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oeuvre des partants Une Ancêtre de l'oeuvre des Partants MADAME DE MIRAMION
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    Une Ancêtre de l'oeuvre des Partants

    MADAME DE MIRAMION

    Une grande dame qui s'est montrée chrétienne admirable sans cesser d'être une femme du monde accomplie, qui a su allier un sens pratique des affaires à un sentiment très élevé des choses surnaturelles : telle a été Madame de Miramion. L'histoire de sa vie ne saurait être qu'intéressante et édifiante. Mais ses relations avec les fondateurs de la Société des Missions Etrangères, sa générosité envers les premiers « Partants », donnent pour nous un intérêt tout particulier à cette histoire : c'est pourquoi nous avons essayé de la résumer dans les pages suivantes.

    ***

    Marie Bonneau, née à Paris le 26 novembre 1629, était fille de Jacques Bonneau, sire de Rubelle, contrôleur des gabelles, et de Marie d'Ivry. Elle atteignait à peine sa neuvième année lorsqu'elle eut le malheur de perdre sa pieuse mère. Puis M. Bonneau étant venu s'installer avec ses enfants chez son frère aîné, la jeune Marie dut se plier aux goûts mondains de sa tante, qui aimait à donner, dans son somptueux hôtel du Marais, des réceptions que fréquentait le monde de la magistrature et de la grande bourgeoisie.
    Au mois de juillet 1643, cinq ans après la mort de sa mère, Mme Bonneau conduisit sa nièce aux eaux de Forges, en Normandie. La jeune fille, qui n'avait jamais quitté Paris, fut ravie de ce voyage, où tout était nouveau pour elle. Elle jouissait pleinement du spectacle de la belle campagne normande, lorsqu'elle fut soudain rappelée à Paris : son père, qui ne s'était jamais consolé de la mort de sa femme, était gravement malade. Elle partit en toute hâte, mais arriva trop tard pour lui fermer les yeux.
    Le chagrin que lui causa cette perte provoqua une maladie qui mit ses jours en danger. Lorsqu'elle fut rétablie, elle eut la pensée de quitter le monde et d'aller cacher sa douleur dans un cloître ; mais toute sa famille et surtout son oncle l'en détournèrent, lui représentant comme un devoir les services qu'elle pourrait rendre à ses frères, orphelins comme elle. La jeune fille se laissa convaincre par la perspective d'une vie de dévouement où elle remplacerait auprès de ses plus jeunes frères les parents dont ils étaient privés. Elle n'avait pas encore quinze ans.
    Après dix-huit mois d'un deuil sévère, sa tante la présenta dans le monde. Les prétendants affluèrent, tous appartenant aux familles les plus honorables et tous désireux de s'unir à une jeune fille aussi riche que belle. Il fallait faire un choix. Or Marie Bonneau avait remarqué, à l'église Saint-Nicolas des Champs, sa paroisse, un jeune homme dont la tenue pieuse l'avait frappée. Lorsqu'on le lui présenta, elle n'hésita pas et, le 27 avril 1645, elle épousait Jacques de Beauharnais, seigneur de Miramion et de La Couarde, conseiller au Parlement de Paris.
    Le jeune magistrat n'avait que vingt-sept ans ; sa fortune était presque égale à celle de sa femme : tout semblait réuni pour promettre aux jeunes époux un bonheur durable. Hélas ! Six mois après, une fluxion de poitrine emportait en quelques jours M. de Miramion, qui mourut le 2 novembre 1645.
    La désolation de cette veuve de 16 ans fut profonde et elle eût succombé au chagrin si la pensée ne l'eût retenue de nouveaux devoirs qui allaient lui être imposés : le 16 mars 1646 elle donnait le jour à une fille, frêle et délicate, qui sera désormais, après Dieu, la grande sollicitude de sa vie.
    Deux ans après, cette vie calme et paisible fut troublée par une aventure qui causa grand émoi à la Cour et à la ville. Le 7 août 1648, au matin, Mme de Miramion se rendait en pèlerinage à Sainte-Geneviève du Mont Valérien. A mi-chemin une troupe de cavaliers armés et masqués fondit soudain sur son carrosse, l'entoura, et l'un d'eux invita la jeune femme à en descendre pour prendre place dans une voiture attelée de six chevaux, qui attendait à quelques pas. Mais elle résista et cria si fort que les cavaliers durent se borner à dételer les deux chevaux de son carrosse pour les remplacer par les six chevaux de l'autre voiture. Un des cavaliers prit la place du cocher sur son siège et l'attelage partit à vive allure ; les laquais avaient pris la fuite, seule la femme de chambre resta avec sa maîtresse. Après avoir relayé quatre fois dans la journée, on arriva, à la nuit tombante, devant un château fort et, après avoir franchi trois ponts-levis, la voiture s'arrêta -dans une cour intérieure, étroite et sombre. On était dans le château de Launay, à 3 lieues de Sens et à 25 de Paris. C'était une ancienne commanderie de l'Ordre de Malte, qui appartenait au trop fameux Bussy-Rabutin, vieux reître aux moeurs de soudard et de mécréant, celui que Mme de Sévigné appelait « mon oncle le corsaire ».
