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Origines du vicariat apostolique du Laos 2 (Suite)

Origines du vicariat apostolique du Laos (Suite). Dans le courant de l'année, des gens d'un village nommé Phong-thong, molestés dans la perception de l'impôt par les deux partis qui divisaient le gouvernement de la province, vinrent au nom de leur village demander aide et assistance, promettant de s'instruire si on pouvait leur obtenir justice.
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    Origines du vicariat apostolique

    du Laos

    (Suite).

    Dans le courant de l'année, des gens d'un village nommé Phong-thong, molestés dans la perception de l'impôt par les deux partis qui divisaient le gouvernement de la province, vinrent au nom de leur village demander aide et assistance, promettant de s'instruire si on pouvait leur obtenir justice.
    Le supérieur, le P. Clément et un catéchiste se dirigèrent vers ce village, où l'accueil fut cordial ; mais la profonde indifférence des habitants pour venir écouter les instructions montra qu'il n'y avait rien à tirer d'eux pour le moment.
    Le Laotien ne demande qu'une chose : c'est de vivre à sa guise et se soustraire à l'impôt et à la corvée. Pour obtenir son idéal, il fera les plus belles promesses.
    Cette tentative d'évangélisation n'ayant pas abouti, il fallut rentrer à Oubon.
    Depuis l'établissement de la mission, les relations avec Bangkok et l'Europe étaient presque nulles. Les missionnaires ne recevaient des nouvelles qu'en allant les chercher eux-mêmes, en même temps que leur viatique. C'était un fait tout extraordinaire lorsqu'un voyageur chinois ou autre, passant par Oubon, apportait une lettre de l'évêque du Siam.


    NOVEMBRE DÉCEMBRE 1919. — N° 130.

    Le 5 décembre, le P. Prodhomme reprenait la route de Bangkok avec le catéchiste Biau, malade. La mission demeurait confiée aux PP. Xavier Guégo et Clément. C'était pendant les mois de la saison sèche : aussi le P. Xavier voulut-il en profiter pour explorer les villages autour d'Amnat. La maison du Chinois Nao, nouvellement converti, devint son quartier général, où, après chaque absence, il venait se reposer et corn pléter l'instruction du Chinois et de sa famille. Ces courses apostoliques furent peu fructueuses. Les Laotiens se réunissaient bien autour du Père, mais en curieux qui voulaient voir un Européen et l'entendre parler. Ils ne supportaient pas une instruction suivie et l'interrompaient souvent pour parler de choses insignifiantes et sans utilité.
    Tout en instruisant les catéchumènes encore peu nombreux, les missionnaires adoptaient des orphelins qu'ils nourrissaient et conservaient près d'eux.
    Pour subvenir à l'alimentation de tout ce monde, il fallait organiser des provisions de riz et aller l'acheter au loin.
    Les environs d'Oubon sont peu propres à la culture ; c'est un terrain maigre et sablonneux dui ne donne qu'un rendement dérisoire. C'est là une assez grosse difficulté par suite du manque de transports et du mauvais état des routes. Après maintes démarches auprès des juges d'Oubon et d'Amnat, le P. Xavier put enfin se faire amener une quantité suffisante de riz, avec 20 petits chars cambodgiens qu'on avait fini par lui louer.
    La disette se faisait cependant sentir dans la petite chrétienté ; les ressources des missionnaires étaient épuisées.
    Enfin le retour du P. Prodhomme, le 5 avril, ramena la joie. Il n'était pas seul : le P. Rondel quittait le professorat du collège de Bangxanga (Siam) et venait donner ses forces et sa bonne volonté au Laos. Un catéchiste, élève de Pinang, nommé Juang, accompagnait les deux Pères.
    Le 5 décembre précédent, le P. Prodhomme, retournant à Bangkok, avait résolu de trouver une nouvelle route, plus pratique que celle de Khorat, dont les défilés et les sentiers étroits dans la forêt ne donnent passage qu'aux boeufs porteurs. A force d'interroger les voyageurs qui font le commerce du bétail, boeufs, buffles, chevaux, aveu le Bas Siam, il avait acquis la conviction qu'une route devait exister, allant d'Oubon à Pachim, et même peut-être s'en trouverait-il une dans la grande forêt Thakien, route faite par les marchands de bois qui vont vendre leurs lourds madriers de bois rouge et de bois de fer dans la province de Phanom.
    Son plan est bien arrêté ; il cherche cette route qui permettra aux chars laotiens d'apporter un plus grand matériel de Bangkok.
    Il équipe quelques chars, se choisit quelques hommes habiles et résolus, et se met en route.
    Les difficultés étaient grandes, la route n'était pas directe, de nombreux torrents profonds et à berges escarpées devaient être franchis sans ponts ; la montagne des Dangret coupe la rote à mi-chemin : il faut descendre et remonter à travers des blocs de roches ; souvent il faut hisser à force de bras les véhicules pour leur faire franchir les obstacles. Il gagne ainsi la grande route de Battembang à Pachim.
    Restait à franchir la grande forêt ; il a le bonheur de trouver au village de Sako la route désirée, route peu fréquentée, défoncée par les pluies, souvent barrée par des arbres énormes que les ouragans ont déracinés et renversés. Avec la hache et le couteau laotien, il s'ouvre un nouveau passage.
    Enfin, il voit le terme de son voyage et vient abriter ses chars et son personnel à l'église de Thakien, dernier poste de Siam de ce côté, et évangélisé par le bon. P. Voisin.
    De ce point, le voyage peut se continuer par eau et n'offre plus de difficultés.
    Au retour, la caravane se composait de neuf chars à boeufs qui contenaient une foule de choses utiles pour le culte, dont jusque-là la mission avait été privée.
    La joie du retour fut attristée par une rixe provoquée par les gens d'un commissaire siamois de la suite du Phaja Maha Amnat, qui cherchèrent noise aux serviteurs de la mission. Les coups furent reçus et rendus et les gens de la mission mis aux fers.
    Avertis, les missionnaires se rendirent à la maison de ce petit dignitaire, nommé Phantrai Hatsadon. Il était en état de complète ébriété et pendant que le P. Prodhomme demandait compte de ce qui venait de se passer, et pourquoi ses gens seuls avaient été mis aux fers, deux hommes braquaient des fusils contre le Père. Ce petit mandarin eut encore assez de connaissance pour arrêter le geste de ses hommes.
    Les gens de la mission, délivrés de leurs entraves, rentrèrent à la résidence. Le Phantrai Hatsadon, effrayé des conséquences que pourrait avoir cette affaire, s'enfuit retrouver son chef. Celui-ci, sur les représentations du P. Prodhomme, l'obligea à demander pardon et à écrire une lettre d'excuses relatant les faits, et cette affaire fut oubliée.
    Le renfort accordé par Mgr de Géraza d'un Père et d'un catéchiste de plus, allait permettre aux missionnaires d'étendre leur action et d'ouvrir de nouveaux débouchés à la diffusion de l'Évangile.
    Depuis quelques mois, la mission avait reçu une députation des tribus du Nord : Lao Phu Thung, Lao Phuen, les priant de monter jusqu'à Nong-khai, où, disaient-ils, un bon nombre de leurs compatriotes ne demandaient qu'à s'instruire et à se réunir auprès des missionnaires.
    Ces gens étaient de la race de ceux délivrés deux ans auparavant ; leurs désirs étaient fondés sur le bruit qui s'était répandu que les missionnaires rendaient la liberté à ceux qui comme eux subissaient un esclavage injuste.
