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Par l'Eucharistie

Par l'Eucharistie Lui était étudiant, comme le sont tant de jeunes gens ici. Il avait même passé dans l'une des Universités de la capitale pour y prendre ses grades. Etait-ce en cours d'études ? Était-ce à la suite d'imprudences ? Était-ce triste héritage ? Toujours est-il que le microbe de la tuberculose l'avait envahi peu à peu et aujourd'hui, à voir ses pauvres traits émaciés, ses membres osseux et ses yeux brillants de fièvre, il était clair qu'il n'irait pas loin.
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    Par l'Eucharistie

    Lui était étudiant, comme le sont tant de jeunes gens ici. Il avait même passé dans l'une des Universités de la capitale pour y prendre ses grades. Etait-ce en cours d'études ? Était-ce à la suite d'imprudences ? Était-ce triste héritage ? Toujours est-il que le microbe de la tuberculose l'avait envahi peu à peu et aujourd'hui, à voir ses pauvres traits émaciés, ses membres osseux et ses yeux brillants de fièvre, il était clair qu'il n'irait pas loin.
    Or, celui-là aussi, le Père des cieux l'attendait et la petite sainte Thérèse, en ce sanatorium (1) de Shichiri-ga-hama (la Plage de 7 lieues), qui fut et qui reste pour tant d'âmes le vestibule du ciel.
    Les premiers jours furent pénibles. Etre païen, lettré, empli de l'orgueil masculin, si marqué ici dans les rapports avec le sexe faible, et se voir remis aux mains des charitables petites Soeurs japonaises de la Visitation, dont l'unique pensée est de donner le Bon Dieu en même temps que leurs soins ! « Laissez-moi tranquille avec vos belles paroles et vos histoires, leur avait-il déclaré. Moi, je veux vivre ; ni l'au-delà ni le ciel ne m'intéressent ».

    (1) Créé par le P. Breton, aujourd'hui évêque de Fukuoka, et confié à la Congrégation des Visitandines, qu'il a fondée et qui va se développant de jour en jour.

    « Et pourtant il va mourir », disait le médecin. Et chaque fois qu'on avait essayé d'aborder devant lui la question religieuse, la même scène s'était répétée : crise de colère, quintes de toux et danger de crachements de sang. Que faire, sinon attendre et prier ?
    Comment ? Il ne veut rien entendre ? Laissez-moi essayer encore une fois ». C'était la tante du malade qui, avertie, venait au secours des petites Soeurs. Convertie ardente et fine, fleur du paganisme dès sa conversion totalement à Dieu, vraie chasseresse d'âmes.
    Père, venez ; je vais lui parler. Il est monté contre la religion et n'a jamais vu une soutane ; je vais vous préparer la voie.
    Va, et que le bon Dieu t'accompagne !
    Le bon Dieu l'accompagna. Armée de son sourire et de sa foi au Maître des coeurs, elle partit : « C'est mon neveu préféré, et je suis sûre qu'il m'aime ».
    Oh ! Nous qui pâlissons sur les livres d'apologétique et qui, au poids de la froide raison, pesons les motifs de crédibilité, estimons heureux qui part ainsi à la conquête des âmes, l'amour de Jésus et l'amour des âmes au coeur !
    Une heure, deux heures peut-être passèrent ; la tante reparut souriante et, simplement : « Père, venez ; il vous attend ».
    C'était vrai. A mon entrée dans la chambre 15, ce fut un visage de pacifié qui m'accueillit. « Merci, Père! Oui, je sais ; ma tante m'a expliqué. Je sais que le bon Dieu nous aime, qu'il habite là, tout près, dans la chapelle, que je peux devenir son enfant. Oh ! Baptisez-moi, je vous en prie, malgré mon indignité ! »
    Nous quittâmes amis. Le lendemain, il allait plus mal. La tante, toujours là, ne l'avait pas quitté, complétant ses explications de la veille ; elle était là encore, maternelle et souriante, quand il devint « Joseph » de son nom de Paradis et que, les larmes aux yeux, il me répétait : « C'est trop, trop pour moi ; je n'en suis pas digne ! »
    Quelques jours après, il s'éteignait doucement.
    Mais enfin, comment avez-vous abordé la question religieuse avec lui, qui ne voulait pas en entendre parler ? Demandait-on, quelques jours après, à la bonne tante.
    Mais très souplement : j'ai commencé par... l'Eucharistie.
    Par l'Eucharistie ?
    Oui, l'Eucharistie, Dieu avec nous. Je lui ai dit à cet enfant : « Sais-tu que le Bon Dieu, Celui qui a fait le ciel et la terre, est là tout près, à quelques mètres de toi, dans la chapelle ? »
    A quelques mètres de moi ? Celui qui a fait le ciel et la terre ? Que dites-vous là, ma tante ?
    Mais oui, dans l'Eucharistie, sous les espèces du pain.
    Est-ce vrai ? Mais pourquoi est-il là ?
    Du ciel, il est venu pour toi, parce qu'il t'aime, parce qu'il veut t'emmener au ciel avec lui, et il t'attend !...
    Elle avait commencé par l'Eucharistie, et l'Eucharistie avait amené l'étudiant lettré et païen au baptême... et au ciel.

    J. LARRIEU,
    Missionnaire de Tôkyô.

    1938/13-15
    13-15
    Japon
    1938
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