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Phat-Diem (Tonkin) Conversions

Phat-Diem (Tonkin) Conversions Lettre du P. Bourlet, Missionnaire apostolique. Que de fois, dans le cours de notre vie apostolique, n'avons-nous pas été en contact direct avec la grâce. Une âme, hier encore dans 7 les ténèbres, est soudain illuminée : on dirait qu'elle voit Dieu lui-même, et l'entend parler. Le spectacle est si beau qu'à chaque fois nous en sommes éblouie.
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    Phat-Diem (Tonkin)

    Conversions

    Lettre du P. Bourlet,
    Missionnaire apostolique.

    Que de fois, dans le cours de notre vie apostolique, n'avons-nous pas été en contact direct avec la grâce. Une âme, hier encore dans 7 les ténèbres, est soudain illuminée : on dirait qu'elle voit Dieu lui-même, et l'entend parler. Le spectacle est si beau qu'à chaque fois nous en sommes éblouie.
    Il y a trois ans environ, arriva de France à Thanh-hoa un jeune ménage, charmant de jeunesse et d'aimable simplicité. Il eut bientôt conquis l'estime de tous. Médecin vétérinaire savant, le mari s'était spécialisé dans l'étude des infiniment petits : la bactériologie le captiva toujours. Aimant à fabriquer lui-même ses vaccins et ses sérums, il ne craignait pas, en face d'une maladie microbienne inconnue, d'isoler le bacille pour le cultiver, et trouver ensuite l'ennemi capable de le détruire.
    A son arrivée dans la province, la peste bovine sévissait, multipliant partout ses victimes. Quelques mois après le mal était enrayé.
    Madame X..., d'une éducation soignée, douée d'une instruction, solide, et avec cela douce et affectionnée à son mari, était le rayon de soleil dans la maison.
    Mais..., car il y avait un mais, M. X... était protestant ; Ma daine X..., bien que catholique, avait un peu oublié les douces joies de sa vie pieuse au couvent. Unis devant la loi seule, ces deux époux n'avaient pas eu Dieu pour témoin de leurs serments.
    Aussi le curé se dit tristement : « Encore un jeune ménage qui ne viendra pas grossir le nombre de mes fidèles ». Malgré cela il eut tôt fait de nouer avec eux des relations, il leur prêta les « Etudes », quelques ouvrages sérieux.
    Tout allait pour le mieux, quand un incident insignifiant faillit tout perdre : pour la première fois de sa vie M. X. vint à l'église. C'était la fête de Jeanne d'Arc, l'union sacrée durait encore, il fallait bien faire preuve de patriotisme hélas, le curé eut la fâcheuse idée d'expliquer dans son panégyrique la mission providentielle de la sainte. Il montra qu'elle était destinée, dans les desseins éternels, à chasser l'Anglais de France pour assurer à celle-ci la pérennité dans la foi catholique.
    Le jeune homme se crut personnellement visé, et déclara qu'il ne retournerait plus à l'église
    Le pauvre missionnaire-en fut tout triste, mais ne se 'découragea pas. « Ces aines manquent encore de lumière, pensa-t-il, prions, Dieu les éclairera ». Il continuait à envoyer ses revues qui étaient lues toujours. Les articles du Cardinal Billot sur le sort des infidèles intéressaient tout particulièrement.
    Les choses en étaient là, lorsque dernièrement le curé reçut un mot lui demandant un catéchisme. Il l'envoya avec quelques autres livres religieux, dont la Vie de Soeur Thérèse de I\Enfant Jésus, la Vie de Jésus-Christ par le P. Berthe, le Credo expliqué aux néophytes par le P. Daems, etc... Le travail avançait, puisque main tenant on allait aux sources.
    Enfin, le 'II janvier dernier, taudis que le frugal dîner des missionnaires de Thanh-hoa se terminait, que l'horloge venait de sonner la demie de 7 heures, un domestique apporte une enveloppe. « Tiens, dit le Père, que me veut-on à cette heure ? » Il ouvre et lit : « Monsieur et Madame X. désirent voir d'urgence le Père. Il faudrait qu'il vînt de suite, ou au plus tard demain matin ».
