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Pierre Nishida Asazo

JAPON Pierre Nishida Asazo PAR M. E. JOLY. Missionnaire apostolique à Nagasaki. Le 23 janvier dernier, le bon vieux Pierre Nishida Asazo nous a quittés. Asazo était son prénom, Nishida son nom de famille, et Pierre son nom de baptême, son nom d'âme, comme on dit ici.
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    JAPON

    Pierre Nishida Asazo

    PAR M. E. JOLY.

    Missionnaire apostolique à Nagasaki.

    Le 23 janvier dernier, le bon vieux Pierre Nishida Asazo nous a quittés. Asazo était son prénom, Nishida son nom de famille, et Pierre son nom de baptême, son nom d'âme, comme on dit ici.
    Pourquoi s'était-il appelé Pierre plutôt que Paul, ou Jacques, ou Jean ? Je n'en sais absolument rien. Je ne sache pas que, comme saint Pierre, il ait été patron de barque ou même simple pêcheur ; dans son jeune âge il avait, il est vrai, pris du service à bord des bateaux voiliers, mais c'étaient des bateaux marchands. Peut-être que le fait d'être monté souvent en bateau, comme saint Pierre, lui avait fait prendre en particulière estime le chef du collège apostolique, et que, pour cette raison, il lui avait emprunté son nom et s'était mis sous son patronage au jour du baptême. Bref, quand il fit connaissance avec l'Eglise catholique, il s'était brouillé avec l'élément liquide et faisait métier de décortiquer le riz.
    Une de ses filles, que le bon Dieu a rappelée à Lui depuis longtemps, était alors bonne d'enfant dans une excellente famille chrétienne où, du matin au soir, elle entendait parler du Maître du Ciel, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de sainte Marie et du Père spirituel, c'est-à-dire du missionnaire. Elle y prit tellement goût que, rentrée à la maison paternelle, elle n'avait pour ainsi dire plus d'autre sujet de conversation, et ne fut tranquille que lorsque son père lui eut promis d'aller voir le missionnaire.
    Asazo n'était pas homme à promettre pour ne pas tenir. Il se lava aussitôt les mains, s'essuya la figure, changea d'habits et prit le chemin de la résidence.
    Hélas ! Il n'était pas sitôt sorti que, tout brave qu'il était, il commença à être assiégé par toutes sortes d'appréhensions. Pensez donc : c'était la première fois qu'il allait se trouver tête à tête, avec un étranger et lui adresser la parole ! Comment saluer ? De quoi fallait-il d'abord parler ? Et puis, qui sait si cet étranger, malgré son air bon apôtre, n'était pas un de ces hommes barbares dont on racontait qu'ils venaient au Japon, en apparence pour prêcher la religion, mais en réalité pour s'emparer du pays et faire de ses habitants les esclaves des occidentaux ? Asazo s'était même laissé dire que les missionnaires prennent le foie des malades et l'expédient en Europe pour en faire un remède de longue vie ? Etait-ce vrai ? Était-ce faux ? Autant de questions qu'il se posait en se grattant la tête c'est lui-même qui me l'a raconté et auxquelles il ne savait que répondre.
    Pendant qu'il réfléchissait à ce que je viens de dire et à bien d'autres choses encore, il arriva à la résidence qui était une maison japonaise ordinaire.
    Vous savez peut-être comment sont faites les maisons japonaises ? Ce sont généralement des maisons en bois, éclairées non par des carreaux de vitre, mais par des carreaux de papier qui ne résistent guère au temps et aux espiègleries des enfants. Justement, il y avait par ci par là quelques petits trous aux carreaux de papier de la résidence. Asazo s'approcha, regarda par un de ces petits trous, et aperçut assis sur les talons, à la japonaise, devant un brasier, un grave missionnaire chauve comme le prophète Elisée, et barbu comme Aaron.
    A la vue de tant de majesté, Asazo sentit son courage s'évanouir, et, sans plus tergiverser, s'en retourna chez lui.
    « Papa, tu l'as vu le Père ? Nest-ce pas qu'il est bon et qu'on le comprend bien ? Nest-ce pas qu'il parle comme un Japonais ? Lui demanda aussitôt sa fille O Rito. « Si je l'ai vu ! Ah ! Oui, je l'ai vu ! C'est un homme avec une grande barbe rouge au Japon, blond, châtain et roux, c'est tout un des yeux grands comme des assiettes, et la tête dénudée. J'ai été tellement bouleversé que je, suis revenu sans même entrer ni dire quoi que ce fût ».
    La pauvre petite se mit à pleurer et à gronder son papa. « Tu m'avais promis de lui parler... je t'assure qu'il n'est pas méchant... moi aussi j'ai eu peur la première fois, mais je suis une petite fille et toi tu es grand... dis papa, veux-tu que nous y allions ensemble ? Je dirai que tu es mon papa, dis ? » Et elle sanglotait ; c'était à fendre l'âme.
    Asazo n'y tint plus. « C'est bon, c'est bon, dit-il, ne pleure plus. J'y vais tout de suite ».
    Et il partit bien décidé cette fois à affronter le péril jusqu'au bout. Et lorsqu'il arriva devant la résidence, il lança d'une voix bien assurée un sonore « Gomen nasai pardon » auquel répondit de l'intérieur une voix tout à la fois virile et douce : « Sa ! Sa ! O hairi nasai entrez, entrez, je vous en prie ».
