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Origines du vicariat apostolique du Laos 4 (Suite et Fin).

Origines du vicariat apostolique du Laos 1892 Cependant le retour du P. Prodhomme fut extrêmement pénible. Les eaux ayant rapidement baissé au-dessus de Stungstreng, il fallait fréquemment louer des pilotes et des aides pour des parcours de deux et trois jours. La marche était lente, pénible et dispendieuse. Le P. Valiez fut laissé à Oubon pour y apprendre la langue. Le 16 mars le premier chemin de croix fut érigé au Laos dans la pauvre église d'Oubon.
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    Origines du vicariat apostolique du Laos

    1892

    Cependant le retour du P. Prodhomme fut extrêmement pénible. Les eaux ayant rapidement baissé au-dessus de Stungstreng, il fallait fréquemment louer des pilotes et des aides pour des parcours de deux et trois jours. La marche était lente, pénible et dispendieuse. Le P. Valiez fut laissé à Oubon pour y apprendre la langue.
    Le 16 mars le premier chemin de croix fut érigé au Laos dans la pauvre église d'Oubon.
    A Lakhon, où le P. Prodhomme s'empressa de retourner, le P. Delalex est nommé supérieur du séminaire et curé de la paroisse de Don-dôn. Un catéchiste, le Fai lui est adjoint comme professeur, pendant que le P. Guégo s'occupe des stations qu'il a créées sur la rive gauche du Me-kong.
    Dans la province d'Oubon, de nombreuses demandes avaient été faites pour avoir un père à Ban-kamphra, sur les confins de la province d'Amnat, et à une demi-journée de la ville de Jasunthon.

    MARS AVRIL 1920. — N° 132.

    Le compte rendu d'Oubon signale à cette époque le nombre de 648 chrétiens ; 76 baptêmes ; 322 confessions annuelles, 2.953 de dévotion ; 300 communions pascales, et 3.043 de dévotion. (Il y a certainement ici une erreur dans la transcription des chiffres, parce que si le nombre des chrétiens avait diminué par suite de la famine et des émigrations, le nombre des confessions et des communions de dévotion n'avait certainement pas augmenté à ce point sur l'année précédente. Je ne puis retrouver les tableaux dressés chaque année pour corriger l'erreur. Je copie mes notes telles que je les ai données à Monseigneur, mais je signale l'erreur.)
    Un catéchiste y avait été envoyé, mais la misère des temps n'avait pas permis de donner aux catéchumènes une instruction suivie. Au mois d'août, une visite par les PP. Dabin et Valiez leur fut donnée et les catéchumènes demandèrent à aller s'établir en village près de leurs champs, sur les bords d'une petite rivière, le Se. Déjà ils s'étaient construit de petites huttes et voulaient y élever un petit oratoire pour servir de lieu de réunion et de demeure pour le père. Le village nouveau prit le nom de Ban Se Song, à cause d'un coude prononcé que fait la rivière en cet endroit.
    Le P, Valiez qui commençait à comprendre un peu la langue, supplia qu'on le laissât s'établir au milieu de ces braves gens. Il alla s'y établir au mois de septembre.
    Quelques jours plus tard, le P. Guégo qui n'avait pas vu Bangkok depuis 1884, fut envoyé pour diriger la caravane annuelle.

    1893

    Le P. Guégo revenait de Siam, amenant avec lui le P. Ambroise Xun, l'un de nos anciens catéchistes, retourné depuis trois ans à Bangkok pour faire ses études théologiques et recevoir les saints ordres. L'on comptait sur un plus grand nombre de prêtres indigènes ; cependant Mgr Vey faisait espérer qu'au mois de mai, après l'ordination qu'il se proposait de faire, il pourrait nous envoyer de l'aide.
    A l'époque fixée, on envoyait quatre chars et des hommes jusqu'à Thakien chez le P. Voisin, mais le conflit franco siamois venait d'éclater. Monseigneur jugea imprudent dé laisser les nouveaux prêtres se mettre en route, craignant des vexations de la part des soldats préposés aux douanes et aux passages de la montagne. Conducteurs et chars durent stationner jusqu'en janvier à Thakien. Ce contretemps entraîna une forte dépense pour la petite mission du Laos, qui dut payer les gens loués pendant plusieurs mois.
    Le conflit franco siamois, dont je n'ai pas à parler ici mit un peu de perturbation dans la mission du Laos. On exigea le service militaire pour un certain nombre de jeunes gens ; d'autres furent appelés pour faire le service de la réserve ; presque tous les adultes durent faire de lourdes corvées pour transporter le riz et les approvisionnements sur les bords du Me-khong, et même jusqu'aux frontières de l'Annam et du Tonkin.
    Les villages se trouvèrent dépourvus d'hommes pour le travail des champs. En beaucoup d'endroits, malgré la pénurie de riz, on réquisitionna les greniers. Les chrétiens de la ville d'Oubon furent cependant privilégiés : à part six soldats qui durent prolonger leur temps de service, les habitants du Bung-kathéo, Ban bua, Ban bang, Kang-kung, échappèrent aux corvées, grâce à la bienveillance du prince Pichitr, qui gouvernait la région.
    Par ailleurs, une épreuve d'un nouveau genre mit le trouble dans la chrétienté : une caserne fut installée à la limite du village, un peu sans doute pour nous surveiller. Les soldats siamois et khôratiens insultèrent souvent nos chrétiens et firent entendre des menaces sans cependant en arriver aux voies de fait. Mais le grand mal fut dans la perte d'une quinzaine de jeunes filles qui se laissèrent entraîner au mal, et allèrent vivre en concubinage avec ces soldats. Plus tard quelques-unes revinrent à résipiscence, d'autres, hélas ! Suivirent leurs corrupteurs à Bangkok, après la guerre, et je n'en ai plus entendu parler.
    Malgré l'état des esprits, le prince Pichitr continua à avoir de bons rapports avec la mission.
    Le P. Ambroise, prêtre indigène, venu de Bangkok avec le P. Guégo, fut placé à Kham-kom, pour aider le P. Bondel dans l'administration des diverses chrétientés qu'il visitait sur la rive gauche du Me-kong. Le P. Gabriel, son prédécesseur auprès du P. Rondel, fut envoyé auprès du P. Combourieu à Sakon.
    Les derniers jours de juillet amenèrent la fin des hostilités entre la France et le Siam. Les habitants purent retourner à leurs champs. On eut encore le temps de faire le repiquage du riz et la récolte put se faire. Depuis trois ans que la famine torturait le pays, on soupirait après un léger adoucissement. Cette récolte tardive mais abondante fit un peu oublier les souffrances passées.
    Du côté de Sakon de nombreuses difficultés s'étaient élevées, suscitées par le gouverneur de la province, dont l'animosité contre les chrétiens et les missionnaires ne désarmait pas. Il était soutenu par les mandarins de la suite du prince Prachak, vice-roi de la région. Un certain nombre de familles furent entraînées' à l'apostasie, et volèrent les boeufs et les buffles que les Pères leur avaient confiés pour les aider à cultiver leurs champs.
    A son retour à Oubon, le P. Prodhomme prépara le dernier voyage pour Bangkok avec la caravane de chars. Le Me-kong, reconnu du domaine colonial de la France, allait être parcouru par les convois du gouvernement et l'on parlait déjà de l'installation d'un service de messagerie à vapeur.
    Le Père portait à Bangkok le résultat du compte rendu. Oubon n'avait plus que 552 chrétiens. 62 baptêmes avaient été administrés ; 421 confessions annuelles, 2.505 de dévotion ; 381 communions pascales, et 2.517 de dévotion.

