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Oeuvre des partants

LES CINQUANTE-DEUX VÉNÉRABLES SERVITEURS DE DIEU Mis à mort en haine de la foi DANS LES MISSIONS DE COCHINCHINE, TONKIN, SU-TCHUEN, KOUY-TCHEOU, KOUANG-SI Par A. LAUNAY DE LA SOCIETI DES MISSIONS-ETRANGÉRES 1 vol, in-80 illustré. Prix : 6 fr. (Librairie Téqui, 29, rue de Tournon, Paris.) Oeuvre des partants SOMMAIRE DEPARTS DE MISSIONNAIRES. COMPTE RENDU DE L'OEUVRE. LA VENTE DE CHARITÉ. PAIN DE SAINT AN'TOINE. RECOMMANDATIONS. NOS MORTS.
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    LES CINQUANTE-DEUX

    VÉNÉRABLES SERVITEURS DE DIEU

    Mis à mort en haine de la foi

    DANS LES MISSIONS DE

    COCHINCHINE, TONKIN, SU-TCHUEN, KOUY-TCHEOU, KOUANG-SI

    Par A. LAUNAY

    DE LA SOCIETI DES MISSIONS-ETRANGÉRES

    1 vol, in-80 illustré. Prix : 6 fr. (Librairie Téqui, 29, rue de Tournon, Paris.)


    Oeuvre des partants

    SOMMAIRE


    DEPARTS DE MISSIONNAIRES. COMPTE RENDU DE L'OEUVRE. LA VENTE DE CHARITÉ. PAIN DE SAINT AN'TOINE. RECOMMANDATIONS. NOS MORTS.

    Départs de missionnaires

    SONT PARTIS DU SÉMINAIRE DES MISSIONS-ÉTRANGÈRES
    Le 5 avril 1899.


    MM. Diocèses. Missions.
    CAUBRIÈRE, Alfred-Marie. Coutances. Mandchourie mérid.
    SEYRÈS, Martial-Bernard. Bayonne. Pondichéry.
    DESCRAQUES, Joseph-Marie. Versailles. Malacca.
    PORCHER, Jean. Rennes. Cochinchine orient.
    ROGER, Raymond. Le Mans. Tonkin occid.
    NICOULEAU, Henri. Rodez. Kouang-tong.

    MAI JUIN 1899 - N° 9.

    COMPTE RENDU DE L'OEUVRE

    POUR L'ANNÉE 1898


    Le 11 avril dernier, dans le petit cénacle de Nazareth, notre directeur, le P. Fleury, a, dans le compte rendu suivant, exposé la marche de l'oeuvre pendant l'année qui vient de s'écouler. Nos associés et abonnés que leur éloignement ou leurs occupations empêchaient d'être présents à cette lecture, seront heureux de lire ce rapport.

    MESDAMES,

    L'année dernière, après avoir eu la joie de saluer le premier boni réalisé par l'oeuvre, j'ajoutais : Vous avez commencé l'exécution de la seconde partie de votre programme ; vous ne voudrez pas que le compte rendu de 189$ accuse un mouvement en arrière. En disant cela, j'avais confiance, certainement. Toutefois, il faut bien l'avouer, ma confiance n'était pas sans un léger mélange de crainte, quand je pensais au chiffre des jeunes missionnaires qui, dans le cours de l'année, devaient partir pour l'Extrême-Orient.
    Je dois vous avouer aussi que cette crainte ne s'est point dissipée, lorsqu'à la fin de l'exercice, j'ai relevé le total des souscriptions ordinaires. Il y a diminution assez sensible de ce chef, et pourtant, vous le savez, ce sont là les ressources régulières et normales de l'oeuvre, celles qui lui servent vraiment de base et assurent son avenir. Il est donc important de ne pas laisser s'accentuer cette diminution. Elle ne vient pas, vous le verrez par la suite de ce rapport, d'un affaiblissement quelconque dans le zèle de nos associées, mais plutôt des vides qui se sont faits et que nos zélatrices n'ont pu encore combler. Sans aller plus loin, laissez-moi redire ici ce qu'en pareille occurrence vous disait un jour le regretté P. Péan :