    C'est ce triste personnage qui, espérant faire la conquête d'une jeune femme belle et riche, et persuadé qu'elle serait très flattée de la recherche d'un homme tel que lui, avait machiné cet enlèvement. Conduite devant lui, Mme de Miramion, sans lui laisser le temps de prononcer une seule parole, s'écria en levant la main au ciel : « Mônsieur, je jure par le Dieu vivant, mon Créateur et le vôtre, que je ne vous épouserai jamais ! » Après cet effort, succombant de fatigue et d'émotion, elle s'évanouit. Il y avait 40 heures qu'elle n'avait mangé. Quand elle revint à elle, elle ne consentit à prendre un peu de nourriture que dans son carrosse prêt à repartir, et encore, par crainte qu'un narcotique ne la mît à la merci de son ravisseur, elle n'accepta que deux oeufs frais. Une heure après elle était à Sens, où bientôt venaient la rejoindre sa belle-mère et son frère aîné. On l'emmena dans une hôtellerie, mais dans un tel état de faiblesse que, ne pouvant lui procurer, dans cette petite ville, les soins nécessaires, on la porta en litière jusqu'à Paris, où elle reçut les derniers sacrements et resta longtemps entre la vie et la mort. Ce n'est qu'après plusieurs semaines que la jeunesse prit le dessus et la sauva.
    Cet évènement orienta définitivement la id me de Miramion. Après avoir passé trois mois dans la retraite au couvent de la Visitation de la rue Saint-Antoine, partagée entre le désir de la vie religieuse et l'amour de sa famille, elle eut la pensée de demander conseil à un vénérable prêtre, que déjà le peuple regardait comme un saint. Ce fut le commencement de ses rapports avec « Monsieur Vincent », dont elle devait bientôt partager les travaux. Le saint prêtre la dissuada d'entrer en religion, lui remontrant que son action serait plus étendue et plus efficace dans le monde que dans le cloître. De ce jour elle se donna entièrement aux oeuvres de charité, réalisant dans sa vie cette parole qu'elle aimait à répéter : « Nous aurons l'éternité pour prier Dieu : ce n'est pas trop de cette vie pour le servir ».
    Les occasions d'exercer la charité ne manquaient pas à cette époque. Au sortir des troubles de la Fronde, la France était épuisée, la misère était effroyable. Mme de Miramion, après avoir dépensé en aumônes tous ses revenus, vendit, au prix de 80.000 livres, un collier qui en avait coûté le double, afin de soulager les malheureux dénués de tout secours.
    Lorsque M. Vincent fonda l'Association des Dames de Charité, Mme de Miramion fut une des premières à s'enrôler dans cette légion, dont elle devint l'âme dans sa paroisse de Saint Nicolas des Champs.
    Ce fut à cette Association que M. Vincent eut recours pour sauver son oeuvre des Enfants trouvés, que, faute de ressources, il allait se voir obligé d'abandonner, et là encore il trouva en Mme de Miramion un concours dévoué et généreux.
    Elle n'avait pas, d'ailleurs, attendu l'invitation ni même l'exemple de Vincent de Paul pour venir en aide à l'enfance abandonnée : depuis longtemps elle avait recueilli une vingtaine de petites filles pauvres, qu'elle logeait et entretenait à ses frais dans une maison louée à cette intention dans le voisinage de Saint Nicolas des Champs et qu'on appela, d'un nom prédestiné à une célébrité mondiale, la Sainte Enfance.
    Cependant la fille de Mme de Miramion avait achevé son éducation au couvent de la Visitation : elle en sortit à 14 ans et fit ses débuts dans le monde. Bientôt les plus beaux partis se disputèrent sa main ; mais la mère et la fille furent au comble de leurs voeux lorsque le Président de Lamoignon la demanda pour un de ses neveux, et, le 22 juin 1660, Demoiselle Marie Marguerite de Beauharnais de Miramion épousait Messire Guillaume de Nesmond, chevalier, seigneur de Dizan, conseiller du roi, maître des requêtes. Mme de Miramion donna à sa fille tous ses bijoux, tous les biens de son père, avec les revenus de ces biens accumulés depuis quatorze ans, ce qui forma une somme considérable.
    Ayant assuré l'avenir de son enfant chérie, Mme de Miramion put s'adonner en paix à son penchant pour le service de Dieu et le bien du prochain, et c'est alors que nous allons la voir entrer en relations avec les fondateurs de la Société des Missions Etrangères.

