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Première maîtresse des novices au couvent de Cai-Mong (Elisabeth Dé)

Première maîtresse des novices au couvent de Cai-Mong (Elisabeth Dé) Vietnam Gernot Lettre du P. Grenot Provicaire apostolique. Le P. Gernot, le vénérable provicaire de la mission de Cochinchine occidentale, a eu la grande bonté de nous adresser un résumé de l'histoire du couvent des religieuses annamites qu'il dirige depuis bientôt quarante ans, avec tant de dévouement et de succès, nous en détachons deux chapitres que nos lecteurs seront certainement très heureux de lire. NOTICE SUR ELISABETH DÉ
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    Première maîtresse des novices au couvent de Cai-Mong (Elisabeth Dé)
    Vietnam Gernot Lettre du P. Grenot

    Provicaire apostolique.

    Le P. Gernot, le vénérable provicaire de la mission de Cochinchine occidentale, a eu la grande bonté de nous adresser un résumé de l'histoire du couvent des religieuses annamites qu'il dirige depuis bientôt quarante ans, avec tant de dévouement et de succès, nous en détachons deux chapitres que nos lecteurs seront certainement très heureux de lire.

    NOTICE SUR ELISABETH DÉ

    PREMIÈRE MAITRESSE DES NOVICES AU COUVENT DE CAI-MONG

    Le Bienheureux Père Philippe Minh, mis à mort pour la foi le 3 juillet 1853, appartenait à une des principales familles de Cai-mong. En 1870, ses restes vénérés et en particulier sa cervelle conservée toute entière furent déposés dans un beau coffret que l'on confia à la garde du monastère. Ce cher martyr attira près de lui, au couvent, plusieurs de ses nièces. L'une d'elles, Elisabeth Dê, y entra à l'âge de 18 ans ; elle se distingua bientôt entre toutes ses compagnes par sa piété, sa douceur, sa prudence et ses progrès dans la science et les vertus religieuses.
    Admise à la profession en 1876, elle fut immédiatement chargée de l'école des garçons ; l'année suivante, elle fut choisie par le vote des sueurs, pour aider la supérieure dans l'instruction des novices et leur formation à la vie religieuse.
    La lecture de l'annamite, du latin, l'écriture anglaise, ronde et gothique, l'arithmétique, même l'arpentage, le solfège, le plain-chant et plus tard la musique, mais surtout le catéchisme expliqué, l'instruction à donner aux païens pour le baptême et aux néophytes pour la réception des Sacrements, l'histoire de l'Ancien et du Nouveau Testament, tous les travaux à l'aiguille que les religieuses doivent apprendre à leurs élèves : coudre, marquer, broder, la tapisserie, la confection des fleurs artificielles, etc. etc., tel fut le programme confié à son zèle et à son savoir-faire, programme qu'elle a rempli avec le plus grand succès.
    L'accompagnement du plain-chant avec l'harmonium n'eut bientôt plus de difficultés pour elle. C'est ainsi qu'elle arriva à former huit ou dix religieuses qui toutes peuvent apprendre le chant d'église aux enfants des écoles, accompagner et soutenir leurs voix par les sons de l'harmonium.
    Mais c'est surtout dans la formation de ses surs à la vie religieuse qu'elle se montra vraiment femme supérieure.
    Et d'abord elle offrait dans sa personne un modèle aussi achevé que possible de la vraie piété, du bon esprit, de la simplicité, de la charité, de l'abnégation de soi-même, du calme et de la sérénité qu'il était si important de développer dans les sujets qui lui étaient confiés. Soit dans ses instructions générales à toutes les novices, soit dans les entretiens particuliers qu'elle avait avec chacune d'elles, elle les formait au recueillement d'esprit, aux exercices de la vie spirituelle, leur faisait aimer le travail, supporter les croix, leur inspirait le mépris du monde et de ses vanités, les accoutumait aux actes de renoncement, aux lois de la plus exacte modestie et à l'obéissance stricte de la règle. Elle connaissait admirablement les caractères, les qualités et les défauts de chacune de ses novices ; aussi les notes qu'elle me donnait sur elles, plusieurs fois par an, m'aidaient-elles beaucoup comme confesseur et directeur. Par sa bonté, sa patience et son dévouement presque maternel, elle gagnait bientôt l'entière confiance de ses enfants, en sorte qu'elles allaient à elle avec une entière simplicité pour lui faire connaître leurs craintes, leurs dégoûts, leurs manquements leurs difficultés, leurs tentations, leurs embarras de conscience et même, à son grand regret, leurs péchés. Plus d'une fois, elle est devenue, malgré elle et à la prière des novices, un intermédiaire entre elles et leur confesseur. Ainsi à chaque retraite annuelle et à chaque retraite du mois ma besogne était-elle bien simplifiée. Après une année ou deux, quelquefois après quelques mois d'épreuves, elle portait un jugement assuré sur la vocation de celles qui lui étaient confiées. C'est ainsi que j'ai renvoyé dans leurs familles bon nombre de postulantes et de novices qui n'étaient point appelées à la vie religieuse.
