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Origines du vicariat apostolique du Laos 3 (Suite)

(Extrait du North China Daily News.) Traduction H. Souvey. Origines du vicariat apostolique du Laos (Suite.) 1888 Dans les premiers jours de mars, la caravane rentrait à Oubon, ramenant le P. Rondel. Le Supérieur, malgré ses instances, n'avait pu obtenir d'autre missionnaire.
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    (Extrait du North China Daily News.)
    Traduction H. Souvey.

    Origines du vicariat apostolique du Laos

    (Suite.)

    1888

    Dans les premiers jours de mars, la caravane rentrait à Oubon, ramenant le P. Rondel. Le Supérieur, malgré ses instances, n'avait pu obtenir d'autre missionnaire.
    La sécheresse obligea d'attendre jusqu'à l'Ascension pour entreprendre le voyage du Nord. Le P. Rondel fut envoyé près de Lakhon à Kham-kom, le P. Guégo alla s'établir dans l'île de Don-dôm, où l'année précédente il avait envoyé ses chrétiens faire des défrichements.
    Cette île, à un kilomètre environ en amont de la ville de Lakhon, a une longueur de 5 à 6 kilomètres sur 1 de large. Elle était couverte d'une forêt magnifique, c'était un fourré presque inextricable. Depuis longtemps la superstition des gens du pays la considérait comme le séjour de génies malfaisants. C'était un lieu redouté bien loin à la ronde.
    Le P. Guégo pensa que la prise de possession de cette île serait un endroit magnifique pour établir un village, avec des terres à cultiver pour 6 à 700 personnes.
    Malgré l'appréhension de ses nouveaux chrétiens, il se mit à leur tête, donna les premiers coups de hache pour faire une trouée dans la forêt. Tout son monde se mit à l'oeuvre, et les rizières sèches établies sur l'abattis mis en cendres donnèrent une magnifique récolte. Ce premier travail fut largement récompensé : d'autres colons vinrent se joindre aux premiers : une petite église et une maison furent construites. Le P. Clément, prêtre indigène, venu d'Oubon l'année précédente, vint partager les travaux de P. Guégo, et dressa quelques jeunes gens au sciage des planches. Cette industrie n'était pas connue au Laos. Elle donna de précieux matériaux pour les édifices à construire.
    Sur la rive droite du Me-kong, plusieurs centres chrétiens s'étaient formés parmi les Laotiens. A Ban-kham-thao, au-dessous de Lakhon, la moitié de ce grand village étudiait les prières. A Sieng-jum, au-dessus de Kham-kom, une colonie de Phu-thung s'était établie sur l'emplacement d'un ancien village depuis longtemps abandonné ; plusieurs localités à l'entour suivaient le mouvement.
    A Oubon, au contraire, la première ardeur s'éteignait. Ce n'était pas de l'indifférence, mais les nécessités de la vie portaient les esprits ailleurs. L'habitant voyait le riz diminuer, et la difficulté de se procurer des buffles pour labourer les champs le faisait songer déjà à émigrer vers des régions moins éprouvées.
    Le séminariste catéchiste Run, placé à Ban-nong-sang, se désolait de ne voir que rarement les mêmes auditeurs. Il en avait toujours cependant, mais presque jamais les mêmes visages. Les gens venaient entendre le catéchisme deux ou trois jours, puis étaient remplacés par d'autres. Le motif des absences était la nécessité de se procurer des vivres.
    L'instruction donnée ainsi sans suite ne donnait aucun résultat. L'année suivante l'émigration commença en grand, le catéchiste tomba malade et revint à Oubon pour y mourir. Ce village n'eut plus personne pour l'instruire.
    Pendant les moments libres que laissait l'instruction des catéchumènes et le ministère habituel, on travaillait à Oubon à réunir dans un cahier tous les mots laotiens différents du siamois, mots recueillis jusque-là par différents missionnaires. Après avoir collectionné tous ces mots et en avoir bien déterminé la signification et l'accentuation, on essaya d'en faire un petit recueil imprimé, destiné à devenir la base d'un travail plus complet. C'est ce qui donna lieu à la petite brochure qui reçut le nom d'Essai de vocabulaire laotien par les missionnaires du Laos. Il ne fut imprimé qu'à 150 exemplaires. La même imprimerie, avec le secours des caractères accentués et de caractères siamois donnés par la mission de Siam, permit d'imprimer un petit abrégé de la grammaire siamoise, et, plus tard, la formule de la consécration de la mission de Siam au Sacré Coeur de Jésus, formule rédigée par Mgr Vey, des feuilles pour les comptes rendus d'administration pour la propagation de la Foi et de la Sainte Enfance, enfin des canons d'autel dont la mission avait de la peine à se pourvoir.
    (C'est encore cette année 1888 que fut apportée à Oubon une belle statue de N.-D. de Lourdes offerte par une ouvrière de Nantes, et expédiée par M. l'abbé Cassard, vicaire à N.-D. du Bon-Port. Cette statue a été solennellement bénite le samedi, veille de la Passion, par le P. Prodhomme, provicaire apostolique de la mission du Laos.)
    Ces travaux étaient bien minimes, mais ils permettaient de s'exercer à un art qui sera plus tard d'un secours nécessaire à la mission du Laos.
    La fin de l'année ramenant le provicaire à Oubon, il se prépara à partir pour Bangkok.
    L'exercice avait donné pour Oubon, 95 baptêmes ; la population chrétienne était de 413, malgré l'émigration des années précédentes ; les confessions annuelles montaient à 230, celles de dévotion à 3.329, 210 communions pascales, et 2.600 de dévotion.
    Le compte rendu général n'a pu être conservé, aussi les chiffres ne peuvent être donnés ici.

