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    Le bienheureux Charles Cornay

    Centenaire de son Martyre

    Le 20 septembre 1837, à Sontay (Tonkin), le P. Charles Cornay, condamné à mort par le roi Minhmang pour avoir prêché dans son royaune la religion chrétienne, était torturé et exécuté tandis qu'il adressait à Dieu une dernière prière pour ce peuple annamite, auquel il était venu apporter, avec les lumières de l'Evangile, la vraie civilisation.
    Le centième anniversaire de glorieux martyre ne saurait passer inaperçu et les Annales y prendront part en offrant à leurs lecteurs un court résumé de la vie de ce généreux Confesseur de la Foi.

    ***

    C'est à Loudun (Vienne) que naquit, le 27 février 1809, Jean-Charles Cornay. Dès que l'âge lui permit de commencer ses études, il entra au Collège de Saumur, puis, quelques années après, au Petit- Séminaire de Montmorillon. Là il passa presque inaperçu: rien, dans son caractère ni dans son travail, qui le mît en évidence; mais, d'une nature paisible, demeuré enfant dans ses manières, il fut aimé de ses condisciples et estimé de ses maîtres. Ses humanités terminées, il entra, en octobre 1827, au Grand Séminaire de Poitiers et se plia facilement à la vie régulière, studieuse et re- cueillie qui doit être celle d'un bon séminariste.
    Après deux années de grand séminaire, Charles Cornay fut promu au sous-diaconat. Sur ces entrefaites, un missionnaire de la Société de Marie de Saint Laurent sur Sèvre, vint donner au séminaire une conférence sur la Propagation de la Foi. Le tableau qu'il traça du triste état des pays païens, du besoin pressant qu'ils ont de prédicateurs de l'Evangile, produisit une profonde impression dans l'âme de ses auditeurs et particulièrement dans celle du nouveau sous-diacre. Sans doute cette conférence ne fut pas la cause subite d'une vocation apostolique insoupçonnée jusque-là, mais elle précisa des desseins peut-être encore confus et suggéra au séminariste le meilleur moyen pour lui de satisfaire au désir de se dévouer sans réserve au service de Dieu et des âmes.
    Le 13 octobre 1830, Charles Cornay, sous-diacre, entrait au Séminaire des Missions Etrangères. Il se sentit tout de suite à l'aise dans ce milieu où tout concourt à la préparation des ouvriers apostoliques. Moins d'un mois après son arrivée il assistait au départ de quatre nouveaux missionnaires, dont le nom est demeuré à l'honneur de la Société ; c'étaient le P. Dumoulin Borie, le futur Evêque et Martyr du Tonkin; le P. Delamotte, qui, après six mois d'une dure incarcération, devait mourir dans la prison de Hué ; le P. Verrolles, qui fut le premier et vaillant Vicaire apostolique de la Mandchourie ; enfin le P. Mariette, missionnaire du Setchoan pendant 12 ans. Combien une telle cérémonie ne devait-elle pas enflammer l'âme de l'aspirant du désir de partir bientôt, lui aussi, pour prendre part au labeur de l'apostolat ! Ce désir devait être exaucé plus tôt qu'il ne le pensait. Les événements politiques et les besoins des missions étaient alors tels que les Supérieurs crurent devoir faire une exception en faveur de Charles Cornay, dont l'ardeur au travail et l'édifiante piété attestaient une préparation suffisante, et l'envoyer en mission avant son ordination sacerdotale. Ordonné diacre, il fut appelé à faire partie du premier groupe de « partants ». Ce groupe comprenait 5 nouveaux missionnaires : le P. Retord, plus tard évêque d'Acanthe et héroïque Confesseur de la foi ; le P. Rouge, qui devait être enlevé à la Mission du Tonkin après quatre années seulement d'apostolat ; le P. Suat, qui n'y travailla qu'un an ; le P. Clémenceau, apôtre du Sian durant plus de 30 ans ; ces quatre étaient prêtres ; le cinquième était le diacre Cornay, qui avait reçu sa destination pour le Setchoan. Le départ de Paris eut lieu le 22 août 1831 ; quelques jours après ils étaient à Bordeaux, où, après trois semaines d'attente, ils s'embarquèrent sur le Cambacérès, grand voilier, qui, faisant le tour de l'Afrique et remontant l'Océan Indien, les débarqua à Macao au mois de mars 1932 : la traversée avait duré 6 mois.
