Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Orphelinats

YUN-NAN Orphelinats LETTRE DE M. SALVAT Missionnaire apostolique. Nous avons, dans le bas Yun-nan1 quatre orphelinats de filles ; chaque district a le sien confié à la surveillance du missionnaire de la chrétienté. De plus, chaque district a un certain nombre de baptiseurs ou de baptise uses que le prêtre rétribue ; baptiseurs ou baptise uses ambulants, si le district n'a pas de pharmacie achetée ou louée.
Add this
    YUN-NAN

    Orphelinats

    LETTRE DE M. SALVAT

    Missionnaire apostolique.

    Nous avons, dans le bas Yun-nan1 quatre orphelinats de filles ; chaque district a le sien confié à la surveillance du missionnaire de la chrétienté. De plus, chaque district a un certain nombre de baptiseurs ou de baptise uses que le prêtre rétribue ; baptiseurs ou baptise uses ambulants, si le district n'a pas de pharmacie achetée ou louée.
    Les orphelinats de Po-eul-ngay et de Tien-pa-teou sont neufs ; celui de Tien-pa-teou a coûté au Père Mandart la somme de 700 taels. Comptant le tael à 5 francs, vous arrivez à un total de 3.500 francs.
    Celui de Po-eul-ngay a été bâti par votre serviteur. Plus vaste que celui de Tien-pa-teou, il a coûté plus cher, environ 6.500 francs. Celui de Long-ki demanderait bien quelques réparations ; mais, vu la modicité de nos ressources, nous allons attendre des jours meilleurs.

    1. Dans ce qu'on appelle le bas Yun-nan, il y a quatre districts : Long-ki Tien-pa-teou, Po-eul-ngay et Tchen-fong-chan.

    Durant l'exercice de 1901-1902, nous avons eu en moyenne 250 à 300 enfants à nourrir, tous recueillis au nom de la Sainte-Enfance. Ce nombre, actuellement, n'a guère diminué, car les morts ont été vite remplacés. Vous qui avez passé par ici, voue pourrez, approximativement, vous faire une idée de ce que nous coûte l'entretien d'un de ces « couleurs de chocolat... » Je dis « approximativement » car les temps sont bien changés ! Voilà, longtemps qu'on a vu par ici de bonnes récoltes ; et cette année, par exemple, nous sommes à nous demander comment nous allons nourrir tant, de petites bouches.
    Savez-vous à combien nous revient l'entretien d'un de ces enfants? J'entends de ceux qui ne sont plus en nourrice. Eh bien ! Un globule ! C'est à dire 10 taels ou mieux 50 francs par an, ne nous tirent point d'affaire.
    Je ne parle que de l'entretien général, ne faisant nullement entrer en ligne de compte les petits faux frais, comme achats de remèdes, visites de médecin, et surtout le trousseau que l'on donne à chaque nouvelle mariée, et qui, jusqu'ici, a toujours été à la charge du missionnaire.
    Outre les quatre orphelinats de filles dont je viens de parler, nous entretenons à Tchen-fong-chan un petit asile de garçons, qui n'a pas encore donné beaucoup de résultats. Les enfants sont actuellement au nombre de onze, tous nés de parents païens et recueillis en bas âge.