    Asazo fit glisser dans la rainure l'écran qui servait de porte, entra, se prosterna sur les nattes en disant : « C'est la première fois que j'ai l'honneur de me présenter devant vous. Je suis Nishida Asazo, le père de O Rito et je me recommande à votre bienveillance Ah ! Oui, ah ! Oui, M.Nishida ? Le père de Mlle O Rito ? Soyez le bienvenu ! Je vous en prie, mettez-vous à votre aise ».
    Et, tout de suite, le missionnaire et Nishida Asazo se mirent à causer, comme de vieux amis, du Japon, de l'Europe, du Maître du Ciel et de la nécessité de la religion. Asazo n'en revenait pas.
    « Qu'il parle bien ! Mais qu'il parle bien ce Père spirituel ! Et comme il a joliment raison ! » Se disait-il en retournant chez lui et en se promettant de revenir, non plus seul, mais accompagné de tous les siens.
    Ce fut du reste ce qui arriva. Papa Nishida, maman Nishida, les petits et les petites Nishida, toute la maison vint à la résidence, apprit le catéchisme et entra au bercail de saint Pierre.
    Je ne me risquerai certes pas à prétendre que tous les Nishida devinrent du jour au lendemain de grands ou même de petits saints, bons à placer en niche ; mais je ne crains guère de me tromper en affirmant que le chef de la famille, notre bon vieux Pierre Asazo, fut dès le début un chrétien exemplaire et qu'il continua de l'être jusqu'au bout. Priant bien le bon Dieu et les saints, ne disant du mal de personne, il écoutait attentivement les avis du Père et les mettait docilement en pratique. J'ai sous les yeux deux petits carnets illustrés par lui, dans ses moments de loisir. C'est la reproduction en images des sermons du dimanche, des scènes de la vie de Notre Seigneur et de la vie des Saints, ou encore, des reproductions de la sainte Messe. Les anges surtout ont trouvé place dans ses petites compositions ; il avait dû leur vouer un culte spécial. Il aimait à les représenter veillant sur nous, nous invitant à bien faire, guidant nos pas, et, au besoin, nous retirant des griffes du diable.
    Ah ! Le diable ! pour Asazo, comme pour le curé d'Ars, c'était bien le grappin, un affreux grappin qui a tout ensemble des airs de taupe, de fouine et d'oiseau de proie ; nul doute qu'il ne le considérât comme un être foncièrement sournois, ténébreux, méchant, astucieux et rapace.
    Le diable se vengeait en logeant dans sa bourse. Pierre Asazo était, en effet, pauvre, pauvre entre les pauvres, et, plus d'une fois, il m'est arrivé de partager avec lui mes vieilles chemises. « Tout pauvre que je suis, si c'étaient les chemises d'un autre, je n'aimerais pas à les mettre, disait-il ; mais les chemises du Père, cela ne peut que me porter bonheur ». Ah ! Le brave homme ! Et moi qui les porte depuis plus de 40 ans, il ne me semble guère qu'elles m'aient porté bonheur !
    Pierre Asazo assistait à la messe et communiait tous les jours. Qu'il plût, que le vent soufflât en tempête, cela lui était bien égal ; il ne restait chez lui que lorsque la maladie l'empêchait de se tenir debout. La souffrance et les privations semblaient n'avoir plus de prise sur son pauvre corps. Il y a quelques mois, il s'était blessé au pied en cultivant son petit jardin. Il commença par appliquer à l'endroit malade un remède de bonne femme, mais ce fut sans résultat. Le pied enflait, tout le monde était dans l'inquiétude et, pour ma part, je conseillai de recourir au médecin. « C'est bien, dit Asazo, je m'en vais faire le médecin ». Et, ayant bien aiguisé son canif, il tailla sans sourciller dans la plaie, et en retira un morceau de verre de dimensions respectables.
    Cependant depuis quelque temps il paraissait plus recueilli ; il parlait peu aux hommes et s'entretenait davantage avec le bon Dieu. Le dimanche 17 janvier, il assista à la messe et communia, comme de coutume. Le lendemain il ne vint pas, le surlendemain non plus. Je me demandais ce que cela pouvait signifier, quand on vint m'annoncer qu'il n'allait pas bien et désirait se confesser. Je me rendis chez lui ; il ne me parut pas près de mourir. Le 22 j'y allai de nouveau, et, sur son désir, je lui administrai la confirmation, la communion en viatique, l'Extrême-Onction et la bénédiction apostolique. L'après-midi, il se fit réciter par une de ses filles quelques prières auxquelles il s'associa. Dans la soirée, il appela de nouveau une de ses filles : « L'âme, dit-il, ne se sépare pas facilement du corps auquel elle est si intimement unie. Récite les prières de la séparation. Puis il se recommanda lui-même au Sacré Cur et à la sainte Vierge : « Coeur Sacré de Jésus, ayez pitié de moi ; Sainte Marie, priez pour moi ! » implora-t-il d'une voix encore ferme. Une minute ou deux après, il rendait tout doucement son âme à Dieu.
    Son corps repose aujourd'hui dans un des cimetières de la ville, à côté du corps d'un bon jeune homme qui, bien qu'il n'eût eu avec lui aucun lien de parenté, s'était plu à le considérer comme son père. On s'était d'abord demandé où l'enterrer, quand le fossoyeur intervint : « Il est venu il y a quelques jours, dit-il, arracher les herbes qui poussaient à cet endroit, et il m'a dit qu'il faudrait l'enterrer là. On eût dit qu'il prévoyait sa fin prochaine ».
    Fin
    Messes