    Un voyage d'exploration fut décidé. Le 26 avril, les PP. Prodhomme et Rondel, accompagnés de quelques-uns des hommes délivrés précédemment, se mirent en route. Ces hommes espéraient qu'à la suite des Pères, tout en travaillant pour eux, ils pourraient peut-être retrouver quelques-uns de leurs parents amenés et vendus dans d'autres localités.
    L'expédition prit la route par Amnat ; puis tirant sur l'Est, ils gagnèrent Hua don tan, village situé sur les bords du Mekhong, et point d'arrêt des barques qui ne veulent pas se risquer à franchir les dangereux rapides au-dessus de Kemmaral.
    Ils se procurèrent une barque, le voyage par eau étant plus facile, les rives étant en outre plus habitées que l'intérieur des terres. Aussitôt la barque équipée, les voyageurs se dirigèrent vers le Nord.
    Pendant le cours de cette année, une maison fut élevée dans un petit enclos pour établir un orphelinat destiné aux petites filles. A sa tête fut placée une jeune femme emmenée en captivité pendant que son mari fuyait ses persécuteurs. Cette femme et sa jeune soeur, depuis leur arrivée, avaient appris à lire les caractères européens. Pendant que l'aînée s'occupait de la direction générale de la maison, la cadette réunit 15 à 20 petites filles pour leur apprendre à lire et leur expliquer les premiers éléments du catéchisme.
    Ce fut la première école chrétienne fondée au Laos.
    Cependant la présence de deux partis dans la province créait des difficultés. Le gouvernement siamois envoya un nouveau commissaire à Oubon afin de recueillir l'impôt dont l'arriéré se montait à 176.000 ticaux, et donna l'ordre aux principaux chefs des deux clans de venir s'expliquer à la capitale. Ce commissaire siamois qui avait le titre de Luang Phakdi Narong, était accompagné de 24 soldats siamois pour appuyer son autorité.
    Depuis trois ans déjà les missionnaires étaient au Laos et commençaient à recruter des adhérents s'instruisant de la religion catholique romaine. Le gouvernement siamois, comme toute autorité païenne, ne pouvait comprendre que l'on s'expatrie uniquement par zèle religieux.
    Il croit toujours à quelques projets cachés, à des émissaires qui se glissent et s'insinuent peu à peu pour lui ravir son autorité au profit de la nation dont ils sont les membres. Aussi, ce nouveau commissaire pouvait bien avoir dans ses ordres secrets celui de surveiller les prêtres français et d'entraver habilement leurs efforts pour propager la foi.
    Quoi qu'il en fat, il apportait avec lui le courrier du vicaire apostolique à ses missionnaires. Ce courrier fut remis le 28 mai 1883.
    Ce mandarin siamois connaissait Sa Grandeur et avait eu des rapports avec différents Pères de Bangkok, surtout avec le curé de Sainte-Croix, tout près duquel était sa demeure familiale.
    Quelle qu'ait été sa conduite ailleurs, il garda toujours la plus grande courtoisie avec les missionnaires, et rendit à l'occasion plus d'un service. Les Pères du reste usèrent de réciprocité.
    Après le passage à Oubon du Phaja Maha Amnat, élevé à la dignité de Phaja Si, et son départ pour Bangkok, accompagné du gouverneur d'Oubon et du Thao That, frère du Raxabutr, le Luang Phakdi retint entre ses mains toute l'autorité.
    Cependant les PP. Prodhomme et Rondel accomplissaient leur voyage sans trop de difficultés. Parvenus dans les parages de la ville de Lakhon, appelée aussi Nakhon pathom, ils avaient appris que plusieurs groupes de Tonkinois s'étaient établis depuis 17 à 18 ans aux environs.
    Soupçonnant que si quelques-uns avaient émigré pour se soustraire à la famine ou faire le commerce, peut-être s'en trouvait-il quelques-uns ayant fui la persécution, cherchant quelque lieu tranquille où ils ne seraient pas inquiétés pour leur foi, les missionnaires désirèrent s'aboucher avec eux et les sonder.
    Leurs prévisions n'étaient pas sans fondement. Le catéchiste de Bangkok qui les accompagnait, Khru Thong, ne tarda pas à en rencontrer quelques-uns.
    Un Tonkinois nommé Ut, et sa femme, tous deux chrétiens, désormais persuadés qu'ils avaient des prêtres catholiques près d'eux, s'empressèrent d'aller les saluer et de leur offrir l'hospitalité.
    Quelques jours passés auprès de ces Tonkinois permirent d'espérer que l'on recueillerait quelques fruits parmi eux. Les missionnaires les quittèrent à regret, mais nions ans leur promettre de s'arrêter quelque temps à leur retour.
    Le voyage se poursuivit jusqu'à Nong-khai où se trouvaient deux chrétiens, baptisés depuis quelques années, alors qu'ils étaient retenus par un procès à Ban-peng, sur le Me-nam de Bangkok.
    Au retour, les Pères rapportèrent des paniers de tabac, destinés au paiement des gens qui les avaient accompagnés.
    Arrivés à la hauteur de Lakhon, ils y firent un nouveau séjour selon leur promesse. Le 14 septembre, le P. Prodhomme baptisait 8 adultes tonkinois, et le P. Rondel 5 enfants.
    C'étaient les prémices de la mission de Lakhon qui devait s'établir définitivement l'année suivante.
    Les Pères durent quitter ces nouveaux chrétiens qui auraient bien voulu les garder ; la saison s'avançait. Ils promirent de revenir dans quelques mois.
    Continuant donc de descendre le Me-khong, ils abordèrent à That-phanom, grand village qui s'est formé non loin d'un célèbre lieu de pèlerinage en vénération dans tout le Laos. Là on avertit les missionnaires que des Birmans, marchands d'hommes, en emmenaient toute une bande à vendre. Ils étaient campés sur le haut de la berge, dans une de ces maisons de repos construites dans les grands villages et les villes pour les voyageurs.
    Les Pères furent assez heureux pour en imposer aux Birmans et leur arracher dix-huit personnes. Les barques des missionnaires et une de celles des marchands d'hommes prise comme indemnité pour les objets volés aux prisonniers, permirent de donner asile à tous.
    A quelques jours de là, la petite flottille touchait à Bangmukdahan, où elle accosta au nord de la vil le près du quartier chinois. Ces derniers donnèrent avis au P. Prodhomme que des Birmans venus de Champa, Nake, à l'intérieur dans l'Ouest, non loin de Sakon, étaient en pourparlers avec les juges de la ville, pour vendre plusieurs familles qui s'étaient confiées à eux. Ces gens étaient de race Phuen, et habitaient le Muangjuang. Une femme de tête, nommée Maï, femme d'un gouverneur de ces provinces éloignées, tenait les juges en suspens, et arrêtait l'infâme marché.
    Mis au courant des faits, le P. Prodhomme agit avec prudence et rapidité. Il s'enquit du lieu ou ces gens étaient détenus, et les ayant promptement délivrés et conduits à ses barques, qui sur son ordre s'étaient laissées aller au fil de l'eau, il les conduisit jusqu'au bas de la ville.
    Tout ce monde était déjà en barque, lorsque le Muang Sen, gouverneur de la ville, accourut pour s'opposer au départ.
    Il n'était plus temps. Les barques avaient déjà pris le large, pendant que le P. Prodhomme, sans prendre garde à ses réclamations, l'amusait par des paroles de politesse et d'adieux.