    « Si nous ne voulons pas que notre oeuvre périclite, il est de toute nécessité de ne pas laisser de places vides dans les cadres de nos dizaines. Une associée s'en va à Dieu, il faut la remplacer par une associée nouvelle ; si c'est une dizainiers qui va recevoir la récompense de son zèle, il faut qu'une des associées de la dizaine ait le courage, si agréable à Notre Seigneur, de recueillir l'héritage de bonne oeuvre de la défunte et devienne dizainiers à son tour. Faisons plus, s'il est possible, afin d'égaler les ressources aux besoins ; multiplions les dizaines, non pas toujours dans les mêmes centres, mais par nos relations et nos connaissances, dans des centres nouveaux où notre oeuvre n'est pas encore connue et où elle pour rait si facilement devenir prospère ».
    Je n'ajoute rien à cet appel, j'ai hâte de vous dire que ma crainte a commencé à se dissiper et mon espoir à se ranimer, quand au montant des souscriptions annuelles j'ai ajouté les revenus de nos diverses fondations, le magnifique produit de notre vente de charité et les quelques dons extraordinaires reçus dans l'année. Parmi ces derniers, qu'il me soit permis de mentionner, avec une nouvelle expression de reconnaissance, celui qui nous fut remis au nom de Mlle Jeanne du Halgouët, au moment de son mariage avec M. le baron de Pichon-Longueville. Pour obtenir en cette circonstance si solennelle une part toute particulière dans les prières des Partants et une bénédiction spéciale de la Reine des Apures, la noble bienfaitrice fit verser dans la caisse de l'oeuvre la somme de douze cents francs.

    J'ai parcouru ensuite la longue liste des dons en nature et des objets confectionnés, et je me suis dit que, malgré la faible augmentation de nos recettes en espèces sonnantes, nôtre situation reste bonne. Il en est venu un peu de partout, de ces objets confectionnés : d'abord de nos différents centres d'action : Amiens, Armentières, Bar-sur-Aube, Belmont, Bétange, Dracy, Limoges, Lisieux, Montbard, Nancy, Rennes, Ribeauvillé, Rodez, Saint-Cyr-au-Mont-d'Or, Toulouse, Troyes, etc. ; ensuite, d'une foule d'associées qui n'étant pas à proximité d'un ouvroir, veulent pourtant travailler pour les chers Partants et rangent parmi les meilleurs moments ceux qu'elles consacrent à parfaire leur petit trousseau. Les envois sont assez souvent accompagnés de petits mots charmants et édifiants : je me fais un plaisir et un devoir de vous en citer quelques-uns.
    « Je vous adresse, écrit une institutrice, ma petite offrande pour la chère oeuvre, et une douzaine de mouchoirs pour les Partants... Chaque semaine j'offre au bon Dieu une communion à leur intention, et chaque jour une dizaine de chapelet.
    « Je regrette que ma mauvaise vue ne m'ait pas permis de mieux ourler les mouchoirs que je vous envoie, mais j'espère tout de même que Notre-Seigneur aura compté chacun des points comme une petite prière pour nos chers missionnaires...
    « S'il est une oeuvre digne de toute sympathie, c'est bien la vôtre, puisqu'elle est une image de la sainte occupation des femmes de l'Evangile dévouées à la personne de Notre-Seigneur et aux Apôtres. Quant à moi, prier pour elle m'est une douce consolation. Je regrette bien sincèrement que ma modeste position ne me permette pas de faire davantage. Je serais si heureuse, si j'avais la fortune, de consacrer à cette oeuvre toute ma vie ! »
    Voici maintenant quelques lignes d'une de nos plus anciennes Associées. Une fois dé plus, vous y verrez que, lorsqu'il s'agit de notre oeuvre,

    . . . . . . . chez les âmes bien nées
    Le zèle n'attend pas le nombre des années.