    ***

    Ces relations se nouèrent tout naturellement du fait que Mgr Pallu était son parent et Mgr Lambert de la Motte l'ami de sa famille. Lors donc que les « Associés » de la rue Copeaux eurent résolu de se consacrer aux Missions chez les infidèles, il leur fallut trouver les ressources nécessaires à la fondation d'un séminaire et à l'entretien des missionnaires. Mme de Miramion s'intéressa aussitôt à cette oeuvre éminemment catholique. Elle fit tous les frais du sacre de Mgr Lambert de la Motte et contribua pour une large part aux dépenses de voyage des premiers partants, dépenses qui furent considérables, le voyage se faisant par terre et durant au moins deux ans.
    Au reste, « les premiers bienfaiteurs des Missions portaient les plus beaux noms de France. Louis XIV accorda à chacun des Vicaires Apostoliques une pension viagère de 1.000 livres, qu'il porta ensuite à 3.000. Mme d'Aiguillon, Mime de Ris et Mazarin leur donnèrent une rente de 600 francs ; MMmes de Bouillon, de Miramion, Fouquet, leur firent des dons variant de 3.000 à 6.000 livres. L'Assemblée générale du Clergé leur alloua 6.000 francs, et les membres de la Compagnie du Saint-Sacrement versèrent la somme, énorme pour ce temps-là, de 120.000 francs ». (A. Launay. Hist. de la Soc. des M.-E., I, 35).
    Dans cette énumération, nous rencontrons un nom, qui, à l'égal de celui de Mme de Miramion, a droit à une mention particulière, c'est celui de la duchesse d'Aiguillon, (1) nièce du Cardinal de Richelieu, qui se montra toujours une insigne bienfaitrice de la naissante Société des Missions Etrangères.

    (1). Marie-Madeleine de Vignerod de Pont-Courlay, fille de René, seigneur de Pont-Courlay, et de Françoise du Plessis (soeur du Cardinal) ; mariée a Antoine de Beauvoir du Route, marquis de Comballet ; créée duchesse d'Aiguillon en 1638. Morte le 17 avril 1675, à 77 ans. Fléchier prononça son oraison funèbre.