    Le jour suivant, l'expédition arrivait à Hua-don-tan, son point de départ. Ce village n'est qu'à une forte journée de Bangmuk-dahan. Le voyage aurait pu se continuer par eau jusqu'au confluent du Moun, et, remontant cette rivière, gagner Oubon. Mais la navigation devient extrêmement difficile et dangereuse à cause des rapides ; en outre, elle est beaucoup plus longue.
    Les voyageurs se divisèrent en deux troupes : la plus nombreuse, composée en grande partie des femmes et des enfants, prit la voie de terre, sous la conduite du P. Prodhomme, pour gagner Oubon. Le P. Rondel, qui tenait à connaître ces difficiles passages, et à conduire ses barques à la mission, continua sa route avec les hommes les plus vigoureux et les plus habiles.
    Mal lui en prit, car ses barques disposées comme un radeau furent entraînées par un tourbillon, coulèrent, et c'est à grand peine que ses gens et lui purent se tirer d'affaire. Le chargement fut perdu ou détérioré par l'eau. On put cependant sauver les barques qui soutenaient le radeau.
    Les gens de la petite caravane qui se dirigeait sur Oubon n'étaient pas sans inquiétude. Le Père les avait délivrés et les soignait de son mieux ; mais, pensaient-ils, peut-être que c'était pour aller les vendre ailleurs.
    Le 5 octobre, 43 personnes, toutes en bonne santé, Misaient leur entrée à Oubon, à la grande joie des PP. Xavier et Clément, ainsi que de la petite communauté chrétienne qui recevait à bras ouverts les nouveaux frères qu'on lui amenait
    Le 12, le P. Rondel arrivait lui aussi, au milieu de la nuit, accompagné de ses parquiers et de huit personnes qu'il avait délivrées sur sa route.
    Ce long voyage de plusieurs mois n'avait pas été inutile. A Lakhon, la rencontre des Tonkinois et le baptême de plusieurs d'entre eux donnait l'espoir d'aller sous peu s'installer définitivement parmi eux, et d'étendre la prédication dans les environs.
    A Nong-khai, un homme de race Phu Thung avait été recueilli par les Pères. Son histoire forme une épopée par les péripéties dont elle est remplie.
    A Lakhon, ils en recueillaient encore cinq.
    A That phanom, 15; à Bang muk-dahan, 18.
    Enfin à Muang-phakan, 9.
    L'arrivée de tout ce monde dans la ville d'Oubon fit beaucoup de bruit. Nombre de gens louaient les missionnaires pour le bien qu'ils accomplissaient ; le commissaire royal lui-même, le Luang Phakdi Narong, vint lui offrir ses félicitations.
    En droit, la traite est défendue dans le royaume de Siam; de nombreux édits du roi ont été publiés à ce sujet ; non pas, à vrai dire, par amour de la justice, mais à cause du mauvais effet que cela produit sur les Européens. Le Siamois se flatte d'être civilisé ; il n'a cependant que les dehors de la civilisation. En dessous, il n'est pas très fâché de ce commerce infâme qui lui amène des habitants des pays situés au-delà du Me-khong, et qui reconnaissaient la suzeraineté du Tonkin et de l'Annam. Aussi les commissaires siamois fermaient-ils facilement les yeux sur les délits commis, et d'autant plus aisément qu'ils y trouvaient leur profit, soit par l'acceptation de dons en argent, soit même en prélevant leur part dans ces troupeaux d'esclaves amenés chaque année dans un grand nombre de localités du Laos.
    Ce premier voyage fut un coup mortel porté à la traite.
    Le P. Prodhomme s'appuyant sur l'autorité des décrets royaux, on n'osait pas lui résister et l'accuser devant les tribunaux. Lés juges n'ignorant pas la loi furent obligés, bien à contrecoeur, de la faire observer le cas échéant.
    De là vint que le bruit de la délivrance des esclaves descendus du Nord se répandit partout, et, les années suivantes, une foule de gens déjà vendus à l'intérieur des provinces, s'en fuyaient pour demander la protection des missionnaires, et solliciter leur délivrance.
    Quand les missionnaires passaient dans les villages, ces gens s'efforçaient d'arriver jusqu'à eux, assurés que c'était leur salut.
    Combien de fois on a pu constater que des maîtres barbares qui avaient acheté de seconde main ces pauvres malheureux aux Birmans ou même aux Laotiens, à la nouvelle de l'arrivée d'un Père, ou simplement même des habitants du village chrétien, cachaient leurs esclaves dans leurs maisons ou les envoyaient au loin pour leur faire éviter une rencontre qu'ils savaient être suivie de la délivrance !
    La réunion de tout ce monde donnait les éléments d'un village assez nombreux déjà, avec des auditeurs pour le catéchisme ; mais aussi les nécessités de la vie se faisaient rudement sentir.
    Les nouveaux venus allaient se bâtir quelques pauvres huttes provisoires et se mettre à travailler.
    Mais où trouver de quoi nourrir tout ce monde les premiers mois ? On les avait amenés les mains vides, sans le moindre argent, sans instruments de travail, beaucoup même presque sans vêtements.
    La fin de l'année 1883 approchait, les ressources des missionnaires étaient presque épuisées, il fallait vivre, et le long voyage accompli ne s'était pas fait sans frais. La Divine Providence, sur laquelle on avait compté, ne fit pas défaut.
    Voici comment la Divine Bonté donna des ressources, qui, bien que provisoires, sauvèrent cependant la situation :
    L'homme de race Phu Thung, recueilli à Nong-khai et répondant au .nom de Xieng Jang, avait été autrefois enlevé, conduit et vendu à Oubon avec ses enfants. Son premier maître les emmena au Cambodge, les revendit à Battambang à un Chinois, comme il aurait fait pour son bétail.
    Cet homme, voyant que bientôt on le séparerait de ses enfants pour le vendre ailleurs, s'enfuit et parvint à se réfugier dans une pagode où il se fit « talapoin ». Comme ces religieux bouddhistes ne sont tenus à aucune résidence, il se mit à voyager de pagode en pagode, et, peu à peu, remonta vers le Nord, simulant parfois la folie afin d'éviter les questions indiscrètes sur son passé ou son lieu d'origine.
    C'est ainsi qu'il avait pu, après de longs mois, atteindre Nong-khai, où il habitait une pagode, lorsque les missionnaires y abordèrent.
    Leur arrivée attira sur la berge du fleuve une foule de curieux, et notre talapoin était du nombre. Il reconnut parmi les rameurs des gens de sa race, et même des parents. Enhardi par cette rencontre, la conversation ne tarda pas à se lier entre eux, et peu après il laissait l'habit jaune des bonzes, et venait solliciter son admission parmi les rameurs.
    Le P. Prodhomme s'enquit de tous les détails de son histoire, et, à son arrivée à Oubon, on s'informa si son premier vendeur était encore dans le pays.
    Son domicile connu, le P. Prodhomme, accompagné du Xieng Jang et de quelques serviteurs, se rendit chez lui.
    Cet homme était un exploiteur d'esclaves bien connu. On lui demanda compte de sa conduite à l'égard du Xieng Jang, exigeant le remboursement de la somme contre laquelle il avait livré Xieng et ses enfants. Ne voyant aucun moyen de se tirer d'affaire, il consentit à rendre 10 barres d'argent. (La barre valait alors 25 ticaux, 1 fr. 60.)
    Conduit au tribunal siamois afin de faire une reconnaissance en règle et donner une sanction définitive à cette restitution, il obtint par ses supplications la remise de deux barres.