    Bien que destiné au Setchoan, le P. Cornay devait aussi se rendre au Tonkin pour attendre à Hanoi les courriers que son évêque, Mgr Fontana, envoyait pour l'introduire dans sa mission en remontant le Fleuve Rouge. Le 28 juin, les quatre missionnaires quittaient Macao sur une jonque chinoise qui mit 25 jours pour un trajet qu'un navire européen ferait en moins de 4 jours. Ayant recours à mille précautions pour n'être pas aperçus par les douaniers, les espions et les païens, ils débarquèrent sur la côte du royaume interdit aux prêtres étrangers, et enfin, le 19 juillet, à 6 heures du soir, ils arrivaient au collège de Vinhtri, où ils recevaient la première bénédiction de leur évêque, Mgr Havard.
    Le P. Cornay se rendit dans une chrétienté du nord du Tonkin, où, sous la direction du P. Marette, il se mit à l'étude de la langue annamite, dans l'intention de se rendre utile en attendant son départ pour la Chine. Le 20 avril 1834, il fut ordonné prêtre par Mgr Havard. Une année s'écoula et il apprit un jour que les courriers venus du Setchoan étaient morts en arrivant à Hanoi. Il dut se résigner à une nouvelle attente et continua de résider chez le P. Marette, avec lequel il se lia d'une étroite amitié. Suffisamment maître de la langue, il avait commencé de se livrer à un ministère si difficile et si dangereux en temps de persécution, lorsque, au mois de janvier 1836, il reçut une lettre du Vicaire apostolique du Setchoan lui annonçant l'impossibilité de lui expédier de nouveaux courriers et l'autorisant soit à rester au Tonkin, soit à retourner à Macao pour y attendre une occasion de passer en Chine. Le vaillant apôtre n'hésita pas : malgré les difficultés de la situation, il opta pour le Tonkin et continua ses travaux, parcourant chaque nuit, à la faveur des ténèbres, les vallées et les montagnes, à l'aurore célébrant furtivement la messe dans quelque hameau et se retirant le jour dans les bois, où ses chrétiens lui construisaient à la hâte un frêle abri contre les ardeurs du soleil ou contre la pluie. Mais bientôt ces précautions ne furent plus assez sûres pour le soustraire aux investigations des persécuteurs, il dut passer ses journées dans une excavation de 6 pieds carrés, pratiquée dans une terre humide, réservant la nuit à son ministère.
    Sa santé ne put résister à un tel régime, il fut même menacé de perdre la vue. Son ami le P. Marette, instruit de cet état déplorable, le fit transporter dans le village de Baunô, lieu sûr et plus salubre : il l'y installa lui-même, puis, le confiant à ses chrétiens, il lui dit adieu, pour retourner à ses travaux. Il ne se doutait pas que cet adieu devait être le dernier ici-bas.
    Peu de temps, en effet, après cette séparation, le P. Cornay était arrêté et emprisonné. Un chef de pirates, qui avait été chassé de Baunô et incarcéré, jura de se venger: il dénonça le village comme recélant un prêtre européen et fomentant une insurrection. 1.500 soldats furent envoyés pour faire le blocus de Baunô ; le maire, mis à la torture, reconnut la présence du missionnaire, qui fut bientôt découvert caché dans un buisson. C'était le 28 juin 1837, à 5 heures du soir. Une liane coupée dans le buisson servit à lui lier les bras derrière le dos ; conduit aussitôt devant les mandarins, il fut chargé d'une lourde cangue ; la nuit venue, il n'eut pour repas son premier de la journée, qu'une petite boule de riz, puis, appuyant à terre l'extrémité de sa cangue, la tête reposée dans ses mains, il chercha vainement le sommeil.
    Le lendemain matin, on le déchargea de la cangue, mais ce fut pour l'enfermer dans une cage, grande boite faite de planches et de bambous ; puis un imposant cortège se mit en route vers Sontay, le chef lieu de la province. Dans les villages qu'il traverse, la population se précipite pour voir l'étranger; les femmes le montrent du doigt avec un rire moqueur ou un geste d'effroi, les enfants l'insultent. A un relais il fut déposé devant un mandarin qui, avant de lui faire donner son repas, lui ordonna de chanter des airs de son pays. « J'eus beau, écrit-il, m'excuser sur ce que j'étais à jeun, il me fallut chanter. Je déroulai donc toute l'étendue de ma voix desséchée par un jeûne de deux jours et je leur chantai ce que je pus me rappeler des vieux cantiques de Montmorillon... Dès ce moment mon rôle changea : je devins un oiseau précieux par son beau ramage. Après cela on me donna à manger ».
    Arrivé au chef-lieu de la province, le captif fut informé que sous peu de jours il serait envoyé à la cour de Cochinchine et remis à la discrétion du roi. En attendant, il fut sorti de sa cage, on lui lia les bras et il fut chargé d'une chaîne qui lui enserrait le cou, puis la poitrine, où elle se divisait pour s'attacher au bas des jambes ; après quoi il fut mis dans une nouvelle cage : il devait l'occuper durant trois mois.