    Lorsque Mgr Pallu fonda une association de Dames de Charité qui devaient se tenir au courant des travaux des missionnaires et leur procurer des secours, c'est chez elle que se tinrent les réunions mensuelles, que présidait M. de Meur, premier Supérieur du Séminaire. Elle fut l'une des premières à souscrire, et toujours généreusement, au projet d'une Compagnie commerciale, qui, dans la pensée de l'évêque d'Héliopolis, devait faciliter grandement les relations avec les Indes et la Chine. L'année même qui précéda sa mort, elle fondait une rente de 600 livres en faveur des Vicaires Apostoliques.
    Madame de Miramion suivait ce noble exemple et continuait de s'intéresser à l'oeuvre des Missions. Lorsque Mgr Pallu eut réuni quelques aspirants à la vie apostolique, elle mit à sa disposition sa propriété de La Couarde, près de Melun, et c'est dans cette solitude que l'évêque conduisit ses futurs missionnaires. Il garda bon souvenir de cette demeure hospitalière et, de Surate, le 1er mars 1663, il écrivait aux directeurs du Séminaire : « Je vous prie de vous entretenir toujours bien avec Mme la duchesse d'Aiguillon et Mme de Miramion, affin de les faire servir à l'oeuvre de Dieu. Vous serrés aussy bien avec la segonde à la campagne, quand vous voudrés vous retirer, qu'en aucun autre lieu, car vous n'y serrés diverti qu'autant que vous voudrés ».
    Lui-même, du reste, fit ce qu'il conseillait et demeura en relations constantes avec ces deux insignes bienfaitrices des Missions. Lorsqu'il ne peut leur écrire directement, il charge ses autres correspondants de leur transmettre son souvenir et ses requêtes. « Mille recommandations à Mme Miramion, dont j'ay reçeu une lettre qui m'a donné bien de la joye ». (Rome, 28 juin 1667). Saluez cette bonne dame (de Miramion) de ma part ». (Milan, 26 octobre 1668). « Mes recommandations, s'il vous plaît, à tous mes parents et amis, et nomement à Mme de Miramion ». (Surate, 10 avril 1682).
    Mgr Pallu a projeté de fonder un hôpital à Juthia : il écrit au Procureur des Missions : J'avais adressé à Mme de Miramion un billet de remèdes, onguents et médicaments nécessaires. Si elle ne l'a reçeu, je la prie de nous pourvoir pour l'Hospital que nous voulons faire à Sian, du mieux qu'elle pourra. S'il faut faire une dépense notable, vous y contribuerés ». (Surate, 4 février 1672).
    On construit une église à Juthia et l'évêque désire cinq tableaux pour orner les autels ; il charge de cette commission M. Fermanel, directeur du Séminaire de Paris, et il lui écrit : « Vous traiterés de cette affaire avec Mme de Miramion ». (Siam, décembre 1682).
    S'adressant directement à sa parente, il la remercie des secours qu'elle lui a donnés : « Je me fais un plaisir singulier de pouvoir vous marquer ma reconnaissance et celle de tous nos confrères pour le zele que vous avés tous jours eu pour nos emplois.... Je vous en demande la continuation, et que vous le fa-cié sparoistre principalement en nous procurant beaucoup de prières... » (Surate, 5 novembre 1681).
    La mort de Mgr Pallu (29 octobre 1684) ne mit pas fin aux relations de Mme de Miramion avec les Missions Etrangères. Au mois de décembre 1686 une ambassade siamoise, arrivée à Paris depuis quelques mois, vint rendre au Séminaire une visite de cérémonie, dont M. de Brisacier, Supérieur, rend compte en ces termes : « Mardi dernier, MM. les Ambassadeurs nous rendirent une visite de cérémonie. Le soir, je les complimentai en français, M. de la Noe en hébreu, M. Pocquet en grec, M. Tiberge en latin, et M. de Lionne en siamois... Dès que le premier ambassadeur eut répondu, ce qu'il fit fort obligeamment, le maître d'hôtel de Mme de Nesmond nous vint avertir que la table était servie ; on l'avait mise à un bout du réfectoire après avoir ôté toutes nos tables ordinaires ; le lieu était éclairé de bougies et l'autre bout du réfectoire était préposé pour le buffet. Ce repas fut servi avec toute la propreté, toute la magnificence et toute la tranquillité possibles. Mme de Miramion en a fait la dépense, qui, selon le sentiment des personnes entendues, ira bien à 60 ou 80 pistoles ; et nous eûmes toute la vaisselle, tout le linge et tous les officiers de chez Mme de Nesmond... Pendant que les maîtres mangeaient dans le grand réfectoire, nous fîmes manger dans le petit, à une table séparée dont nous prîmes soin, les deux interprètes, les deux secrétaires et le Chinois du P. Couplet. (1) Dès qu'on fut sorti de table, on prit de quoi donner à souper aux valets des ambassadeurs et aux deux suisses de leur hôtel, qui étaient venus garder notre porte.
    « Lorsque la compagnie s'en fut allée, environ sur les 8 h. 1/2, Mme de Mirarnion ayant ordonné qu'on ne rapportât rien chez elle, nous nous mis mes autour de la table des ambassadeurs avec trois de nos amis de la maison de Sorbonne, et il en resta encore assez après nous pour faire souper nos gens du Séminaire et les officiers de l'hôtel de Nesmond, qui étaient au nombre de quinze ou vingt ; car, outre les laquais qui servaient à table, et outre les cuisiniers du rôti, qui s'étaient mis dans notre petite salle près de la porterie, et les cuisiniers du ragoût, et les pâtissiers, qui avaient pris notre cuisine ordinaire, et les sommeliers qui s'étaient portés pour le fruit dans notre salle du poêle, il y avait encore quatre ou cinq valets de chambre fort bien faits, qui avaient soin des ambassadeurs, de M. de Laon et de M. le marquis d'Aligre ; et tout ce monde était sous la conduite d'un maître d'hôtel, qui par son honnêteté en inspirait à tous les autres. Cette honnêteté fut si grande que, lorsque nous fûmes à table, les mêmes personnes qui avaient servi les ambassadeurs nous servirent elles-mêmes, sans qu'on pût les en empêcher.

