Aller au contenu. | Aller à la navigation

Outils personnels

Origines. Combats de Taureaux.

KOUY-TCHEOU LETTRE DU P. ALOYS SCHOTTER Missionnaire apostolique Les Miao. Origines. Combats de Taureaux. Les Miao semblent être les plus anciens habitants du Kouy-tcheou ; comme ils s'en font gloire, ils n'eurent probablement à repousser, à leur entrée dans le pays, que les bêtes fauves qui trouvaient un paisible abri dans les sombres forêts qui le couvraient. Delà viendrait, dit-on, leur passion pour la chasse. « C'est une affaire de race, c'est dans le sang, » affirment-ils.
Add this
    KOUY-TCHEOU

    LETTRE DU P. ALOYS SCHOTTER
    Missionnaire apostolique

    Les Miao.

    Origines. Combats de Taureaux.

    Les Miao semblent être les plus anciens habitants du Kouy-tcheou ; comme ils s'en font gloire, ils n'eurent probablement à repousser, à leur entrée dans le pays, que les bêtes fauves qui trouvaient un paisible abri dans les sombres forêts qui le couvraient. Delà viendrait, dit-on, leur passion pour la chasse. « C'est une affaire de race, c'est dans le sang, » affirment-ils.
    Les Chinois disent souvent : « Tout d'abord il y a eu des Miao et ensuite l'empire ». Les Miao ont un proverbe tout semblable en leur langue pour revendiquer la priorité d'âge au Kouy-tcheou. Nos « familles miao : Yang, Long, Pé et Sy, existaient avant Pékin ». Les traditions des Chinois et des Tchong-kia sont également d'accord sur ce point.
    La priorité de la domination « miao » au Kouy-tcheou ressort encore clairement du cérémonial observé aux combats de taureaux, qui se célèbrent chez eux avec grand concours de la population barbare. Ils v tiennent au moins autant, sinon plus due les Espagnols, car ce n'est pas seulement une réjouissance publique, mais une cérémonie religieuse. Le combat est suivi de l'immolation du boeuf qui se termine par de copieux festins.
    Voici en quelques mots comment les choses se passent :
    Différents villages se donnent rendez-vous au lieu traditionnel toits les trois ans. La famille riche, qui vent dans l'année faire battre son boeuf, aura soin de bien l'engraisser quelques mois auparavant. Le jour arrivé, les habitants du village, avec fanfare, l'amènent en grande pompe, couvert de guirlandes de fleurs, de toiles multicolores, même de plaques d'argent et de vielles colliers.
    Arrivé au champ de course, le cortège fait trois fois le tour de l'arène devant une foule de curieux accourus de toutes parts, tandis que la musique joue des airs de circonstance. Ce jour-là, le conducteur du taureau est habillé d'une robe de soie jaune, et en son honneur on tire neuf coups de canon (1).

    (1) Ce cérémonial impérial serait en toute autre circonstance réputé « crime de lèse-majesté ».

    Si quelqu'un s'était; permis d'empiéter sur le terrain soit en érigeant une maison, soit en élevant un talus de rizière, le conducteur ordonne de tout aplanir, ce qui est fait à I'instant. On ne tient pas compte des moissons, on démolit les habitations, on enlève même les tablettes des ancêtres.
    Si dans la bagarre quelqu'un est écrasé, on ne peut recourir au mandarin, comme lorsqu'il s'agit de meurtre. D'ordinaire, on laisse ces champs en friche l'année des courses, mais l'impôt continue à être réclamé par le mandarin.
    On entrevoit les nombreuses querelles et les procès auxquels ces combats de taureaux donnent lieu, mais toujours le mandarin juge d'après le droit coutumier que résume cette sentence : « Le pays d'abord appartint aux Miao, et plus tard seulement l'empereur le frappa d'un impôt ».
    C'est la reconnaissance indirecte de la domination des ancêtres aux mânes desquels le boeuf est immolé. Malgré leur profond mépris pour ces tribus barbares, les politiques chinois n'osent pas les heurter de front dans leurs anciens usages.
    Cependant les Miao, quelle que soit leur antiquité, ne sont pas nés au Kouy-tcheou, là n'était pas le paradis terrestre. D'où viennent-ils donc? D'après leurs traditions conservées dans leurs chants, leurs premiers ancêtres seraient venus sur des barques. Voilà au moins ce que me dit un vieux sorcier chan-miao de Chy-kin, qui depuis plus de 50 ans psalmodie des chants funèbres aux enterrements de ses concitoyens. C'est, lui qui m'a dicté tous les noms principaux des étapes par où étaient passés ses pères pour venir au Kouy-tcheou : je crois inutile de les transcrire ici, car on les chercherait en vain sur un atlas. La dernière station était « Lo-fou-tcheou ».
    Voici la tradition d'une autre tribu : Quand ils parvinrent au Kouy-tcheou, les Miao avaient une barque en bois léger et qui voguait vite. Ils l'amarrèrent au rivage et s'enfoncèrent dans les terres pour chasser. Mais en leur absence survinrent des Chinois : ceux-ci avaient un vaisseau en bois de chêne et très lourd, ils le substituèrent au vaisseau des Miao et partirent. A leur retour, les pauvres barbares ne purent faire avancer l'embarcation. Que devenir? Tandis qu'ils tenaient conseil, les chiens fatigués de la chasse, après s'être baignés dans une mare, revinrent tout couverts d'une sorte de mousse, signe de la fertilité du sol pour la plantation du riz. A cette vue, les Miao décidèrent de s'établir dans le pays.