    Vers le 15 juillet arriva la réponse du roi, qui remettait l'affaire à la décision des magistrats de la province. Alors commencèrent d'interminables interrogatoires. On lui posait mille questions : Comment avait-il été assez hardi pour passer la mer ? Pourquoi n'était-il pas allé en Chine ? S'il avait encore son père, sa mère ? S'il était marié ? Pourquoi il ne l'était pas ?... Les juges insistèrent à plusieurs reprises pour le faire apostasier ; on le menaça de la torture ; plusieurs fois il fut frappé d'une verge de fer, qui du premier coup faisait jaillir le sang; après un instant on le laissait étendu sur place, comme inanimé, puis le supplice recommençait, rouvrant les plaies et déchirant les chairs d'une manière horrible. Parfois le mandarin le menaçait de lui faire appliquer les tenailles rougies au feu, de le faire mettre en pièces. Tout fut inutile : rien ne put faire fléchir la constance du vaillant confesseur de la foi. Les mandarins prononcèrent une sentence de mort, qui, avant d'être exécutée, devait recevoir la sanction du roi Minhmang : le missionnaire était condamné à être lang-tri, c'est-à-dire à avoir toutes les articulations des membres successivement tranchées et ensuite la tête coupée. Ne doutant pas de la ratification par le roi de la cruelle sentence, le prisonnier attendit avec calme, avec joie, le jour du dernier sacrifice.
    La sentence de condamnation revint enfin de Hué ; elle était ainsi conçue: Le nommé Tan, autrement Caolane (Cornay), du royaume de Fulancha (France), est coupable d'être chef de fausse secte, de s'être caché dans ce royaume et d'avoir fomenté une révolte. Qu'il soit taillé en pièces, puis que sa tête soit exposée pendant trois jours et jetée dans le fleuve.
    Le 20 septembre, entre midi et une heure, le courrier de Hué était arrivé ; vers 2 heures le cortège se met en marche. Le P. Cornay est dans sa cage ; 300 soldats le précèdent, autour de lui sont les bourreaux; en avant on porte la planchette sur laquelle est écrite la sentence ; derrière, une cymbale lance par intervalles un son lugubre ; enfin le général qui doit présider à l'exécution ferme la marche. Les chrétiens du voisinage sont venus nombreux, mais s'abstiennent de toute démonstration extérieure d'affliction.
    Après vingt minutes de marche on arrive au lieu de l'exécution. Le condamné est sorti de sa cage ; on lui ôte ses fers, on l'étend à terre et les bourreaux lui attachent les mains et les pieds à quatre piquets plantés en terre, deux autres pieux maintiennent sa tête immobile. Selon la teneur de la sentence, il doit être coupé en morceaux, puis décapité. Le mandarin prend sur lui de changer l'ordre : il prescrit que, au premier coup de cymbale, la tête sera coupée d'abord, puis les bras et les jambes, et enfin le tronc fendu en quatre. La cymbale retentit : aussitôt un des bourreaux tranche la tête du martyr, la saisit par une oreille, la jette à quelques pas, puis, portant le sabre à ses lèvres, il lèche le sang ; il coupe ensuite le bras gauche et, lorsque ses aides ont tranché les autres membres, il arrache le foie, en prend un morceau et le mange, car les Annamites sont convaincus que, s'ils mangent le foie de ceux qu'ils considèrent comme des héros, ils deviendront courageux comme eux, et le P. Cornay, par son calme et son courage dans les tourments, a excité l'admiration même de ses ennemis.
    L'exécution terminée, des chrétiens s'approchèrent pour recueillir les lambeaux de chair et imbiber du sang du martyr les linges qu'ils avaient apportés. Le P. Marette fit envelopper les restes de son ami et les déposa dans un cercueil qui fut descendu dans une fosse près du lieu de l'exécution. Après les trois jours d'exposition la tête fut retirée des mains des païens et déposée avec le corps dans l'église du village de Chieu-ung.
    Le P. Marette, après s'être fait rendre compte de tous les détails de cette journée du 20 septembre 1837, écrivait à la famille du Martyr : « La mort de votre fils n'est qu'une disparition momentanée ; admis maintenant dans la glorieuse phalange des martyrs, il est à jamais grand devant Dieu et devant les hommes ! ».
    Ce jugement a été ratifié par l'Eglise : le 7 mai 1900, le Pape Léon XIII élevait Charles Cornay au rang des Bienheureux avec 8 autres prêtres des Missions Etrangères, 18 prêtres indigènes et 22 chrétiens ayant, comme lui, donné à Jésus-Christ le témoignage suprême de leur foi et de leur amour.