    Il y a cinq ans, je lui donnai pour l'aider une sous-maîtresse des novices, mais la direction du noviciat lui resta toute entière.
    Tant de sollicitude et tant de travaux ruinèrent peu à peu sa santé, et des douleurs vagues dans la poitrine me firent craindre ce qui malheureusement est arrivé plus tard.
    En 1884, à la solennité de la fête de l'Immaculée Conception, elle chantait en solo à l'église de la paroisse, en s'accompagnant avec l'harmonium, le O Gloriosa de Lambillote. Sa voix forte et claire remplissait les cinq nefs de l'édifice ; jamais elle n'avait été si belle, si expressive. Hélas ! C'était le chant du cygne ! A peine rentrée au monastère, la sur fut prise d'une hémorragie très grave. Je lui donnai pour deuxième sous-maîtresse des novices une de ses cousines, comme elle nièce du bienheureux Père Minh, et je lui prescrivis le repos absolu.
    La médecine française, la médecine annamite, l'homéopathie furent employées tour à tour et sans succès. Elle acceptait tous les remèdes et me disait en souriant :
    « A quoi bon guérir ? Mon oncle m'appelle près de lui. Il a donné tout son sang en une seule fois pour Jésus-Christ ; c'est pour Jésus-Christ aussi que j'ai donné et donnerai le mien jusqu'à la dernière goutte. Puis-je avoir une plus belle mort ?... »
    Pendant deux ans, par mon ordre, toute la communauté fit neuvaine sur neuvaine à Notre Dame de Lourdes, à Notre Dame du Perpétuel Secours, à son bienheureux oncle, le martyr, et toujours le ciel paraissait sourd à nos prières.
    Plusieurs hémorragies ayant eu lieu coup sur coup, l'état de la chère malade empira et bientôt elle ne quitta plus l'infirmerie.
    Or comme l'infirmerie était dans le bâtiment du noviciat, elle se trouva au milieu de ses enfants, étendant de longs mois celle qui leur avait donné tant de conseils leur donna aussi l'exemple de la douceur et de la patience la plus angélique. Cependant la maladie suivait son cours et notre sur fut bientôt à bout de forces ; à peine pouvait-elle prononcer quelques paroles. Persuadé que Notre Dame de Lourdes voudrait bien me rendre une aide précieuse, j'ordonnai une dernière neuvaine qui devait se terminer le 5 août, fête de Notre Darne des Neiges, et je partis le 25 juillet pour prêcher le jubilé à Mytho et à Thu-ngu. Je rentrai à Cai-mong le dimanche 8 août, vers 7 heures du matin, et immédiatement je me rendis à la chapelle du couvent pour y célébrer la sainte messe.
    Après mon action de grâces je passai à l'infirmerie pour voir la malade, lui dire que je venais de promettre neuf messes en l'honneur de la Sainte Vierge, et lui faire espérer sa guérison pour la fête de l'Assomption. J'entre, je cherche des yeux... « Infirmière, où donc est la sur Elisabeth ? » « Père, mais elle est morte et enterrée ! »
    Et les sanglots d'éclater de toutes parts, on m'entoure et après avoir versé bien des larmes on me fit le récit suivant d'une mort si précieuse devant Dieu :
    Le 3 août, vers minuit, après avoir reçu les sacrements de la main du Père Jean Prodhomme, la chère malade pouvait à peine respirer et quelques mots entrecoupés sortaient péniblement de ses lèvres. Pendant que la supérieure, entourée de presque toutes les religieuses novices et professes, récitait à genoux les prières des agonisants, on comprend que la malade demande de l'eau de Lourdes. A peine en a-t-elle bu quelques gouttes que les yeux presque éteints se raniment, la figure s'éclaire et sa respiration devient naturelle :
    « Jésus ! Marie ! » S'écrie-t-elle ; puis elle passe les deux mains sur son visage, sourit aux surs, et rejetant ses couvertures elle ajoute de sa plus belle voix :
    « Etait-il possible que Marie Immaculée que nous avons tant priée et en qui nous avons tant espéré ne nous exauce pas ! Maintenant me voilà guérie ; plus de douleurs nulle part, c'est bien fini : adieu la maladie ! »
    Et elle sourit encore à ses compagnes qui l'entourent stupres faits :
    « Aidez-moi à me soulever, je veux marcher ».
    Supérieure et bonnes Surs croient au miracle ; on l'assied sur son lit, on lui présente une image de Notre Dame de Lourdes qui était placée à son chevet. Elle la saisit des deux mains et s'écrie souriante :
    « Voici la Sainte Vierge, la voici » Nay Duc Chua ba, nay Day.
    Puis ses bras retombent inertes et son âme se détachant pendant ce sourire à Marie, la suivit au ciel....
    Telle fut la fin de cette digne nièce du Bienheureux Philippe Minh. Sa vertu se montrait si parfaite que, malgré sa jeunesse (elle avait à peine trente ans), elle était déjà désignée par la confiance de ses surs et de la supérieure pour succéder à la supérieure générale. Mais « l'homme propose et Dieu dispose ». Que sa sainte volonté soit faite.
    L'année même de la mort de cette admirable maîtresse dés novices, en 1886, on comptait au couvent 85 professé, 40 novices et 5 postulantes.

    1903/107-111
    107-111
    Vietnam
    1903
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