    MISÈRE ET FORTUNE.

    Pour échapper à la rapacité des Chinois dont ils sont trop souvent les humbles serviteurs, les Miao n'achètent pas ordinairement le terrain où ils travaillent, mais se contentent, d'être fermiers et habitent de pauvres cabanes. Malgré cette appareille pauvreté, il se trouve de temps à autre parmi eux quelque gros millionnaire. On m'a cité le cas d'un Miao, grand richard qui habitait du côté de Houang-pin. Pour mettre sa fortune à l'abri des voleurs, il avait creusé sous sa maison un trou qui ne communiquait avec la surface du sol que par un tuyau de bambou ; c'est là qu'il mettait son argent ; quand il avait amassé quelques taëls, il les fondait, et ils allaient par le tube rejoindre la masse. Lorsqu'on fit des souscriptions pour le large pont de la ville, le mandarin, qui se doutait de quelque chose, demanda à cet homme de souscrire seul pour une arche, ce qui fut accepté.
    Un Miao de Tchen-fong, nommé Yang, qui se fit chrétien sur la fin de sa vie, comptait ses taëls par dix mille et gardait malgré cela l'extérieur d'un homme de peine. Il enterrait son argent, partie par avarice, partie pour le posséder dans une seconde vie, car, avant sa conversion, il croyait à la métempsycose.

    CARACTÈRE DES MIAO.

    Miao est synonyme de peu intelligent, n'entendant pas raison. Je crois que l'opinion générale ne se trompe pas en mettant ce peuple au-dessous des Chinois et des indigènes pour la capacité intellectuelle et même pour la moralité. On peut l'admettre a priori en constatant leur diminution en face des deux autres races. C'est aussi l'opinion de tous les missionnaires, qui ont exercé le ministère chez ces tribus ; ils sont d'accord à trouver parmi eux moins d'ouverture d'esprit pour comprendre les vérités chrétiennes ; c'est vrai surtout pour les femmes. Cette race est inconstante, sans énergie, sans tenue ; en un mot, elle est miao, barbare.

    Le nom de miao n'est plus seulement le nom de la race, dans la bouche des Chinois il est souvent une épithète. Un lettré qui voudrait parler d'un être corrompu, digne de mépris, ignorant, sans foi ni loi, distillerait de son pinceau le mot miao ou encore lao miao, miao tse (fils de miao ou vieux miao). Vieux est ici pris dans le sens du superlatif, comme qui dirait « vieille bête ». C'est l'injure que se lancent le plus souvent dans leurs querelles les enfants de mon école. Les barbares eux-mêmes aiment peu cette dénomination ; aussi le plus souvent les appelle-t-on par le mot particulier à leur tribu : blancs, noirs, rouges, en sous-entendant le mot miao ; ou encore on les nomme : la famille blanche, noire, etc.
    Le diable lui-même connaîtrait au dire des païens le sens de ce mot : aussi quand ils ont un enfant mâle qu'ils aiment beaucoup, ils ajoutent à son nom le mot miao. A l'audition de ce nom si méprisant, le diable, trompé sur l'origine de l'enfant, ne lui nuira point et ne le fera pas mourir.
    Naturellement cette épithète est prodiguée dans les pamphlets contre les Européens et contre la religion chrétienne. Il y a deux ans, les Japonais firent publier par le gouvernement chinois une circulaire menacent de la dégradation le mandarin, qui donnerait le surnom de miao à un étranger dans une pièce officielle. Cette leçon de grammaire mit mon mandarin de mauvaise humeur : « Qu'ils sont donc insolents, s'écriait-il, ces miao d'étrangers, ils viennent nous apprendre à écrire notre langue ».

