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Pondichéry les orphelinats de Tindivanam

Pondichéry les orphelinats de Tindivanam PAR LE P. ABEL COMBES Missionnaire apostolique A Tindivanam, il y a deux orphelinats, l'un de filles, l'autre de garçons, tous les deux sont de fondation récente : l'orphelinat des filles est dirigé par les surs de Saint Joseph de Cluny ; l'orphelinat des garçons est sous la direction et la surveillance du missionnaire. Actuellement le premier compte 78 orphelines, et le second 37 orphelins.
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    Pondichéry

    les orphelinats de Tindivanam

    PAR LE P. ABEL COMBES

    Missionnaire apostolique

    A Tindivanam, il y a deux orphelinats, l'un de filles, l'autre de garçons, tous les deux sont de fondation récente : l'orphelinat des filles est dirigé par les surs de Saint Joseph de Cluny ; l'orphelinat des garçons est sous la direction et la surveillance du missionnaire. Actuellement le premier compte 78 orphelines, et le second 37 orphelins.
    Pendant les pénibles années 1897-1898, où la famine sévissait dans l'Inde, le problème pour beaucoup de païens se posait ainsi : ou se faire chrétiens, ou émigrer, ou mourir de faim. Certains sont morts, d'aucuns émigrèrent, d'autres se firent chrétiens ; ceux-ci avaient raison. Qu'ils fussent d'une catégorie ou de l'autre, beaucoup de parents nous apportèrent leurs enfants. Un enfant en bas âge est toujours un embarras pour un émigrant. Alors ! Pan, pan ! A la porte de l'orphelinat. « Sami, voilà mon enfant, je pars de l'autre côté de l'eau ».
    Ceux qui n'émigraient pas, mais qui avaient une famille trop nombreuse par un temps de famine, diminuaient leurs charges en donnant leurs enfants à l'orphelinat : « Si je le garde, il meurt, disaient-ils, car il est déjà bien malade. Si je te le donne, peut-être vivra-t-il, car tu vas lui donner des soins que je ne puis lui procurer ». Souvent l'enfant qu'on nous apportait ainsi était à l'article de la mort. Vite quelques gouttes d'eau, « au nom du Père, du Fils, du Saint Esprit » et voilà un ange de plus au ciel. Quelquefois l'enfant revenait à la santé, reprenait sa mine réjouie, et retrouvait son doux sourire ; alors la liste des orphelins s'allongeait d'un numéro.
    Vous n'ignorez pas que l'Indien est très superstitieux. Un enfant lui naît-il, de suite, il va consulter le devin pour savoir si Monsieur Bébé a la chance d'être né au rayonnement d'une étoile réputée bonne et d'une constellation dite favorable. Il y a même en cours, parmi les païens, certaines règles fixes et déterminées qui indiquent la bonne ou la mauvaise chance ; ainsi, sous peine d'exposer toute sa famille à d'effroyables malheurs, un premier-né ne doit jamais se permettre de voir le jour un dimanche, et cependant parmi les Indiens le dimanche est le meilleur de tous les jours de la semaine. Qu'il naisse un vendredi, le plus mauvais de tous les jours, il n'importe, pourvu que ce ne soit pas un dimanche.
    Quand le devin a parlé et prédit au père crédule et craintif que son enfant serait cause de sa ruine, que, pour éviter pareil malheur, il n'y a qu'un moyen, se débarrasser du petit être, alors ou la mort, ou l'orphelinat. L'infanticide est assez commun par ici ; cependant les Indiens ont beau être dominés par leurs idées superstitieuses, ils tremblent toujours, le père ou la mère, quand il faut accomplir ce crime ; finalement ils hésitent, reculent et apportent l'enfant à l'orphelinat
    L'émigration, la misère, la superstition, tels sont les trois fournisseurs de nos orphelinats ; je pourrais ajouter le hasard comme quatrième agent, mais je préfère mettre à sa place, le mot chrétien de Providence, car le hasard, cette force aveugle n'a rien à faire quand il s'agit d'une âme sauvée. En voulez-vous des exemples : un jour, un de mes chrétiens se rend à son travail ; en traversant la route, il entend, derrière un buisson de cactus, un faible gémissement. Il s'approche, et aperçoit, au milieu des épines aiguës, un petit être qui avait à peine quelques heures d'existence.
    Le prendre dans ses bras, me l'apporter fut pour lui l'affaire d'un instant, et le baptiser fut pour moi l'affaire d'une minute ; il était temps, d'ailleurs, car son petit corps bleui par la rosée abondante d'une nuit de novembre, lacéré par la pointe vénéneuse des épines du cactus, laissa bientôt l'âme s'envoler. Est-ce le hasard qui a mis cet être d'une heure dans mes bras pour lui donner le baptême et l'envoyer par voie directe au ciel ? Non, mais bien la divine Providence.
