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Première Irudayampattu

En Hindoustan LA PREMIÈRE IRUDAYAMPATTU Des scouts à Irudayampattu ? Dans la jungle indienne ? Mais oui, là plus qu'ailleurs, la jungle n'est-elle pas la terre d'élection des scouts, et tout permet de supposer que la 1er Irudayampattu deviendra fameuse entre toutes les troupes de la Mission de Pondichéry.
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    En Hindoustan



    LA PREMIÈRE IRUDAYAMPATTU



    Des scouts à Irudayampattu ? Dans la jungle indienne ? Mais oui, là plus qu'ailleurs, la jungle n'est-elle pas la terre d'élection des scouts, et tout permet de supposer que la 1er Irudayampattu deviendra fameuse entre toutes les troupes de la Mission de Pondichéry.

    Mais d'abord, que je vous présente Sousai, Sousai qui, parmi les vingt maîtres d'école du district, est le plus parfait. Bon instituteur, il s'occupe beaucoup de la jeunesse et il en est aimé ; mais il a fait ses études quand le scoutisme n'était pas encore né parmi nous, et il s'en désole, comme il regrette aussi d'être si noiraud de visage ; il est le dévouement personnifié, c'est lui qui m'écrivait, quelques semaines après mon départ : « Père spirituel, quand vous fûtes parti, nous nous lamentions et nous nous desséchions comme vache qui a perdu son veau, mais le nouveau Père, dissipant ces nuages, nous a rendu notre joie ». Littérature un peu étrange, mais bien expressive des sentiments de ce bon cur

    .... Un soir, il avait envoyé des courriers dans trois de nos villages au sud delà rivière, et avec quel succès. Jugez plutôt.

    Ces petites taches blanches et kaki qui se déplacent rapidement à l'ouest, venant vers nous, sont nos six louveteaux d'Eleangany ; courant comme seuls les Indiens savent courir, ils ont franchi les six kilomètres et demi au pas de course : ils arrivent sans crainte, car, depuis qu'ils sont scouts, les différends qui les séparaient d'avec les écoliers d'Irudayampattu sont complètement réglés. Le directeur de leur école, qui est le Louvetier du district, les suit gravement comme il convient.

    Et voici la « sizaine » d'Arulambady qui s'approche à son tour, forte de l'empreinte que donne à ses écoliers les pieux et pondéré Arokiam, arbitre des partis dans ce village dont les habitants témoignent un niveau social plus élevé.

    Les six de Mickelpuram ont une allure plus dégagée, c'est que leur école est à l'avant-garde du progrès dans le district. Ils ne l'ignorent pas, et moins encore leur maître d'école, « scoutmais-tre » de notre troupe, et ses deux adjoints ; je ne puis m'empêcher d'admirer le sens pratique de celui-là, son intelligence toujours en éveil, mais il ne me pardonnera jamais d'avoir laissé sans puits le vaste jardin de son école, il ne comprend pas mon absence de ressources.

    Avec la patrouille et la « sizaine » d'Irudayampattu, la troupe est au complet, elle nous attend. Salut impeccable. Ils crient un peu trop fort leur devise Vegam, qui veut dire Vite, mais cela prouve seulement que, dans la brousse indienne, faire de son mieux, c'est peut être, essentiellement, faire vite, plus vite que les anciens qui, eux, gardent pour devise le « on verra bien demain ». De la rapidité, il en faut à nos petits Tamouls, et dans la pensée et dans les mouvements, afin qu'ils ne soient point tièdes dans le service de Dieu ou celui du prochain.

    Tandis qu'ils vous démontreront leurs talents, voyons donc comment ils sont venus au scoutisme.

    Un beau jour de printemps, le directeur de notre Ecole Normale d'instituteurs, qui venait de « scoutiser » totalement sa maison, était arrivé dans le district pour y camper deux jours. Il n'y avait pas plus de 45° à l'ombre, donc tiédeur relative. Or, un soir, il traversait notre village avec quelques éclaireurs, suivis deux heures après par le gros de la troupe. Il était 11 heures, c'était une marche de 22 kilomètres que lés 50 scouts venaient de fournir, à la lumière d'une lanterne par crainte des serpents ; quand ils apprirent qu'il y avait encore deux kilomètres et demi à faire pour arriver à la tente, ils durent se souvenir que « le scout sourit et chante dans les difficultés »... Les voilà donc campés dans un bois de manguiers, mais la bourrasque arrive inopinément, et ils s'en vont chercher refuge à l'école toute proche, presque confortable, en tout cas à l'abri des cobras...

    Pendant deux jours, ils émerveillèrent les 400 catholiques du village par leur discipline, leur adresse et leur bonne humeur. Leur fanfare jetait ses notes claires à tous les échos. Et quel réconfort pour moi, quand je constatai que mes rudes paysans, bien que n'ignorant pas l'origine paria de la bonne moitié de ces enfants, les laissèrent se promener dans les rues du village, se baigner dans les arroyos de leurs champs et se mêler aux enfants de leur caste !

    Le deuxième jour eut lieu un grand rallye des écoles situées au sud de la rivière, les scouts offrirent deux repas aux plus grands de nos écoliers et, pour les remercier, ceux-ci donnèrent une séance de gymnastique en musique, démontrant que les cadences rapides n'effrayaient pas de petits broussards cumule eux et qu'ils savaient allier souplesse et discipline.

    Le moment de la sélection des futurs louveteaux et scouts était arrivé. Pour avoir des éléments sûrs, on ne prit pour commencer que ceux qui avaient un passé derrière eux, ceux qui avaient prouvé, par leur dévouement, tant à l'église qu'a l'école et au presbytère, que chez eux le sens de l'honneur et du devoir existait déjà.