    Pourquoi ne réussissons-nous pas là comme ailleurs ? La raison en est simple : c'est que le Chinois n'abandonne son garçonnet qu'à la dernière extrémité.
    Vous voilà donc au courant de nos orphelinats et des enfants que nous entretenons au compte de la Sainte-Enfance. Il y a maintenant à vous parler de nos baptistes ou baptiseurs.
    A deux journées de Long-ki, sur les rives du fleuve Bleu, aux portes de Souy-fou, mais toujours dans le Yun-nan, nous avons ouvert une station : les nouveaux chrétiens y abondent.
    L'année dernière, j'ai pu y faire une apparition de trois ou quatre jours, en compagnie du Père Simon Tchen, curer de Long-ki dont la station dépend. Nous nous sommes établis à Fou-kouang-tsen, ville non murée; plus peuplée que Ta-kouan, et plus commerçante que Lao-oua-tan. A notre arrivée, les mandarins nous ont envoyé une ,escouade de soldats pour nous recevoir et nous saluer ; à notre approche, le canon se fit entendre : et redit aux échos d'alentour cette fameuse phrase : L'Européen arrive.!... Le chef de file cria le « garde à vous » ; mais au moment du « portez armes » quelques-uns des soldats se prirent à rire. Le sergent qui aurait dû être le premier à l'étiquette avait oublié de mettre « un point » et l'on voyait sortir et flotter au vent un pan de drapeau à couleurs douteuses. N'importe !... Nous passâmes au milieu d'une foule compacte et sympathique. Le lendemain, les mandarins vinrent nous voir et montrèrent pour nous beaucoup de politesse.
    Dans celte station, nous avons envoyé un baptiseur. Et savez-vous ce que nous coûte son travail?... Quatre ligatures par mois ; c'est-à-dire 4 taels ou 20 francs et le logement est à nos frais. Quant aux livres qu'il donne et aux remèdes qu'il distribue, inutile de dire que c'est la caisse de la mission qui les fournit.
    Ici, nous avons sept baptiseurs, à poste fixe, qui instruisent tout en distribuant, des remèdes, qui annoncent la parole de vie, tout en cherchant à soulager les pauvres miséreux qui se rencontrent sur leur route ou qui viennent à eux. Tous ces baptiseurs, sans exception, nous reviennent au prix indiqué plus haut.
    Nous avons aussi quelques femmes baptise uses, que nous récompensons selon leurs mérites et leurs capacités, et surtout d'après ce qui reste au fond de notre escarcelle.
    Le nombre d'enfants que ces aides ont envoyés au ciel, durant l'exercice 1901-1902, est à peu près d'un millier.
    Il y aurait bien aussi la question des nourrices à vous détailler ; je pourrais vous donner sur ce sujet certains détails qui nous feraient sourire, vous faire voir comment elles s'ingénient à nous tromper ; mais la chose nous conduirait trop loin. Qu'il me suffise de vous dire que nous avons seulement une dizaine de nourrices que nous payons de 600 à 800 sapèques, de 2 fr. à 3 fr., par mois, outre l'habillement du bébé.