    Cette somme, en attendant qu'on pût l'employer au rachat de la famille du Xieng Jang, permit de faire face aux premiers besoins.
    A partir de ce moment, les délivrances se multiplièrent. Le P. Rondel recueillit encore 31 personnes. Aussi, à la fin de 1883, la mission du Laos comprenait 83 chrétiens et 188 catéchumènes, 33 communions pascales avaient été distribuées, et l'on comptait 700 communions de dévotion.
    Trois ans après sa fondation, la mission du Laos comptait, donc une petite communauté chrétienne et avait l'espoir de la voir se développer de plus en plus.
    1881 avait donné deux baptêmes d'adultes.
    1882 en avait donné 35.
    1883 clôturait son exercice avec 46 baptêmes. En outre, 4 mariages avaient été célébrés à Lakhon.
    La saison sèche était revenue, c'était le moment de reprendre la route de Bangkok, afin de rendre compte au Vicaire Apostolique du résultat des travaux accomplis, et d'exposer les espérances qu'on pouvait fonder pour l'avenir. Il fallait des ressources en argent et en personnel enseignant pour commencer sérieusement la mission à Lakhon et Sakon où l'on comptait déjà des chrétiens et des catéchumènes.
    Quelques jours après la fête de la Toussaint, les PP. Rondel et Xavier Guégo, à la tête de quelques chars, prenaient la route suivie par le P. Prodhomme l'année précédente.
    Le séjour au Laos avait demandé un travail d'acclimatation et les missionnaires n'avaient point échappé aux atteintes de la fièvre des bois. Souvent ils avaient dû interrompre leurs travaux et payer leur tribut à la maladie. Les indigènes eux-mêmes n'échappent point à la fièvre, surtout au retour des voyages qu'ils sont obligés de faire dans la région des grandes forets ou dans le voisinage des montagnes.
    La Divine Providence, tout en permettant que les membres de la mission fussent souvent éprouvés par la maladie, ne lui avait enlevé aucun de ses membres. Les accès passés, tous reprenaient le travail avec ardeur.
    Dans les derniers jours de décembre, la petite caravane atteignit la chrétienté de Tha-kien, et quelques jours après, les Pères étaient à Bangkok. Sa Grandeur Mgr Vey fut heureuse de les voir et d'apprendre leurs succès, mais aussi péniblement affectée en voyant leurs traits défaits par la fièvre. Les deux Pères, en effet, repris par la fièvre pendant le voyage, étaient très fatigués. Les bons soins et le repos remirent le P. Guégo sur pied ; mais le P. Rondel, le plus gravement atteint, sur la décision du médecin, dut renoncer à retourner au Laos pour un certain temps.
    Sa Grandeur n'avait pas de missionnaire disponible à envoyer au Laos. D'autre part, il lui coûtait d'exposer aux dangers les nouveaux Pères venus de France. Un instant, Monseigneur avait songé à faire venir dans le Bas-Siam, du côté de Hua-phai, colonie du P. Guégo aîné, toutes les recrues de la mission laotienne, afin de leur distribuer des champs.
    Dès l'année précédente, Monseigneur s'en était ouvert au P. Prodhomme, disant qu'elle ne pouvait faire les sacrifices pécuniaires dont la nouvelle mission avait besoin, et aussi parce qu'il craignait que le Laos ne devînt le tombeau de ses missionnaires, comme le Laos tonkinois.
    « Monseigneur, avait répondu le P. Prodhomme, si Votre Grandeur met à exécution ce projet, c'est la destruction de la mission, et l'anéantissement de tout espoir de conversion pour l'avenir. Partout on dira au Laos que les Pères ont vendu au Siam les gens qu'ils prétendaient mettre en liberté, et de 20 à 30 ans, aucun Père ne pourra remettre les pieds au Laos, pour y fonder une mission ».
    Sa Grandeur était perplexe Qui envoyer ? Elle ne pouvait laisser le P. Xavier Guégo rentrer seul. On était déjà à la fin de janvier. Non seulement le retour s'imposait parce que l'eau et l'herbe allaient manquer le long de la route pour les équipages, mais les Pères restés à Oubon manquaient d'argent et de médecines dont ils avaient un impérieux besoin.
    Sur ces entrefaites, un missionnaire établi à Ban-peng, dans le haut Me-nam, dans la province de Muang-phrom, descendit à Bangkok, régler quelques affaires et demander des nouvelles du Laos. Sa Grandeur l'entretint pendant quelques instants et lui fit part de son embarras. Ce missionnaire avait déjà depuis quelque temps un prêtre indigène pour l'aider, lequel pouvait administrer cette station chrétienne, encore à ses débuts. Il s'offrit pour accompagner le P. Xavier Guégo à son retour au Laos. Mgr Vey réfléchit quelques instants et dit au missionnaire de s'unir de prières avec lui, puis remit au lendemain, après sa messe, la décision qu'il devait prendre.
    Il décida que ce Père prît sa disposition le plus rapidement possible, afin de pouvoir se mettre en route dans une dizaine de jours.
    C'est ainsi que le P. Dabin fut désigné pour remplacer le P. Rondel, malade. Sa Grandeur l'envoyait au Laos pour 18 mois, demandant qu'il effectuât son retour par Muang-loi et le Me-nam-sak.
    Les derniers préparatifs furent accélérés, et les deux missionnaires quittaient Bangkok à la fin de février 1884.
    Le retour fut long et pénible : les conducteurs connaissaient encore mal les routes à prendre, et s'écartèrent plusieurs fois du bon chemin.
    Après quarante jours de voyage, ils arrivèrent à Oubon.
    Le retour apporta la joie ; presque toute la population chrétienne se porta au-devant des voyageurs, sur le bord de la rivière qu'ils avaient encore à traverser. Le P. Prodhomme, encore tout affaibli par la fièvre, arrivait après elle.
    Si la mission n'avait pu avoir des renforts en prêtres, on lui avait cependant adjoint un catéchiste, ancien élève de Pinang, nommé Ambroise Xun.
    Pendant que s'accomplissait le voyage de Bangkok, le P. Prodhomme ayant entendu dire que des chrétiens annamites se trouvaient réduits en esclavage dans la région d'Attopeu, il résolut de profiter d'une occasion qui se présentait pour faire une exploration de ce côté.
    Il descendit la rivière Moun en barque, et arrivé au Me-khong, poursuivit sa route par ce fleuve jusqu'à Bassac. Là, il prit la route de terre. Des Annamites en assez grand nombre se trouvaient en effet esclaves dans cette province. Enlevés et ligotés dans leurs cultures près de la frontière par des coureurs de race Kha, ils avaient été vendus ou échangés contre des buffles dans cette ville d'Attopeu. Un certain nombre avait même était conduit et vendu à Bassac.
    L'arrivée du P. Prodhomme fut vite connue dans la ville d'Attopeu et les environs, et un certain nombre d'Annamites vinrent implorer sa protection.
    Parmi eux se trouvait un chrétien du Tonkin nommé Ong Bon, petit dignitaire dans sa chrétienté. Les Kha prirent peur et craignant que le Père n'emmenât avec lui ces gens, qu'ils considéraient comme leur chose, se levèrent en armes pour s'opposer au départ des Annamites.
    Le Père prit à partie les juges d'Attopeu, car, sans aucun doute, cette levée de boucliers s'était faite à leur instigation, et il déclara en plein tribunal qu'il aiderait Ong Bon.
    Un plus long séjour aurait pu être dangereux au milieu de ces sauvages. Le Père revint donc avec son monde à Bassac, et de là à Oubon. La fatigue et l'insalubrité proverbiale de ces régions lui avaient donné la fièvre, dont il n'était pas encore délivré.
