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Ordination des six nouveaux prêtres du vicariat apostolique de Lanlong

Ordination des six nouveaux prêtres du vicariat apostolique de Lanlong Dimanche 12 juillet 1931. Date bénie dans les fastes de la mission de Lanlong, date qui brillera d'un éclat inextinguible sur le livre d'or de l'école probatoire de Kin-kia-tch'ong, date qui a fait se lever un vent d'allégresse sur les vallées Dioy.
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    Ordination des six nouveaux prêtres du vicariat apostolique de Lanlong

    Dimanche 12 juillet 1931. Date bénie dans les fastes de la mission de Lanlong, date qui brillera d'un éclat inextinguible sur le livre d'or de l'école probatoire de Kin-kia-tch'ong, date qui a fait se lever un vent d'allégresse sur les vallées Dioy.

    Ce jour-là ont été fait prêtres pour l'éternité six jeunes gens, les prémices de la mission, les enfants premiers-nés du Probatorium et tous, sauf un, de race Dioy. Gloire au Tout-Puissant qui l'a voulu ! Nos coeurs débordent de reconnaissance envers lui. Reconnaissance aussi envers l'oeuvre de S. Pierre Apôtre qui nous a permis de voir ce jour d'allégresse et qui nous dédommage de la tristesse des jours enfuis !

    Au sud-ouest de la Province du Kweichow est sise la ville de Lanlong, siège du Vicariat Apostolique du même nom. Les parties situées au nord et à l'ouest de cette ville s'étendent sur de hauts plateaux, hérissés de mamelons, mais frais et relativement sains qu'habitent surtout des Chinois. Par contre, les régions qui se trouvent au sud et à l'est sont creusées de vallées basses et profondes, chaudes et malsaines qui ont pour limites, au nord, une haute barrière de montagnes de pierres qui les séparent des pays plus élevés de Lanlong, au sud, le Hong-choui-kiang (Fleuve aux Eaux Rouges), limite naturelle des deux provinces du Kweichow et du Kwangsi, à l'est, le fleuve Fleuri, ou Houa Kiang, à l'ouest, les altières montagnes du Yunnan.

    Dans ce pays de hautes herbes et de malaria habitent les Dioy. Depuis déjà longtemps, les missionnaires ont planté la Croix sur ces régions inhospitalières et non en vain puisque les néophytes y sont maintenant nombreux. Nombreux aussi furent les enfants dirigés sur le petit séminaire de Kwei-yang, la capitale du Kwei-chow, mais, pour des raisons qu'il ne m'appartient pas d'analyser, sans succès. La différence de race, de langue, de moeurs, de climat, n'y fut sans doute pas étrangère, voire même une espèce de supériorité intellectuelle et morale que, volontiers, à tort ou à raison, s'octroyaient sur eux les élèves de race chinoise. Aussi l'érection d'une école probatoire spécialement affectée aux élèves Dioy se présenta non dépourvue d'avantages et, après bien des déboires, recevait-elle en 1910 un semblant d'exécution. Cette école était peu après transférée près de Lanlong, dans le vallon N.-D.-des-Indigènes, appelé Kin-kia-tch'ong en chinois, et le 10 avril 1911, installée dans des locaux de fortune, l'actuelle Probatoire dont le P. Williate, promoteur et défenseur de cette initiative, prenait le supériorat, ouvrait ses portes aux premiers élèves Dioy.

    Les débuts furent durs à bien des points de vue : pécuniairement d'abord, il fallait nourrir ce petit monde et le P. supérieur n'avait sou vaillant en poche, l'autorité par ailleurs semblait se tenir sur une prudente réserve devant une innovation si osée et puis, transplanter en serre fermée ces habitués de la brousse, ouvrir l'intelligence, donner un idéal à des enfants incultes qui n'avaient quitté leurs troupeaux de buffles que pour courir la biche sur la montagne ou traquer le sanglier des vallées, ne laissait pas de paraître présomptueux : souvent au cours des premières journées d'études, le professeur dut faire les gros yeux et montrer les dents pour empêcher son jeune auditoire de s'égailler telle une volée de moineaux à la poursuite du faisan qui jetait son cri sur la montagne voisine. Aussi, nul ne saura la somme de patience et de bonté que dut déployer le P. Williatte pour habituer et façonner ces âmes neuves, et on ne saurait trop admirer la ténacité et le cran de ces enfants dans la poursuite de leur lointain idéal.