    « En même temps que ma dizaine habituelle de cotisations pour mes chers défunts et quelques membres vivants de ma famille, je vous adresse deux foulards ourlés par là petite fille demandée au Sacré Coeur par l'intercession du Vénérable Théophane Vénard et née le jour même de la fête du Sacré-Coeur. Comme nous l'avions promis, sa mère et moi, sa grande tante et marraine, nous avons voulu que son premier ouvrage fût pour les Partants. Ses petits doigts de cinq ans neuf mois ne sont pas encore bien habiles, mais ils ont mis grande bonne volonté, en dépit du petit dé qui n'a pas fait son office, vu que la jeune ouvrière ne sait pas encore s'en servir. Néanmoins, en se piquant un peu de la pointe ou de la tète de l'aiguille, elle a pu achever les ourlets... Une bénédiction spéciale de la part des missionnaires pour que cette enfant grandisse en âge et en sagesse, et que jamais elle ne contriste le Sacré Coeur ».
    Grâce à tant de dévouements, nos dépenses pour l'année 1898 qui a vu partir 74 nouveaux missionnaires, se sont arrêtées à 69.042 fr. 95, tandis que nos recettes, y compris le reliquat de l'exercice précédent, ont atteint le chiffre de 69.650 fr. 45. Différence en faveur des recettes : 607 fr. 50. Nous n'avons donc pas, comme nous avons pu le craindre un instant, à faire reparaître le mot si peu encourageant de déficit. Merci d'abord à Dieu, l'auteur de tout bien et de toute grâce ! Merci à vous, Mesdames, merci à toutes nos Associées qui, par leurs prières et leurs aumônes, ont été les instruments de la munificence divine à l'égard des Partants.
    Je me borne aux chiffres qui précèdent, parce qu'ils suffisent pour montrer notre situation budgétaire. Je passe à l'exposé des faits les plus saillants de l'année. Je voudrais, dans cette réunion qui est notre fête de famille, n'avoir à vous parler que de joies ; mais commette famille, la nôtre a ses peines et je ne puis guère me dispenser d'en rappeler au moins quelques-unes. Ainsi, vous ne me pardonneriez pas de laisser dans l'oubli le deuil qui, l'an dernier, au soir d'une réunion semblable à celle-ci, est venu nous frapper tous en frappant si cruellement notre dévouée Présidente et en rouvrant des blessures à peine cicatrisées... Toutes, vous savez ce que fut Mme la comtesse d'Antin pour notre oeuvre, son dévouement si généreux et si constant à l'égard des apôtres de Jésus Christ. Le souvenir de ses bienfaits est une source de grande consolation pour ceux qui la pleurent, car ils peuvent se dire en toute vérité qu'en se dévouant au service de ceux qui se sacrifiaient pour la Foi, la regrettée défunte s'est rendue participante de leurs mérites et de leurs couronnes.

    Le bureau de l'oeuvre, à Toulouse, a été reconstitué. Mlle Henriette d'Antin, jalouse de suivre les exemples maternels, a bien voulu accepter la fonction de secrétaire ; elle sera ainsi le bras droit de la nouvelle présidente, Mlle Marguerite de La Tour Landorthe et de l'infatigable directeur, M. l'abbé Marceau, qui écrit : « L'ouvroir établi dans notre ville, est en progrès constant. La réouverture s'en est faite solennellement, en novembre, à la chapelle des religieuses de la Visitation qui se font toujours un devoir et une joie de prier pour les chers missionnaires. Un Père des Oblats de Saint-François de Sales a pris la parole en cette circonstance et a su raviver tous les saints désirs et les pieux projets ».
    Il m'eût été fort agréable d'ajouter ici une suite aux belles pages qui, l'an dernier, nous avaient été adressées de Rennes, Dracy, Limoges, Lisieux, et autres endroits encore. Mais cette fois on m'a généralement répondu, avec la meilleure grâce du reste, que, pour ne pas se répéter, on se contentait de déclarer que les associées avaient montré le même entrain. De fait, les envois qui nous sont venus de ces divers points le prouvent éloquemment. Je puis toutefois vous dire que, dans quelques-unes de ces réponses, trop courtes au gré d'un rapporteur, j'ai découvert plusieurs notes fort intéressantes. Ainsi, en courant, Mme Oberthur signale que les cotisations de Béziers ont augmenté; qu'une compatriote du P. de Bretenières, le martyr de Corée, lui a promis de s'occuper de l'oeuvre auprès de ses amies de Nice ; que les zélatrices de Perpignan croissent en dévouement et en activité.
    Mlle de La Chapelle continue à nous intéresser au petit ouvroir inauguré, en 1897, parmi de pauvres, journalières. « Elles sont toujours heureuses de consacrer aux missionnaires une heure de leur récréation, et je suis très édifiée de l'esprit de foi avec lequel elles se privent de leur petit moment de liberté. Quand on leur dit qu'elles ont part aux prières et aux mérites des apôtres, elles trouvent que c'est bien trop beau pour le peu qu'elles font. Pendant l'été, comme les réunions cessent, ces bonnes ouvrières ont demandé à emporter de l'ouvrage chez elles, afin de continuer à travailler pour les missions ».