    Nous permettons d'engager de nouveau nos Associés et Abonnés à nous envoyer des intentions de messes.
    Comme nous l'avons expliqué dans plusieurs numéros de nos Annales, les missionnaires et les prêtres indigènes qui sont dans des régions pauvres nouvellement évangélisées manquent souvent d'intentions de messes. Il en est de même des missionnaires qui reviennent malades en France et résident soit à notre Sanatorium, soit dans leurs familles. Les honoraires des messes célébrées en France sont ordinairement, comme nous l'avons dit, de 2 francs, excepté pour les Trentains et les Neuvaines qui exigent des honoraires plus élevés ; pour les messes célébrées dans les missions, les honoraires ne doivent pas êtres inférieurs à 1 fr. 50, ou à 1 fr. Il serait même grandement à désirer qu'ils soient plus élevés, étant données la pauvreté des missionnaires et la multiplicité de leurs oeuvres.
    Les messes doivent être demandées et les honoraires envoyés soit à :

    Monsieur l'Econome du Séminaire des Missions Etrangères,
    rue du Bac, 128, Paris VIIe

    soit à :
    Monsieur le Directeur de l'oeuvre des Partants,
    rue du Bac, 128, Paris VIIe.

    Nous avons reçu 1000 fr. en deux versements, par une anonyme pour la célébration de messes, demandées afin d'obtenir une bonne mort à chacun des dix membres de sa famille.
    20 fr. Honoraires de messes pour M. J. Isle de Beaucheine.
    Au P. L.Grosjean, missionnaire au Kien-tchang, envoi de 60 fr. pour 30 messes.
    1913/269-273
    269-273
    Japon
    1913
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