    Ce ne fut qu'en 1915 que put s'effectuer le premier départ d'élèves pour le petit séminaire de Kwei-yang : dix furent envoyés en 1915, six en 1917, sept en 1919. Du premier groupe, cinq seulement virent le succès couronner leurs études, deux du second et deux du troisième.

    En février 1924, les neufs élus prirent la route de Penang, en vue de continuer, au séminaire Pontifical des M.-E. de Paris, leurs études cléricales.

    Février 1930 les voyait revenir minorés à Lanlong. Après quelques mois seulement passés en probation chez les confrères du vicariat, ils s'acheminaient à nouveau vers Kwei-yang pour y recevoir les ordres majeurs qui furent conférés à six d'entre eux le jour de la Pentecôte, et le dimanche 12 juillet, ils montaient à l'autel. Hélas ! Des neufs élus, l'un, le doyen, presque au but avait regardé en arrière tandis que deux autres devaient prolonger leur temps de probation.

    Emouvantes sous tous les cieux sont les cérémonies d'ordination, mais peut-être plus qu'en pays chrétien le sont-elles en pays de mission : les âmes vibrent plus fort, semble-t-il, et leur étonnement est plus saint en voyant en ces lieux ce qu'elles voient !

    Mgr Carlo, Vicaire Apostolique de Lanlong, n'hésita pas à accomplir les dix étapes de voyage pour se rendre à Kwei-yang où avait lieu l'ordination, offrir lui-même au Seigneur les prémices de son épiscopat : ses six premiers prêtres indigènes qui, grâce à la délicatesse de sentiment du Vénéré Mgr Séguin, Vicaire apostolique de Kwei-yang, la mission mère de Lanlong, il put lui-même ordonner.

    La cérémonie se déroula dans la vaste et belle cathédrale de Kwei-yang. Elle fut simple et grandiose à la fois, ne le cédant en rien par la pompe et la tenue aux ordinations de nos vieux pays chrétiens. Mgr de Kwei-yang pontifiait au trône, trois prêtres de Lanlong qui avaient accompagné leur évêque l'assistaient aussi dans ses fonctions de prélat ordinant, plus de 50 prêtres tant français qu'indigènes purent venir imposer les mains aux jeunes ordinands, tandis qu'une pléiade de séminaristes en habit de choeur, remplirent avec une rare perfection les offices dévolus à chacun en pareille occurrence et ne contribuèrent pas peu à rehausser l'éclat des cérémonies.

    Dans la nef se pressait la foule des plus grands jours ; les chrétiens de la ville et même de bien loin se firent un plaisir et un devoir de venir assister à une cérémonie qu'ils ne voient qu'assez rarement. Aussi la joie rayonnait-elle sur tous les visages. La présence de M. Mao, Gouverneur de la province, entouré des autorités de la ville presque au complet, ne put passer inaperçue. Si ces Messieurs, installés à des places d'honneur, que d'ailleurs ils occupèrent dignement, se dirent ravis d'avoir assisté à une cérémonie si nouvelle pour eux payens, on peut affirmer aussi que les jeunes prêtres d'abord, et avec eux clergé et fidèles ressentirent à sa valeur l'honneur qui leur fut fait.

    Après la cérémonie, prêtres, séminaristes et fidèles se firent un pieux plaisir de solliciter des jeunes prêtres émus leur première bénédiction, et de tout coeur leur adressèrent-ils en latin, en chinois, ou en français qu'ils connaissent bien, le traditionnel « Ad multos annos » ! « Ouan ouan soui! »

    Revenus ensuite à Lanlong, centre du pays où ils auront à se dépenser pour les âmes, les nouveaux prêtres ont reçu leur affectation comme vicaires dans les différents districts. Nul doute qu'au contact de ces prêtres zélés et instruits, et qui en outre parlent leur langue et sont de leur sang, beaucoup de coeurs Dioy encore rebelles à la grâce, ne se rendent enfin et augmentent ainsi le nombre déjà grand de ceux qui sont si fiers de servir Dieu sous la houlette d'un Pasteur de chez eux.

    Kin-kia-tch'ong, le 28 août 1931.

    François DUNAC.
    1932/35-37
    35-37
    Chine
    1932
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