    ***

    Dans l'année qui suivit le martyre du Bienheureux Cornay, dans un bourg du Poitou, Saint Loup sur Thouet, à quelque 35 kilomètres de Loudun, un enfant de 9 ans, tout en gardant son petit troupeau sur la colline de Bel Air, lisait le numéro de mars 1838 des Annales de la Propagation de la Foi ; il y trouva un article intitulé Relation du martyre de Jean-Charles Cornay, écrite par M. Marelle, missionnaire au Tonkin. Après avoir achevé sa lecture, son émotion s'exhala par un cri de son coeur profondément touché : « Moi aussi je veux aller au Tonkin ; moi aussi je veux être martyr ! ». L'enfant a tenu parole : il a été missionnaire au Tonkin, il a été martyr. Cette belle vocation, cette mort héroïque, ne les dut-il pas à l'intercession de son compatriote qui l'avait précédé de vingt ans dans la vie, dans l'apostolat et dans la mort ?
    Le diocèse de Poitiers a le droit d'être fier des deux gloires qu'il a données à l'Eglise, le Bienheureux Charles Cornay et le Bienheureux Théophane Vénard. Puisse-t-il continuer de leur donner de dignes successeurs dans l'apostolat missionnaire, imitateurs vaillants de leur amour pour Jésus-Christ et de leur zèle pour le salut des âmes !

    1937/195-202
    195-202
    France
    1937
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