    QUELQUES USAGES DES MIAO.

    Je n'ai pas le temps de vous détailler tous les usages particuliers des Mao, je vous eu signalerai quelques-uns.
    Ils ont, moins de politesse dans leurs rapports, leurs relations avec les femmes sont plus libres, leur costume surtout est en général moins décent que chez les Chinois, et ce qui choque surtout ce peuple si pudibond, c'est pour les femmes un certain décolleté et les pieds nus. Les colliers, les bracelets, les pendants d'oreilles ont chez les Mao des proportions exagérées.


    « Ce qui porte l'habit court est Mao, l'habit long est Y-jen, » dit un proverbe.
    Au lieu de thé, ils boivent de l'eau de gingembre ou de poivre du pays. Le sel est rare et, leur sert de monnaie.
    Pour leurs mariages, ils ne voyagent pas en chaise ; les époux ne se font pas le salut réciproque, signe de consentement pour les Chinois ; ils n'observent pas les empêchements de la toi chinoise qui défend le mariage entre personnes du même nom ; cependant ils ne se marient pas entre parents trop rapprochés.
    Dans leurs enterrements, ils ne se servent pas d'ordinaire d'habits de deuil comme les Chinois. Au lieu d'écriture, ils ont des cordes auxquelles ils font des noeuds, ou des morceaux de bambous avec des entailles. Ils dénouent la tresse de cheveux à la toilette d'un mort, car, dit le proverbe : « l'homme a adopté le costume du vainqueur, mais non la femme : le vivant s'est soumis à la domination chinoise, mais le mort en est libre ».
    Une autre particularité chez eux est résumée dans ce dicton : « Le Chinois expose le mort la face tournée vers la porte, le Mao le met de travers ».

    CULTE.

    Les Mao vénèrent « Pang-hou » et « Siang » comme leurs ancêtres ; ils honorent de plus d'un culte particulier un certain « Pé-ty ou « Tchou-ouang » (roi-bambou). Leurs beaux-parents morts sont censés habiter au dehors dans une courge, tandis que les propres parents du mari sont honorés dans un endroit où ils fixent trois morceaux de bambous, et qui est situé derrière leur demeure. Ce serait pour honorer le roi bambou que chaque année, à la sixième lune, ils s'abstiennent durant trois jours du labour, de la chasse et de la pêche. Pendant ce temps, ils ne font pas de musique, ni ne portent d'habits rouges de peur d'attirer des maladies.
    Ce culte du « roi bambou » repose sur une fable à propos du premier ancêtre d'une tribu barbare du Kouy-tcheou appelée « Yélang » : « Une jeune fille se promenant sur le bord de l'eau, ayant entendu le cri d'un enfant renfermé dans un bambou, prit et éleva l'orphelin, qui devint roi et plus tard dieu à cause de sa naissance extraordinaire ».
    Leur vrai culte est celui du démon. Ils ont des sorciers ou magiciens qui évoquent les morts. Au lieu de médecine, ils font dans leurs maladies des sacrifices au démon.
    Pour prêter serment, au lieu du sang du coq dont se servent les Chinois, ils mêlent le sang du chat au vin qu'ils avalent : on ne peut revenir sur un serment après avoir bu ce vin.

    Le cheval et le chien leur servent dans les sacrifices. C'est la peur du diable qui les rend ses esclaves. Cependant, il cet lut bon nombre de tribus qui ont fourni des adorateurs du vrai Dieu, et on trouve parmi eux de bons chrétiens, fidèles observateurs des commandements de Dieu : Erunt docibiles Dei omnes gentes.

    1899/265-270
    265-270
    Chine
    1899
    Aucune image