    1894

    Au mois de mars, le P. Prodhomme revenait avec trois Pères : le P. Gratien et les deux prêtres indigènes, Lazare Uet et Athanase Phai. Malgré son désir de regagner promptement Lakhon, la sécheresse le contraignit à attendre que les fêtes de Pâques fussent terminées. Le P. Lazare resta à Oubon, le P. Athanase prit les devants et partit à cheval pour Sakon.
    Le P. Gratien, pris de la fièvre des bois, ne put partir avec la caravane et dut attendre jusqu'au mois de juin pour se mettre en route pour Lakhon. Le P. Dabin fut chargé d'accompagner le nouveau Père.
    A la même époque, le P. Valiez, résidant à Ban Se Song, fut attaqué chez lui par des brigands et eut un enfant blessé sur sa maison. Un procès s'ensuivit; il devait être jugé rapidement, les coupables étant connus. Mais le prince Pichitr n'était plus là, il avait quitté Oubon dès les premiers jours de l'année. Son successeur et son frère, le prince Samphasit, n’avaient pas, comme lui, de bonnes dispositions envers la mission, il avait la haine des Français au coeur. Ce procès prit une mauvaise tournure.
    On s'en prit à deux chrétiens de Ban Se Song, sous prétexte d'insubordination aux mandarins de Jasunthon. Ils furent mis en prison où ils demeurèrent deux ans, et on leur fit payer une forte somme. Ce coup de force affecta beaucoup le P. Vallez, qui s'irritait de l'injustice commise.
    A Lakhon, le P. Rondel dirigeait la mission avec le P. Ambroise. Des changements eurent lieu : le P. Pierre Excoffon quitta Champhen pour prendre la direction du séminaire avec le P. Ambroise comme aide. En même temps le P. Pierre s'occupa de la paroisse. Le P. Gabriel fut envoyé à Champhen, le P. Delalex, quittant le séminaire, prit soin de la chrétienté de Keng-sadok, et dut pourvoir à l'installation d'une chrétienté naissante, à l'embouchure de la rivière San, ou Pak-san, sur l'emplacement d'une petite ville abandonnée nommée Borikan.
    A Oubon, dès que la famine eut cessé de torturer la population, et qu'un léger soulagement eût été apporté par la moisson nouvelle, l'on songea sérieusement à construire une nouvelle église ; l'accroissement de la population avait rendu l'ancien hangar qui en tenait lieu trop étroit. Elle était bien peu décente pour les saints mystères qui s'y accomplissaient tous les jours, malgré tous les efforts pour cacher sa pauvreté. Des arbres coupés sur les bords du Moun, et livrés aux scieurs de long formés par les missionnaires, donnaient déjà une belle réserve de madriers.
    Le P. Couasnon s'était chargé de distribuer le travail à ses chrétiens pour fournir de beaux arbres devant former les colonnes de la nouvelle église. En quelques semaines une vingtaine étaient déjà abattus et façonnés; il ne restait plus qu'à les traîner à l'eau et les conduire à pied d'oeuvre. Ce travail difficile fut accompli par les chrétiens d'Oubon au nombre d'une soixantaine, aidés par les chrétiens du P. Couasnon. Au moment de les tirer de l'eau et de les amener sur remplacement déterminé, toute la population, hommes, femmes, enfants, s'attela avec entrain pour traîner ces arbres de forte grosseur et de 10 mètres de long.
    Depuis quelques années déjà, une briqueterie et une tuilerie avaient été créées à l'extrémité du village, et fonctionnaient malgré mille difficultés, et permettaient de songer à une construction en briques et à une couverture en tuiles pour la nouvelle église.
    Le petit couvent pour la formation des religieuses avait lui aussi prospéré sous la direction des deux religieuses indigènes venues de Bangkok. Dix-huit novices se formaient à leurs nouveaux devoirs. Le but, comme on l'a dit, était de former des maîtresses d'école, et des directrices des orphelins près des résidences des missionnaires. On comptait aussi sur leur concours pour aider à instruire les femmes et les enfants de leur sexe. Mais, hélas ! Quel travail pour les former ! Elles ne portent en venant que leur bonne volonté ; il faut leur apprendre à rejeter la forte dose d'égoïsme qu'elles héritent du paganisme, puis faire leur instruction, car la plupart arrivent, ne sachant ni lire, ni écrire, ni compter ; à peine savent-elles tant bien que mal coudre un habit, quand on le leur donne tout taillé. Tout doit leur être appris. Elles sont encore longtemps incapables de pouvoir contribuer à une partie de leur entretien par leur propre industrie.
    Dans les premiers jours du mois d'août, Mgr Pavie, commissaire du gouvernement français pour aller examiner si les articles du traité de 1893 étaient exécutés et établir sur le Mékong des agents français, dits agents commerciaux, passa par Oubon, avec son secrétaire, M. Caillat, son interprète, et un jeune sous-lieutenant de race cambodgienne. Malgré son dénuement, sa résidence de Luang-prabang ayant été dévorée par les flammes avec presque tous ses effets peu de temps après son départ, il fit cadeau d'un tapis pour l'église avec une généreuse offrande pour les orphelins.
    Durant le cours de cette année, la fondation d'une chrétienté à Bassac fut décidée, le motif qui en avait retardé l'établissement n'existant plus. Ce poste, outre qu'on avait l'espérance fondée de réunir un grand nombre de catéchumènes, permettrait au missionnaire qui y résiderait d'exercer les fonctions de procureur pour recevoir les caisses et les envois faits par la voie de Saigon.
    Un poste militaire et un commissaire du gouvernement français s'établirent à Ban-muang, sur la rive française, en face de la ville de Bassac. Un service de pirogues et la poste fonctionnaient déjà sur le fleuve. Le P. Couasnon fut désigné pour cette fondation. Divers motifs firent différer le départ, mais dans les derniers mois de l'année, le P. Prodhomme vint et emmena le P. Couasnon. Tous deux parcoururent les rives du fleuve afin de trouver un endroit convenable pour la nouvelle fondation. L'endroit choisi fut un assez bel emplacement à 3 kilomètres au-dessous de la ville de Bassac, entre deux ruisseaux, près d'un antique village païen qui porte le nom de Phra-non, à cause d'une énorme statue de Bouddha se trouvant au milieu de la pagode.
    Par suite du départ du P. Couasnon, le P. Lazare, prêtre indigène, fut chargé de le remplacer à Sithan.
    Cette fondation nouvelle ayant occupé le P. Prodhomme plus qu'il ne comptait, le voyage de Bangkok dut être retardé. L'exercice se clôturait pour le district d'Oubon, par 660 chrétiens, dont 83 baptêmes pour l'année 3.114 confessions de dévotion, 480 confessions annuelles ; 450 communions pascales, et 3.259 de dévotion.