    Vous souvient-il de cet autre ouvroir fondé à Paris l'année dernière et dont la fondatrice ne veut être connue que sous le nom de petite servante des missionnaires ? « Il continue à se développer, nous écrit celle-ci. Cela fait mon bonheur ; je l'appelle ma petite communauté et je comprends la joie qu'on a lorsqu'on s'unit pour louer Dieu et travailler à sa gloire. Malheureusement, une de nos plus zélées et charmantes compagnes- est très gravement malade ; je la recommande tout particulièrement aux prières des Partants. D'autres associées ont été bien éprouvées ; j'espère que le bon Sauveur bénira leurs souffrances qui, lui étant offertes, ne pourront qu'être fécondes et serviront à sa gloire ».
    A Amiens, Mme Butard est heureuse d'avoir à nous écrire que l'oeuvre des Partants rencontre des sympathies de plus en plus nombreuses. Les Associées dépassent le chiffre de 200, et le travail qui se fait dans les réunions au couvent des Fidèles Compagnes de Jésus s'est traduit par un volumineux envoi d'objets solides et utiles. « Chaque mois, après une messe spécialement célébrée par nos ouvrières, M. le chanoine Dahiez leur adresse une instruction très pratique. Une fois l'an au moins, Mgr Dizien a la bonté de venir présider une de ces réunions et encourager les Associées en leur faisant apprécier de plus en plus les grâces que Dieu réserve à ceux qui fout quelque chose pour ses apôtres, soit par leurs prières, soit par leurs aumônes ».

    Depuis longtemps déjà, notre oeuvre existe à Troyes ; elle y comptait un ouvroir très prospère, dirigé avec un zèle infatigable par Mme de Paillot. Mais tout à coup cette excellente dame, à son grand regret et au nôtre, s'est vue obligée de quitter Troyes et d'abandonner une oeuvre qu'elle affectionnait et à laquelle elle avait rendu d'éminents services. Mine Voix a bien voulu accepter la succession de Mme de Paillot. « La nouvelle directrice, écrit celle-ci, sera aimée de toutes nos ouvrières, et le bon Dieu la récompensera de son dévouement en lui donnant, comme à moi, bien des joies venant de l'oeuvre. Oh ! LOEuvre des Partants, je la quitte à regret, je l'aime si profondément ! Mais je lui resterai toujours dévouée et chaque jour je lui enverrai une prière ».
    Mme de Paillot ne bornait pas son action à la ville de Troyes. Parmi les autres centres créés par elle, j'aime à citer Bar-sur-Aube où elle fonda un ouvroir avec le concours de M. l'abbé Aubert, décédé curé de Baroville. C'est aujourd'hui un centre distinct de Troyes et vivant de sa vie propre. Il est dirigé par Mme Baron-Payn, qui sait, on ne peut mieux, soutenir le zèle des Associées, et qui visite les pays d'alentour pour y recruter d'actives ouvrières.