    1889

    Cette fois au retour de Bangkok, les secours en personnel étaient plus nombreux. Le provicaire avait obtenu deux pères et un catéchiste : le P. Arsène Couasnon et un père indigène de race annamite, le P. Gabriel Vong ; le catéchiste était un ancien élève de Penang, nommé Fak ; en outre, trois religieuses indigènes de Bangkok avaient bien voulu s'offrir pour aider la mission du Laos. L'orphelinat d'Oubon, dirigé jusqu'à cette année par les deux femmes dont il a été déjà parlé plus haut, avait perdu celle qui tenait la charge de directrice ; elle avait retrouvé son mari ramené des provinces du Nord par le P. Prodhomme, et avait repris la vie conjugale. Sa jeune soeur était restée, continuant à faire la classe aux petites filles, mais était déjà d'âge à se mettre en ménage, ce qui ne tarda guère à arriver.
    L'orphelinat fut donc confié à ces religieuses qui y mirent plus d'ordre et dirigèrent mieux les enfants.
    On avait le projet de commencer un noviciat pour les filles ou femmes pieuses qui voudraient embrasser l'état religieux et se dévouer aux différents services de la mission, surtout aux fonctions d'institutrices ou de catéchistes pour les personnes de leur sexe. Cette dernière fonction commença immédiatement après l'installation de ces religieuses.
    Le P. Pierre Excoffon avait quitté Oubon depuis quelque temps déjà et avait été donné comme aide au P. Combourieu à Sakon. Il avait été chargé ensuite de la chrétienté de Champhen ; cette station prospérait entre ses mains. Le P. Couasnon demeura à Oubon pour apprendre la langue, et le P. Gabriel Vong fut donné comme vicaire au P. Vondel à Khamkom près de Lakhon.
    Dans le courant de l'année, le P. Aimé Sallio qui dirigeait la petite chrétienté de Na dun, près de la ville d'Amnat, ayant instruit presque tout son peuple, fut demandé pour aller aider les missionnaires du Nord, dont le travail s'accroissait tous les jours. Il partit pour Lakhon, et, peu de temps après, fut envoyé à Keng-sadok, où le P. Rondel avait déjà réuni un grand nombre de familles.
    Au mois de novembre, le P. Prodhomme revenait à Oubon, et désignait le P. Dabin pour aller à Bangkok.
    Les feuilles d'administration indiquaient que le nombre des chrétiens atteignait 2.723, et celui des catéchumènes était de 5.841. C'était une augmentation de 1.328, presque le double des baptêmes conférés les années précédentes. En arrivant à Bangkok, le P. Dabin suppliait Sa Grandeur de venir visiter ses nouveaux enfants. Mgr Vey avait donné sa promesse de venir au Laos quand le chiffre des chrétiens aurait atteint 2.000. Sa Grandeur ne put, hélas ! Faire cette tournée si désirée.