    En quittant Bangkok, Sa Grandeur, par crainte de complications politiques avec le personnel de la mission du Laos, avait, dans ses instructions au supérieur, formellement interdit tout établissement soit à Bassac, soit à Nong-khai. Il était déjà question d'une action sur les rives du Me-kong; que l'on considérait avoir comme limite des possessions du Tonkin et de l'Annam. Sa Grandeur craignit que l'on ne prît l'établissement des missionnaires dans ces deux villages importants comme une manoeuvre du gouvernement français pour se préparer les voies. Cette prohibition ne fut enlevée qu'après le conflit de 1893, la convention franco siamoise enlevant tout soupçon à l'égard des missionnaires.
    Après les fêtes de Pâques et le retour des premières pluies, le P. Supérieur ayant établi le P. Dabin et le P. Clément à la direction de la chrétienté d'Oubon, se prépara à tenir ses promesses vis-à-vis des Tonkinois de Lakhon et de Sakon. Il partit accompagné du P. Xavier Guégo et du catéchiste Than, Annamite, ancien élève du séminaire de Siam.
    Parmi les serviteurs qui partaient à sa suite, se trouvaient un certain nombre d'hommes que le supérieur avait délivrés l'année précédente et qui avaient demandé à l'accompagner dans l'espoir qu'aidés par lui, ils pourraient retrouver des parents ou se faire indemniser par leurs injustes ravisseurs.
    Ce ne fut pas sans luttes ni difficultés, mais malgré les persécutions ouvertes ou cachées, la victoire resta à Dieu ; et la prédication de l'Évangile se développa plus rapidement qu'à Oubon.
    C'est en souvenir de ces luttes que l'on eut à soutenir, que saint Michel a été donné comme titulaire à l'église de Sakon.
    Quinze jours avant l'arrivée des PP. Dabin et Guégo, un nouveau commissaire royal était arrivé à Oubon : c'était le fils du Luang Phakdi, il se nommait Khun Phon. Il devait partager l'autorité avec son père et remplacer presque entièrement le gouverneur. Les mandarins locaux ne pouvaient rien faire que d'après ses ordres.
    L'année se passa sans grands incidents. De temps à autre des familles de Laotiens demandaient à se faire instruire et venaient habiter le village. Il ne se passait guère de semaines qu'une, deux, trois personnes isolées, et appartenant aux tribus du Nord, ne vinssent aussi implorer aide et protection.
    L'exercice de l'année se termine pour Oubon seulement par le chiffre de 72 baptêmes. Chrétiens, 148. Catéchumènes, 174. Confessions annuelles, 62. Confessions de dévotion, 1.130. Mariage, 1.
    Un peu avant la Toussaint, qui devait être suivie de la retraite annuelle, Je P. Prodhomme rentrait à Oubon, suivi d'une troupe de gens libérés.
    Son arrivée était un jour de fête et de grande joie pour toute la chrétienté. Non seulement il apportait des nouvelles de leurs parents à plusieurs, il leur donnait l'assurance qu'ils étaient libres et installés, soit à Lakhon, soit à Sakon, ou déjà les chrétientés étaient formées.
    Combien de fois l'on vit couler des larmes de joie ! Des femmes retrouvaient leur mari dans les gens de la suite du Père, d'autres leurs enfants, et des enfants retrouvaient leur mère. Des familles dispersées aux quatre vents du ciel, se reformèrent à Oubon presque au complet. Il serait difficile d'exprimer avec quelle impatience le retour du supérieur était attendu à cette époque. A peine descendu de cheval, encore couvert de la poussière ou de la boue de la route, il était entouré, interrogé de tous les côtés à la fois. Ces pauvres gens ne se lassaient pas de le voir et de l'entendre. Ceux qui parfois étaient désappointés dans l'attente des leurs, pleuraient de joie en voyant d'autres plus heureux qu'eux et se reprenaient à l'espoir qu'un autre voyage du Père leur apporterait à eux aussi les mêmes joies.
    Le supérieur ne restait pas longtemps à résidence. Son arrivée à Oubon n'était que la préparation au long voyage de Bangkok, voyage imposé chaque année par la nécessité de se procurer le viatique des missionnaires et les autres sommes requise au maintien de leurs oeuvres.
    Le départ se fit dans les premiers jours de novembre. Les chemins mieux connus, les étapes prévues à l'avance, permettaient de faire le trajet entre vingt-cinq et trente jours pour atteindre le premier poste chrétien de Siam, l'église de Thakien, qu'administrait le bon P. Voisin. De chez ce Père, quatre jours de barque suffisaient pour arriver à Bangkok.
    Aux environs de la Toussaint, le Chinois d'Amnat, dont la maison servait d'oratoire et de lieu de réunion pour les cinq à six chrétiens et les catéchumènes que nous avions là, fut cambriolé pendant qu'il se rendait à Oubon pont la fête. Promptement averti, il se hâta de rentrer chez lui et de constater les pertes qui étaient assez considérables.
    En partant, il avait demandé l'aide des Pères, afin de chercher la trace des malfaiteurs, comptant peu sur le concours des juges de sa ville. C'est pourquoi le P. Dabin fut envoyé quelques jours plus tard. Tout en faisant l'instruction des catéchumènes, il devrait chercher des indices qui le mettraient sur la bonne piste.
    Pendant que l'on s'occupait de cette affaire, qui aboutit heureusement, la Divine Providence fournit une bonne occasion de délivrer une quarantaine de personnes de race Phruen et Phu Thung.
    Aussitôt on se mit en quête de trouver un endroit ou l'on pût fonder un village et distribuer des champs aux nouveaux venus. C'est ce qui donna lieu à la fondation de Ban-mum, à moitié route entre la ville d'Amnat et le grand village de Ban-dum.
    Le P. Dabin dut séjourner là plusieurs mois pour commencer l'instruction des catéchumènes, et élever un petit oratoire et une maison dus à la générosité du Chinois Nao. Ce bon chrétien, bien qu'encore néophyte, pourvut seul pendant une année entière à la nourriture de tout ce monde.
    Ici, il ne sera peut-être pas sans intérêt de noter quel était le régime adopté pour faire face à tous les frais occasionnés pour l'installation matériel le dé la mission, partout ou l'on installait une station.
    Les ressources en viatiques et suppléments reçus chaque année de Bangkok, étaient notoirement insuffisants, malgré les instances de ceux qui à tour de rôle allaient recevoir ces fonds. La réponse invariable était qu'on regrettait bien, mais que la procure ne pouvait donner davantage.
    Aussi, les Pères, chaque fois qu'une occasion se présentait, s'efforçaient d'intéresser à l'œuvre des parents et des amis d'Europe. Leurs supplications étaient entendues. Le P. Rondel, retourné à Siam pour cause de maladie, donna des sommes importantes. Ces sommes, réunies aux viatiques, permirent de soulager les missionnaires et de créer quelques légers revenus, tout en aidant les chrétiens. De l'argent mis en commun, l'on tira le viatique de chacun avec l'allocation d'un petit supplément.
    De l'excédent on fit deux parts : l'une devant servir aux frais imprévus et aux dépenses pour les voyages à Bangkok ; l'autre, partagée en trois, fut employée à l'achat de buffles pour les trois grandes stations principales, et ces buffles distribués aux chrétiens et catéchumènes, en échange d'une légère redevance en riz à la récolte suivante
    Ce régime ne dura que trois ou quatre ans, parce que, les missionnaires devenant plus nombreux, il ne plut pas à tous.