    Je puis répéter pour Nancy ce que je disais de Troyes : depuis longtemps nous y comptons de fidèles zélatrices. Là aussi nous avons maintenant un centre de travail, dont je parlerai tout à l'heure ; mais auparavant, je veux m'acquitter d'un pieux devoir en rappelant ici le souvenir de Mme de Roquefeuil. Combien nous avons perdu en la perdant, combien elle était attachée à notre oeuvre, les lignes suivantes adressées par le neveu de la défunte à notre Présidente le montreront mieux que je ne saurais le faire :
    « Elle fut une femme de bien, aimant à se dévouer aux oeuvres. Celle que vous présidez, Madame, lui était particulièrement chère ; aussi a-t-elle voulu lui donner un souvenir de l'intérêt qu'elle lui portait. Pour accomplir le dernier voeu de ma tante, j'ai l'honneur de vous remettre deux cents francs en faveur de l'OEuvre des Partants ».
    Écoutez maintenant une des zélatrices qui ont fondé et qui cherchent à développer l'ouvroir de Nancy : « L'oeuvre des Partants à Nancy n'a pas assez fait encore pour avoir le droit de parler d'elle. Elle a surtout beaucoup de désirs et beaucoup de bonne volonté. Cependant nous ne pouvons passer sous silence l'accueil sympathique que, depuis trois ans, nous rencontrons généralement. Notre ville, Nancy partage ce privilège avec beaucoup d'autres, notre ville donc est, j'allais dire surchargée d'oeuvres de tout genre; on aurait pu craindre qu'après ces nombreuses floraisons de la charité, une nouveauté paria hors de saison : tel est, je l'avoue, le motif qui nous a fait hésiter au commencement. Mais nous filmes vite rassurées, et s'il se trouve quelques zélatrices traversant des circonstances analogues, j'ose leur prédire qu'elles expérimenteront, comme nous le faisons ici, que parler des missionnaires, de leurs travaux et de leurs besoins, éveille dans tout coeur chrétien et français un véritable désir de leur venir en aide.
    « Une des formes visibles de l'action providentielle à notre égard a été le généreux concours et les précieux encouragements que nous avons rencontrés dans une fervente communauté de Religieux des environs de Nancy. Plusieurs maisons de Soeurs, dans la ville même, secondent aussi nos cinquante ouvrières de bonne volonté. Permettez-moi de vous citer quelques traits. Un jour, je me présentais à la directrice de l'ouvroir d'une communauté ; je portais sous le bras un petit paquet de toile, et je lui offris humblement le contenu de mon colis avec prière d'en confectionner des linges d'autel. « Nous ne pouvons pas vous refuser, me répondit la soeur, nos enfants aiment trop les missionnaires ». Et elle m'en donna la preuve. « On lit quelquefois à l'ouvroir des vies de missionnaires ou les Annales de la Propagation de la Foi et autres ; les jeunes filles se montrent toujours très touchées de ces lectures. Une fois, l'une d'elles apporta à sa maîtresse un billet de banque. « Pour les missionnaires, ma soeur, lui dit-elle. Pour les missionnaires! Mais comment vous êtes vous procuré cet argent ? Oh, voici ; depuis plusieurs mois, j'amasse sou par sou ce que je gagne, et ces sous ont produit ce résultat ». La maîtresse, émue jusqu'aux larmes, hésitait à prendre le billet ; niais elle dut en passer Par là ».
    « Une autre enfant du même orphelinat fit mieux encore. Elle n'avait pu, comme sa compagne, se servir de la voie des économies pour venir en aide aux apôtres du bon Dieu ; elle n'avait que ses cheveux, de beaux grands cheveux qui, dénoués, lui tombaient jusqu'aux genoux. Un jour, sans avertir personne, elle les coupa et les fit vendre au profit des missions». Dites à vos enfants, répliquai je à la religieuse, que désormais elles pourront satisfaire leur zèle sans s'imposer d'aussi grands sacrifices. Je me réserve d'utiliser leur bonne volonté en déposant de temps à autre à votre porte nappes d'autel ou corporaux à ourler ».
    Voilà, certes, des traits bien édifiants et qui prouvent combien Dieu bénit notre oeuvre. Je suis persuadé qu'il y en a beaucoup d'autres en une foule d'endroits où l'on n'aime pas moins les missionnaires et où l'on se dévoue également pour eux. Mais le détail ne m'en est point parvenu; je ne puis donc que demander qu'on veuille bien les faire connaître, et ils seront publiés, pour l'édification et l'agrément de tous, soit dans les Annales, soit dans le compte rendu.