    ***

    Le tout n'est pas de recueillir les enfants ; il s'agit de pourvoir aux besoins de ceux qui grandissent et il nous faut les caser d'une façon convenable ; c'est ici que se trouve placée la question du mariage...
    Il vous est arrivé certainement, durant votre séjour en Chine, de rencontrer sur votre route un entremetteur ou une entremetteuse. Ils pullulent en Chine ! Et il est nécessaire qu'ils soient nombreux, puisque, dans ces régions, aucun mariage ne se contracte sans entremetteur : il serait invalide !... Allons donc ! Oui, vous dis-jet invalide par ce seul fait. Et la preuve c'est que personne n'ose déroger à cette antique coutume. Du reste, si, par impossible, il arrivait à quelque original de vouloir faire fi de la règle, toute la gent entremetteuse serait là ! Quoi donc !...Eh oui ! Avec ses gros poings levés, pour le prier de suivre l'exemple des ancêtres.
    Certainement, vous avez rencontré sur votre route ce type d'homme ou de femme, car ici tout le monde est plus ou moins entremetteur. C'est un métier, oui, un métier, et un métier qui, ma foi, rapporte pas mal de sapèques... Il s'agit d'avoir l'oeil, surtout d'être bon causeur. Ah ! Quelle verve !... Ils ne se laissent pas ébranler par vos questions insidieuses ; ils ont réponse à tout ; ils semblent vous dire comme le rat de La Fontaine : (qu'ils ignorent sans nul doute, mais qu'ils pratiquent à longue haleine) « Ah ! Va, nous en avons vu de plus malin que toi ».
    Et voilà pourquoi ils vous font l'éloge d'un bancal comme de l'homme le mieux fait du monde ; d'un borgne, comme du plus sain ; d'un idiot, comme du mieux doué sous le rapport de l'intelligence. Vous souriez.... vous n'y croyez point.... eh bien ! Voyez l'histoire qu'on m'a racontée là-dessus, à moi qui était quasi aussi incrédule que vous.
    Certaine femme bavarde, disant la bonne aventure et cherchant toujours lit à son aiguille, entendit parler un jour d'un jeune homme qui ne pouvait trouver à se marier. La voilà partie, tout heureuse de pouvoir remettre son ouvrage sur le métier. Elle écoute les doléances du patient, le console et lui promet sous peu ce qu'il désire ; seulement, il faudra d'abord débourser une petite obole pour subvenir aux frais des allées et venues. Aussitôt exprimés, ses désirs sont réalisés...
    Deux ou trois semaines se passent, sans que notre pauvre jeune homme ait de nouvelles de la vieille. Il se croit dupe et commence à faire son « mea culpa » pour la petite somme donnée à l'avance, quand, certain matin qu'il grommelait davantage contre entremetteurs et entremetteuses, il voit entrer tout à coup sa bonne vieille, qui lui apporte des paroles d'espérance et lui annonce finalement qu'elle a trouvé l'objet de ses désirs. Aussitôt, nouvelle récompense, sans compter force cadeaux en nature. En Chine, les parents ignorent ou feignent d'ignorer les pourparlers ; l'entremetteur seul est au courant.
    Quelques jours après tout est à la fête !... Les fifres donnent leurs plus doux sons, et les pétards résonnent au loin, pendant que les bambins crient et que les mamans jasent comme des commères. Mais quoi !... Le palanquin rouge tarde bien à venir ! Ou plutôt, le voilà là-bas, hélas ! Tout renversé !...
    Que s'est-il donc passé ?... Vous comprenez sans doute ? La fille était bancale ! Et le jeune homme, direz-vous ?... Le jeune homme était paralytique..
    De tels cas ne nous arrivent pas. Les entremetteurs chrétiens, qui travaillent pour nous, quoique amateurs de sapèques, ont cependant de la conscience. Ils nous enjolivent bien le futur, nous font un peu miroiter certaines qualités qui n'existent pas ; mais nous n'accordons la main de nos orphelines que lorsque, nous-mêmes, nous avons vu le jeune homme. Si nous tombons d'accord, c'est la série de fêtes habituelles qui commencent : cadeaux de part et d'autre, jusqu'au jour où nous envoyons notre orpheline dans la nouvelle demeure.
    Au jour fixé d'avance, de bon matin, le palanquin rouge s'avance au milieu de nombreux drapeaux aux plus ou moins brillantes couleurs. Les habitants des environs sont venus en grand nombre jeter un coup d'oeil sur le trousseau de la petite fiancée.
    Il faut voir avec quelle industrie avec quel art nos vierges chinoises savent arranger le peu que nous pouvons leur donner, pendant que les porteurs se restaurent des mets et du vin envoyés par le fiancé. Lorsque tout est prêt, et que l'heure du départ a sonné, notre orpheline se laisse transporter dans sa chaise, accompagnée par les pleurs de ses petites soeurs qui, peut-être, la regardent d'un oeil d'envie.
    Que de peines nous avons ! Mais aussi; avec les peines, le bon Dieu nous donne quelques joies...
    Récemment, je me trouvais dans ma chambre, écoutant, en lisant, le vent du dehors. Tout à coup, il me semble entendre un petit cri mêlé au ron ron du vent. J'écoute plus attentivement...et cette fois j'entends qu'on m'appelle distinctement. Je fais lever mon domestique ; nous allons à la porte d'entrée et nous trouvons deux petites filles qui venaient implorer notre secours. D'où sortaient-elles?... Qui les avait apportées ?... Dieu seul le sait ! Et c'est sous son oeil bienveillant qu'elles grandiront.

    Sur les marches de notre église
    Au son de l'Angélus du soir,
    Un jour, par la nuit surprise
    Une enfant vint s'asseoir.

    Les exemples à citer seraient nombreux ; je m'arrête, en vous redisant mon plus affectueux souvenir.

    1905/119-123
    119-123
    Chine
    1905
    Aucune image