    1895

    Depuis l'incident franco siamois, la mission n'avait pas à se louer de ses rapports avec les autorités comme par le passé ; une sourde haine se manifestait contre les missionnaires et contre les chrétiens, comme si les missionnaires et leurs néophytes avaient été pour quelque chose dans les difficultés qui avaient surgi.
    Depuis le mois de mars, deux chrétiens étaient en prison sans motif plausible ; ils y demeurèrent malgré la preuve de leur innocence et les démarches faites en leur faveur. C'étaient des chrétiens de Ban Se Song que dirigeait le P. Vallez. Cette incarcération arbitraire affecta beaucoup ce pauvre père, qui ne sut pas se raidir contre l'épreuve et l'accepter comme un gage d'espérance pour les progrès de son troupeau dans l'avenir
    A Oubon même, un catéchumène fut également arrêté et mis en prison. Il se nommait Kot. Le seul motif qu'on allégua fut, qu'étant Siamois, il était traître à son pays en voulant se faire chrétien. Le pauvre jeune homme se morfondait en prison où il vivait enchaîné et dans une saleté repoussante. (Après quatre ans de prison à Oubon, il a été transféré à Bangkok et l'on n'a plus entendu parler de lui.)
    Aux deux prisonniers dont il a été question, on a fait entendre que s'ils voulaient apostasier et quitter le village chrétien, on leur rendrait la liberté. Demeurés fermes dans leur foi, ils n'ont été relâchés qu'après plus de deux années.
    Vers le 2 février, le P. Prodhomme, de concert avec le P. Couasnon, ayant solidement fondé la mission à Bassac et groupé autour d'eux un certain nombre de familles de catéchumènes, le provicaire se décida à partir à Bangkok par le Mékong. Il put profiter des convois français pour se rendre à Krathié, au Cambodge, point extrême où les messageries fluviales de Cochinchine accostent toute l'année. De là le voyage se fit aisément par vapeur, et touchant à Phnom-penh et Saigon ; de Saigon à Bangkok par voie de mer.
    Le séjour à la capitale du Siam fut assez court. Malgré ses instances, le provicaire ne put obtenir de Mgr Vey qu'un missionnaire, le P. Anselme Excoffon qui avait passé quelques mois sous la direction du bon P. Schmit à Pétrin.
    Huit jours avaient suffi pour amener les voyageurs aux portes du Laos. Le choléra sévissait à Pnom-penh et sur tout le parcours du Me-khong jusqu'à Bassac. Tous les convois d'officiers étaient interrompus. Il fallut séjourner quelque temps à Pnompenh. A force de démarches, les voyageurs purent se mettre en route, mais de combien d'incidents et d'accidents même leur voyage fut rempli ! Enfin le 6 mai ils arrivaient à Bassac où ils purent se reposer un peu. (Le récit de ce voyage si tourmenté et plein d'anecdotes a été publié dans le Bulletin de l'Œuvre des Partants, n° 30, janvier 1896.)
    Pendant ce temps, on travaillait avec activité à Oubon à lever les colonnes de la nouvelle église. C'étaient des arbres de 10 mètres de haut et d'une grosseur proportionnée. Le travail commencé le 19 mars se continua pendant dix jours. La modicité des moyens, l'inhabileté des ouvriers improvisés rendaient le travail dangereux et pénible ; tout cependant se termina sans accident.
    La saison des pluies commençait ; les voyageurs venant de Bangkok avaient subi les premières averses pendant leur longue pérégrination. Les colis étaient détériorés, les pertes nombreuses. Ils équipèrent de nouvelles barques chez le P. Couasnon à Bassac pour transporter leur chargement jusqu'à Oubon. Pour eux ils prirent la voie de terre, ce qui leur permit de passer quelques jours à la mission pour se reposer. Des chevaux qui leur furent préparés les amenèrent en quatre jours. Le P. Excoffon qui n'avait pas l'habitude du cheval était très fatigué en arrivant au terme du voyage le l1 mai.
    Après douze jours de repos, il fallut se remettre en route pour Lakhon, avec une petite caravane de chars, jusqu'au village de Hua-don-tan où des barques leur permirent de terminer le voyage sans trop de difficultés. Enfin, le 6 juin ils abordaient à Hong-seng, petite chrétienté sur les bords du Me-khong, près du village de Kham-kon résidence du provicaire.
    La question de la division de la mission se discutait à l'évêché de Bangkok. La difficulté des communications, l'accroissement des chrétiens, les affaires à traiter, enfin la modicité des secours alloués, faisaient désirer une autonomie qui semblait devoir être favorable à la nouvelle mission : Aussi, Sa Grandeur, pour montrer à tous son sentiment, et faire entendre que des pourparlers avaient été entamés avec le Conseil de Paris, dit à la fin d'un repas où un certain nombre de missionnaires étaient réunis avec le provicaire du Laos : « Messieurs, saluons la mission fille qui bientôt sera la mission soeur ».
    Au mois de novembre, à l'issue de la retraite commune qui était présidée par le provicaire à Kham-kon les missionnaires exprimèrent le désir qu'une localité fût choisie pour devenir la résidence du provicaire et le centre officiel de la mission afin d'y adresser les correspondances et y traiter les affaires générales. Les autorités siamoises aussi bien que les autorités françaises ne savaient ou s'adresser, le provicaire étant sans résidence attitrée, tantôt dans un lieu, tantôt dans un autre, vivant chez les missionnaires soit pour les aider dans leur travail, soit en voyage d'une chrétienté dans une autre.
    Après avoir débattu longtemps les avantages et les inconvénients de plusieurs localités, l'accord se fit pour le petit village de Nong-seng, à cause de sa position abordable sur le bord du fleuve, sa proximité de la ville de Lakhon, et la facilité d'y arriver des points éloignés de la mission du Nord. Les missionnaires du Bas Laos réclamèrent un peu, mais le nombre de leurs chrétiens et des stations étant de beaucoup inférieurs à celui du Nord, il fallut céder.
    Il s'agissait de construire une résidence que tous voulaient assez vaste, afin d'être le lieu de réunion pour la retraite, ou pour recevoir les missionnaires fatigués ou malades qui pourraient avoir besoin de repos. Il fallait aussi y établir une procure. Le provicaire consentit à tout mais s'excusa, disant que, ne possédant rien, la mission ayant toujours vécu au jour le jour, il n'avait absolument aucune avance pour commencer.
    Aussitôt plusieurs élevèrent la voix et dirent : Cotisons-nous. En effet, sur le champ une liste fut dressée et une souscription commencée. Chacun donna de sa pauvreté selon la mesure de ses forces. La somme souscrite tant en argent qu'en matériaux à fournir, pouvait former un total de 800 ticaux, somme bien faible et bien insuffisante pour le bâtiment projeté. Quoi qu'il en fût, tous dirent au provicaire : allez de l'avant et faites bien ; comptons sur la Providence ; le travail pourra être long, mais il se fera petit à petit.
    Un missionnaire d'Oubon avait assisté à la retraite et s'était engagé pour les missionnaires du Bas Laos. Peu de temps après, le travail était distribué entre les chrétiens afin de se procurer les colonnes à couper dans la forêt, et que l'on devait diriger sur Nong-sen, à l'époque des hautes eaux.
    Ainsi s'achevait l'année 1895. Pour toute la mission, il y avait 7.045 chrétiens ; 1.985 catéchumènes, 4.593 confessions annuelles, 17.958 de dévotion, 3.080 communions pascales, 14.886 communions de dévotion, 95 mariages.
    La région d'Oubon ou du Bas Laos comptait 991 chrétiens, 124 baptêmes, 605 confessions annuelles, 2.608 confessions de dévotion ,478 communions pascales, 2.391 communions de dévotion.