    Il y a fort longtemps, si je ne me trompe, que notre rapport annuel ne vous a parlé des cotisations perpétuelles. Chaque année cependant en apporte de nouvelles. Il y en a eu 32 en 1898, et plusieurs ont une histoire bien touchante. Un valet de chambre était, chaque jour, témoin du dévouement de sa maîtresse pour les Partants. Il vient de prouver une fois de plus que l'exemple du bien est contagieux. De longtemps il ne dit rien, mais il amassa, et un beau jour il remit le montant d'une cotisation à perpétuité. Son acte est d'autant plus méritoire qu'il a dû lui coûter plus de privations, car sur ses gages il lui faut tout d'abord prélever de quoi pourvoir à l'entretien de sa vieille mère. Une bonne, une de ces bonnes du bon vieux temps qui font partie de la famille et sont plutôt des compagnes que des domestiques, avait vu, elle aussi, sa maîtresse multiplier les témoignages de sa générosité pour notre oeuvre. Elle est morte dernièrement, mais non sans recommander qu'on prit sur ses économies et qu'on versât en son nom une souscription perpétuelle.
    Encore un trait non moins admirable. Cette fois, c'est une Parisienne, une artiste heureuse de prêter le concours de son beau talent pour rehausser les cérémonies religieuses. Elle donne des leçons : chaque mois elle réservera dix francs qu'elle confiera à une bonne religieuse, jusqu'au jour où les 120 francs seront bien comptés. Alors, toute joyeuse, elle les apporte à Nazareth. Au merci qui lui est adressé : « Non, non, dit-elle, c'est moi plutôt qui dois remercier pour le bonheur que j'éprouve en ce moment ». Et elle ajoute : « Je n'ai pas achevé l'exécution de tout ce que j'ai décidé pour les chers missionnaires. Dès maintenant, je vais recommencer à capitaliser pour une nouvelle fondation, celle-là au nom de mon père ». N'est-ce pas que c'est charmant de piété filiale et de dévouement apostolique ? Oh, comme la Reine des Apôtres doit veiller maternellement sur cette âme !
    Plusieurs cotisations perpétuelles ont été versées dans l'espoir d'assurer des prières et des messes à des âmes bien chères et rappelées par Dieu. Cet espoir est une réalité, car au Séminaire des Missions-Étrangères, tous les jours on prie spécialement, et tous les lundis on offre le saint sacrifice de la messe pour les bienfaiteurs vivants et défunts. En outre, tous les samedis, le Directeur de l'OEuvre porte à l'autel la même intention qui n'est point oubliée non plus à la réunion de chaque mois. Et ce qui se fait ici, se continue dans les Missions, car les missionnaires n'ayant, pour témoigner leur gratitude, d'autre moyen que le recours à Dieu, paient fidèlement et de grand coeur ce tribut envers leurs bienfaiteurs et bienfaitrices.
    Mon compte rendu, me semble-t-il, devient un peu long. Et pourtant je n'ai pas fini ; j'ai encore un devoir à remplir, celui d'adresser une toute particulière expression de reconnaissance à celles d'entre vous, qui, chaque année, accomplissent de véritables prodiges pour faire réussir la Vente de Charité. Bientôt vous allez reparaître à vos comptoirs et, pendant deux jours, vous dépenser avec un entrain et une activité que, seul, peut inspirer le dévouement chrétien. Et pendant un an, vous vous êtes appliquées à préparer cette vente ; vous avez confectionné mille objets délicats et variés ; de nombreux envois vous ont été adressés... Encore une fois merci, Mesdames; merci au nom des Partants, de notre séminaire et de la Société des Missions Étrangères ; merci à vous qui êtes ici présentes ; merci aux associées qui sont, au loin, vos pieuses émules en dévouement et en générosité ! A toutes j'adresse aussi une prière : poursuivez, développez votre entreprise qui, comme on l'a dit, est noble et sainte. Elle peut paraître petite aux yeux des hommes, elle est certainement grande aux yeux de Dieu.