    Que font nos orphelins et orphelines ? Les uns et les autres travaillent, car, à l'orphelinat, on ne mène pas une vie oisive, la paresse est taxée gros péché, et les paresseux sont sévèrement punis.
    Si vous voulez visiter d'abord l'orphelinat des filles, vous allez voir les enfants à luvre. Voici d'abord les jardinières ; le potager est grand, large et... sec, car le soleil est chaud, et la pluie rare ; donc il faut arroser. Chaque orpheline a sort carré ; celle-ci arrose les pousini, (potirons) celle-là les mouléi kirei, (herbes potagères) ; cette autre les kattirikai (aubergines) ; une quatrième est chargée d'arroser les fleurs qui viendront s'épanouir le dimanche sur l'autel de la petite église. Et chacune est intéressée à bien faire son travail, car les fruits iront sur la table et les légumes dans la marmite, relever de temps à autre le goût un peu fade d'une poignée de riz au sel. Puis l'émulation s'en mêle, voire même les petites jalousies, qui font naître les disputes : « mon carré est plus beau que le tien ». « Le tien ! Allons done, il est... ». « Il est quoi ; dis donc... il est quoi... ? »
    Voici le métier à tisser, les plus grandes s'exercent, je ne dis pas avec succès, mais avec bonne volonté, pendant que d'autres démêlent, dévident et préparent le fil qui servira à tisser.
    Je ne vous enverrai pas comme échantillon modèle, les premières toiles tissées par nos orphelines, car le travail est loin d'être impeccable, et beaucoup de fils manquent à l'appel ; mais enfin, avec du temps, de la patience et un ouvrage remis vingt fois sur le métier, vous verrez que nous arriverons à une perfection relative, puisque ici bas tout est relatif.
    A côté du métier à tisser, les orphelines plus petites font de la tresse. C'est moins compliqué partant plus facile, aussi la tresse est belle, bien faite, solide et facile à vendre.
    Un peu plus loin, c'est la fabrique de cierges, des cierges en cire, s'il vous plaît, en belle cire des montagnes de Gingi. Ne savez-vous donc pas que ce sont nos orphelines qui fournissent à peu près à tous les missionnaires de l'archidiocèse, les cierges qui brûlent sur l'autel pendant le saint sacrifice de la Messe? Là, je suis obligé de décerner à nos orphelines un bon point de premier ordre ; car, actuellement, la fabrication des cierges n'a plus de secret pour elles, pas plus que le minutieux travail préparatoire qui consiste à fondre la cire pour la débarrasser de ses impuretés, à la faire blanchir en la laissant sécher longtemps au soleil, à la faire refondre pour couler enfin les cierges. Vous voyez qu'à l'orphelinat on ne s'amuse pas.
    De plus, tour à tour, chaque semaine, deux orphelines sont désignées pour le service de la cuisine. Ce sont elles qui, sous la surveillance d'une religieuse, font cuire la bouillie de menus grains pour le déjeuner du matin et le repas du midi, ainsi que pour le repas du soir, car nos orphelines ne mangent pas du beau riz blanc trois fois par jour. Pauvres sont-elles, pauvres elles resteront, aussi doivent-elles vivre, comme les pauvres, de riz. Ce ne sont pas des enfants gâtées.
    A l'orphelinat des garçons, le travail est différent. Les plus âgés et les plus forts s'occupent de travaux agricoles et de jardinage, mais les travaux agricoles dominent.
    Les plus petits, ceux de 4, 6, 7 et 8 ans, étudient à l'école, sous la surveillance d'un orphelin plus âgé et un peu plus savant que ses frères. J'ai l'intention d'établir une école professionnelle et de leur apprendre divers métiers : menuiserie, maçonnerie, ferblanterie, etc. car il faut assurer leur avenir et leur donner pour plus tard les moyens de vivre de leur propre industrie et de soutenir leur famille. Malheureusement le manque de temps et l'absence d'argent m'ont empêché de réaliser ce beau rêve, mais j'espère encore et quand même.
    Orphelins et orphelines, bien formés, avec de fortes habitudes de vie chrétienne, iront plus tard fonder des familles au milieu des païens. Par leur conduite, ils peuvent prêcher aux infidèles, être un auxiliaire du missionnaire dans la conversion des âmes, et devenir peut-être la souche d'une nombreuse lignée de chrétiens.
    C'est mon rêve, et le vôtre aussi, n'est-ce pas, aimables lectrices et chers lecteurs ; alors donnez-moi... une prière pour qu'il se réalise.

    1903/42-45
    42-45
    Inde
    1903
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