    (1). Philippe Couplet, S. J., né à Malines en 1623, missionnaire à Batavia, puis procureur à Rome des Missions de Chine ; mort en mer en 1692.

    « Tout était fini à 10 h. ½ ; la vaisselle d'argent était même lavée et portée dans ma chambre, de sorte que tous les gens de l'hôtel de Nesmond (1) furent rendus chez eux à 11 heures. M. le Marquis (d'Aligre) me dit, en voyant le repas, qui était une « collation lardée », qu'il avait beaucoup de l'air et de la délicatesse de ceux de Versailles ».
    Ces détails montrent de quelle délicatesse Mme de Miramion savait revêtir ses actes de générosité, et il en fut toujours ainsi dans ses relations avec la jeune Société des Missions Etrangères.

    ***

    Mme de Mirarnion ne se contenta pas de s'associer aux oeuvres de son siècle : Filles de la Charité, Dames de Charité, Enfants trouvés etc., elle en créa de nouvelles, comme la Sainte Enfance, l'Hopital des prêtres malades, les Filles repenties. Mais l'oeuvre principale de sa vie, celle à laquelle son nom demeure attaché, est l'institution des Filles de Sainte-Geneviève, plus connues sous le nom de Miramionnes.
    Elle avait toujours eu à coeur le salut des âmes par l'éducation et le soulagement des corps par la charité. Pendant de longues années elle mûrit le projet de grouper autour d'elle de pieuses filles, dont elle ferait à la fois des institutrices pour les enfants pauvres et des infirmières pour les malades indigents. En 1661, le temps lui parut venu de réaliser ce désir. Elle loua, dans la rue Saint-Antoine, une maison modeste, où, sous le nom de Sainte Famille, elle installa une petite communauté, avec laquelle elle voulut vivre, mangeant à la table de ses futures collaboratrices, partageant leurs travaux et leurs privations. Le règlement de la nouvelle institution avait été approuvé par le vénérable Vincent de Paul avant sa mort.
    Il y avait à ce moment, au pied de la montagne Sainte-Geneviève, une petite communauté fondée par Mme Blosset, que l'on appelait maison des Filles de Sainte-Geneviève. Cette communauté était pauvre et menacée d'une ruine prochaine. Le curé de Saint Nicolas du Chardonnet, qui en était le supérieur, proposa à Mme de Miramion de la réunir à celle qu'elle venait de fonder. Elle accepta cette nouvelle tâche, acheta deux maisons sur le quai de la Tournelle, tout près de l'hôtel de Nesmond, et c'est là qu'elle réunit les deux communautés en une seule, dont elle fut élue Supérieure perpétuelle, titre qu'elle dut conserver jusqu'à sa mort, bien qu'à plusieurs reprises sa modestie ait tenté de s'en démettre. Ses filles prirent le nom de Filles de Sainte-Geneviève, mais la reconnaissance populaire les baptisa du nom de Miramionnes, sous lequel les vénéra longtemps le peuple de Paris.

