Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Prêchez l'Evangile à toute créature...

ANNALES DE LA SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES XXXIVe Année. N° 205. MAI JUIN 1932 SOMMAIRE Pages Prêchez l'Évangile à toute Créature (Chanoine FLYNN)..... 102 Un Coin de brousse au Kouangsi (G. CAYSAC)...... 106 La Renaissance du Clergé japonais au XIXe siècle...... 110 Physiognomonie annamite et Catholicisme....... 119 Tableaux statistiques des Missions d'Extrême-Orient..... 126 Une Page de l'Histoire du Cambodge (H. S.)...... 128
Add this
    ANNALES
    DE LA

    SOCIÉTÉ DES MISSIONS ÉTRANGÈRES

    XXXIVe Année. N° 205. MAI JUIN 1932

    SOMMAIRE
    Pages
    Prêchez l'Évangile à toute Créature (Chanoine FLYNN). . . . . 102
    Un Coin de brousse au Kouangsi (G. CAYSAC). . . . . . 106
    La Renaissance du Clergé japonais au XIXe siècle. . . . . . 110
    Physiognomonie annamite et Catholicisme. . . . . . . 119
    Tableaux statistiques des Missions d'Extrême-Orient. . . . . 126
    Une Page de l'Histoire du Cambodge (H. S.). . . . . . 128
    Mgr de Guébriant dans nos Missions. . . . . . . 131
    Echos de nos Missions. . . . . . . . . 134
    Nécrologe. . . . . . . . . . . . . 142
    Bibliographie. . . . . . . . . . . 142

    UVRE DES PARTANTS

    Rapport de l'Ouvroir de Rennes. . . . . . . . 143
    Ouvroir de Laval . . . . . . . . . 147
    Dons pour l'OEuvre. . . . . . . . . . 147
    Recommandations. . . . . . . . . . 148
    Nos Morts . . . . . . . . . . 148

    Prêchez l'Evangile à toute créature...

    Sur une colline rocheuse en face de Jérusalem, un homme debout, drapé de blanc, le visage transfiguré, les pieds et les mains marqués de cicatrices... II dit adieu à un groupe de disciples et d'amis. Ses yeux clairs et profonds contemplent la Ville sainte, mais paraissent regarder plus loin, comme en un rêve, jusqu'au delà de Rome et des bornes de l'Empire. Sa voix grave proclame des vérités déconcertantes et promulgue des ordres comme jamais la terre n'en a entendu : « Toute puissance, affirme-t-il, m'a été donnée. Envoyé de Dieu, je vous envoie à mon tour sur les chemins du monde. Prêchez l'Evangile à toute créature. Adieu, fils bien-aimés, je vous quitte en apparence pour un temps, mais je reste mystérieusement avec vous jusqu'à la consommation des siècles ».
    Prêcher l'Evangile à toute créature! Et c'est un Juif qui parle ainsi, un Juif qui devrait être jaloux des privilèges de sa race élue... Juifs aussi ses auditeurs : ils viennent de lui demander s'il va enfin rétablir le royaume d'Israël, à leur profit évidemment, et pour entrer dans les vues de la mère de Jacques et Jean, la femme de Zébédée le pêcheur ! Quelle folie ! Les événements ne donneront-ils pas un démenti ironique aux extravagances de ce mystique halluciné ?
    Non... Car le Voyant du Mont des Oliviers était plus qu'un homme. L'histoire a suivi le cours prodigieux fixé par son décret divin. L'Eglise fondée par lui s'est révélée catholique dès sa naissance et animée d'un esprit de prédication universelle et d'irrésistible expansion missionnaire. Pour le penseur, comme pour le chrétien, il est peu de spectacles aussi émouvants que cette merveilleuse propagation de la religion du Christ.
    Pourtant, parmi les nombreux visiteurs de l'Exposition Coloniale, combien ont songé, en voyant le pavillon des Missions, aux grands problèmes que soulève depuis bientôt vingt siècles cette prédication de l'Évangile à toute créature ?

    PRÊCHEZ L'ÉVANGILE À TOUTE CRÉATURE

    ***

    Catholique, l'Eglise l'est essentiellement. Catholique dès l'origine, au matin de la Pentecôte, elle formule bientôt sa doctrine d'apostolat dans les Epîtres ardentes d'un saint Paul. Catholique, elle l'était aux catacombes, comme plus tard sur toute l'étendue de l'Empire romain, puis des Etats du moyen âge et des temps modernes dans le Vieux et le Nouveau Monde. Catholique, elle le sera encore dans des milliers d'années, lorsque, par la grâce du Seigneur et la persévérance de ses efforts, elle aura porté jusqu'aux extrémités de la terre la parole et la vertu de l'Evangile.
    Tout membre actif de l'Eglise doit comprendre cet « esprit catholique », s'en imprégner, en vivre, le faire rayonner autour de lui. Chez les saints, réalisations partielles de l'idéal évangélique, on relèverait aisément d'éclatantes manifestations de ce zèle missionnaire. Et non seulement chez ceux qui dépensèrent leur vie à convertir les païens, comme saint François Xavier, mais chez tant d'autres, d'une vocation toute différente : un saint François d'Assise, prêchant à la cour du sultan de Damas; une sainte Thérèse d'Avila qui, encore enfant, médite de s'enfuir chez les Maures et d'être martyrisée pour le Christ Jésus ; un saint Ignace de Loyola, convenant avec ses premiers compagnons de s'embarquer au plus tôt pour Jérusalem ; une sainte Thérèse de Lisieux qui, du fond de son monastère, prie et souffre pour les missionnaires, pour « son » missionnaire d'Extrême-Orient : elle est prête, elle l'écrit, à partir pour le Carmel de Hanoi, afin de hâter la conquête du monde païen. Chère petite sainte ! ... Quel coeur d'apôtre sous la pauvre robe de bure, derrière les grilles silencieuses du cloître !
    Lacordaire ne disait-il pas avec raison qu'on ne peut pas être catholique pour soi tout seul, mais qu'il faut l'être pour le monde entier ? « De même, ajoutait--il, qu'il n'y a pas de chrétien sans amour, il n'y a pas de chrétien sans prosélytisme ».
    Si chaque fidèle est tenu de remplir son rôle dans l'organisation catholique, chaque paroisse, chaque groupement religieux, doit contribuer de tout son pouvoir à l'expansion missionnaire. Ainsi, par la coopération de tous, sera « diffusée » la prédication universelle du christianisme ; ainsi, par l'union active des membres du corps mystique, se réalisera la croissance du Christ dans les âmes et la plénitude de vie divine promise et due à son règne.