    Sans un instant d'hésitation le missionnaire saute dans une pousse et court où on l'appelle... Monsieur et Madame X. sont au salon; une grande émotion les étreint. M. X. prend la parole et dit en substance: « Père, je suis convaincu. Je viens de lire dans les livres que vous m'avez prêtés des choses que je n'avais jamais soupçonnées, des prophéties que je n'avais jamais connues et qui montrent nettement la divinité du Christ. Je vois, je crois, dites-nous ce qu'il faut faire... » Le missionnaire, tout ému, croit voir revivre sous ses yeux la scène de la conversion de saint Augustin, si bien décrite par lui-même dans ses Confessions. Oui, la grâce est là, qui manifeste ouvertement sa puissance.
    Que faire ? Suivre la marche régulière des enquêtes officielles ? Ecrire en France et attendre les renseignements nécessaires pour régulariser la situation ? Mais la bonne foi est si évidente ! Pourquoi obliger ces deux âmes assoiffées de vérité à attendre de longs mois encore la purification définitive ? Ne vaut-il pas mieux prendre la voie la plus courte, s'en tenir à un serment d'état libre et marcher de l'avant ? On décide sur-le-champ de partir dès le lendemain pour Phat-diem, consulter l'évêque auquel un télégramme est expédié.
    Mgr Marcou accueille les deux convertis avec une bonté, une amabilité vraiment touchantes. Il leur conseille de retourner chez eux pendant quelques jours et de parachever leur instruction religieuse.
    Les nouveaux croyants rencontraient-ils quelques difficultés, ils les soumettaient au missionnaire.
    Puis on passait aux explications les plus importantes, on traduisait et on commentait les cérémonies du baptême des adultes, on faisait tout une théologie de l'Eucharistie, la prenant dès le commencement, dans ses figures, pour passer ensuite à la promesse faite par Notre Seigneur lui même ; on s'arrêtait à méditer son institution, enfin on terminait en suivant la sainte croyance à travers les premiers siècles. On, essayait de revivre une messe aux catacombes et, paroissien en main, on comparait avec la manière dont s'offre de nos jours le divin Sacrifice. On enviait la foi des premiers chrétiens, et on voyait par quels moyens pratiques il serait possible de les imiter. On sentait par expérience la vérité de cette parole du Maître : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis moi-même au milieu d'eux ».
    L'instruction fut bientôt complète, et le mariage fut fixé au 3 février 1926. La cérémonie se fera à Phat-diem, elle sera présidée par Mgr Marcou et précédée de l'abjuration de M. X... Tout se passe ainsi dans la chapelle des religieuses.
    Mgr Marcou baptise sous condition M. X..., qui passe ensuite au confessionnal où il reçoit l'absolution, en cas de validité du baptême dans le protestantisme. Ensuite a lieu la cérémonie du mariage religieux.
    Le missionnaire qui a ramené à Dieu les deux époux dit sa joie et sa gratitude envers Notre Seigneur; il donne quelques conseils que les deux catholiques pourront se rappeler aux jours des épreuves, car quelle vie, même heureuse, en est exempte ? L'évêque bénit l'union et célèbre la sainte messe.
    L'enfant âgée de 2 ans est ensuite baptisée sous les noms de Lucienne Andrée Eugénie Josèphe.
    Pour la première fois l'évêché de Phat-diem vit un repas de noces, modeste à la vérité, mais assaisonné d'une joie si douce... Un salut d'action de grâces termina la journée.
    Mon Dieu, de tout coeur, soyez remercié, loué et béni à jamais.

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    1926/131-134
    131-134
    Vietnam
    1926
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