    (1). L'hôtel de Nesmond, qu'habitaient la fille et le gendre de Mme de Miramion, existe encore, quai Montebello.

    Pauvrement vêtues d'une robe de laine noire, d'une guimpe de toile blanche, avec la cornette recouverte d'une coiffe noire (qu'on appela « bonnet à la Miramionne »), les Filles de Sainte-Geneviève parcouraient incessamment les quartiers de la grande ville, surtout les plus misérables, visitant les pauvres, soignant les malades, instruisant les enfants, aimées et respectées de tous jusqu'à la Révolution, qui les supprima.
    Mme de Miramion fit aussi de grandes largesses à l'Hopital général, hospice destiné à recueillir les mendiants ; à la communauté de prêtres de M. Bourdoise, qui devint le Petit Séminaire de Saint-Nicolas du Chardonnet ; à la Chambre de travail, où l'on enseignait aux jeunes filles les travaux de couture qui leur permettraient de gagner leur vie ; à l'oeuvre des Retraites spirituelles, qui, deux fois chaque année, réunissait 50 dames ou demoiselles pendant 7 jours, et cinq fois l'an 120 femmes du peuple pendant 5 jours, pour y faire les exercices de la retraite, etc.
    La réputation de Mme de Miramion était si bien établie que, à la mort de Mlle de Lamoignon (1687), qui remplissait depuis de longues années la charge d'aumônière du Roi, Louis XIV lui fit demander, par Mme de Maintenon, de recueillir cette succession, et de ce jour le Roi lui fit remettre régulièrement quatre fois par an des sommes dont il ne voulut jamais qu'elle lui rendît compte.
    Mme de Miramion avait toujours été de santé délicate ; plusieurs fois de graves maladies l'avaient conduite près de la mort, à laquelle elle s'était préparée toute sa vie et qui ne pouvait être pour elle une surprise.
    Au commencement de mars 1696, la duchesse de Guise (1) tomba malade et fut bientôt à l'extrémité. Déjà mortellement atteinte elle-même, Mme de Miramion accourut à Versailles, vint s'asseoir à son chevet et la prépara à une sainte mort. La duchesse mourut le 17 mars ; le lendemain, dimanche 18, Mme de Miramion quitta le château pour rentrer à Paris, à bout de forces. Le lundi matin, on la trouva dans son lit, le visage décomposé, avec une fièvre violente. Tous les soins furent inutiles. Son confesseur étant venu la voir, elle lui dit : « Je souffre tant que j'ai peur de m'impatienter ». Comme Mme de Nesmond la priait instamment de demander à Dieu sa guérison : « Ma fille, lui répondit-elle, il faut aller jouir de Lui : je l'ai bien offensé, mais j'espère en sa miséricorde ».
    Agenouillées autour de son lit, les Filles de sa communauté lui demandaient sa bénédiction : « Je ne suis pas digne de les bénir, dit-elle, mais Dieu les bénira, pourvu qu'elles restent fidèles à leur vocation », et elle donna à chacune les conseils qui lui convenaient le mieux. A peine avait-elle fini de leur parler qu'une Soeur d'une autre communauté de Paris, qu'elle aimait aussi beaucoup, entra et, à brûle-pourpoint, lui dit à haute voix : « Madame, notre communauté voudrait bien avoir votre coeur, quand vous serez morte ». Elle se contenta de sourire et répondit, en montrant les Soeurs de Sainte-Geneviève : « Mon coeur est à mes filles ».
    L'archevêque de Paris, M. de Noailles, vint la visiter deux fois et lui promit de prendre soin de sa communauté.
    Sentant sa fin approcher, elle dicta à sa fille une lettre pour Mme de Maintenon, lui demandant de recommander au Roi quelques-unes de ses oeuvres, lettre qui honore à la fois et celle qui l'a dictée à son lit de mort et celle qui a mérité qu'elle lui fût écrite.
    Quand le dernier moment fut imminent, Mme de Nesmond se mit à genoux et lui demanda sa bénédiction : « Ma chère fille, lui dit-elle, ne pleurez pas. Remerciez Dieu des grâces qu'il vous a faites ; aimez-le et servez-le de tout votre cur : il n'y a que cela de bon ; on est bien aise à la mort d'avoir été tout à Lui ! » Ce furent ses dernières paroles; elle expira quelques instants après. C'était le samedi 24 mars 1696.