    1896

    Le Père provicaire, outre son travail d'administration ordinaire, avait à préparer le terrain et les matériaux nécessaires pour la construction décidée pendant la retraite précédente. En principe, le village de Nong-sen était le lieu désigné. Un examen attentif le décida à transporter les bâtiments, qui jusque-là avaient servi d'église un peu plus bas, dans la forêt où l'on pouvait se tailler un vaste enclos sans être gêné par aucun voisin. Il fit commencer aussitôt les travaux de défrichement, et pendant que ce travail s'accomplissait, il partit pour Bassac activer les travaux de fondation de cette station, et envoya le P. Couasnon à Pnom-pente recevoir le nouveau confrère que l'on nous envoyait de Bangkok. Ce père était le P. Edmond Jantet qui avait passé quelque temps au collège de l'Assomption.
    Le voyage de Krathié à Bassac dut encore se faire en pirogue. Cependant dès cette époque s'agitait la question de la navigation sur le Me Kong. De petites chaloupes à vapeur établies dans les différents biefs, devaient permettre aux hautes eaux des voyages plus rapides et moins pénibles. Déjà le gouvernement avait établi une petite chaloupe à vapeur pour le service de ses agents ; aussi, ces messieurs purent en user pour un petit trajet, la baisse des eaux ne permettant pas tout le parcours.
    Ce nouveau Père fut laissé comme compagnon au P. Couasnon afin qu'il pût apprendre le laotien et s'exercer au ministère sous sa direction. Cependant le P. Prodhomme voulut lui faire voir Oubon et les confrères qui y séjournaient; aussi vinrent-ils à cheval et passèrent-ils à Oubon les fêtes de Pâques ; de là le proviciaire reprit la route du Nord malgré ses travaux de construction. Cette année 1896 se passa toute en voyages.
    Le P. Valiez, dans son nouveau poste de Ban Se Song, avait éprouvé beaucoup de fatigues et d'ennuis; sa santé s'altéra, et peu de temps après, il dut abandonner son poste. Au commencement de juin, le P. Prodhomme vint le chercher à Oubon où on l'avait conduit et ils partirent ensemble pour Songkhon. Là le P. Vallez demeura chez le P. Guégo pendant que le Père provicaire appelé par les affaires urgentes, continuait sa route vers Sakon et Nong-kaï.
    Arrivé à Nong-khaï où résidait le P. Rondel, ce dernier n'y était plus ; deux jours avant il s'était mis en route pour Bangkok, prenant vers l'Est les chemins qui conduisent à Muang-lom, Muang-loi et le Me-nam-sak dont il voulait suivre le cours pour arriver à Jutthia.
    Descendu de Nong-kaï vers les premiers jours de juillet, le P. Prodhomme partait accompagné du P. Vallez pour le Tonkin et Hong-kong en prenant la voie de terre. Le P. Vallez fut laissé à Hong-kong, et le P. Prodhomme revint à Saigon, et continua sa route jusqu'à Bangkok.
    Quelques heures après lui arrivait également à Bangkok un jeune missionnaire venant de Paris. Le P. d'Hondt, provicaire de Siam, en l'absence de S. G. Mgr de Geraza, rentré en France malade, désigna ce nouveau Père pour le Laos. Aussi, à peine après deux jours de repos, le P. Hospitalier reprenait la mer pour venir au Laos avec le P. Prodhomme. Plus heureux que ses devanciers, le nouveau Père put faire son voyage en barques à vapeur.
    Arrivés aux chutes de Khône, ils virent les nouveaux bateaux que la Compagnie des messageries fluviales s'apprêtait à mettre en service. Ils étaient déjà montés sur des wagonnets, destinés à les transporter à travers l'île, et à les lancer dans le bief au-dessous des grandes cataractes. Le commandant supérieur du Bas Laos, M. Tournier, mit à la disposition des Pères sa propre chaloupe, qui les conduisit jusqu'à Bassac.
    Le provicaire remonta jusqu'à Oubon, laissant à Bassac le P. Hospitalier, pour apprendre la langue sous la direction du P. Couasnon. Le P. Jantet qui achevait son instruction laotienne à Bassac accompagna le P. Prodhomme qui le laissa à Oubon pour y exercer le saint ministère avec son confrère plus ancien.
    La chrétienté de Ban-uet qui était déjà fondée depuis quelque temps, et confiée aux bons soins du P. Lazare et d'un jeune catéchiste, donnait les plus belles espérances.
    La construction de l'église d'Oubon n'avait pas eu d'interruption. Malgré le petit nombre d'ouvriers, un seul maçon et un menuisier aidés par quelques jeunes gens de la mission, elle allait bientôt être terminée. Le 13 avril, le P. Prodhomme y érigeait un nouveau chemin de croix, don de S. G. Mgr Vey. Deux belles statues de Saint-Joseph et du Sacré Coeur, don d'une généreuse bienfaitrice de France, étaient déjà placées sur les autels.
    Les résultats de l'exercice 1896 se clôturaient pour le Bas Laos, par 1.115 chrétiens, 1.299 baptêmes, 678 confessions annuelles, 2.891 confessions de dévotion, 17 mariages.