    Cependant ce régime permit de développer les oeuvres que plusieurs, laissés à eux-mêmes, n'auraient pas pu entreprendre. Il ne faut pas oublier que partout il fallait créer, fonder. Souvent même il fallait défricher la forêt pour s'installer, et dans nombre d'endroits, acheter des champs pour les distribuer. Autrement les catéchumènes pauvres, et c'était l'immense majorité, n'auraient pu sortir de la misère.
    Les résidences et les églises n'étaient que de pauvres abris permettant seulement de s'abriter du soleil et de la pluie, sans autres ornements que quelques lambeaux d'étoffes autour des autels. Au fur et à mesure que les chrétiens augmentaient, on ajoutait une chambre ou deux à ces primitifs sanctuaires.
    Après les fêtes de Noël, le P. Dabin, sur l'ordre qu'il en avait reçu, partit pour Sakon visiter le P. Guégo et lui donner l'occasion de se confesser pendant l'absence du supérieur qui lui avait laissé la surveillance et l'administration des chrétientés de Sakon et de Lakhon, postes distants l'un de l'autre d'une vingtaine de lieues. D'Oubon à Sakon, les piétons mettent de neuf à dix jours. Il faut traverser des forêts, des chaînes de montagnes et de nombreux cours d'eau.
    Lorsque le P. Dabin arriva à Sakon, le P. Guégo n'y était déjà plus. La première agglomération de chrétiens s'était établie sur les bords du grand lac de Sakon, près de la ville appelée Nong-han. Les vexations continuelles suscitées en dessous par un parti des juges l'avait décidé à se transporter sur la rive nord du lac, en face de la ville.
    La forêt s'étendant de tous les côtés, on pouvait se tailler une large habitation. Sous la direction du catéchiste Thun, toutes les maisons avaient été démontées, disposées en vastes radeaux, au moyen de barques et de bambous. Le petit mobilier, ustensiles de ménage, et les provisions de riz placés dessus, l'on était parti à la grâce de Dieu, et à l'aide du vent.
    Ce fut en ville une surprise générale, quand le matin on vit le terrain occupé par le Père et les chrétiens complètement t vide et semé seulement de quelques débris. L'étonnement fut plus complet encore quand on apprit qu'ils avaient gagné l'autre rive, avec armes et bagages, sans le moindre accident et qu'ils étaient en train de s'installer.
    Quand le P. Dabin et les quelques hommes de sa suite arrivèrent dans le nouveau village de Saint Michel, trois maisons, avec la grange servant d'église, étaient debout. Le reste de la population, 150 personnes environ, couchaient encore par terre, abritées par de légers toits en herbes. On voyait encore les restes de la fête de Noël ; des arbres énormes abattus pour déblayer l'emplacement du village, avaient été taillés sur place, en guise de bûches de Noël, les troncs n'avaient pu être complètement calcinés par le feu.
    Le père Guégo, depuis trois jours, avait, quitté Sakon pour visiter les chrétiens de Lakhon, emportant sur son dos et celui de ses gens, pierre sacrée, missel, calice, ornements, afin de pouvoir célébrer la sainte messe et administrer les sacrements.
    A Lakhon, les chrétiens et catéchumènes, encore peu nombreux, étaient partagés en deux groupes. L'un, au nord de la ville et en dehors, se composait d'une dizaine de maisons, bâties sur la lisière des champs ; l'autre était au village de Khamkom
    A côté se trouvait une forêt dont le terrain relativement élevé permettait, en le défrichant, d'y établir un village. Il pouvait fournir des champs secs cultivés sur les cendres de la forêt incendiée.
    L'endroit fut jugé convenable, au moins en attendant qu'on pût trouver mieux.
    Dès le lendemain, tout le monde armé de couteaux et de haches fit un vaste abattis.
    C'est ce village de Khamkon qui est demeuré pendant longtemps la demeure du supérieur de la mission du Laos et du provicaire, quand ce titre fut substitué au premier.
    Au retour de ce voyage, le P. Dabin revint au village de, Dun. C'est là qu'il apprit le retour des chars de Bangkok.
    En effet, le P. Prodhomme était arrivé à la fin du mois de mars. Un Père et un catéchiste avaient été accordés à la mission du Laos. Le P. Combourieu qui, arrivé de France deux jours auparavant, s'était mis en route, avec les catéchistes Huet et Phai.
    Le retour ne se passa pas sans incidents : au deux tiers de la route, le P. Joseph Combourieu fut pris de la fièvre des bois. Le P Prodhomme ne pouvait interrompre son voyage ; les équipages manquaient déjà d'herbe et d'eau. Les voyageurs avaient bien de la peine à se procurer les vivres nécessaires, et on avait hâte d'arriver pour donner des soins au malade. Une vigoureuse médication fut administrée, et comme le pauvre malade ne pouvait se tenir à cheval, une litière fut improvisée et des hommes furent loués pour le porter. Au bout de quelques jours, le Père fut hors de danger, et, les forces revenantes, il put continuer la roide à cheval. Un peu de repos pris à Oubon le remit complètement.
    Après la fête du patronage de Saint-Joseph, les premières pluies ayant fait pousser l'herbe, et mis de l'eau dans les Fuis seaux, on put songer à entreprendre le voyage vers le Nord.
    Le P. Com bourieu et le catéchiste Phai furent désignés pour aller diriger la chrétienté de Sakon, à Saint Michel de Nong-han. Le P. Prodhomme se chargeait de l'instruction des fidèles pendant que le nouveau Père apprenait la langue sous sa direction. Le P. Xavier Guégo n'eût plus à s'occuper que du poste de Khamkom, près de Lakhon.
    Si à cette époque Mer Vey avait bien pu donner plusieurs missionnaires et augmenter les allocations, la mission laotienne eût pris un rapide accroissement, car de tous côtés, particulièrement dans les régions de Ban-muk-dahan, Sakon et Lakhon, la population se remuait et demandait des Pères pour l'instruire.
    Cette fois la chrétienté d'Oubon allait diminuer. Un bon nombre de familles, voyant qu'un missionnaire était établi dans les chrétientés de Sakon et de Lakhon, demandèrent à les suivre, pensant avecraison que la culture des champs y serait plus productive qu'à Oubon. En outre, ils avaient l'espoir de retrouver des parents vendus et disséminés dans ces provinces. Soixante personnes, en dehors du personnel des chars de la Caravane, se mirent en route. Au bout de dix jours de marché, les voitures à boeufs avaient atteint Ban-muk-dahan. Des barques attendues et venant de Lakhon devaient recevoir gens et bagages.
    En cours de route, à Ban-dong-noi, dans la grande forêt de Manghi, quelques familles phruen et phu-tung furent délivrées l'arrivée à Ban-muk-dahan, les barques étaient en retard ; il fallut les attendre.
    On campa dans la plaine, derrière la ville, dans un immense hangar, destiné aux voyageurs. Le bruit de l'arrivée des missionnaires et leur séjour dans la ville s'était répandu comme une traînée de poudre. De tous les côtés on voyait accourir des troupes de gens qui venaient demander assistance au P. Prodhomme, exposant leurs doléances et leurs réclamations contre les injustices qui les avaient réduits en servitude.
    En effet, un grand nombre, sous les prétextes les plus futiles, avaient été réduits en esclavage, d'autres y avaient été amenés par la violence. On voyait des femmes portant leur charge de riz, leur batterie de cuisine, traînant à leur suite de petits enfants, marquant par là leur volonté bien arrêtée de suivre les missionnaires là où ils voudraient les conduire.