    1890

    Le retour se fit donc, mais avec un seul missionnaire, le P. Delalex, qui jusque-là avait été sous la direction du P. Quentric, à Ban Peng, sur le grand Me-nam. La famine s'accentuant toujours davantage. le P. Prodhomme avait envoyé au loin le P. Couasnon avec quelques hommes pour faire des achats de riz. Le Père rentrait de sa tournée presque en même temps que la caravane de Bangkok atteignait Oubon.
    Ayant appris la mort de son père, le P. Couasnon dut partir presque immédiatement avec trois ou quatre chars, afin d'aller régler ses affaires au consulat de France.
    Le P. Delalex ne fit qu'un court séjour à Oubon, et fut envoyé à Sakon chez le P. Combourieu pour y apprendre la langue et se former au ministère. L'état de la province d'Oubon était déplorable. Voici un extrait d'une lettre écrite sous l'impression du moment. Elle permettra d'en juger. Elle était envoyée pour solliciter des aumônes qui vinrent en effet apporter quelques soulagements aux chrétiens et catéchumènes si éprouvés :
    « Nos pauvres chrétiens n'ont plus de riz à manger ; ils creusent la terre pour y trouver des racines qu'ils font bouillir et dont ils se nourrissent. Nous avons épuisé nos ressources ; notre grenier à riz se vide, et nous ne savons quand nous pourrons trouver de quoi le remplir, ni où aller chercher le riz nécessaire à nos orphelins. L'argent manquant, notre supérieur a contracté des dettes. Sans doute elles vont être couvertes par le viatique qui vient d'arriver, mais le peu qui nous reste ne nous mènera pas loin. Il faudra encore emprunter, sans savoir quand nous pourrons nous libérer.... »
    Dès que les pluies eurent grossi les cours d'eau, il fallut se mettre en route pour faire rentrer le riz acheté au loin. Tout le mois de juillet et d'août se passa en barque pour le P. Dabin qui, en maints endroits, ne put même pas avoir le riz acheté ; les vendeurs l'avaient cédé à d'autres et avaient fui.
    Au mois d'août, le P. Prodhomme, rentré inopinément à Oubon, y recevait M. Pavie, commissaire du gouvernement français, qui revenait de Nongh-kai. Il était accompagné de plusieurs membres de la commission du Me-khong.