    Il y a quelque cinq ans, au lendemain des fêtes célébrées pour la béatification de plusieurs Dominicains martyrisés en Extrême Orient, le T. R. P. Monsabré publia une remarquable étude, dans laquelle il faisait observer que le martyre de ces Bienheureux n'était qu'un épisode de la lutte gigantesque engagée, dans ce pays, entre le ciel et l'enfer. J'ai relu cette étude dernièrement ; elle se termine par une page que j'ose donner comme conclusion à ce compte rendu : on la dirait spécialement écrite pour nous. En effet, que veulent nos chers Partants, sinon travailler et au besoin mourir, comme dernièrement encore les Bertholet et les Chanès pour étendre le royaume de Dieu et ruiner celui de Satan? Que veulent ces prêtres qui font partie de notre oeuvre et se consolent ainsi de ne pouvoir participer plus directement à l'apostolat en pays infidèle; que veulent ces chrétiens et chrétiennes de tout âge et de tout rang, qui s'enrôlent dans notre association ; que voulons-nous tous, sinon hâter le règne universel du Christ ici-bas? Car « il faut qu'Il règne et que ses ennemis soient couchés à ses pieds ».
    L'éloquent Dominicain rappelle cette parole du grand Apôtre des Gentils, puis il lance ce vibrant appel
    « Pour cela, il faut combattre encore. Armez-vous donc, ô Christ libérateur, de tous les attraits de votre beauté : marchez, que les chemins vous soient prospères, et régnez. Et nous, enfants des pays que le Christ a conquis et où il règne encore, malgré la guerre que lui font la science, la politique et les passions, marchons sur les traces de notre divin capitaine... aux armes ! Aux armes ! Aux armes, vaillants et généreux apôtres ! Traversez les mers, entrez hardiment dans les régions inhospitalières où vous ont précédés tant de martyrs. Combattez jusqu'à la mort, et noyez, s'il le faut, dans votre sang le pouvoir tyrannique du démon ! Aux armes, prêtres du Seigneur ! En paissant le troupeau qui vous est confié, n'oubliez pas les brebis dévorées là-bas par les loups d'enfer. Envoyez-leur, avec les voeux de vos coeurs, les mérites de la divine victime chaque jour immolée par vous sur les autels ! Aux armes, chrétiens, hommes, femmes et enfants ! Volez au secours des milices sacrées qui luttent en Orient contre l'empire du diable, et par vos aumônes et vos prières, soyez comme les anges, les compagnons, les soutiens invisibles de leurs combats ! Aux armes ! Aux armes ! Chassez dehors le prince de ce monde, et puisse le XXe siècle qui va bientôt s'ouvrir, entendre de l'Orient à l'Occident ce cri de triomphe : Christus vincit, Christus regnat, Christus imperator !»

    Dons en nature ou objets confectionnés reçus par l'OEuvre
    en 1898.

    Calices ....5 Aubes. .10
    Ciboire.... 1 Bas d'aube 10
    Ostensoir 1 Cordons d'aube. 13
    Nappes d'autel 8 Cottas et surplis 13
    Garnitures de nap- Manuterges ......622
    pes.. ... 44 Signets .. 60
    Devants d'autel ... 28 Scapulaires. . 18 douz.
    Croix de chasubles.. 15 Objets de piété di
    Purificatoires...921 vers 45
    Corporaux.......337 Serviettes... 28 douz.
    Pavillons...... 26 Mouchoirs.. ...105 douz. 1/2
    Conopées.... .7 Bas et chaussettes 1.028 paires
    Pales... 160 Gilets de laine....154
    Etoles. . 27 Gilets et chemises
    Tours d'étole....462 de flanelle .......... 84
    Bourses.. 18 Cache-nez.. .60
    Petites bourses pour Chemises 78 douz. 1/2
    viatique ..130 Pochettes.. 39
    Amicts 389 Articles divers.. 57

    VENTE DE CHARITÉ

    Nous hâtons de dire à nos amis le plus vif merci pour leur dévouement à notre vente de charité. Vendeuses, acheteuses et acheteurs ont rivalisé d'entrain et de générosité ; parmi ces derniers, nous tenons à signaler un jeune homme qui a voulu, par un magnifique don de 5oo francs, s'assurer la bénédiction de Dieu et les prières de nos Partants, afin d'obtenir le succès de ses examens. Nous pouvons lui affirmer que ces prières ne lui manqueront point, et qu'elles s'élèveront longues et ferventes vers le Maître tout puissant des destinées humaines.
    Dieu a plus que jamais béni le zèle de nos vendeuses : les recettes des différents comptoirs forment un total qui dépasse 22.000 francs.

    PAIN DE SAINT ANTOINE

    PAIN DES APOTRES

    REMERCIEMENTS

    « Saint Antoine est intervenu d'une manière si visible dans une affaire temporelle qu'une de mes paroissiennes me prie de vous envoyer 20 francs comme témoignage de sa reconnaissance ».
    Reconnaissance pour grâces obtenues par l'intercession de saint Antoine. 8 francs.