    En moins de deux jours, il y eut plus de cent cinquante personnes réunies autour du campement, sans compter la troupe venue d'Oubon.
    Les autorités et les principaux de la ville prirent peur, car ces gens, pour la plupart, avaient été asservis par eux en fabriquant de faux écrits de dettes. Aussi, s'empressèrent-ils d'envoyer des émissaires dans les villages pour arrêter ce flot d'émigrants dont le nombre menaçait de s'étendre encore.
    Puis, en corps, les chefs de la ville en tête, ils vinrent réclamer ceux qui campaient dans la plaine autour des chars.
    La fièvre avait repris le P. Combourieu : il était couché enveloppé de couvertures, grelottant de tous ses membres, auprès du P. Prodhomme. Le supérieur reçut courtoisement les juges et entendit leurs réclamations. Deux jours entiers furent employés à examiner le cas de chaque famille et à discuter la valeur des créances. Quelques-uns furent reconnus comme libres, d'autres comme douteusement endettés, d'autres enfin rendus comme vraiment débiteurs. Une ou deux familles furent rachetées.
    Cependant les juges maugréaient de se voir ainsi enlever des gens dont le travail les faisait vivre.
    Bien que l'on fût tombé d'accord sur un grand nombre de cas, et que, pour les autres, on demandât un délai pour examiner plus à loisir les réclamations, ils complotèrent d'attaquer en cours de route ceux qui prendraient le chemin des montagnes à la suite du P. Prodhom me, qui devait diriger l'exode jusqu'à Sakon. Le secret ne fut pas aussi bien gardé qu'on l'espérait. Avertis à temps, le P. Prodhomme et le P. Dabin qui avait accompagné sa caravane jusqu'à Ban-buk-dahan, se rendirent chez le gouverneur.
    Ce dernier fut averti que si ses juges et les habitants de sa province tentaient un coup de force, il aurait à en répondre à Bangkok, et à en supporter les conséquences. Ce gouverneur, bien que niant le complot, fit diligence pour empêcher les meneurs de mettre leur projet à exécution.
    Le P. Combourieu, toujours malade, et une partie des émigrés d'Oubon descendirent en barque et montèrent à Lakhon, Le P. Prodhomme à cheval, à la tète de sa longue file de nouveaux venus, prit vers l'Ouest pour gagner Sakon.
    Le terme du voyage fut atteint sans incidents nouveaux, et les chars avec cinq personnes délivrées prirent la route d'Oubon.
    Le Luang Phakdi, qui gouvernait à Oubon, avait reçu l'ordre, l'année précédente, de se rendre avec quelques-uns de ses juges, à Bassac. Là il avait délivré quelques Annamites enlevés par les Khas, et vendus dans cette ville. Deux d'entre eux étaient venus à Oubon, avec un des juges, le Thao Butha. Quelque temps après ils avaient quitté ce juge pour se réfugier à la mission. Le juge, revenu de Bangkok, et de retour à Bassac, avait fait reprendre les Annamites délivrés, et les avait livrés de nouveau à leurs anciens maîtres. Il avait ensuite fait envoyer l'ordre au Thao Butha de conduire à Bassac les deux Annamites qui l'avaient suivi à Oubon. Ce juge, craignant la colère du Phaja Siet et la forte amende qui lui serait imposée, vint supplier les missionnaires de lui venir en aide. On était au. Mois de juin, le P. Dabin prit la route de Sakon pour aller informer le supérieur.
    Celui-ci était tout appliqué à catéchiser ses nouvelles recrues, à peine installées depuis un mois et demi. Il était encore souffrant de la fièvre qui l'avait pris depuis quelque temps. Néanmoins il partit aussitôt pour Oubon et Bassac, laissant le P. Dabin avec le P. Combourieu qui ne savait pas encore assez la langue pour se faire comprendre de tout le monde.
    Arrivé à Bassac, le P. Prodhomme eut avec le juge une courte explication, à la suite de laquelle tous les Annamites présents à Bassac furent relâchés.
    Le plus grand nombre prit le parti de suivre le Père à Oubon, de peur, qu'une fois le Père rentré chez lui, on ne vint les reprendre, pour les réduire de nouveau en esclavage. Ils étaient une quarantaine : hommes, femmes ou enfants.
    Pendant les quelques jours passés à Bassac, le Père fut grossièrement insulté devant térnoins, par un soldat de la suite de ce juge. Une réparation fut exigée et immédiatement accordée.
    De retour à Oubon, le P. Prodhomme installa ses Annamites et commença leur instruction. C'est là qu'il attendit la fin de l'année.
    A Sakon, le nouveau village de Saint Michel prospérait ; de temps à autre de nouvelles familles venaient se joindre à celles déjà établies. Dans le courant du mois d'août, on apprit qu'une nombreuse troupe venant de Ban-muk-dahan, formant une bande de cent soixante personnes environ, avait quitté les villages de la banlieue et s'avançait vers Sakon, en suivant les forêts, et la montagne qui court de l'Est à l'Ouest. Ils étaient déjà parvenus au village de Tangoi et étaient arrêtés par la petite rivière torrentueuse qui passe au pied du village, le Huéi-pong. Ce petit cours d'eau était débordé et avait un courant très rapide. Pendant qu'ils organisent des radeaux pour franchir la rivière, des hommes armés, envoyés de Ban-muk â leur poursuite, les cernent dans le village et la pagode attenante, s'emparent d'eux pour les ramener brutalement à la ville. Un grand nombre furent battus et mis à la chaîne. Une douzaine au plus parvinrent à s'échapper et arrivèrent au village de Saint Michel où ils racontèrent ce qui venait de se passer.
    Peu de jours après la mésaventure de ces pauvres gens, une députation du village de Khun-bun, village perdu dans une gorge de la montagne derrière la ville de Sakon, vint demander qu'on allât les visiter chez eux.
    Le P. Dabin fit le voyage, mais trouva l'endroit bien malsain. Il reçut les gens dans la petite maison qu'on avait construite pour le recevoir, expliqua le catéchisme et se rendit compte de leurs bonnes dispositions. Les habitants de ce village le quittèrent bientôt et vinrent habiter à quelques kilomètres plus près, sur le versant de la montagne qui fait face au lac de Nong-han. Il firent renaître un ancien village nommé Champhen qui depuis est devenu une chrétienté florissante.
    Le mois de septembre était arrivé, la saison des pluies touchait à sa fin, il était temps de songer à préparer son courrier et ses commissions pour Bangkok.
    Le P. Dabin prit la route d'Oubon, accompagnant le troupeau de boeufs qui devait traîner les chariots vers le Siam.
    En route, on apprit que des lettres expédiées d'Oubon pour les missionnaires étaient portées à Sakon. Le conducteur du troupeau continua sa route sous la direction du catéchiste Than, et le Père revint sur ses pas.
    Après avoir pris connaissance des avis du supérieur, il attendit quinze jours avant de se mettre en route et se dirigea sur Amnat. Il arrivait la nuit chez le Chinois Nao.
    Ce dernier venait d’être, assassiné par un de ses esclaves aidés de quarante brigands qui avaient mis la maison au pillage. Ces malfaiteurs avaient également massacré sa femme et son plus jeune fils encore à la mamelle.
    Ce retard dans le voyage du Père fut providentiel. En effet, le soir du crime, il aurait couché là même où le Chinois avait été assassiné, et serait tombé sous les coups des assassins qui ignoraient son retour. Vu leur nombre, ils n'auraient pas reculé, le Père étant surpris et désarmé.