    PRÊCHEZ L'ÉVANGILE À TOUTE CRÉATURE

    ***

    Qu'on me permette seulement une remarque, parmi tant d'autres également dignes d'attention en un si riche sujet.
    Trop de chrétiens ne voient dans l'expansion missionnaire qu'un aspect du développement de la civilisation, ou même de la colonisation nationale. Sans nier l'importance de ces deux questions, précisons bien qu'elles occupent ici un rang secondaire. Certes, nous ne proclamerons jamais assez hauts les services rendus à la civilisation par ces pionniers incomparables que sont les missionnaires. La plupart d'entre eux, nous en sommes fiers, appartiennent à la France : en la faisant aimer, ils se montrent d'excellents serviteurs de leur patrie. Toutefois, ce qui distingue et caractérise l'Eglise catholique, ce qui met sa beauté et sa grandeur hors pair, c'est justement qu'elle s'élève au-dessus des problèmes politiques ou nationaux, ou seulement naturels et humains. Prêcher l'Evangile à toute créature, telle est sa fonction : elle entend ne jamais y faillir. Les papes, au cours des siècles, et tout récemment Pie XI, ne cessent de rappeler cette « mise au point » nécessaire. Un prélat d'une autorité incontestée en ce sujet délicat, Mgr de Guébriant, Supérieur de la Société des Missions Etrangères de Paris, y insiste, avec un rare bonheur d'expression, dans un article du Correspondant sur « les Missions catholiques à l'Exposition Coloniale » (25 janvier 1931).
    L'éminent archevêque missionnaire, faisant écho à une lettre d'encouragement du Souverain Pontife, se plaît à constater d'abord que « l'oeuvre des missionnaires peut à très bon droit figurer dans une exposition coloniale », qu'elle en « constitue l'une des sections les plus importantes », que « les Missions ont à jouer dans la colonisation un rôle de premier ordre ». Mais il précise aussitôt que, « dans les colonies comme ailleurs, les Missions n'ont qu'un but, exclusif de tout autre : christianiser les pays païens, leur faire connaître les bienfaits de l'Evangile ». Et il ajoute ces fortes paroles : « C'est une illusion de croire que les missionnaires catholiques cherchent ou ont jamais cherché à faire passer ou à maintenir sous la domination des Blancs les peuples qu'ils évangélisent. Soit qu'on leur fasse un mérite, soit qu'on le leur impute à crime, le reproche et l'éloge tombent également à faux ». L'apôtre du Christ aime son pays d'un amour ardent ; il désire sa prospérité, rêve pour lui un avenir glorieux; il donnerait son sang nous en avons eu maintes preuves, pour assurer l'intégrité de son territoire. Mais « quand le missionnaire part pour les terres lointaines et souvent inhospitalières où il passera sa vie et où il laissera ses os, il ne songe pas plus à agrandir sa patrie qu'à enrichir sa famille. A l'une et à l'autre, son coeur reste passionnément attaché. Mais sa pensée est ailleurs, ses visées sont d'un autre ordre ».

    ***

    Prêcher l'Evangile à toute créature... En vérité, la tâche est assez noble : gardons-nous d'en altérer la beauté et le sublime désintéressement par des préoccupations étrangères... Qui dit « missionnaire » dit « semeur de christianisme sur tous les terrains du monde ». Un prêtre, qui vit de la vie du Christ et participe à son sacerdoce, frémira d'enthousiasme à la seule pensée d'accroître d'une parcelle le royaume de Dieu ; cet idéal lui suffit, parce qu'il domine tous les autres. Quant aux fidèles, à quelque nation qu'ils appartiennent, leur devoir est d'aider de leur sympathie, de leurs prières, de leurs aumônes, les missionnaires, tous les missionnaires du Christ. Prêtres et fidèles se réjouiront ensemble, cela est légitime, du progrès de la civilisation, du prestige grandissant de leurs diverses patries; mais, par dessus tout, ils auront en vue l'accomplissement des desseins du Sauveur, le défrichement du sol païen pour les prochains ensemencements et les moissons futures. Mettre la main à la charrue, d'un coeur confiant et courageux, sans regarder en arrière, même vers sa famille ou sa patrie, c'est là l'esprit missionnaire dans sa pureté, l'esprit de désintéressement, l'esprit de charité universelle, l'esprit d'amour du Christ Jésus Notre Seigneur. Puissent toutes nos âmes être mues par cet esprit, comme fut secoué le Cénacle par le grand souffle de Dieu, le jour de la Pentecôte !
    Chanoine FLYNN,
    Curé de Sainte Madeleine.

    1932/103-104
    103-104
    France
    1932
    Aucune image