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Première gerbe de baptêmes à Ban Dan

PHAT DIEM (TONKIN) Première gerbe de baptêmes à Ban Dan Lettre du P. Varengue, Missionnaire apostolique.
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    PHAT DIEM (TONKIN)

    Première gerbe de baptêmes à Ban Dan

    Lettre du P. Varengue,
    Missionnaire apostolique.

    Cette année Dieu a jeté les yeux sur mon district de Muong-Xoi, le plus étendu de la mission de Phat-Diêm, le plus éloigné aussi de son centre. Le jour de l'Immaculée Conception, j'avais la joie de baptiser 53 néophytes du village de Ban Dan qui autrefois était bien réfractaire. O Vierge Immaculée, toute belle, toute pure, c'est à vous que j'ai confié ce jour-là ces âmes bien frustes. Il y a chez elles de la bonne volonté, mais il y a aussi le vieux fonds païen, la croyance aux génies de la maison, du village, des sources, de la forêt; il y a surtout le culte de l'esprit du mal, auquel ils sacrifient pour échapper à son action malfaisante. Oh! Chers amis, ne croyez pas que l'oeuvre du missionnaire est terminée quand il a baptisé, elle ne fait que commencer.
    Le P. Canilhac, provicaire et supérieur du Laos, le jeune P. Mironneau récemment arrivé dans cette région, étaient venus rehausser de leur présence l'éclat de la cérémonie. Tous les chefs de villages, les chefs de cantons chrétiens, le chef de la préfecture, qui n'est encore que catéchumène, étaient présents à la fête. Après la cérémonie, il y eut un banquet de 200 couverts ; on immola un gros boeuf, deux porcs; on ouvrit de nombreuses jarres de vin. Le soir, la joie était un peu bruyante. Nos nouveaux chrétiens ne connaissent pas encore la pure joie intérieure, le recueillement de nos muettes actions de grâces. Ils ne comprendraient pas ces belles paroles qui trouvent tant d'écho dans nos âmes :

    Le ciel a visité la terre!
    Mon bien-aimé repose en moi.
    Du saint amour, c'est le mystère
    O mon âme, adore, et tais-toi.

    Ne désespérons pas toutefois. Nous avons eu, deux postulantes religieuses : elles sont revenues à la maison après quelques semaines d'essai. Mais... mais... qu'elles aient fait l'essai, c'est déjà chose presque incroyable.
    J'aurais voulu baptiser plus tôt ces païens de Ban Dan. Une catastrophe m'en a empêché. Le dimanche de Quasimodo, à l'heure de midi, les habitants mettaient le feu à la forêt pour faire leurs rizières de montagne ; le vent était violent ; la flamme s'éleva, immense brasier; quelques instants après, ayant gagné le sommet de la colline, elle redescendait en bas du coteau; des étincelles tombèrent sur les toits des paillotes ; en un instant tout fut réduit en cendres.
    Je fis ce que je pus pour secourir ces pauvres gens. Les catéchumènes quittèrent l'ancien emplacement de leur village et vinrent s'installer un peu plus à l'ouest, près d'un torrent. Là, la mort frappa dans leurs rangs : cinq décès en un court espace de temps. C'étaient, disaient certains, les esprits de l'ancien village qui se vengeaient. L'émoi fut grand. Beaucoup pensèrent à retourner au premier emplacement, où demeuraient encore les Laotiens païens. Bien que regrettant ce retour, je n'osais m'y opposer ouvertement. Peu à peu toutefois, je réussis à calmer leurs craintes superstitieuses.
    C'est le chef du village qui a le plus contribué aux conversions.
    Si les habitants du pays tenaient leurs promesses, presque toute la population tay de la préfecture serait chrétienne. Il y a quelques années, lors de l'érection de cette région en préfecture indépendante, la plupart des villages ont promis d'étudier la religion. Hélas! Trop souvent les promesses de nos Tays meurent avec le jour qui les vit naître.
    A ces nouveaux chrétiens, je n'ai eu que le temps d'enseigner les vérités nécessaires pour la réception du baptême. J'ai dû remettre à plus tard l'enseignement sur les autres sacrements, craignant qu'une trop longue épreuve ne les décourageât. Leur instruction continue, actuellement confiée à un excellent catéchiste.
    Les femmes m'inspirent quelques inquiétudes. La plupart ne sont jamais sorties de leur village; on peut dire qu'elles ignorent tout du monde. De plus, ici, la femme est moins la compagne de l'homme que sa servante. Jamais vous ne verrez un homme aller chercher le bois dans la forêt : c'est le travail des femmes, et quelle charge elles portent! Au matin, levées avant le jour, elles pilent le riz pour toute la maisonnée, leurs petits enfants sommeillant sur leur épaule au bruit du pilon qui frappe en cadence. Ban Dan est à une demi-heure de ma résidence. Pour venir à la messe dominicale, il ne leur faut pas beaucoup de temps. Et cependant jusqu'ici, je peux compter sur mes doigts les jours de leur présence. Pour ces nouveaux chrétiens, je sollicite vos prières.

    1927/246-247
    246-247
    Vietnam
    1927
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