    Dès le retour à Oubon commencèrent les préparatifs du voyage annuel. Le soin d'aller rendre compte des travaux de l'année et rapporter les viatiques fut confié au P. Dabin, qui partit à la fin de novembre.
    L'exercice de l'année se terminait avec 62 baptêmes, 85 confessions annuelles, 1.095 de dévotion ; 65 communions pascales, et 1.113 de dévotion, pour la seule chrétienté d'Oubon. Pour toute la mission, on comptait 463 chrétiens, 1.098 catéchumènes, 284 baptêmes, 82 confirmations, 157 confessions annuelles, 2.156 de dévotion.

    1886

    A Bangkok, Sa Grandeur fut vivement satisfaite de l'accroissement de l'église du Laos, mais n'accorda qu'un seul missionnaire, bien qu'on en eût besoin d'un grand nombre. Le P. Aimé Sallio fut désigné et partit tout joyeux pour le Laos.
    On connaissait mieux les routes, et les petits chars, mieux dirigés par leurs conducteurs, firent le trajet de retour en vingt-cinq jours.
    Un mouvement considérable se dessinait vers la mission. Des corvées plus nombreuses étaient imposées à l'habitant, corvées aggravées par les juges laotiens qui ne se contentaient pas de transmettre les ordres des commissaires royaux, mais les augmentaient à leur profit, retenant pour eux les colonnes des maisons, madriers, planches, etc., etc. Comme les livraisons se faisaient par leur entreprise, ils avaient bien soin de garder le surplus, à l'insu du corvéable. En outre, pour faire entrer l'arriéré de l'impôt de trois années, l'habitant aux abois accourait à la mission, pour obtenir par la protection du Père d'être soustrait aux vexations.
    Souvent, grâce à la bonne entente qui existait entre les commissaires royaux et la mission, on put dévoiler les exactions et les faire cesser. Sans doute, le motif qui poussait ces gens à étudier n'était pas très désintéressé, mais c'était une porte ouverte pour faire pénétrer la vérité et la foi dans leurs coeurs. Si, à ce moment, on avait eu un personnel suffisant et instruit à placer dans les principales localités, on aurait pu fonder un grand nombre de chrétientés. Tous n'auraient pas été jusqu'au baptême, mais sur le nombre il en serait suffisant ment resté pour pouvoir développer le mouvement de conversions dans l'avenir.
    Dans la seule province d'Oubon, on comptait sur la liste plus de 6.000 noms. Il ne fut pas possible de visiter tous les villages ; quelques-uns ne furent examinés par le missionnaire qu'à la hâte. La masse, voyant que nous ne les instruisions pas, se retira peu à peu, et ce beau mouvement fut perdu, d'autant que les exactions cessèrent ; n'ayant plus besoin d'assistance, on ne vint plus nous voir.
    Le P. Aimé Sallio, encore incapable de parler la langue, voulut du moins faire quelque chose par sa présence. Il alla s'installer au village de Ban hua rua, avec un jeune catéchiste, puis, plus tard, à Banko, village éloigné d'Oubon de douze kilomètres environ. Le catéchiste Antoine Huet instruisait les catéchumènes et le Père étudiait la langue avec ardeur. Bientôt, voyant l'inutilité de ses efforts, il abandonna ces villages, dont trois ou quatre familles vinrent s'établir à Oubon.
    Là, un certain nombre de familles phu-thung ne trouvant plus de grandes forêts à abattre autour de la ville, pour la culture des rizières sèches, allèrent s'établir au-dessous de la ville à 12 kilomètres sur la rive droite de la rivière Moun, et formèrent deux villages : Ban-bua, et Bung mai. Ce dernier village se déplaça pour s'établir à Vang-kang-hung, un peu plus bas que le village primitif. Le missionnaire d'Oubon continua à visiter ces chrétientés, qui, aux grandes fêtes, et souvent même le dimanche, revenaient au poste principal.
    L'année s'écoula sans événements bien saillants, chacun travaillant de son mieux, et déplorant de ne pouvoir se multiplier.
    L'exercice pour le district d'Oubon donne le chiffre de 93 baptêmes, 113 confessions annuelles, 1.268 confessions de dévotion, 103 communions pascales, 1.246 de dévotion et 4 mariages.
    Pour toute la mission du Laos, il y avait 873 chrétiens, 3.081 catéchumènes sérieux, 410 chrétiens baptisés dans l'année, 474 confessions annuelles, 4.270 de dévotion, 290 communions pascales, 3.401 de dévotion et 16 mariages.
    Le P. Dabin, désigné pour diriger le voyage annuel, obtint de Sa Grandeur un seul missionnaire, le P. Pierre Excoffon, et cinq catéchistes, jeunes élèves du séminaire de Bang-xang, que l'on envoyait faire leur temps d'épreuve au Laos, avant de les admettre au grand séminaire.
    Le P. Rondel, retenu à Bangkok pour sa santé, n'oubliait pas sa mission et pour l'aider fit un don généreux. De plus, il donnait une petite imprimerie portative.

    1887

    Le P. Prodhomme demeura à Oubon jusqu'aux premiers jours du mois de mai, pour faire l'administration en l'absence du Père parti pour Bangkok. Au retour de la caravane, le P. Excoffon fut laissé à Oubon pour apprendre la langue, et le P. Sallio, déjà formé à l'exercice du ministère, fut envoyé à Ban-dun, dans la province d'Amnat, pour continuer l'instruction des catéchumènes ; pendant que la. P. Dabin faisait de longues stations à Ban bua, préparant baptêmes et premières communions.
    L'épizootie commençait à faire de terribles ravages dans tout le pays ; chevaux, buffles, boeufs mouraient en quelques jours sans que l'on pût enrayer le mal. La mission, encore bien pauvre et qui s'était imposé de lourds sacrifices pour venir en aide aux néophytes, en leur distribuant des buffles, fit des pertes considérables. Presque tous les chevaux périrent. Plus des deux tiers des boeufs et quelques buffles furent emportés par la maladie. Le manque de buffles pour cultiver les champs, joint à une sécheresse extraordinaire, fit monter le prix du riz. C'était le présage de la famine.
    Au mois de juin, voyant que tout allait assez bien dans les provinces du Nord, le supérieur revint à Oubon. Le 15 août, il fit solennellement la consécration de la mission au Sacré Coeur de Jésus, devant le Saint Sacrement exposé et un grand nombre de fidèles.
    A l'époque habituelle, fin de novembre, le P. Prodhomme prit le commandement de la caravane pour Bangkok. Il emmenait 22 petites charrettes laotiennes. L'accroissement du personnel rendait l'approvisionnement à Bangkok plus considérable. Il fallait s'approvisionner des marchandises d'usage dont le prix eût été trop élevé au Laos : étoffes, médecines, vin de messe, farine, objets du culte, statues de saints, etc. Il fallait en plus porter avec soi les ustensiles de cuisine, le riz et les vivres pour la route, car on ne trouve pas toujours à s'approvisionner dans les localités où il faut passer.
    Le supérieur emportait avec lui le compte rendu des travaux de l'année : 1.395 chrétiens, 3.300 catéchumènes, 617 baptêmes, dont 474 d'adultes, 920 confessions annuel les, 6.587 de dévotion, 474 communions pascales, 4.860 de dévotion, 217 confirmations, 32 mariages.
    (A suivre).

    1919/240-267
    240-267
    Laos
    1919
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