    1897

    Rentré à Nong-seng, le P. Prodhomme poussa avec activité les travaux de la résidence principale de la mission. Colonnes et bois de sciage avaient été accumulés ; des ouvriers annamites et quelques laotiens chrétiens travaillaient avec ardeur; on eut recours aux messageries fluviales pour avoir des câbles qui permirent d'élever les colonnes de charpente.
    Dans le courant de janvier, les missionnaires de Bassac firent à Oubon une courte visite à la suite de laquelle un bon nombre de chrétiens de Si-than se décidèrent à émigrer pour aller à Bassac. Leur décision fut conclue par l'espoir de trouver des champs plus productifs, et aussi par le désir de se trouver plus près d'une église où un Père était à résidence.
    Le P. Vallez, revenu de Hong-kong, se retira de la mission.
    Vers le mois de juillet, S. G. Mgr Vey, encore en France et assez bien rétabli, annonça son intention de venir faire sa visite au Laos, se proposant de rentrer ensuite à Siam. Vaine attente. Au dernier moment Sa Grandeur nous écrivit qu'elle renonçait à ce voyage.
    Le P. Rondel qui était rentré à Bangkok par une nouvelle voie, comme nous l'avons indiqué plus haut, au lieu de revenir au Laos, reçut une nouvelle destination dans le Siam; il fut envoyé du côté de Pachim et Nakhonnajok, et se livrait à l'instruction des Laotiens, cantonnés dans ces provinces.
    Trop occupé pour faire le voyage à Bangkok, le provicaire confia ce soin avec les commissions de procure au P. Couasnon qui profita du nouveau service des messageries, et partit au mois d'octobre.
    Vers la fin de l'année, le P. Prodhomme autorisa le P. Delalex à faire le voyage du Tonkin, afin de voir son jeune frère envoyé dans cette mission. En même temps, Le P. Combourieu qui l'accompagna poursuivit son voyage jusqu'à Hongkong. Il devait soigner sa santé fortement ébranlée depuis quelque temps, et s'occuper à la maison de Nazareth de la création d'un type de caractères laotiens, afin de pouvoir imprimer en cette langue nos livres de religion et livres d'étude pour les enfants de nos écoles. Le R. P. Monnier, directeur de l'imprimerie, se chargea de tenter ce travail.
    A Oubon, les chrétiens désireux de voir l'achèvement de leur église s'étaient partagés en sections de dix personnes pour venir chaque jour faire des corvées à tour de rôle. Ils apportaient la terre pour les remblais, le sable et les briques pour les murs. On espérait que le vicaire apostolique si vivement attendu aurait pu bénir la première grande église construite au Laos.
    Le P. Couasnon revint de Bangkok avec un nouveau missionnaire, le P. Rouyer qui avait passé quelques mois comme professeur de français au collège de l'Assomption à Bangkok.
    La retraite commune avait été finie vers la mi-novembre dans la nouvelle résidence dont les travaux avaient été poussés avec une grande activité. Bien qu'inachevée, on avait pu y aménager des chambres et une petite chapelle, et les exercices de la retraite s'y firent régulièrement.
    Les P.P. Jantet et Lazare s'y étaient rendus d'Oubon ; le P. Lazare reçut une destination nouvelle; il fut placé comme professeur au séminaire de Don-dôn, à la place du P. Ambroise qui vint aider le P. Prodhomme à Nong-seng et faire l'administration des chrétientés annexées à cette église. Le P. Anthelme Excoffon qui faisait l'administration de la chrétienté de Khamkom, alla fonder un nouveau district et établit sa résidence à Sieng jun, chrétienté déjà nombreuse qui avait quelques annexes sur les deux rives du Me Kong.
    L'exercice 1897 donna pour Oubon, Bassac étant un district séparé, 1.117 chrétiens ; 176 baptêmes, 1.056 confessions (?) annuelles, 3.544 confessions de dévotion, 620 communions pascales et 5.151 communions de dévotion.
    Le P. Hospitalier, compagnon du P.Couasnon à Bassac, partit pour la retraite, accompagnant les convois de colis pour la mission, mais ne put arriver à temps pour l'ouverture. Son voyage en pirogue, sur le Me-khong, de Bassac à Lakhon, avait été long et difficile. La navigation sur le grand fleuve à partir de l'embouchure du Moun jusque vers le village de Hua-dontan est extrêmement difficile à cause des rapides qui se succèdent jusque bien au-dessus de Kemmarat. Un rapide appelé Keng-sa est surtout redouté à cause de la rapidité du courant et des tournants d'eau qui se forment comme des entonnoirs sur un long parcours. Les vapeurs n'osent pas s'y aventurer, et les pirogues ne peuvent franchir ces passes difficiles qu'avec lenteur et une grande fatigue pour les piroguiers. Bien souvent les barques coulent, et les marchandises sont perdues.