    Je ne dois pas omettre ici le premier deuil de la mission qui fit une grande perte par la mort du bon P. Sallio. Voici à son sujet ce que dit la notice du compte rendu de 1890 :
    « Par une lettre du 23 mars 1890, M. Rondel raconte ainsi la fin de ce jeune missionnaire, enlevé à l'affection, à l’admiration de tous ses confrères, de tous les chrétiens qui l'ont connu.
    « C'est une bien triste nouvelle que j'ai cette fois à vous annoncer; nous venons de faire une grande perte, surtout en ce moment où nous avons tant besoin de missionnaires. Dieu jusqu'ici nous avait donné santé et force pour travailler à son oeuvre, mais, hélas ! Il vient de rappeler à lui un de ses meilleurs ouvriers : le P. Sallio, arrivé dans ces parages depuis huit mois à peine. Il vient de succomber à une seconde attaque de fièvre.
    « Déjà en septembre il avait été sérieusement malade. Ramené à temps à Lakhon, nous avons pu le sauver. Son rétablissement avait été rapide. Il se plaignait néanmoins de temps à autre que ses forces n'étaient pas complètement revenues, que les longues marches à pied le fatiguaient beaucoup plus qu'autrefois. Il retourna à Keng-sadok après la Toussaint, et revint trois semaines après à Lakhon pour faire sa retraite annuelle. Au commencement de février, nous eûmes encore l'occasion de nous rencontrer et de passer « quelques jours ensemble à Kham-kom.
    « Sa santé se maintenait fort bien ; il n'avait que quelques faibles et rares accès de fièvre. Il retrouva à Kam-kom son « cheval d'Oubon et désira l'emmener avec lui. Je lui en donnai un second et il partit accompagné d'un jeune homme.
    « Je le conduisis jusque sur les bords du fleuve Song-kram, et là nous nous séparâmes, comptant nous revoir vers Pâques. Malgré des chemins détestables, il arriva à Keng-sadok en bonne santé. Il fit ensuite un voyage à cheval par le Nam San et le Nam Ngiep. Je viens de trouver dans son sac un tracé de sa route.
    « Au retour, m'ont dit les chrétiens, il est tombé malade. « Cependant le P. Guégo et moi nous recevions de lui chacun une lettre, ou il parlait de ses anciennes courses à travers la Bretagne, courses et promenades que lui rappelait Keng-sadok. Il paraissait bien portant et heureux. Quelle ne fut pas ma surprise, quand le 20 mars, vers Les cinq heures du matin, faisant ma méditation devant mon église, j'aperçus deux jeunes gens, s'approchant d'un pas rapide pour me dire que le P. Sallio était arrivé à Nong-seng très malade de la fièvre.
    « Je savais que le P. Gabriel, prêtre indigène, était à cette église. Je fis néanmoins seller deux chevaux, pris des remèdes et partis. Aux deux tiers de la route, deux nouveaux messagers venaient à notre rencontre. Ce fut comme un coup de foudre ; je compris que le danger était imminent. Je lançai mon cheval à toute vitesse.
    « Quand j'arrivai, le P. Gabriel avait déjà administré les derniers sacrements au cher P. Sallio. Je ne pus saisir aucun signe de connaissance. Cependant le P. Gabriel, quelques instants auparavant, avait pu constater qu'il conservait son intelligence, mais la vue s'était tellement affaiblie qu'il ne reconnaissait plus personne. Ce fut donc en pleine connaissance qu'il eut le bonheur de recevoir les derniers sacrements.
    « Dix minutes après mon arrivée, tout était consommé. « Les prières des chrétiens commencèrent immédiatement et continuèrent les deux jours et les deux nuits avant l'inhumation. Je célébrai immédiatement la sainte messe, le P. Gabriel après moi. Nous revêtîmes le corps de la soutane et des vêtements sacerdotaux. J'étais brisé d'émotions. Le P. Combourieu put se rendre à Kham-khom où le corps avait été transporté. C'est là que repose la dépouille mortelle de notre cher P. Sallio ».
    Nous avons inséré ici une partie de cette notice nécrologique afin de rappeler la mémoire de ce bon missionnaire qui le premier a quitté le Laos pour le ciel.
    Les provinces du Nord n'étaient pas trop inquiétées par la famine ; déjà les familles émigrantes venaient y chercher un refuge, traînant parfois la variole à leur suite. Parmi nos chrétientés, Sakon et Lakhon furent visitées par le fléau, et l'on peut dire que parmi ceux qui tombèrent victimes, il n'y eut guère que ceux qui, mettant leur confiance dans les pratiques superstitieuses, abandonnaient la foi.
    Oubon fut aussi visité par la variole. Sur 120 malades, il n'y eut qu'un adulte et quatre petits enfants qui en moururent.
    La plus grande croix pour cette partie de la mission, c'était l'extrême pauvreté, et les maladies qui éprouvaient les chrétiens et les catéchumènes, par suite de la mauvaise nourriture. La récolte vers laquelle tous soupiraient, s'annonçait comme devant être presque nulle à cause de la sécheresse et du manque de semences.
    Une enfant recueillie au marché par un chrétien n'avait pas mangé de riz depuis plusieurs mois ; soignée par ce chrétien et sa femme, elle profita de l'absence des maîtres pour manger du riz quoique en petite quantité. Son estomac délabré ne put supporter cette nourriture trop forte pour elle, elle en mourut.
    Cette année si pénible pour nous s'achève donnant comme résultat 92 baptêmes, 402 confessions annuelles, 1.588 de dévotion, 385 communions pascales, 2.021 de dévotion. (Ces résultats ne sont que pour la provinee d'Oubon.)
    En décembre, le P. Prodhomme partait pour Bangkok crier famine et demander des secours tant en argent qu'en personnel.

