La Prison et le Cercle ».
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    TONKIN OCCIDENTAL

    Prison et cercle militaire par M. Dronet
    Missionnaire apostolique.

    Hanoi, septembre 1918.

    En parcourant les notes très sommaires de mon cahier, je ne trouve que deux points qui peuvent attirer l'attention : « La Prison et le Cercle ».
    La Prison : c'est le 22 juin 1917, que j'y ai baptisé les trois assassins de M. B... Comme ils étaient mieux instruits que d'autres condamnés, ils reçurent le baptême, avec toutes les cérémonies, devant 16 chrétiens prisonniers qui venaient de se confesser. Et, chose unique dans la prison, mes trois néophytes ont communié avec les autres. Depuis plusieurs mois ils récitaient des prières, et le plus intelligent lisait des livres de doctrine et de prières pour les deux autres.
    Le 29 octobre, ces trois condamnés (que j'entretenais de 15 à 20 minutes, une fois par semaine) me disent en arrivant dans leurs cellules : « Père, il y a trois nouveaux condamnés à mort, qu'il faut voir sans retard, car ils seront exécutés avant nous ». Dès cette première entrevue avec les nouveaux criminels de Thai-Binh, je compris que je serais écouté. Le 5 novembre, nouvel entretien avec les six condamnés a mort. Habituellement chaque condamné est dans une cellule particulière, mais quand j'arrive, on les réunit dans une seule cellule ; l'on m'apporte un petit banc pour me distinguer des détenus assis par terre. Les trois premiers condamnés apprennent aux trois autres à faire le signe de la croix... Et, quand mon enseignement sur la religion ne leur semble pas assez clair pour les nouveaux catéchumènes, les premiers néophytes donnent des explications, qui me font rire et portent quelquefois juste.
    Après deux ou trois semaines, les six condamnés récitent ensemble le Pater et l'Ave et des invocations... Ils écoutent avec bonheur le récit de plusieurs miracles de la sainte Vierge. Ils sont étonnants, mes élèves, qui s'exhortent mutuellement et semblent désirer ma visite hebdomadaire, au milieu de leurs longues journées d'une monotonie décourageante.
    Enfin, après avoir repassé ensemble le catéchisme et raconté le martyre de sainte Lucie, qui les a remplis d'admiration sur la puissance de Dieu, j'ai (le 13 décembre) baptisé ces trois derniers criminels que j'ai nommés : Joseph, Pierre et Paul. Cinq ou six jours après, les gendarmes venaient les prendre, pour les conduire à Thai-Binh afin d'y subir la peine de leur crime...
    Averti à temps, le missionnaire de cette ville est allé les voir en prison et les a assistés jusqu'au champ d'exécution : « Ils ont été bien courageux, m'a écrit ce confrère, et ils ont manifesté qu'ils avaient vraiment la foi, et surtout le désir et l'espérance d'aller au ciel. Ils n'ont pas dit un mot désagréable, ni proféré d'injures, ce qui a beaucoup étonné les mandarins. Deo gratias ».
    Ce n'est que le 6 avril 1918, que les trois assassins de M. B... ont été exécutés. Ils avaient commis leur crime le 1er juillet 1916, et avaient été condamnés dans les premiers jours de septembre de la même année. Ces malheureux ont attendu plus de 18 mois le jour de l'exécution, parce que le premier procès fut cassé pour vice de forme. Aussi espéraient-ils un peu qu'ils ne seraient pas exécutés... Prévenu à temps, j'ai pris mes précautions pour me rendre à Sontay, comme les coupables m'en avaient plusieurs fois manifesté le désir.
    Quand le procureur de la République, accompagné des gendarmes, vint leur dire que l'heure de payer leur dette à la justice était arrivée, ils demandèrent de suite si l'aumônier était là? On leur répondit qu'ils le trouveraient à Sontay, où ils furent conduits en automobile pendant la nuit... Dès 5 heures du matin (ayant le Saint-Sacrement sur moi) je me présente à la porte de la prison, attendant l'arrivée des magistrats. Quand ceux-ci entrent dans les cellules, les condamnés demandent encore si l'aumônier est arrivé. Le procureur de la République fait sa triste communication, et l'on me laisse entrer auprès de chacun des criminels. Je les confesse et les communie tous les trois, mais séparément. Puis on les sort des cellules pour leur permettre de prendre de la nourriture. Ils acceptent volontiers de boire et de manger. Eveillés depuis minuit, ils avaient faim. Surexcités par des contretemps, le vin leur montant un peu à la tête, ils allaient se montrer un peu indociles, mais ma présence et quelques paroles les calmèrent. Nous montons ensemble dans une automobile pour aller au champ d'exécution déjà entouré d'une foule de curieux trop près du parcours et de la guillotine pour ne pas exciter la verve des condamnés. Mais on ne leur donna pas le temps de haranguer la foule. L'un dit tout haut : « Je suis chrétien, je vais aller au ciel ». Quelques mètres avant le lieu d'exécution, la femme de l'un d'eux se présenta sur le chemin et ils échangèrent quelques mots. Il lui remit le chapelet que je lui avais donné. Plus tard cette païenne viendra me voir à Hanoï avec ce chapelet à son cou ! J'espère qu'elle se fera chrétienne.

    ***

    Le Cercle militaire est toujours l'objet de mes soucis ; d'ailleurs, c'est la première oeuvre que j'ai entreprise à Hanoi. Il a droit à mes préférences et il les mérite. Il mérite d'autant plus notre attention, que le nombre des soldats, après avoir fléchi beaucoup pendant les deux premières années de la guerre augmente maintenant sensiblement. Nous avons été favorisés cette année pour les conférences, que le P. Lecornu et moi seuls leur donnions les autres années. Les circonstances nous ont amené des évêques et des missionnaires, qui ont bien voulu parler à nos soldats toujours contents d'entendre une parole nouvelle.
    C'est d'abord Mgr de Guébriant qui les a beaucoup intéressés pendant trois quarts d'heure, sur la Chine et le caractère des chrétiens chinois.
    Puis, à deux reprises, le P. Ligneul (notre prédicateur de retraite) qui parle si facilement et que l'on écoute avec tant de plaisir, les entretient sur le Japon et les Japonais, dont il connaît si bien le caractère et les moeurs.
    Le P. Bourlet réussit à charmer plus de quarante soldats, en leur causant du Laos et des Laotiens, au milieu desquels il a vécu, travaillé et souffert assez pour en dire des choses curieuses et vraies.
    M. Mayer, ingénieur, chef des Travaux Publics, les a entretenus deux fois sur des questions fort bien traitées : « Le rôle de la France dans l'Église, etc... »
    Le P. Lecornu aime à résoudre les diverses objections faites à la caserne ; et nos soldats sont contents de trouver les réponses à faire à leurs camarades qui discutent sans cesse et sans science sur la religion, ses ministres et l'Eglise... Nos plus nombreuses réunions sont les jours de conférence. Les habitués amènent alors des camarades curieux... qui se laissent prendre dans nos filets et reviennent ensuite fidèlement.
    Il n'est pas inutile de faire mention des deux bonnes soirées récréatives du premier de l'an et de Pâques, soirées qui attirent beaucoup de monde militaire et font ainsi connaître la Maison du soldat.
    A Noël et à Pâques, nos soldats ont chanté admirablement... Un chur de vingt voix d'hommes, bien exercées, a produit une si bonne impression à la cathédrale, qu'il a mérité et obtenu les félicitations des journaux.

    1919/27-31
    27-31
    Vietnam
    1919
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