    1898

    Le P. Provicaire, à la clôture de la retraite, décida que la bénédiction de l'église d'Oubon se ferait le 16 janvier, et il invita les missionnaires à s'y rendre en aussi grand nombre que possible. Malgré le peu de temps disponible avant la grande solennité, la première qui dut se faire au Laos, les fidèles pleins de joie, se mirent à préparer ce qu'il fallait pour la fête. Les hommes, les femmes, les jeunes filles travaillaient à l'envi, soit à préparer un feu d'artifice, soit à confectionner et coudre des oriflammes. Les femmes se réunissaient au couvent sous la direction des religieuses.
    Vers le 10 janvier, arrivait le P. Rondel, venant de Bangkok. En passant à Bassac, il prit avec lui le P. Rouyer. Bientôt après, les Pères du Nord sont annoncés; le P. Provicaire arrive, suivi peu après du Supérieur, des professeurs et des élèves du séminaire de Don-don. L'arrivée successive des missionnaires met en joie toute la chrétienté. Les religieuses, déjà envoyées dans les stations du Nord et qui rentrent au couvent pour faire quelques mois de récollection, arrivent, elles aussi, précédées du P. Guégo. Enfin, les missionnaires de la région de Sakon arrivent les derniers. C'était pour nous tous une grande joie de nous retrouver en aussi grand nombre. Des différentes chrétientés du district d'Oubon, les chrétiens et les catéchumènes arrivèrent en foule.
    La vieille masure qui si longtemps avait servi d'église, convertie en vaste dortoir, servit d'asile à tous ces chrétiens. Par une ingénieuse disposition des chefs de famille d'Oubon, les repas de chaque jour furent préparés pour cette nombreuse assistance. A l'heure du repas, chaque groupe envoyait l'un de ses membres recevoir sa part à la cuisine approvisionnée par des familles qui s'étaient partagé les jours de la semaine pour nourrir les invités à tour de rôle.
    Deux jours avant la fête, les confessionnaux étaient assiégés par les fidèles, dont un grand nombre étaient préparés pour recevoir le sacrement de confirmation.
    Le 16, l'église nouvelle, ornée autant que l'avaient permis les faibles moyens de la population, attendait la bénédiction solennelle. Dès le matin, cloche et tambours annonçaient au village et à la ville la grande solennité.
    Dès l'aube, l'église était comble, et aux premières messes, plus de 400 communions furent distribuées. Avant la grand’messe eut lieu la bénédiction selon les rites de la Sainte Enlise : Le provicaire assisté de dix missionnaires, fit processionnellement le tour de l'église, suivis de la foule qui demeura autour des portes,
    Après la bénédiction de l'église, eut lieu la cérémonie de la confirmation, à laquelle prirent part 118 personnes. Une messe solennelle avec diacre et sous-diacre fut chantée par le provicaire. Les élèves du séminaire avec les missionnaires, soutenus par l'harmonium, chantaient à la tribune. Jamais l'assistance que l'église suffisait à peine a contenir, n'avait vu pareille fête.
    Le soir, les vêpres furent chantées, suivies de la bénédiction solennelle du T. S. Sacrement. La fête se termina par des agapes fraternelles auxquelles furent invités le prince Sam-phasit et ses plus hauts mandarins, le Phaja Si, Luang Jôthi Borirath. Le prince voulut bien accepter l'invitation et arriva à l'heure fixée.
    Le missionnaire était heureux de voir réunis autour de sa table en ces jours de fête, ces anciens mandarins toujours pleins d'égards pour la mission ; il avait tenu à leur montrer son estime et sa reconnaissance pour la cordialité montrée à son égard, et pour les services rendus aux chrétiens depuis l'établissement de la religion à Oubon.
    A la fin du repas, un toast fut porté par le missionnaire au prince, pour le remercier d'avoir bien voulu s'associer à la fête, et à tous les Pères qui n'avaient pas été arrêtés par les fatigues d'un long et pénible voyage, afin de se réjouir ensemble du progrès de la religion et glorifier Dieu dans le premier temple élevé à la gloire de son nom sur la terre du Laos. Le prince voulut bien lui aussi élever la voix, et en quelques paroles aimables et choisies, il promit de seconder les missionnaires dans leur oeuvre de civilisation et de bienfaisance envers les populations confiées à ses soins.
    Fasse la Providence que les actes ne démentent pas ces bonnes paroles.
    Aussitôt après, le feu d'artifice fut tiré à la grande joie des enfants et aussi des grandes personnes qui aiment ces fêtes auxquelles elles ne sont pas habituées.
    Le lendemain, une messe solennelle de Requiem fut chantée pour le P. Sallio, les bienfaiteurs de l'église et les fidèles qui ont terminé ici leur vie mortelle.
    Un acte de la cérémonie fut dressé et inscrit au registre des baptêmes, et tous les missionnaires présents y apposèrent leur signature.