    1891

    Aussitôt après les fêtes de Noël, le P. Dabin prenait le bâton du voyageur et partait pour aller s'entendre avec les missionnaires des provinces du Nord, afin d'acheter du riz ; partout ailleurs il n'y en avait plus à vendre. Il put en trouver dans la province de Ban-muk-dahan et à Lakhon.
    Voici ce qu'il écrivait à cette époque en remerciant des bienfaiteurs pour des dons déjà parvenus ; la lettre est du 13 mars :
    « Depuis Noël, j'ai passé juste 5 nuits dans mon poste. Tout le reste du temps, j'ai été en route, couchant le plus souvent à la belle étoile, soit dans les bois, soit sur les bords du Me-
    khong. Je conduisais une caravane de 18 à 20 chars, destinés à transporter le riz que je parvenais à acheter sur les rives du grand fleuve, à 220 kilomètres d'Oubon....
    « La divine Providence a eu pitié de nous. Monté jusqu'à la ville de Lakhon pour faire transporter notre riz par barque jusqu'au-dessus des grands rapides, j'ai failli couler deux ou trois fois au milieu des rochers qui barrent le fleuve au- dessous de Phanom, rochers qui ne laissent que d'étroites passes, difficiles à franchir. Mes barques ont touché plusieurs fois, et l'eau a été sur le point d'entrer et de nous faire sombrer.
    « Grâce à Dieu, le riz est arrivé sec jusqu'à Hua-bon-tan où j'avais donné rendez-vous à mes équipages.
    « Une fois le riz chargé j'ai pris les devants et me voici de retour.
    « Tout le long du chemin, dans les villages, quel spectacle navrant ! On ne voit que gens qui fuient et demandent l'aumône ; ils sont à peine vêtus et absolument décharnés ; ils arrachent des racines et recueillent des pousses d'arbres qu'ils font bouillir avec du son pour s'en nourrir. J'ai rencontré une pauvre mère portant ses deux petits enfants couverts de plaies et entièrement nus, dans deux paniers suspendus à ses épaules. Les autres enfants plus âgés portaient derrière le maigre bagage de la famille : quelques nattes et deux ou trois marmites en terre.
    « Dix familles dont les membres sont presque tous baptisés ont quitté la petite chrétienté de Na-dun, près d'Amnat, pour se rendre à Sakon chez mon confrère moins éprouvé. On me dit que des voyageurs les ont rencontrés dans la forêt, accablés de fatigue et ne pouvant arriver au but de leur voyage. Une jeune femme a mis son enfant au monde au milieu des bois. Que la famine est donc un fléau épouvantable !
    « Cependant les journaux de Bangkok niaient que la famine existât au Laos ».
    A. Lakhon, si la famine se faisait moins sentir, le démon suscitait de graves ennuis à nos confrères. Les mandarins, qu'on empêchait de molester les catéchumènes et les chrétiens, portèrent une accusation contre les missionnaires, disant qu'ils ne laissaient pas payer l'impôt, et portaient les chrétiens à la désobéissance envers leurs chefs ci vils. Ce fut l'occasion d'un long procès qui dura un an.
    Un commissaire royal fut envoyé d'Oubon par l'ordre du roi. Le P. Prodhomme, revenu de Bangkok avec le P. Rondel, fut occupé continuellement par le règlement de cette affaire. Il en résulta la justification complète des chrétiens et l'abolition d'une foule de vexations pour les habitants et l'augmentation du prestige des missionnaires. Mais il n'y eut pas de jugement, le roi s'étant réservé de donner une sanction. Cette sanction ne fut jamais donnée, mais Dieu s'en chargea : Tous les calomniateurs et les parjures périrent d'une manière misérable dans le courant de l'année.
    L'appel fait en France en faveur des pauvres affamés avait été entendu : le P. Prodhomme rapportait 3.000 francs. Mgr Vey nous autorisait tirer 2.000 ticaux qui l'année suivante seraient retenus sur l'allocation de la mission. Ce n'était donc qu'un prêt pour quelques mois.... Le bon P. Péan, directeur au séminaire des missions étrangères ne nous oubliait pas au milieu de nos peines. Il avait la délicatesse d'envoyer au P. Prodhomme par la voie des procures, 5.000 fr. en deux années, avec cette seule mention : « Don, intentions indiquées dans une lettre ». Les obligations consistaient à offrir deux fois le saint Sacrifice pour le donateur. Grâce à ce secours, on put traverser la crise et soulager bien des malheureux.