    ***

    « Je vous envoie 50 francs en accomplissement d'une promesse que j'avais faite à saint Antoine si je recouvrais une petite somme que je craignais de perdre ».
    « J'avais promis 2 % à saint Antoine si l'on me restituait une somme que l'on m'avait volée; contre toute attente, on m'a fait parvenir la moitié de cette somme. 13 francs.
    Créance recouvrée. 25 francs. Travail obtenu. 1 franc.

    ***

    « J'ai l'honneur de vous envoyer 5 francs pour le pain des apôtres. Merci au bon saint Antoine qui m'a obtenu une grâce temporelle que je lui avais demandée!
    « Comme je suis atteinte d'un asthme qui me fait beaucoup souffrir, je lui promets une nouvelle offrande proportionnée à mes moyens s'il obtient ma guérison ».
    « Je vous prie de faire insérer cette lettre dans les Annales pour la gloire de notre bon saint Antoine, surtout pour inspirer en lui une confiance plus grande et qui sera utile à beaucoup de personnes :
    « C'est le coeur rempli de joie et d'un grand bonheur, mon cher saint Antoine, que je vous apporte la petite aumône de 7 francs, que je vous avais promise pour les bons Pères missionnaires, afin de réussir dans une affaire très difficile. Je vous avais fait cette demande à la fin du mois de décembre. Depuis j'ai ajouté l'obole de 3 francs pour cette affaire si importante, qui a réussi. Maintenant, j'ai encore une autre supplique à vous adresser, afin d'obtenir une chose qui me paraît très difficile : mais qu'y a-t-il de difficile pour vous, .saint Antoine, qui tenez le petit Jésus sur votre coeur, il ne peut rien vous refuser; aussi je compte absolument sur votre protection ».

    DEMANDES

    « Le succès des examens de mon fils ».
    « Malade, sans pain, sans asile, je m'adresse à vous, saint Antoine, afin que vous m'accordiez ce dont j'ai un pressant besoin, vous protestant d'avance néanmoins que je me soumets en toutes choses à la volonté de Dieu ».
    Demande d'un travail rémunérateur et de consolation dans un grand chagrin.

    ***

    « O grand saint Antoine, vous qui êtes si bon pour tout le monde, j'espère que vous le serez aussi pour moi, dans une affaire très pressante ; j'ai la ferme confiance que vous viendrez à mon secours, et je vous promets de vous donner la somme de 10 francs pour les missionnaires, aussitôt que ma demande sera exaucée (M. F.) ».

    ***

    « Je vous envoie un bon de poste de 10 francs pour l'OEuvre des Partants et vous prie de me faire recommander au bon saint Antoine pour me délivrer d'un grand désastre qui me menace à la suite de pertes d'agent, qui me conduisent à la ruine. Je fais voeu de vous envoyer 5 francs par mois pour votre oeuvre, pour le pain de saint Antoine en reconnaissance du bienfait que j'en attends. Je recommande aussi ma fille chérie qui va se marier, afin qu'elle soit heureuse. Elle fait partie de l'oeuvre depuis plusieurs années ».

    RECOMMANDATIONS

    Nous recommandons aux prières de nos Associés l'Église, la France, le Souverain Pontife, les familles de nos Partants, nos séminaristes soldats, la Société des Missions-Étrangères.
    Trois premières Communions. Une jeune personne malade depuis plusieurs années. Cinq autres malades. Une personne dangereusement malade (avec promesse de 20 francs). La conversion d'un libre-penseur et de toute sa famille. Plusieurs autres conversions. Plusieurs intentions, tant de l'ordre spirituel que de l'ordre temporel.__ Un grand nombre de défunts. Trois jeunes gens en vue de leur établissement. Actions de grâces en l'honneur de saint Joseph (avec une aumône de 7 francs). Une famille. Le mariage d'une amie. Un magasin d'articles religieux (7, rue Saint-Roch). Une âme qui voudrait se donner toute à Dieu dans la vie religieuse et à laquelle le démon suscite des obstacles pour ainsi dire insurmontables. La guérison d'un père de famille. Un jeune homme qui va faire son service militaire. Une associée et toute sa famille. Une mère et sa fille très affligées. Plusieurs défunts spécialement recommandés (avec une offrande de 30 francs).


    1899/125-142
    125-142
    France
    1899
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