    Quelques semaines auparavant, une circulaire du séminaire de Paris, accompagnée d'une lettre de S. G. Mgr Vey, vicaire apostolique de Siam, apprenait aux missionnaires du Laos que la Sacrée Congrégation de la Propagande prenant en Considération la demande du Vicaire Apostolique, se disposait à séparer le Laos du Vicariat de Siam, et invitait les missionnaires à se réunir pour procéder à l'élection d'un vicaire apostolique.
    Le 17 janvier au soir le vote secret eut lieu, et les lettres et bulletins de vote furent expédiés le 18 à Bassac pour être envoyés en France, afin de proposer à Rome un candidat.
    Les fêtes terminées, chacun se prépara au retour. Au moment où les missionnaires allaient se quitter, arriva à Oubon le Vice Consul de France que le gouvernement de la République avait résolu d'établir dans cette ville. Le P. Prodhomme et quelques missionnaires s'empressèrent de rendre visite au représentant de la France. Le premier titulaire de ce nouveau consulat était M. Gabriel. Ferrand.
    A partir de la bénédiction de l'église, le provicaire confirma ce qui se pratiquait depuis quelque temps déjà : les missionnaires chargés de l'administration dans la province d'Oubon, n'avaient plus de résidence fixe dans les stations de l'extérieur. Réunis en communauté, ils voyageaient, administrant les différents postes, et revenaient prendre quelques jours de repos en commun.
    A la fin de janvier, le P. Hospitalier était envoyé à Oubon pour aider le P. Dabin avec le P. Jantet. La maison qui servait de résidence depuis 14 ans, quoique vaste, par suite d'agrandissements successifs, offrait bien des inconvénients. Manquant de portes et de fenêtres, on regrettait de ne pouvoir la fermer, surtout pendant les longues absences des missionnaires. En outre, un commencement d'incendie dû à l'imprudence d'un enfant avait failli anéantir tout l'avoir de la mission. Le P. Dabin résolut de construire une maison en briques à deux étages. II put mettre son projet à exécution, grâce à un don généreux du P. Rondel, et à d'autres dons de différentes personnes.
    Le nouvel édifice, commencé vers la fin du mois de février était à peu près habitable quand les Pères vinrent s'y établir vers la fin du mois de septembre. L'achèvement se fera peu à peu, quand les moyens le permettront.
    Pour la seconde fois, la fête du T. S. Sacrement fut célébrée avec solennité, et la procession fit le tour de l'église. Cette procession, inaugurée l'année précédente, apprend aux chrétiens à rendre hommage à Notre Seigneur, cacher sous les espèces sacramentelles. Il semble que depuis ce moment, la foi de plusieurs ait augmenté et soit devenue plus ferme.
    Dans le courant du mois d'août, un avis communiqué aux missionnaires leur apprit que les votes pour l'élection du vicaire apostolique n'avaient pas donné de résultat suffisant, et que de nouveaux votes devaient être faits et envoyés à Paris.
    A la même époque, l'église d'Oubon recevait une magnifique cloche, achetée par souscription, et par un don des anciens élèves du collège de Combree (Maine-et-Loire), ainsi que l'indique la légende inscrite sur ses contours.
    Le P. Prodhomme descendait de Lakhon dans le courant du mois d'août, et partait pour Bangkok porter le compte rendu de la mission. Le voyage, accompli en vapeur pour la plus grande partie du parcours, ne demandait plus autant de soucis et de fatigues.
    Le compte rendu d'Oubon pour 1898 (du 1er août 1897 au 1er juillet 1898, donne 1.278 chrétiens en 9 stations principales; 167 baptêmes, 1.179 confessions annuelles, 3.695 de dévotion; 690 communions pascales, 4.052 communions de dévotion.
    Le P. Prodhomme revenait de Bangkok au mois d'octobre, bien triste et abattu. Sa Grandeur était malade à l'hôpital St Louis de Bangkok. Il ne put obtenir de nouveaux confrères, et l'allocation annuelle fut diminuée.
    A son passage à Saigon, la douane lui fit payer des droits énormes pour quelques ballots qu'il avait achetés à Bangkok pour les missionnaires. De plus, parmi les colis confiés aux messageries fluviales, plusieurs caisses contenant du vin de messe, des étoffes et des médecines furent perdues dans les rapides près de Kemmarat. Il devint impossible de donner aux confrères, outre leur viatique, le petit supplément habituel qui les aidait à vivre et à soutenir leurs oeuvres.
    Le provicaire, par suite de cette pénurie, dut arrêter en partie les travaux de construction de la résidence, et la laisser dans l'état où il la trouva à son retour. On dut diminuer le nombre des élèves du séminaire de Don-dôn, en renvoyant chez leurs parents ceux qui donnaient le moins de satisfaction. Les plus avancés furent envoyés dans les postes pour exercer les fonctions de catéchistes. Un peu partout dans la résidence on ressentit la gêne.