    (1). Fille de Gaston d'Orléans et de Marguerite de Lorraine; veuve de Louis de Lorraine, duc de Guise.

    Elle avait réglé elle-même les détails de ses funérailles, qu'elle voulut d'une grande simplicité. Son corps fut inhumé dans le cimetière de Saint-Nicolas.
    Son testament, écrit de sa main, énumérait 24 legs particuliers, formant un total d'environ 20.000 livres : c'est tout ce qui restait d'une immense fortune qu'elle avait consacrée aux oeuvres de zèle et de charité.
    Vie admirable assurément; mais, Dieu soit loué ! La race des grandes âmes n'est pas éteinte et il est encore, de nos jours, des émules de la Dame de Miramion, qui aiment à se dépenser pour Dieu et pour le prochain, par la prière, le travail et l'aumône. Les Associées de l'OEuvre des Partants sont de ce nombre. Puissent-elles imiter toujours la piété et la générosité de celle qu'elles peuvent regarder comme la première ancêtre de leur Associations!

    INDULGENCES

    Un décret de la Sacrée Pénitencerie, du 9 juin 1933, notifie que le Saint Père, dans l'audience accordée, le 19 mai, au Cardinal Grand Pénitencier, a bien voulu décider que toutes les personnes qui offrent gratuitement leur travail, soit chez elles, soit dans des établissements créés à cet effet, pour la confection ou la réparation des linges sacrés et des ornements liturgiques ; de même celles qui, pour favoriser les oeuvres des Missions, viennent à leur aide par le travail de leurs mains, pourront gagner une indulgence partielle de trois cents jours, chaque fois que, pendant ce travail, et afin de le sanctifier encore davantage, elles réciteront, le coeur contrit, cette invocation : Jesu, via et vita nostra, miserere nobis (Jésus, notre voie et notre vie, ayez pitié de nous ).

    COTISATION PERPETUELLE

    Mme Watier.

    DONS POUR L'OEUVRE

    Mlle Th. S. . . 100 fr. Mme B. . . 100 fr.
    Mme V. . . 20 fr. En mémoire de Mme O.
    Haffner décédée . 100 fr.
    Mmes V. et C. . 200 fr. Mr J. Robin . . 50 fr.

    Pour le P. Dubois à Suifu

    Mlle Andrée Auberge 10 fr. Mlle Jacqueline Leblanc 5 fr.

    RECOMMANDATIONS

    Les Associés de Limoges et de Dunkerque. Plusieurs malades. Plusieurs intentions particulières. Plusieurs conversions. L'avenir de plusieurs familles.

    DEFUNTS

    Mme Joüon des Longrais.
    Mme de Marsilly.
    Mme Vve Henri Barré.
    Mme Octave Haffner.
    M. Pierre Dagand.
    M. Neveu.
    M. l'Abbé C. Sage.
    1933/239-252
    239-252
    France
    1933
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