    Pendant son voyage de l'année précédente pour faire des achats de riz, le P. Couasnon avait rencontré sur sa route bon nombre de familles dans la province de Sisaket, qui ne demandaient qu'à s'instruire des vérités de la foi, et qui escomptaient que la présence d'un prêtre européen serait une protection pour eux. C'est pourquoi il fit élection du terrain d'un ancien village, sur les bords de la rivière Moun pour aller s'y établir et grouper ces familles autour de lui.
    Ce fut là l'origine de la fondation de la chrétienté de Sithan. Les épreuves ne manquèrent pas au début, tant de la part des mandarins locaux que de la famine elle-même.
    Cette année vit aussi la naissance du séminaire de Don-dôn Depuis longtemps, l'on sentait la nécessité de former des catéchistes tirés du pays même, qui pussent venir en aide aux missionnaires, et tenir des écoles de garçons. Un bâtiment fut élevé, et le P. Delalex nommé supérieur, tout en restant chargé du poste de Don-dôn.
    Le Laos allait rentrer dans une nouvelle phase sous le rapport politique. Le roi de Siam venait de diviser le pays en cercles administratifs, ou en petites vice-royautés. Le cercle de Rattanbang, province annexée du Cambodge, était confié à un grand mandarin nommé Phaja-si. Le cercle d'Oubon, un des plus vastes comme territoire et comme population, avait un prince à sa tête, le Krommaluang Pichitr, frère du roi. Le cercle de Nong-kai plus au Nord, recevait comme vice-roi le Krommamun Prachak, frère cadet du roi. Enfin, le cercle de Chorat, porte de Laos, était gouverné par le prince Krommamun Samphasit, ancien ministre des travaux publics.
    Au mois de septembre, le P. Prodhomme voyant la hauteur des eaux assez considérable conçut le projet d'aller à Bangkok par la voie fluviale, et expérimenter si ce nouveau trajet ne serait pas plus facile et plus sain que celui parcouru chaque année par terre.
    Le 21 septembre, ayant équipé une grande pirogue laotienne, il se mit en route. Suivant le cours de l'eau, la descente fut rapide sut le Moun, dont le lit était à pleins bords. Les rapides de cette rivière ordinairement si dangereux étaient couverts. Le Me-khong où il arriva à Pak-moun était aussi au plein de ses eaux. Mais bientôt il atteignit les cataractes de Khone, appelées ici Lip-phi. Ces chutes ne sont jamais couvertes. Il est extrêmement difficile et dangereux de les franchir. Des pilotes du pays l'aidèrent à choisir les meilleures passes. Il put ainsi, sans accident, gagner Stung-streng et, la ville de Krathié, au Cambodge. A partir de cette localité, les vapeurs font le service des messageries en Cochinchine.
    Le Père Provicaire confia ses gens et sa barque aux bons soins du P. Lazard, missionnaire du Cambodge. Partout le P. Prodhomme trouva un bon accueil auprès des Européens, mais surtout auprès des missionnaires des deux missions du Cambodge et de Cochinchine.
    De Krathié le voyage s'accomplit sur les messageries fluviales et de Saïgon à Bangkok sur le paquebot de la poste.
    Après quelques semaines passées à Bangkok, Mgr Vey lui donna comme compagnon le P. Valiez qui venait passer une année de professorat au collège de l'Assomption, et deux catéchistes séminaristes qui venaient de terminer leurs études, les nommés Fai et Seng.

    Pendant le cours de ce voyage, l'exercice de 1891 s'était clos. Il avait donné pour Oubon 130 baptêmes, 530 confessions annuelles, 1.415 de dévotion ; 497 communions pascales, 1.634 de dévotion. La population totale des chrétiens était de 614 après les émigrations successives.
    (La population totale des chrétiens n'a pu être inscrite ici faute de documents.)

    (A suivre.) DABIN.
    1920/323-333
    323-333
    Laos
    1920
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