    1899

    A Oubon, la construction d'un nouveau couvent pour le noviciat des religieuses indigènes était commencée ; les matériaux de l'ancienne résidence, mieux agencés en faisaient les frais. L'on se proposait de construire les cloisons en briques, et d'utiliser le rez-de chaussée pour y établir un réfectoire, une salle d'étude et une salle de couture. Les cloisons étaient déjà montées à trois mètres du sol. Devant la pénurie des ressources, les travaux furent interrompus, la presque totalité des novices renvoyées à leurs familles.
    Dans le courant de février, le P. Dabin dut faire un voyage à Lakhon, pour préparer le rapatriement des novices venues du Nord, et s'entendre avec le provicaire pour le retour de quelques religieuses. En cours de route, il eut occasion de s'arrêter à Sieng-vang où le P. Guégo avait fondé depuis deux ans une nouvelle chrétienté. Le père a recueilli et instruit dans celte station de nombreuses familles que les Français ont arrachées à leur pays limitrophe du Tonkin, sous prétexte qu'ils favorisaient les pirates, et les ont emmenés sur les bords du Me-Khong, au poste français de Fak-hin-bun. Là ces malheureux mouraient de faim et de misère. On offrit aux pères de se charger de ceux qui voudraient bien les suivre. Le P. Guégo en prit un assez grand nombre qui vinrent s'établir chez lui ; il leur procura du riz et du travail; sous sa paternelle direction, ils reprirent force et vie. De plus, le Père s'efforça d'étudier leur langue afin de mieux les conduire à la foi.
    Chez le P. Guégo, le P. Dabin apprit que le provicaire était parti pour Paxum, à l'embouchure du Nam-sa, chez le P. Delalex, afin de prêcher le triduum, avant la fête patronale, l'Apparition de N.-D. de Lourdes, et bénir l'église que l'on achevait de construire. Il se décida à aller trouver le provicaire afin de traiter avec lui les différentes affaires qui avaient occasionné son voyage, et prendre part à la fête.
    L'église de Paxum, construite avec l'aide d'ouvriers annamites venus de la mission de Mgr Pineau, est assez vaste et proprement construite; elle est située au confluent du Nam-san et du Me-khong. Le P. Delalex qui a trois chrétientés à administrer avait réuni tous ses chrétiens. Quelques fidèles de Muangkhuk étaient venus avec le P. Contet prendre part à la fête. La bénédiction de l'église fut faite par le P. Prodhomme, assisté des PP. Delalex, Contet et Dabin. Le soir de la solennité, les missionnaires descendaient en barque et arrivaient en pleine nuit à Keng-sadok où la confirmation fut donnée le 13 février.
    La cherté du riz, conséquence de l'épizootie de l'année dernière, rend la vie chère et fait cruellement sentir aux missionnaires la modicité de leurs ressources.
    A la Pentecôte, dans le district d'Oubon, les chrétiens de la petite chrétienté de Ban net ont élevé la charpente de leur église.
    Dans la province de Jasunthon, au nord-ouest d'Oubon, dans le petit village de Don-phuai, 11 chrétiens et 10 à 12 catéchumènes, venus de Phon-sung, chrétienté administrée par le P. Athanase non loin de Nong-khai, augmentèrent d'une station le district d'Oubon, mais augmentèrent aussi la fatigue, car ce village se trouve à plus de deux jours de cheval du poste principal.
    Aux premiers jours de juin, une lettre du P. Barillon, procureur à Paris pour la mission de Siam, apprit à Oubon que les bulles pour le vicaire apostolique du Laos étaient attendues très prochainement.
    En effet, quelques semaines plus tard, on recevait à Oubon plusieurs numéros du journal La Croix. Celui en date du 3 juin donnait ces quelques lignes : « Le Vicariat apostolique du Laos vient d'être détaché du Vicariat Apostolique de Siam pour former un nouveau Vicariat qui sera également confié au séminaire des missions étrangères de Paris. Son premier vicaire apostolique est Mgr Marie Joseph Cuaz, né le 8 décembre 1862 dans l'archidiocèse de Lyon et missionnaire au Siam depuis 1886, qui sera prochainement sacré avec le titre d'évêque d'Hermopolis.
    Les semaines se passèrent sans qu'aucune lettre de Bangkok ou de Paris vint à Oubon confirmer cette nouvelle. Les PP. Janet et Hospitalier firent un rapide voyage à Bassac en pirogue au commencement d'août, le passage à bord des messageries eu rayant été refusé, parce que, disait-on, le choléra régnait à Oubon et dans les environs. Cinq cas en effet avec mort d'homme avaient eu lieu un mois auparavant. Ces Messieurs apprirent chez le P. Couasnon que le sacre était fixé au 3 septembre à Bangkok. Il était matériellement impossible de s'y rendre. Le 15 août, dès l'aube, les deux missionnaires rentraient à Oubon pour célébrer l'Assomption de la Sainte Vierge.
    Le 3 septembre, les deux cloches de l'église d'Oubon, mises en branle pendant un quart d'heure annonçaient aux fidèles que le grand jour du sacre de leur premier évêque était arrivé. Bientôt l'église fut pleine comme aux jours de grande fête ; tous d'un coeur prièrent pour l'élu qui allait recevoir la plénitude des dons du Saint-Esprit. Le soir, la bénédiction solennelle du T. S. Sacrement suivit la récitation du chapelet. L'église était pleine comme le matin. Le Te Deum fut chanté en actions de grâces. Que Dieu nous envoie donc maintenant celui qu'il a choisi pour diriger l'église du Laos, et qu'il écouté les voeux des missionnaires et des fidèles : Ad rnultos annos.
    Les joies de l'attente furent troublées par une épidémie de variole qui enleva quatre petits enfants.
    Le compte rendu de l'année donne pour Oubon : 1.416 chrétiens; 183 baptêmes ; 4 confirmations ; 1.209 confessions annuelles; 3.853 de dévotion ; 720 communions pascales ; 4.148 de dévotion ; 18 mariages. Pour toute la nouvelle mission du Laos, le nombre des chrétiens est de 9.262 ; le total des baptêmes de année de 1.114 dont 478 d'adultes ; 5.549 confessions annuelles ; 20.502 de dévotion ; 3.661 communions pascales ; 17.655 de dévotion ; 88 mariages.
    Le 29 septembre, Mgr Cuaz arriva à Bassac, où il passa une semaine chez le P. Couasnon. Il était accompagné de quatre nouveaux missionnaires dont un venant de Bangkok, le P. Berthéas, trois autres étaient venus directement de Paris et avaient attendu le passage de leur évêque à Saigon : c'étaient : les PP. Figuet, Mercier et Malaval. Aussitôt la nouvelle parvenue à Oubon, une grande barque montée par 14 hommes, sous la conduite du P. Hospitalier partait le 1er octobre pour attendre à Pak-moun. Le P. Hospitalier se faisait conduire à Bassac pour saluer Sa Grandeur. Le 13 au soir, les PP. Couasnon et Hospitalier arrivaient à Oubon, annonçant l'arrivée de Monseigneur pour le lendemain, Le 14, la réception se fit solennellement ; tout avait été disposé aussi bien qu'on l'avait pu ; la route, de la rivière à l'église, était plantée de mâts et d'oriflammes ; toute la population se rendit en procession recevoir sa Grandeur jusqu'à la rive. Mgr Cuaz, reçu à l'église donna la bénédiction épiscopale, suivie du salut du T. S. Sacrement et du chant du Te Deum. Au sortir de l'église il bénit la nouvelle résidence. Le 17, confirmation de 18 personnes du village de Sithan et de Ban-uet. Ces gens, bien que fort éloignés d'Oubon avaient voulu saluer l'évêque au nom de leur village, et étant bien préparés, avaient demandé le sacrement de confirmation.
    Sa Grandeur était accompagnée de son provicaire, le P. Prodhomme, qui était allé la recevoir à Bassac, des PP. Couasnon, Berthéas, Figuet, et Malaval.
    Ici se terminent ces notes écrites à la hâte. A défaut d'autres mérites elles auront celui d'avoir été écrite par un témoin qui vécut ces premières années de notre chère église du Laos.
    G. DABIN.
    1920/337-358
    337-358
    Laos
    1920
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