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Prise de Contact en Hindoustan

En Hindoustan Prise de Contact
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    En Hindoustan





    Prise de Contact





    M'étant un jour aventuré à prier le Père supérieur du grand séminaire de m'envoyer durant les vacances un de ses bons séminaristes pour m'aider pendant quelques semaines, voilà que cet excellent jeune homme, du nom de Gnanapragasam, s'intéressa si bien aux oeuvres du district qu'il me parut de bonne tactique de profiter de sa présence pour donner une nouvelle impulsion aux écoles, grouper plus étroitement les meilleurs de nos gens et les instruire plus solidement des vérités de la religion chrétienne.


    A voir la somme de travail fournie à deux pendant sept semaines, je me suis demandé si les prêtres qui ont un vicaire connaissent toujours leur bonheur...


    Voici d'ailleurs un extrait des notes prises au cours de ses visites par l'abbé Gnanapragasam lui-même.





    ARULAMBADY.





    Un samedi soir, au commencement de juin, je me rendis au quartier paria de ce village qui abrite soixante familles. Ma présence causa d'abord de l'émoi, mais tous m'entourèrent bientôt. J'en profitai pour leur dire quelques mots sur la nécessité d'envoyer les enfants à l'école. Ils écoutèrent avec intérêt et me dirent que leurs maîtres (les gens de caste) essayaient de les maintenir dans un état de barbarie et d'ignorance, afin que leur servage puisse se perpétuer. Aussi bien, leur grand besoin était une école pour les enfants. Ils me firent également part de la difficulté qu'ils avaient pour avoir de l'eau potable ; en réponse, je leur dis qu'ils pourraient présenter leurs plaintes au Révérend Père curé, qui serait heureux, après les avoir entendus, de trouver si possible une solution à leurs difficultés.





    EDEIKAL.





    C'est un village païen, habité par des Vallouvers et des parias. Il compte une trentaine de familles, et l'on pourrait réunir une centaine d'enfants pour une école. Le Père curé a déjà visité ce village en allant à Perunduraipettai. Un lundi soir, deux maîtres d'école et moi-même, nous nous trouvâmes dans ce village ; comme toujours, à notre arrivée, un grand nombre de personnes, environ soixante-dix, se réunirent. Je leur dis quelques mots de l'importance des écoles; ils apprécièrent mes paroles et demandèrent qu'on en ouvrît une chez eux. Ils ont été fidèles à assister à mes instructions, et hier, en visitant l'école de Perunduraipettai, je constatai qu'un bon nombre d'enfants étaient venus d'Edeikal. Assurément, il y a là une belle espérance pour l'avenir. Avec Perunduraipettai comme centre, tous les villages voisins pourraient être gagnés en peu de temps. La seule chose nécessaire est qu'un prêtre s'occupe de ce travail. Que le Maître de la moisson nous donne un moissonneur pour ce district qui promet !





    MANGALAM CHERRY.





    C'est un hameau rattaché au village de Mangalam. Ici, le curé doit bâtir une école. Les gens sont bien disposés envers nous, et il y a tout lieu d'espérer que des résultats fructueux deviendront une réalité à la longue. Que sainte Bernadette, patronne du lieu, le garde sous sa sainte protection !





    KANGUINOOR.





    Kanguinoor est un grand village païen situé à cinq bons kilomètres au N.-E. d'Irudayampattu, il est habité par des Naïkers. Ces serviteurs parias ont compris depuis longtemps les effets désastreux du servage auquel, eux et leurs enfants, sont soumis, et ils désirent en délivrer au moins leurs enfants. Pour y parvenir, ils se sont efforcés, ces quatre dernières années, d'établir une école, mais en vain. Le sous-inspecteur leur a dit d'une façon formelle qu'il n'est pas possible d'avoir deux écoles au même endroit. A cause de cela, ils ont engagé un jeune paria de Vettavalam ayant satisfait aux examens d'aptitude à l'enseignement, et ainsi il a ouvert une école pour dix-sept enfants. Selon les conventions passées entre maître et parents, chaque enfant doit payer la somme de 4 annas comme frais mensuels de scolarité. Ce fait est à noter, il est une indication que les parents songent sérieusement à faire éduquer leurs enfants. L'école a marché de la sorte pendant les neuf derniers mois, mais à cause de la trop faible rétribution scolaire, le maître d'école s'en est venu raconter toute l'histoire au curé. Il a en outre déclaré qu'il y a environ dix familles préparées par lui à embrasser notre sainte religion.


    Il y a deux jours, le R. P. curé m'envoya vérifier sur place la véracité de l'affaire. Quel consolant voyage ce fut pour moi ! Tout le monde m'attendait. Aussitôt que j'arrivai, les enfants de l'école m'entourèrent et se mirent à chanter des couplets de bienvenue et de joie. Le chef du lieu me raconta ensuite les différents essais et les échecs pour établir une école. Afin de connaître leur état d'esprit, je demandai aux enfants : « Qui parmi vous aimerait venir avec moi à Irudayampattu ? Regretteriez-vous d'abandonner vos parents, vos champs et vos maisons ? » Je fus surpris de les entendre presque tous, à l'exception de trois ou quatre plus petits, me donner une réponse affirmative. On peut comprendre, d'après cela, tout le bien qu'un maître d'école sage et prudent peut faire en matière de défrichement dans un village païen. Comme conclusion, je dis aux gens de retourner chez le R. P. curé et d'arranger cette affaire avec lui. En conservant le jeune maître d'école paria à notre profit, nous pourrons amener cette localité de notre côté en peu de temps. Que sainte Thérèse de l'Enfant Jésus nous permette de le faire!


    Une telle prise de contact d'un futur prêtre avec ses compatriotes montre combien le défaut de missionnaires arrête la moisson parmi tant d'âmes bien disposées, auxquelles il ne manque que les ouvriers apostoliques pour devenir chrétiennes. La parole de la Sainte Ecriture reste toujours vraie : « Bien peu nombreux sont les ouvriers pour la moisson ! »





    GEORGES BONIS,


    Missionnaire de Pondichéry.








    1943/217-218
    217-218
    Inde
    1943
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