    Les fondements de la 1re Irudayampattu une fois posés, il s'agissait de se mettre au travail et de préparer soigneusement les épreuves du premier examen. Scouts et louveteaux rivalisèrent d'entrain. Ils se groupaient, une fois chaque semaine, au gros village qui avait vu naître la troupe, village d'accès facile, doté d'une belle écale et d'un grand terrain de jeux, à l'abri de ce bois de manguiers où ceux de l'Ecole Normale avaient campé au printemps.

    Comme on était très pauvre, on se contenta d'un matériel des plus simples : petites balles, bambous coupés dans la montagne, cordelettes fabriquées par le grand frère à son retour des champs. Oui, pauvre, on l'était, mais combien le coeur était riche de bonne volonté !

    Or, voilà qu'un jour, sans crier gare, le Commissaire du district arrive. C'était un des meilleurs maîtres d'école de la Mission, mais c'était un paria... Et lui, paria, devait s'installer dans ce village de caste ; il venait, lui, paria, examiner le travail d'un Scoutmaistre et d'un Louvetier de caste. N'allait-il pas être expulsé du village, et l'oeuvre ruinée à jamais ? Le lendemain, un peu inquiet, je guettais son départ pour le lieu de rassemblement, quand je vis bientôt scouts et louveteaux d'Irudayampattu le saluer à la manière scoute et se saisir de sa valise pour l'en décharger : ces braves enfants faisaient là publiquement ce que leurs pères n'avaient jamais fait, ils se montraient courtois et chevaleresques, même avec un paria...

    L'examen fut satisfaisant, on put ainsi songer à constituer officiellement la troupe et la meute. Mais cela signifiait qu'il fallait également songer à habiller tous et chacun, l'uniforme scout étant indispensable. Or, les chrétiens de la péninsule indienne sont désespérément pauvres, et l'aumônier de la troupe ne fut lui-même jamais très « argenté ». On en vint cependant à bout : le directeur de l'Ecole Normale donna les foulards et céda à moitié prix des chemisettes quelque peu usagées ; quant aux pantalons et ceintures, Ils seraient achetés par chaque enfant au prix de 2 fr. 60, et le Père fournirait le reste.

    Quand les pantalons furent prêts et les ceintures arrivées de Madras, la capitale, scouts et louveteaux ne se tenaient plus de joie. Pensez donc ! Navoir jamais porté qu'un pagne étriqué, et soudain se voir vêtu comme Nayagam, le petit séminariste, ou comme Arokiam et Tambousamy les futurs maîtres d'école, quel bonheur !... Un pauvre petit, ne pouvant réunir la somme demandée, apporta deux poulets ; d'autres, pour la même raison, demandèrent la faveur de devenir coolies en sortant de classe, ils s'en allèrent ramasser les petites pierres de granit qui serviraient aux maçons pour les travaux en cours...

    Bref, on se sentait vraiment scout, membres d'un corps vivant et profondément unis, frères de tous les autres scouts qui peuplent le monde.

    Dès le second dimanche, la nouvelle troupe fit le service d'ordre aux portes de l'église : doucement, les scouts apprirent aux vieux du village à attacher proprement leur pagne avant d'entrer dans la maison du Bon Dieu, ceux-ci ne se fâchèrent pas trop, mais c'était tout de même une vilaine corvée.

    A quelques jours de là, une épidémie de petite vérole ayant fait de nouveau son apparition au village, ce furent les scouts qui encouragèrent et contraignirent les villageois craintifs à aller se faire vacciner à l'école.

    Et quand, peu après, un nouveau Père vint prendre la place de celui qui partait, rappelé en France par ses supérieurs, ce furent encore les scouts et louveteaux au grand complet qui assurèrent le service d'ordre dans la cohue qui menaçait de submerger les deux pasteurs ancien et nouveau ; bien plus, ils surent adoucir à l'un les tracas de l'arrivée, et, à l'autre, l'amertume du départ...



    ***



    Frères Scouts, si vous voulez savoir ce que sont devenus, depuis lors, ces bons garçons, lisez ce qu'en dit mon successeur là-bas :



    « Les petits louveteaux vont très bien, quoique un peu mollement ; selon mon désir, ils ont travaillé à établir la coutume de réciter la prière en commun dans leurs familles ; les autres garçons de l'école ayant su la chose s'y sont mis aussi, si bien que maintenant, à Irudayampattu, dans presque toutes les familles, on fait la prière du soir en commun ». Et une autre fois : « Les scouts et louveteaux ont été faire un camp de quinze jours à Tindivanam, sur les terrains de l'Ecole Normale ; ils en ont profité pour faire une bonne retraite, les voici de retour et bien meilleurs...»



    Et pour conclure, je vous dirai ceci, Frères Scouts :

    Au cours de mon voyage de retour, passant par Nazareth, dans ce village qui vit grandir Jésus adolescent, je Lui demandais, à Lui qui un jour devait devenir le Chef de la plus belle patrouille qui puisse jamais se rencontrer, je Lui demandais que ce ferment, introduit à grande peine dans la brousse indienne, fasse lever la pâle encore lourde de milliers et milliers d'enfants chrétiens, je Lui demandais encore d'envoyer de France des ouvriers plus nombreux qui, pour engranger les moissons blanchissant à l'horizon, s'engageraient suivant les termes de la promesse à servir sur la terre indienne, dans un plus haut service, l'Eglise et la Patrie.



    DEMANDEZ LE AVEC MOI, VOULEZ VOUS ?



    GEORGES BONIS,

    Missionnaire de Pondichéry (Indes)


    1942/110-114
    110-114
    Inde
    1942
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